LE DIMANCHE DES RAMEAUX
SUR LA COMMUNIOM PASCALE
Sujet. Or tout ceci se fit afin que cette parole du prophète fût accomplie : Dites à la fille de Sion : Voici votre roi qui vient à vous plein de douceur.
Pomtpioi les Juifé font-ils au Fils de Dieu une entrée si solennelle et si glorieuse? C'est en vue du miracle qu'il venait d'opérer dans la résurrection de Lazare. Or ce miracle, JésusOhrist le renouvelle en ce saint temps par la résurrection sphituelle et la conversion de tant de pécheurs : et l'Église veut que , ressuscites et convertis, ils reçoivent ce divin Sauveur dans eux-mêmes par la communion pascale. Pour me conformer au dessein de l'ÉgUse, c'est de cette communion pascale que je dois vous entretenir.
Division. Deux sortes de personnes reçoivent le Fils de Dieu dans Jérusalem, ses disciples et les pliarisicus. Ses disciples le reçoivent avec honneur, et les pharisiens dans la résolution de le perdre. Dans le triomphe dont les disciples honorent ce divin maître, je trouve l'idée d'une saintu et parfaite communion : première partie. Mais dans lu manière dont ce même Dieu est reçu des pharisiens, je trouve l'idée d'une communion indigue et sacrilège : deuxième partie. Pour les justes, il vient comme un roi débonnaire et bienfaisant ; pour les impies engagés et obstinés dans le crime, il vient comme un ennemi terrible cl redoutable.
ANALYSES DES SERMONS
Première partie. Idée d'une tronne communion dans le triomphe dont les disciples honorent le Fils de Dieu. Il y a dans ce triomphe quatre circonstances à remarquer, I. ce sont les disciples qui reçoivent ainsi Jésus-Christ, 2^ ils vont au-devant de lui ; 3. ils portent dans leurs mains des hranches de palmiers et d*oli?iers ; 4. ils se dépouillent de leurs vêtements , et les mettent sous les pieds de leur maître. Belle figure de la communion des justes.
1 . Ce sont les disciples de Jésus-Christ qui le reçoivent en triomphe ; et pour le bien recevoir dans la communion , il faut être son disciple , et Tétre en effet et dans la pratique. Il s'est lui-même déclaré qu'il ne voulait faire la pàque 4]u'avec ses disciples. Vous me direz qu'il ne parlait alors que de la pâque judaïque ; j'en conviens : mais s'il parlait ainsi de l'ancienne pâque, que pensait-il de la nouvelle? Kt d'ailleurs ce qui se passait dans la pâque des Juifs n'était-il pas une leçon pour nous, mais une leçon exacte et précise, de ce qui devait être accompli dans celle des clirétiens? Qu'il n'y ait donc personne assez téméraire, concluait samt Chrysostôme, pour prétendre avoir part à cette pâque sans être en grâce avec Dieu , et sans avoir ce caractère particulier de disciple de Jésus-Christ. Tel est Tordre que le grand apôtre avait lui-même mtimé à toute rÉglise par ces courtes paroles : Probet autem seipsum hmno : que l'homme s'éprouve. Sans cela il ne nous est pas permis de faire la pâque , et nons n'y devons pas penser. Je me trompe , nous y devons penser ; et si , pour n'y avoir pas pensé, nous manquons à recevoir Jésu&Christ dans cette fête solennelle , nous commettons un nouveau crime et nous désobéissons à ses ordres. Mais l'ordre de Jésus-Christ esMl que nous le recevions sans être du nombre de ses disciples.^ A Dieu ne plaise : mais son ordre est que vous vous déclariez ses disciples, et que vous retourniez à lui par une sincère pénitence , afin d'être en état de prendre place parmi les conviés qu'il fait appeler.
2. Les disciples vont au-devant de Jésus-Christ, et c'est ainsi que nous devons anticiper sa venue par une sainte préparation. Je m'explique. Car attendre, comme tant de mondains , le jour même de la communion pour s'y disposer, n'est-ce pas se mettre dans un danger évident de profaner cet adorable mystère? Ce point ne regarde pas ces âmes innocentes qui font du sacrement de Jésus-Christ leur plnsconunune nourriture. Quoiqu'elles aient toujours sujet de craindre, elles ont encore plus droit d'espérer : wie communion lès disipose à l'autre. Mais pour vous, mondains, qui passez les années entières sans confession et sans communion, attendre à vous y préparer que vous soyez au jour précis où vous devez garder le précepte et y satisfaire , n'est-ce pas mépriser votre Dieu , et vous exposer vous-mêmes à un scandale presque inévitable ? Car si moi , fiar exemple, qui vous écoute au sacré tribunal, je ne vous trouve pas prêts , que ferai-je alors? Vous accorderaije la grâce de l'absolution , ce serait trahir mon ministère. Vous la ref^serai-je? il n'y aura donc point de pâque pour vous. Si dès le commencement du carême vous aviez eu recours à un confesseur, et que vous lui eussiez découvert votre état , on aurait mis ordre à tout : et n'est-ce pas pour cela que le carême est institué? Si donc vous avez différé jusques à présent , au moins ne différez pas davantage. Ecce Sponsus venit, exile obviam ei : voilà l'Époux qui approche; allez vous présenter à lui. Prceoccupemus facicm rjus in con/essione : prévenez-le et fiagnez-le par
une bonne confession. Que feriei-vous si l'on tous annonçait que le plus grand des rois vient en personne loger chez vous? Que ne faites-vous pas même tous les jours pour un particulier, pour un ami?
3. Les disciples vont au-devant de Jésus -Christ avec des branches de palmiers et d'oliviers. La palme est le symbole des victoires que nous devons remporter sur le péché , sur le monde , sur nous-mêmes ; et l'olive , le signe de la pahL que nous devons faire avec Dieu.
4. Les disciples se dépouillent de leurs habits , et Ua étendent dans le chemin par où Jésus-Christ devait passer. Cérémonie qui vous apprend , mesdames , à vous défaire de tout ce qui s'appelle superfluité mondaine ; aortoat de cette superfluité d'ajustement et de parures.
Que fera Jésus-Christ de sa part? Il viendra dans nous comme un roi triomphant : Ecce rex tous. Quand je communie en état de grâce, non-seulement Jésus-Christ est en moi , mais û y règne, il y commande, il s'y MX obéir.
11 y viendra, non-seulement en roi triomphant , mais en roi débonnaire et bienfaisant. A ne considérer que sa graodeiv, je m'écrierais comme saint Pierre : Ext a me, quia peccator sum: éloignez-vous de moi, mon Dieu, car je suis un pécheur. Mais il sait bien me rassurer par la manière dont il se donne à moi dans ce sacrement. C'est là qu'il obscurcit toute sa splendeur, là qu'il s'abaisse, là qu'il se fait petit et pauvre, afin que nons puissioos avoir im accès facile auprà de lui.
C'est donc pour nous qu'il viendra , c'est pour nous coin* bler de ses grâces : Venit tibi. Quand il fut entré dans Jérusalem, tout ce qu'il y avait de malades, d'aveugies, de paralytiques, parut devant lui, et il les guérit. Ainsi guérira-t-il toutes nos infirmités spirituelles. Disons-lai comme David : Sana me, Domine, et sanabor : guérissez-moi , je serai guéri : ou comme le centenier : Tantum ! die verbo : prononcez seulement une parole, et vous rendrez une santé parfaite à mon âme.
Deuxième partie. Idée d'une communion sacril^ dans la manière dont Jésus-ChrLst fut reçu des pharisiens et de leurs partisans. 1. Ils ne le reçoivent que par respect bumam : Timebant vero plebem; 2. dès que le Fils de Diea paraît dans Jérusalem , ils conspirent et forment des desseins contre lui : Collegerunt concilium adnersus Jesum; 3. ils contredisent ses miracles, et ils s'aveufi^eot pour ne les pas reconnaître : Videntes autem mirabilia quœ fecit, indignait sunt. Mais comment est-ce aussi que Jésus-Christ vient à eux? Comme un ennemi redoutable. Que de rapports avec la communion des pécheurs!
1 . Les pharisiens ne reçoivent le Fils de Dieu que par respect humain et par poliUque ; et c'est ce que font encore certains pécheurs endurcis, qui veulent seulement garder les apparences et sauver les dehors de la religion. Cest oa magistrat, c'est un père de famille, c'est une femme de qualité, c'est un homme de l'Église, qui se décrieraient s'ils ne se présentaient pas comme les autres à la sainte table. Ils communient donc, mais oonmient? par une espèce de contrainte. Timebant vero plebem.
2. De là ces hommes perdus de conscience et impies conjurent contre Jésus-Christ dans le cœur, au même temps qu'ils reçoivent son sacrement : de même que les pharisiens conspirent contre lui en le recevant dans Jérusalem. On forme des projets pour satisfaire ses passions brutales, el le jour même de la communion devient un jour d'excès
ANALYSES DES SERMONS
et de déliaocbie. Od déclame tant contre de légères imperrectioDS qu'on remarque dans quelques âmes dévotes qui fréquentent les sacrements , et l'on ne dit presque rien de ces clirétiens sacrilèges qui profanent le corps de Jésus- Christ : mais c'est contre eux qu'il faudrait employer le zèle érangélique.
3. Par un dernier trait de ressemblance avec les pharisiens, ils traitent d'illusions tous les miracles de Jésus- Christ, je veux dire tous les effets de grâce qu'opère la communion quand elle est bien faite. Je n*ai donc point de peine à comprendre pourquoi Jésus-Christ pleure sur eux comme fl pleura sur Jérusalem. U voit que le même sacrement qu'il a institué pour la sanctification des &mes va faire leur réprobation.
Mais si cela est, ne vaudrait-il pas mieux ne point communier du tout que de communier mdignement? Autre désordre. L'un ne vaut pas mieux que l'autre ; car l'un et rautre est un mal : mais entre l'un et Fautre il y a un milieu, qui est de communier et de bien communier.