‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 198 sur 256 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Tout excès, chrétiens , est un vice; et la vertu même, qui est la règle de tout bien , n'est ni bonne ni honnête, dès qu'elle est extrême. Il faut être sage; mais il faut l'être avec sobriété, dît saint Paul, et qui l'est trop, ne l'est point du tout, parce que la sagesse est essentiellement un état de raison, et par conséquent de .modération. Non plus sapere quam oportet sapere , sed sapere ad sobrletatem. (Rdm. y la.) Or, si cela est vrai de la vertu, beaucoup plus l'est-il des divertissements et des récréations de la vie. Si pour être sage, il faut l'êtresaos excès, à plus forte raison faudra-t-il éviter Texeès pour se divertir en sage. Cependant , mes chers auditeurs, il y a des divertissements dans le monde, où VexQk& est si ordinaire, que, quoiqu'ils puissent être d'ailleurs permis, légitimes et innocents, ils sont presque toujours condamnables , parce qu'ib sont presque toujours excessifs. Je n'entreprends pas de les parcourir tous , et je n'ai garde de l'eptrepri»dre , carce serait un détail infini. Mais souffrez qoe je me borne à un seul, sur lequel je ne me suis encore jamais bien expliqué, et qui va Êiire tout le fonds de cette seconde partie : c'est te jeu. Principe de mille malheurs, et passion que je nepuîs trop fortement combattre, puisqu'elle est la source de tant de désordres.

Vous le savez : on joue, mais sans retenue; et l'exc^ est tel , que ceux mêmes qui en sont coupa-

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Mes tont obligés de le condamner. Que j'en prenne à témoin 119 joueur de profession, et que devant Dieu je le prie de me répondre si son jeu ne va pas trop loin, je dis trop loin selon la raison, le christianisme et la conscience , il en conviendra. En effet , dans la plupart des jeux , surtout des jeux que ronige du monde autorise le plus, il y a trois sortes d^exoès opposés à la raison et à la religion. Excès dans le temps qu'on y emploie , excès dans la dépense qu'on y ftiit , excès dans l'attachement et l'ardeur avec laquelle on s'y porte : tout cela contraire aux règles de la vraie piété et aux maximes étemelles de la loi de Dieu. Ne condamnons point les choses dans la spéculation. Disons ce qui se pratique et ce qui se passe devant nos yeux. Un homme du inonde qui fait du jeu sa plus commune et presque son unique occupation , qui n'a point d'affoire plus iteportante que le jeu , ou plutôt qui n'a point d'affidre si importante qu'il n'abandonne pour le jeu ; qui regarde le jeu non point comme un divertissement passager propre à remettre l'esprit des fatigues d'un long travail et h ledistraire , mais comme un exercice réglé , comme un emploi , comme un état fixe et une condition ; qui donne au jeu les journées entières^, les semaines, les mois , toute la vie (car il y en a de ce caractère , et vous en connaissez) : une femme qui se sent chargée d'ell^méme jusqu'à ne pouvoir en quelque sorte se supporter, ni supiporter personne, dès qu'une partie de jeu vient à lui manquer; qui n'a d'autre entretien que de son jeu, qui du matin au soir n'a dans l'idée que son jeu; qui n'ayant pas, à Pentendre parler, assez de force pour soutenir quelques moments de réflexion sur les vérités du salut, trouve néanmoins assez de santé pour passer les nuits , dès qu'il est question de sonjeu : dites-le moi, mes chers auditeurs, cet homme, cette femme, gardent-ils dans le jeu la modération convenable? cela est-il chrétien? cela est-il d'une âme qui cherche Dieu, qui travaille pour le del,qui amasse des trésors pour l'éternité? cela estil d'un ouvrier évangélique, tel que doivent être tous les fidèles, et d'un homme appelé de Dieu pour cultiver sa vigne, et pour lui rendre compte de tous les moments jusques au dernier : Donec reddas novissImumqfuadrafUemf ( Matth., 5. ) Ce jeu perpétua , ce jmi sans interruption et sans relâche , ce jeu de tous les jours, et presque de toutes les heures dans le jour, s'accorde-t-il avec ces grandes idées quenous avons du christianisme, et que Jésus-Christ lui-même a pris soin de nous tracer? Car ce n'est point moi qui les ai imaginées; c'est le Sauveur du monde qui dans toute la suite de son Évangile ne nous a parlé d'une vie chrétienne que sous la figure d'un combat, d'un négoce, d'un travail, pour nous faire entendre que ce doit être une vie laborieuse et agis-

sante. Or, y a-t-il rien de plus incompatible qu'une vie de travail et une vie de jeu?

Mais tout jeu est-il donc un crime pour nous? Non, chrétiens, et je m'en suis déclaré d'abord. Je blâme l'excès du jeu, et en vain me répondrez-vous que le jeu en soi n'est point blâmable, puisque ce n'est pas là ce que j'avance. Quand vous prétendez que le jeu, j'entends certain jeu, est indifférent, et quand je soutiens que l'excès du jeu est criminel , votre proposition et la mienne sont toutes deux vraies, et se concilient parfaitement ensemble; mais moi par la mienne je vous avertis d'un abus quela vôtre ne corrigera pas. Réglez votre jeu , ne donnez au jeu qu'un reste de loisir que Dieu n'a pas refusé à la nature , et que la nécessité requiert : mettez avant le jeu le service du Seigneur, et les pratiques de la religion ; avant le jeu , la prière , le sacrifice des autels, la lecture d'un bon livre, l'office divin ; avant le jeu, le soin de votre famille, de vos en&nts, de vos domestiques, de vos affaires; avant le jeu, les obligations de votre charge, les devoirs de votre profession, les œuvres de miséricorde et de charité; avant le jeu, votre avancement dans les voies de Dieu, votre perfection et tout ce qui y doit contribuer : quand vous aurez satisfait à tout cela , vous pourrez alors chercher quelque relâche dans un jeu honnête et borné. Vous pourrez vous y récréer avec la paix du cœur, et même, si je l'ose dire, avec une espèce de bénédiction de la part du ciel. Je dis avec la paix du cœur, parce que vous jouerez sans passion ; parce que vous jouerez dans l'ordre , et que vous réduirez votre jeu à être pour vous ce qu'il doit être, je veux dire une courte distraction, et non une continuelle occupation; parce que vous prendrez votre jeu assez pour vous délasser, et trop peu pour vous fatiguer; enfin, parce que vous n'aurez point dans votre jeu le ver intérieur de la conscience qui vous reproche la perte du temps qui s'y consume et l'inutilité de votre vie. Je dis même avec une espèce de bénédiction de la part du ciel, parce que vous ne vous y proposerez qu'une fin chrétienne ; que vous ne vous accorderez ee repos que pour mieux agir, et qu'en ce sens vous sanctifierez, si je puis parler de la sorte, jusques à votre jeu. Mais tandis que le jeu remportera sur toutes vos fonctions, qu'il vous fera oublier tout ce que vous devez à Dieu , tout ce que vous devez au prochain, et tout ce que vous vous devez à vous* mêmes; que vous n'y distinguerez, ni les jours les plus solennels, ni les jours ordinaires, et que sans réserve toutes vos heures y seront employées, jo dirai que c'est au moins une dissipation criminelle du temps que Dieu vous a donné, et une pro&nation dont vous aurez à lui répondre.

Cependant d'un excès on tombe dans un autre.

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Excès dans le temps que Ton perd au jeu, et excès dans la dépense qu'on y faiL Jouer rar^ent, mais hasarder beaucoup chaque fois , ou hasarder peu , mais jouer continueUement , ce sont deux excès défiandus Tun et l'autre par la loi de Dieu : mais audessus de l'un et de l'autre , un troisième excès c'est déjouer souvent et toujours de risquer beaucoup en jouant. Or ne vous y trompez pas, quand je dis un jeu où vous hasardez beaucoup, un gros jeu, je ne veux pas seulement parler des riches et des grands du siècle; je parle de tous en général et de chacun en particulier, conformément aux facultés et à l'état. Tel jeu n'est rien piour celui-là , mais il est tout pour celui-ci. L'un peut aisément porter telle dépense, mais elle passe les forces de l'antre, et ce qui serait un léger dommage pour le premier doit avoir pour le second de fâcheuses suites. Ainsi , on a des dettes à payer, on a une nombreuse famille h entretenir et des enfants à pourvoir, on a des domestiques à récompenser, on a des aumônes à faire et des pauvres à soulager. A peine les revenus y peuvent-ils suffire, et si l'on était ûdèle à remplir ces devoirs , on ne trouverait plus rien, ou presque rien pour le jeu. Toutefois on veut jouer, et c'est un principe qu'on a tellement posé dans le système de sa vie, que nulle considération n'en fiera jamais revenir. On le veut à quelque prix que ce soit, et pour cela que fait-on? Voilà le désordre et l'iniquité la plus criante. Parce qu'on ne peut pas acquitter ses dettes si l'on joue, ou qu'on ne peut jouer si l'on acquitte ses dettes , on laisse languir des créanciers, on se rend insensible aux cris de l'artisan et du marchand , on use d'industrie et de détours pour se soustraire h leurs justes poursuites et pour leur lier les mains ; on les remet de mois en mois , d'années en années , et ce sont des délais sans fin ; on n'a rien , ditpon , h leur donner, et néanmoins on trouve de quoi jouer. Parce qu'on ne peut accorder ensemble le jeu et l'entretien d'une maison, on abandonne la maison, et l'on ménage tout pour le jeu ; on voit tranquillement et de sangfroid des enfants manquer des choses les plus nécessaires ; on plaint jusques aux moindres frais, dès qu'il s'agit de subvenir à leurs besoins ; on les éloigne de ses yeux, et on les confie à des étrangers , à qui l'on en donne la charge sans y ^jouter les moyens de la soutenir; on ne les a pas actuellement ces moyens, à ce qu'on prétend , mais pourtant on a de quoi jouer. Parce qu'il faudrait diminuer de son jeu, si l'on voulait compter exactement avec des domestiques et les satisfaire, on reçoit leurs services, on les exige à la rigueur, et du reste on ne veut point entendre parler de récompense ; c'est une matière sur laquelle il ne leur est pas permis de s'expliquer, et un discours dont on se tient offensé : des paroles, on kur en donnera libéralement ; des promesses ,

on leur en fiera tant qu'ils en demanderont, ils ne perdront rien dans l'avenir, mais à condition qu'ils perdront tout dans le présent, et que cet avenir, à force de le prolonger, ne viendra jamais : les affaires ne permettent pas encore de penser à eux, et cependant elles permettent de jouer. Parce que dans les nécessités publiques l'aumdne coûterait , et que le jeu en pourrait souffrir, on ne connaît point ce commandement ; on est témoin des misères du prochain, sans en être ému; ou si le cœur ôe peut trahir ses sentiments naturels, l'esprit n'est qae trop ingénieux à imaginer des prétextes pour en arrêter ' les effets : ouest pauvre soi-même, ou volontms on se dit pauvre lorsqu'il y a des pauvres à sonli^; mais on cesse de l'être dès que le moment et foecasion se présentent de jouer. Tout cela veut dire qu'on sacrifie à son jeu les droits les plus inviolables et les intérêu les plus sacrés : que l'on ùAt du jeu sa première loi; que pour ne pas se détacher du jeu, on se détache de toute autre chose; et que dans la concurrence de toute autrechose avec le jeu, quelque essentielle qu'elle soit par elle-rotoe, on retient le jeu et l'on renonce à tout le reste. Or, comment appelez-vous cela? et si ce n'est pas un excès ,.£aites-m'en concevoir un autre plus condamnable?

Maismon jeu après tout n'est qu'assez modique et que très-commun. Je le veux ; mais ce jeu très-communfait gémir des créanciers qui ne touchent rien, et qui du moins pourraient s'aider pour les nécessités de la vie de ce qu'un divertissement très-superflu leur enlève. Ce jeu très-commun vous empédie de fourm'r à des enfants ce que demande non-seulement une éducation honnête et sortable à leur naissance, mais quelquefois la nourriture et le vêtement Ce jeu très-commun prive des domestiques du firuit de leurs peines , et ruine toutes leurs espérances. Ce jeu très-commun vous endurcit aux gémissements et aux plaintes de tant de malheureux qui réclament votre assistance et qui ne tirent de vous n^ secours. Jeu plein d'iiyustice, jeu également odieux, et à Dieu et aux hommes : à Dieu qui voit l'oidre de sa providence renversé et ses lois vidées; aox hommes qui se trouvent par là frustrés de ce qui leur est dû et de ce qui leur appartient par de si justes titres. Ah! mon cher auditeur, acquittesvous; voilà votre principale obligation. N'engagez pas pour un vain plaisir le sang de vos frères et la substance des pauvres. Jusque-là il n'y a point de jeu pour vous , ou il n'y en doit point avoir ; et pour peu que vous y puissiez mettre , c'est toujours trop , puisque c'est le bien d'autrui que vous exposez, et dont vous faites la plus inutile et la plus injuste dépense. Si vous voulez jouer, que ce soit du vôtre, et souvenez-vous que le vôtre même n'est

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rous pour le risqaer, tandis qu*il est sajet irges et que vous en êtes redevable. Imporixîme que je voudrais pouvoir bien impris Fesprit de tant de grands et de tant d'aue tout à coup on verrait tomber de tables i le jeu par la loi des hommes était interdit Ibiteurs, qui, bien loin de le quitter pour g;er de leurs dettes, entassent dettes sur Mir l'entretenir, et se rendent enfin insoWalis si la loi des hommes n*a rien ordonné \hr fout-il une autre loi que la loi derÉvangile, û delà conscience, que la loi de la nature? ise après cela que les temps sont difficiles, bien de la peine à se maintenir dans son l'on est obligé de se resserrer, et qu'on ne ( aisément se dessaisir du peu qu'on a. Je ne )rai point avec vous, chrétiens, sur le mal- ( temps : sans en être aussi,instruit que vous , mais assez pour convenir qu'on doit mainteis que jamais user de prudence et de réserve dministration des biens; mais n*est-ce pas nt ce qui achève de vous condamner, et noignage plus convaincant puis-je produire ^ous que le vôtre ? Car voici ce qui me parait plorable dans la conduite du siècle. On n'enrler que de calamités et de misères ; il semble !iel irrité ait fait descendre tous ses fléaux erre pour la désoler; chacun tient le même I et ce ne sont partout que plaintes et que laions. Mais voyez l'insoutenable contradiction : !U de ces lamentations et de ces plaintes , tant ont-ils cessé? Tant de mondains et tant de nés se sont-ils retranchés sur le jeu , en on^ ; mesuré leur jeu, se sont«ils réduits h un e jeu ? En vérité , mes chers auditeurs , n'estinsuiter à l'infortune publique , n'est-ce pas ttrage à la religion que vousprofessez , n'est^e imer tout de nouveau la colère du ciel? Vous ondrez que vous vous retranchez en effet; ar où commencerez- vous ce retranchement? par le jeu? non, sans doute. Mais par où , une fois ? par le pain que devraient recevoir de eux que la famine dévore. Par où? par les i domestiques d'une maison , où tout manin que votre jeu ne manque pas. Par où? par i qui n'a point de rapport au jeu, ou plutôt, le nécessaire même, par tout ce qui peut serjeu , en le dérobant aux usages les plus ess. Je sais qu'à considérer ce que je dis dans ire spéculation et selon les premières vues, persuadera que j'exagère et que je pousse morale au delà du terme. Mais examinez-la a pratique, consultez vos propres connais- , faites attention à ce qui se passe autour is, et vous avouerez qu'au lieu de rien outrer, bien encore d'autres extrémités que je ne

marque pas, et où l'amour du jeu emporte. Car que serait-ce si je parlais d'une femme qui , dans un jeu, dont les plus fortes remontrances ne l'ont pu déprendre, dissipe d'une part tout ce qu'un mari amasse de l'autre; qui se tient en embuscade pour le tromper, et détourne pour son jeu tout ce qui peut venir sous sa main; si je pariais d'un mari qui, tour à tour passant du jeu à la débauche, et de la débauche au jeu , expose jusques à ses fonds et fait dépendre d'un seul coup la fortune de toute une ûimille? si je parlais d'un jeune homme qui , sans ménagement et sans réflexion, emprunte de tous les côtés et à toutes conditions ; et , ne pouvant encore se dépouiller d'un héritage qu'il n'a pas, se dépouille au moins par avance de ses droits, et ne compte pour rien toute une succession qu'il perd , pourvu qu'il joue? Ces exemples peut-être ne sont* ils pas aussi communs qu'ils ont été autrefois ; ma» ne le sonMls pas encore assez pour vous instruire et pour vous faire connaître les excès dfji jeu ? Peutêtre même quelques-uns, par une sagesse forcée , et cédant à la nécessité, ont-ils enfin dans ces années dures et stériles apporté quelque tempérament h leur jeu; mais ce tempérament suCQt-il? Ote-t-il au jeu tout ce qu'il doit lui ôter dans les conjonctures présentes et dans la situation où vous vous trouvez ? Vous met-il en état d'accomplir, selon qu'il dépend de vous , tous vos devoirs? et s'il ne va pas jusque-là, votre jeu n'est-il pas toujours un excès? £x(^, non-seulement dans le temps qu'on y emploie» et dans la dépense qu'on foit , mais dans l'attachement et l'ardeur avec laquelle on s'y porte.

Quel spectacle de voir un cercle de gens occupés d'un jeu qui les possède, et qui seul est le sujet de toutes les réflexions de leur esprit et de tous les désirs de leur cœur ! Quels regards fixes et immobiles» quelle attention ! II ne faut pas un monxuat les troubler, pas une fois les interrompre, surtout si Fcnne du gain s'y mêle. Or elle y entre presque toujours. De quels mouvements divers l'âme est-elle agitée selon les divers caprices du hasard l De là les dépits secrets et les mélancolies; de là les a^^reurs et les chagrins; de là les désolations et les désespoirs , les colères et les transports , les blasphèmes et les imprécations. Je n'ignore pas ce que la politesse du siècle vous a là-dessus appris, que sous un froid affecté et sous un air de dégagement et de liberté prétendue, elle vous enseigne à cacher tous ces sentiments et à les déguisor ; qu'en cela consiste un des premiers mérites du jeu, et que c'est ce qui en âdt la plus belle réputation. Mais si le visage est serein» l'orage en est-il moins violent dans le cœur ?et n'estce pas alors une double peine, que de la ressentir tout entière au dedans, et d'être obligé, par je ne sais quel honneur, de la dissimuler au dehors? Voila donc ce que le monde appelle divertissement ; mais

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ce quef appelle, moi , passion , et une des plus tyran> niques et des plus criminelles passions. Et de bonne foi, mes chers auditeurs, pouvez-TOUS tous persuader que Dieu Tait ainsi entendu , quand il vous a permis certaines distractions et certains délassements? Lui qui est la raison même, peut-il approuver un jeu qui blesse toute la raison ; et lui qui est la règle par essence, peuMl tous permettre un Jeu où tout est déréglé? Il vaut mieux jouer, dites-vous, que de parler du prochain , que de former des intrigues, que d*abandonner son esprit à des idées dangereuses. Reau prétexte, à quoi je réponds , qu'il ne fmt ni parier mal du prochain , ni former des intrigues , ni donner entrée dans votre esprit à des idées sensuelles, ni jouer sans mesure et à Texcès, comme TOUS faites. Quand votre vie serait exempte de tous les autres désordres, ce serait toujours assez de celui-ci pour vous condamner. Achevons*, et disons enfln que la plupart des divertissements du monde sont cond9mnd)les, parce qu'ils sont scandaleux dans leurs efifets : c'est la troisième partie.

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