L'exemple de la résurrection de Jésus-Christ est le
vrai modèle do notre persévérance dans la grâce. Car Jésus> Christ ressuscité ne meurt plus, dit l'apôtre, et nous-mêmes nous ne devons plus mourir. Pourquoi la résurrectioa du Sauveur est-elle la seule que Dieu ait choisie pour nous servir de modèle dans notre conversion? Pourquoi ne noui a-t-il pas proposé la résurrection de tant d'autres; par exemple, de Lazare? Cest que la résurrection de Lazare n'était qu'une résurrection passagère, et que notre con ver. sion doit être durable. Si donc vous retombez dans cet état de mort où le péché vous avait réduit, votre pénitence n'est point ce qu'elle doit être, parce que vous n'êtes pas ressii^cité comme Jésus-Christ. Ah! Seigneur, s'écrirait le prophète royal , c'est sur le modèle de la résurrection de votre Fils que vous m'avez jugé, et que vous avez examiné si ma conversion avait toutes les qualités d'une résurrection parfaite. Probasti me, et cognovisti me: tu cognovisfi sessio. nem meam, etresurrectionem meam. Et par où avez-voas connu qu'elle serait telle que vous la demandiez, ou qu'elle ne le serait pas? par l'avenir, et par ma persévérance. Intellexisti cogitationes meas de longe, etomnes vias meas prœvidisti.
2. La foi de la résurrection de Jésus-Clu-ist est le solJd« fondement de notre persévérance dans la grâce. Comment cela ? C'est que la résurrectjon de Jésus-Christ est un des principaux fondements de la foi chrétienne. Or ce qui (ait subsister notre foi, fait subsister notre conversion, parce que notre conversion, selon le concile de Trente, n'a poiut d'autre fondement que notre foi. Avant la résurrection du Sauveur, rien de plus faible que les apôtres ; mais depuis cette résurrection ce furent des hommes intrépides et inébranlables. Quand saint Paul exiiortait les Hébreux à la persévérance , voici une des grandes raisons dont il se servait : Christus heri et hodie , ipse et in sccula. Jésus- Christ n'est plus sujet à aucun changement; il était hier, il est encore aujourd'hui , et il sera le même dans tous les siècles. Rappelous un de ces moments où , touchés de Dieu, nous avons formé de si saintes résolutions, et demandons-nous à nous-mêmes : Les principes de foi et les vérités sur quoi j'établissais ma conversion ont-ils changé? Ce qui était vrai alors l'est encore maintenant et le sera toujours. Pourquoi donc changerais je moi de conduite, et démentirais-je les promesses que- j'ai faites à Dieu ? excellente pratique pour apprendre à persévérer. Credidi, propter qnod locutus sum : J'ai cru , Seigneur, et c'est pour cela que je vous ai donné une parole que je nerétracterai jamais.
3. La gloire delà résurrection de Jésus-Christ est un des plus touchants motifs de notre persévérance dans la grâce. La raison est que cette résurrection du Sauveur nous met devant les yeux la gloire et l'immortalité bienheureuse où tfous aspirons , et qui doit être notre récompense étemelle. Aussi prenez garde que ce fut cette vue qui inspira an saint homme Job tant de constance dans les plus rigoureuses épreuves. Scio quod Redemptor métis vivit, et in novissimo die de terra surrecturus sum.... Reposi ta est hœc spes in sinu meo.
4. Le sacrement de la résurrection de Jésus-Christ est comme le sceau de notre persévérance dans la grâce. J'appelle le sacrement de sa résurrection le sacrement de son cor])s , que nous avons reçu en célébrant sa résurrection glorieuse. Il prétend par là servir d'aliment à notre âme ; et c'est pour cela que le prêtre, en nous faisant
ANALYSES DES SERMONS
part (le cette divine nourriture , nous a dit : Que le corps de Notre-Seigneur Jésus- Christ conserve votre dme pour la vie éternelle. Ne pourrais-je donc pas bien, si vous retourniez à vos premières habitudes , tous faire k$*mèine reprodie que saint Paul faisait aux Galates : 0 insensati Galatœ, guis vos fascinavit non obedire vcritatiP O insensés que vous êtes! qui tous a ensorcelés pour vous faire abandonner lâchement et honteusement le parti de la vérité? Quelle folie d*avoir commencé par la pureté de resprit , et de finir par la corruption de la chair !
Deuxième parths. La persévérance chrétienne est le titre le plus légitime et le gage le plus certain pour participer on jour à ]aglolredeJésu8<}hrist ressuscité: 1. laperséTéranoe représente déjà dans nous Tétat de cette bienheureuse résurrection ; 3. elle nous dispose et nous conduit à cette bienheureuse résurrection ; 3. elle nous fait mériter, autant qu*U est possible , la grftce spéciale de cette bienheureuse résurrection.
1 . La persévérance clirétienne représente déjà dans nous l'état de cette résurrection glorieuse , dont nous voyons les prémices dans la personne du Sauveur. En quoi consiste cet état des corps glorifiés ? en ce qu'ils ne sont plus sujets à aucune vicissitude ; en ce que leur gloire est immortelle. Or, rien n*approche plus de cet état que la persévérance du juste , ou d*un pécheur converti. Car au lieu que les mondains sont dans un changement perpétuel, le juste, fortifié par la bonne habitude, est inviolablcmeut ce qu'il doit être, et par là anticipe l'heureux état de la résurrection future. Cest ce que disait saint Cyprien à des vierges chrétiennes : Vos resurrectionis gloriam in hoc seculo jam tenetis. Vous possédez par avance dans cette vie la gloire que nous attendons d«ms l'autre. Or, ce que saint Cyprien leur disait, je puis bien vous l'appliquer ; et les plus libertins mêmes no sont pag exclus de ce bonheur, puisque les plus libertins sont capables d'une parfaite conversion comme les autres péclieors. Mais si vous ne soutenez pas ceque vous avez entrepris, il est bien à craindre que vous ne soyez pas du nombre de ceux qui» selon la parole du prophète royal , doivent un jour ressusciter dans l'assemblée des justes. Celui, dit le Sauveur du monde, qui regarde derrière lui après avoir mis la main à la charrue a'est pas propre au royaume de Dieu. Et comment un homme inconstant et léger, reprend saint Chrysostôme, seraiMl propre au royaume de Dieu, puisqu'il ne Test pas même pour le monde et pour les affaires du monde ? Et d'ailleurs, conclut le même Père, si nous ne sommes pas propres au royaume de Dieu , que sert-il de l'être pour toute autre chose?
2. La persévérance chrétienne nous dispose et nous conduit à la résurrection bienheureuse. Car elle nous conduit à la persévérance finale, qui est la dernière disposition à la bienheureuse immortalité. Dans les prédestinés , dit saint Jérôme, on ne cherche pas le commencement, mais la fin. Par conséquent, c'est la persévérance qui met le comble à la prédestination des élus. Cela s'entend , me direz-vous , de la persévérance finale; il est vrai: mais par où arrive-tpon à la persévérance finale, smon par la persévérance commencée, qui est celle de la vie ? Ainsi nous ne DOQS disposons à régner un jour comme les saints dans le del qu'autant que nous nous accoutumons à persévérer comme eux sur la terre.