‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 203 sur 256 · IS · texte numérisé non relu

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pour s'en défendre et pour le rejeter. Est-ce qu'il: 7 avait du danger pour lui à être loué? non, chrétiens, mais il j en avait pour nous; et paree qu'il était venu pour être notre modèle , et pour remédier à nos fiaiblesses par la sainteté de ses exemples, il fuyait d'entendre les vérités dont il eût eu droit de se glorifier, pour nous faire craindre eelles qui , ea nous flattant, ne peuvent qu'afEaiblir en nous la grâce destinée à nous sanctifier. Cest la remarque de saint Ambroise sur ce passage de saint Luc : Et increpans non tinebcU ea loqtU, Or « si le Sauveur, ajoute ce Père, en a usé de la sorte pour notre instruction, que ne devons-nous pas f^e pour noire propre utilité ou plutôt pour notre propre nécessité? Ce n'est pas tout : j'ai dit que cette vérité qui noua^ flatte diminuait en nous le zèle de cotre perfection , et il n'est rien de plus évident. Car la perfection, comme en conviennent tous les saints , et comme^ nous l'enseigne le Saint des saints, étant d'une pratique difficile; et son principal exercice consistant à s'avancer, à s'efforcer, à se surmonter, et à se vaincre : quelque désir que nous ayons de l'acquérir, il est toujours vrai que nous n*y travaillons qu'avec peine, et que si nous pouvions avec honneur nous, en dispenser, ce serait le parti favorable que nous embrasserions avec joie. Or, c'est à quoi la louange des hommes, même juste et légitime, nous conduit infailliblement. Car cette louange , souvent écoutée , nous fait croire enfin que nous sommes déjà bien élevés ; et dès là nous nous relâchons. Au lieu que saint Paul , tout confirmé qu'il était en grâce , disait aux Philippiens : A Dieu ne plaise que je me croie déjà parfait! non , mes frères, je suis encore bien loin du terme ; mais je marche toujours pour tâcher d'atteindre où le Seigneur Jésus m'a prédestiné; et pour cela , oubliant ce qui est derrière moi , et aspirant à ce qui est devant moi, je cours incessamment vers le bout de la carrière, pour remporter le prix et pour mériter la couronne à laquelle Dieu m'appelle : Qux rétro simt oblivlscens, ad ea vero quœ sunt priora extendens meipsum, ad desUnatum persequor, ad bravium supemx vocatUnUs (Philip. « 3) ; au lieu, dis-je, que saint Paul parlait ainsi, nous, par une conduite bien opposée et bien éloignée de la sienne , nous regardons avec complaisance le peu de bien que nous avons déjà foit, et nous oublions celui qui nous reste encore à £ure. De là vient que, selon le sentiment de la philosophie même et de la sagesse humaine, un flatteur est plus à craindre qu'un ennemi; de là vient que David regardait comme des outrages et des injures les éloges qu'il recevait de la bouche des flatteurs : Ei gui laudabantme, adversum mejurabant ( Ps. 101} ; de là vient que saint Bernard, ainsi qu'il le rapporte lui-même, avait coutume de se munir contre deux sortes de gens , de deux versets de l'Écriture; qu'il

SUR L'AMOUR ET LA CRAINTE DE LA VÉRITÉ

■'écriait contre ceux qui parlaient de lui avec malignité : Avertantw retrorsum, et erubescant, qtd vobtnt mM nuUa. (Ps. 60.) Éloignez de moi, Seigneur, et couvrez de confusion ces esprits envenimés qui me veulent du mal; et quMl disait contre ceux qui entreprenaient de le flatter : Avertantur stoHm embescentesy qui dicurU mihi : Euge, euge! '(Ibid.)! Loin de moi ceux qui me crient en m'ap- |»laudissant : Courage ! courage! que les vaines louan- <ges qu'ils me donnent tournent à leur honte.

Attachons-nous donc, dirétiens, à ces deux grandes maximes. Aimons la vérité qui nous reprend, et déflons-nous dei celle qui nous flatte. Oublions le bien qui est en nous , et ne perdons jamais la vue de nos défauts. Les bonnes œuvres, dit saint Augustin, nous sanctifient, et les mauvaises nous corrompent ; mais par un effet tout contraire, le souvenir des bonnes œuvres nous corrompt , et rien n'est plus propre à nous sanctifier que le souvenir de nos péchés : comme si Dieu, par une providence particu-

lière , avait voulu donner au pédieur cette consolation de pouvoir faire du souvenir de son péché le remède de son péché , et qu'en même temps fl edt voulu donner au juste un contre-poids , en lui ûdsant trouver dans ses bonnes œuvres le sujet de la plus dangereuse tentation. R^rdons ceux qui nous louent comme des gens contagieux ; et qa'il soit Trai de dire , s'il est possible , de diacun de nous , ce que saint Ambroise disait de Théodose : Tai honoré et diéri cet homme qui, étant au-dessus de tous les hommes, a mieux aimé un censeur qu*un approbateur. Les louanges flatteuses d'un approbateur portent toujours avec elles un poison mortel. Hais les sages et charitables répréhensions d'un censeur, d'un confesseur, d'un prédicateur, d^in ami, nous retireront de nos égarements, nous feront refffendre la voie où nous devons marcher et d'où nous étions sortis, nous conduiront au port du salut, et nous feront parvenir à l'éternité bienheureuse, que je vous souhaite, etc.

ANALYSES DES SERMONS

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