La persévérance chrétienne nous fait mériter, autant
qu*il est possible, la grâce spéciale de la résurrection bienheureuse : pourquoi? parce qu'elle nous fait mériter, au* tant qu'il est possible, la grâce de la persévérance finale. Quand je dis mériter , je n'entends pas d'un mérite de justice, mais d'im mérite de convenance et fondé sur la miséricorde et la libéralité de Dieu. C'est-à-dire que Dieu voyant l'homme appliqué de sa part à se maintenir dans la grâce, û se sent réciproquement ému, en vue d'une telle constance , à le gratifier de ses plus singulières faveurs , et en particulier du don de la persévérance finale. De là, quand nous voyons un juste mourir saintement, nous ne nous en étonnons point; mais nous reconnaissons en cela une espèce de convenance , qui , sans blesser en rien la justice de Dieu, l'a engagé à déployer toute sa miséricorde et à l'exercer. Au contraire, quand on nous parle de certains justes qui se sont démentis à la mort , et se sont malheureusement perdus , nous en sommes effrayés, et nou^ jugeons qu'il y a eu dans cettt; disposition de Dieu quelque chose que nous ne comprenons pas. Quoi qu'il on puisse être, la sur]>rise où nous jettent ces chutes inopinées et ces coups de réprobation , est une preuve que c« n'est donc point ainsi;qoe Dieu en use selon les règles ordinaû-es.
Je finis par la touchante exhortation de saint Jérôme à un homme du monde , qui commençait à chanceler dans le dessein qu'il avait pris de chercher à Bethléem un asile contre les périls du siècle. Obsecro te, Frater, et monec parentis a/feclu , etc.. Application des paroles de ce Père à un pécheur converti.
LE DIMANCHE DE QUASmODO.
SUR L\ PAIX CHRÉTIENNE
Sujet. H leur dit une seconde fois : La paix soit avec vous.
Voilà le précieux trésor que Jésus-Christ laisse à ses apôtres. Mais d'où vient qu'il ne se contente pas de leur donner une fois la paix, et qu'il leur dit deux fois : Que la paix soit avec vous ? c'est ceque je vais vous apprendre, et d'où je tire le sujet de ce discours.
Division. Paix de l'esprit et paix du cœur, double paix que le Sauveur donne à ses apôtres ; et voilà pourquoi il leur dit deux fois dans la même apparition : Que la paix soit avec vous. Mais par où arrive-t-on à Tune et à l'autre ? parla soumission à la foi, et par robéissance à la loi. En deux mots , il faut que la foi gouverne notre esprit si nous voulons qu'il soit dans le calme : première partie. Il faut que la loi de Dieu règne dans notre cœur , si nous voulons qu'il jouisse d'un bonheur solide : deuxième partie.
Première partus. Paix de l'esprit dans la soumission à la foi. Hors de cette soumission à la foi , il est impossible que notre esprit trouve jamais le repos. Car domiez-moi un homme déterminé à ne croire que ce qu'il lui platt , sana déférer à la foi, sur quoi s'appuiera -til? Ou il vivra dans l'indifTérence touchant la religion , ou il se fera une religion particulière selon ses vues. S'il vit dans une indifTérence entière touchant la religion , c'est-à-dire , sans se mettre en peine s'il y a un Dieu et une autre vie, vous voyez assez le malheur de cet état. Quelle paix peut-il goûter, ne sadiant ni ce qu'U est ni ce qu'il deviendra , et abandonnant au hasard son bonheur et son malheur éternel? S'il se fait une religion de sa raison , je veux dire
ANALYSES DES SERMONS
selon fies Tues natarelles, il u\ Iroiivera pas plus dé tranquillité : poarqaoi? parce qu*an homme sage , pour peu qu*il se connaisse lui-même, doit être convaincu de trois dioses touchant sa raison; saToir, qu'elle est sujette à Terreur, qu'elle est naturellement curieuse» et que la plupart de ses connaissances ne sont tout au plus que des opinions qui la laissent toujours dans l'incertitude en lui proposant même la vérité. Or ces trois choses sont absolument incompatibles avec le repos de l'esprit.
Si je suis sage, je ne puis établir ma religion sur ma raison, pourquoi? parce que je sais que ma raison est sujette à mille erreurs , surtout en ce qui concerne la religion. Exemple des païens , des Égyptiens , des Romains , peuples d'ailleurs si polis, qui sont tombés dans les plus prodigieux égarements sur ce qui regarde le culte de la Divinité. Exemple de tant d'hérétiques : point d'hérésie si extravagante qui n'ait trouvé des secta'teurs. De plus, qui ne sait pas que le caractère de notre esprit , d^s la plupart des jugements qu'il forme, est un caractère d'incertitude, d'inconstance, d'irrésolution? autre qualité directement contraire an repos qu'il cherche. Voyez ces prétendus esprits forts du monde,qui , pour avoir peu de religion , raisonnent éternellement sur la religion. Ils raisonnent, mais sans savoir ce qu'ils croient et ce qu'ils ne croient pas; incertains de tout , et détruisant aujourd'hui ce qu'ils avaient hier avancé. D'où est venue cette confusion qui a paru de tout temps dans le progrès des hérésies? de l'orgueil de la raison humaine. Chacun s'érigeait en maître et dogmatisait à sa mode. Quand il n'y aurait que la curiosité de savoir.^ avec cette insatiable avidité d'acquérir sans cesse de nouvelles connaissances, pourrions-nous espérer de procurer la paix à notre esprit?
il faut donc, pour mettre notre esprit en possession de cette bienheureuse paix où il aspire, quelque chose de stable, qui arrête et qui borne sa curiosité; quelque chose de certain , qui remédie à ses inconstances ; quelque chose d'infaillible, qui corrige ses erreurs. Or ce sont les trois caractères de la foi : car la foi borne notre raison, en réduisant tous ses discours à ce seul principe , c'est Dieu qui l'a dit ; la foi remédie à ses inconstances , en nous^met* tant dans cette sainte disposition d'esprit où nous renoncerions plutôt à toutes les lumières de la nature et à toutes les connaissances des sens que de ne pas croire ce que nous croyons : enfin la foi assure la raison de l'homme contre le mensonge et l'erreur, parce qu'étant fondée sur la révélation divine , elle est aussi infaillible que Dieu même.
Du reste, notre foi n'est ni une foi ignorante, ni une foi imprudente , ni une foi aveugle en toutes manières. Ce n'est point une foi ignorante, puisque avant que de croire il nous permis de nous éclaircir si la chose est révélée de Dieu ou si elle ne Test pas. Ce n'est point une foi imprudente , puisqu'elle est fondée sur des motifs qui ont convaincu les premiers hommes du monde. Ce n'est point une foi aveugle en toutes manières, puisqu'à l'obscurité des mystères qu'elle nous révèle elle joint une espèce d'évidence, et c'est l'évidence de la révélation de Dieu. Voilà ce qui achève de calmer mon esprit.
Au contraire , si je sors des voies de la foi , je tombe dans un labyrinthe, où je ne fais que tourner , sans trouver jamais d'issue. U faut, pour y renoncer à cette foi, que je me porte aux plus grandes extrémités : à ne plus reconnaître
de Dieu , à ne plus reconnaître de Sauveur t{oinme>l>ietf ^ etc. Or, pour en venir là et pour y demeurer, quels combata n'y a-t-U pas à soutenir, et de quels flots de pensées on es* prit ne doit-il pas être agité ?
Dans cette contrariété de sentiments qui est entre vous et moi, dirais-je encore à un libertin, qui de nous deux expose davantage , et qui de nous deux doit plus craindre ? En croyant ce que je crois, tout ce qui peut m'arriver de plus fâcheux, c'est de me priver inutilement et sans fruit, pendant la vie , de certains plaisirs défendus fiar la loi que je professe , et défendds même par la raison ; mais vous, si ce que vous ne croyez pas ne laisse pas d*être vrai, vous TOUS mettez dans le danger d'une damnation étemelle.
Concluons. Heureux ceux qui croient et qui n'ont point vu. Notre condition en cela peut être même plus heureuse que celle des apôtres ; car ils avaient vu les miracles de Jésus-Christ , et nous croyons sans les avoir tus.
Deuxième partie. Paix du cœur dans l'obéissance à la loi. 1. On ne peut résistera Dieu et avoir la paix. 2. Il est aussi comme impossible de n'avoir pas la paix quand on est soumis à Dieu.
1. On ne peut résister à Dieu et avoir la paix. Quis resdtit ei , etpacem habuitPDlen, dit saint Augustin , étant le souverain bien de l'homme et sa fin dernière , le oœor de l'homme ne peut être en paix qu'autant qu'il est uni à Dieu. Or il n'est uni à Dieu dans cette vie que par un assujettissement volontaire à la loi de Dieu. Le pécheur veut vivre dans l'indépendance, et dès là il se précipite dans un abîme de malheurs ; dès là sa raison devient son ennemie , sa foi le condamne, sa religion l'effraye, sa conscience le déchhre. Cette seule pensée : Je suis l'objet de la haine de Dieu, je suis actuellement exposé aux coups de Dieu, n'est-elle pas capable'de faire dans l'ftme du pécheur une espèce d'enfer ? Aussi , disait le Sage en parlant à Dieu , vous n'avez , Seigneur, pour punir les pécheurs, qu'à Ie9 abandonner à eux-mêmes , sans armer contre eux les créatures.
Consultons l'expérience. Voyons-nous que les pécheurs du siècle jouissent d'une véritable paix ? Qu'est-ce que leur vie ? un esclavage où leurs passions et leurs Tices les dominent ; une dépendance perpétuelle du monde et de ses lois, un assujettissement servile à la créature. Qu'est-ceque leur vie? une suite de désordres qni les rendent également crimmels et malheureux, parce que c'est, par exemple, une ambition qu'ils ne peuvent satisûire, une avariée qui ne dit jamais : C'est assez, etc.
Mais ces pécheurs ont souvent tout ce qui fiiit les liommes heureux dans cette vie ; ils sont riches , puissants , élevés. Je prétends , moi , que ce n'est point tout cela qui fait le bonheur de l'homme : car ne voyons-nous pas tous les jours des hommes contents sans tout cela , et des hommes malheureux avec tout cela? Mais ils passent pour heureux dans l'opinion du monde. Ce qui fait le malheur oo le bonheur, ce n'est pas l'opinion et l'idée d'autmi ; mais notre propre idée , notre propre opinion , notre propre sentiment. Mais ils disent qu'ils ont la paix. Ils le disent, j'en conviens ; mais , tandis qu'ils le disent de bouche, leur cœur les dément.
2. Il est comme impossible de n'avoir pas la paixquaad on est soumis à Dieu. Paix inébranlable du côté de Dieu , paix inébranlable du côté du prochain , paix inébranlable de notre part môme.
ANALYSES DES SERMONS
Voilà le bienheureux éUt des justes. Tel fut l'état d*uiK saint Paul , et de tant| de martyrs; tel est celui de tant de chrétiens fidèles h la loi. Le dirâi-je , mon Dieu ? tel est Té* tat où je me suis quelquefois trouvé moi-même , et où je me trouve encore quand je me tourne vers vous.
LE PREMIER DIMANCHE APRÈS L'ÉPlPHANIÈ.
SUR LE DEVOIR DES P^.RES PAR RAPPORT A Là VOCATIOfT DE LBUR8 KMFAirrS.
Sujet. La mère de Jésus- Christ lui dit : Màn Fils, pourquoi en avez-vous usé de la sorte avec ncfus? Votre père et moi , nous vous cherchions avec beaucoup d'in^ quiétude. Il leur répondit : Pourquoi me cherchiez^ vous ? ne savez-vous pas qu'il faut que Je m'emploie aux choses qui regardent mon Père ? Et ils ne comprirent pas ce qu'il leur dit.
Le Sauveur du monde', dans cette réponse qu'il fit à Marie , apprend aux pères et aux mères comment ils doivent se conduire à Tégard de leurs enfants, surtout en ce qui concerne le choix de l'état où Dieu les appelle.
Division. 11 n'appartient pas aux pères de disposer de leurs eniànts en ce qui regarde leur vocation et le choix qu'ils ont à faire d'un état : première partie. Les fpères néanmoins sont responsables à Dieu du choix que font leurs enfants et de l'état qu'ils embrassent : deuxième partie.
PREMièjiE PARTIE. Il n'appartient pas aux pères de disposer de leurs enfants en ce qui regarde leur vocation et le choix qu'ils ont à foire d'un état Un père qui veut se rendre maître de la vocation de ses eniants commet deux injustices, l'une envers Dieu , l'autre envers ses enûnls.
1. Injustice envers Dieu , parce qu'il n'appaiiient qu'à Dieu de décider de la vocation des hommes : pourquoi ? deux raisons : c'est qu'il est le premier père de tousr les hommes , et c'est qu'il n'y a que sa providence qui puisse bien s'acquitter d'une fonction aussi importante que celle de marquer aux hommes leur vocation. Il est le premier père , et c'est la qualité qu'il prend dans rÉcriture. 11 est même, remarque saint Grégoire, le seul père que nousre connaissions selon l'esprit, et par oonséquenl le seul quiait droit d'exercer sur les esprits et les volontés des hommes cette supériorité de conduite qui fait l'engagement de la vocation. Aussi tous les maîtres de la morale chrétienne ont-ils toujours regardé comme une offense griève d'embrasser un état sans la vocation de Dieu , et c'est à cette vocation que sa grtee est attachée. De plus , il n'y a que Dieu qui puisse bien appliquer les hommes à un emploi et leur assigner la condition qui leur convient, parce qu'il n'y a que lui qui puisse connaître les voies de leur salut et de leur prédestination étemelle. Cest donc une témérité insouteDaft>le dans un père de disposer d'un enfimt , soit pour l'Église , soit pour le monde, et ilne le peut fSnre sans blesser les droite de Dieu. N'est-ce pas néanmoias ce qu'on fait tons les jows?
7" Injustice envers les enfonts, parce qu'il est du droit naturel et du droit divin que celui-là choisisse lui-même son étet , qui en doit porter les charges et aocomplir les obligations. Là où il s'agit de vocation , il s'agit de salut. Or, dès qu'il s'agit du salut , point d'autorité du père sur le fils, parce que tout y est personnel. Un père, comme on le dii-a 1 dans la suite, peut bien redresser le cboix d'un enfant, par I de sages avis et même par la force de l'autorité patemdle , I si cet enfant choisit mal ; mais do reste , il ne peut dispo-
BOtT.DAU>UE. — T. I.
ser absolument de sa personne. Quels reprochés recevront un jour là-dessus de la part de leurs enûmts tant de pères et de mères !
DEcxiiHE PARTIE. Les pères sont responsables à Dieu du clioix que font leurs enfants , et de l'état qu'ils embrassent. Car ils doivent intervenir à ce choix comme dù-ectcurs et comme surveillante , puisque Dieu leur a donné ce droit de direction et de surveillance. Ainsi, un enfant ne peut contracter un engagement, un mariage , sans l'aveu et la partidpatioo de son père ; et si le fils veut prendre un parti qui , selon Dieu , lui soit pernicieux , le p^ est noo-seulr ment en pouvoir, mais dans l'obligation de s'y opposer.
Afin de mieux entendre ce point , il faut remarquer que le choix d'un étet peut être mauvais en trois manières : ou par lui-même , ou par l'incapacité du sujet qui s'y engage , ou par les voies qu'il prend pour y entrer.
K Choix d'un étet mauvais parlui-mênw, parce que l'étet eat contraire an salut, ou du moins très-dangereux pour le salut. Il est évident qu'un père doit faire tous ses efforto pour en détourner un en&nl ; et si par des vues d'intérêt il est le premier à l'y porter, il se rend coupable devant Dieu , et il répondra à Dieu de la perte de son fils.
2. Choix mauvais par l'incapacité du sujet, parce qu'il n'a pas les qualités requises pour l'état qu'il embrasse. Un père qui connaît celte indignité, est criminel de mettra son fils dans une place dont il ne pourra remplir les devons? Toutefois rien n'est plus ordinaire aux pères que d'établir ainsi leurs en&nto , et de là tant de désordres.
3< Choix mauvais par rapport aux moyens d'entrer dans un étet, et aux voies qu'on prend pour cela. Il y a des moyens injustes ; et ne sont-ce pas souvent ceux dont un père se sert pour avancer un fils qu'il aime.' Abus qu'on ne peut trop condanmer, et qui fera tout ensemble te réprobation des pères et des enfante.
Ce n'est pas qu'il ne soit permis aux pères et aux mè' res de procurer à leurs enfante des emplois convenables. Mate leur premier som doit êtro de les perfsctiooner et de les rendre digues des emplois qu'ite leur procurent. Cette éducation des eniante leur coûtera bien des soins et bien des peines ; mais ce sera aussi pour eux un grand fonds de mérites auprès do Dieu.