‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 252 sur 256 · LE DIMANCHE DE LA SEPTUAGÉSIME · texte numérisé non relu

LE DIMANCHE DE LA SEPTUAGÉSIME

SCR L*OIStVETÉ.

Sujet. Étant sorti vers la onzième heure du jour, il en trouva encore d'autres qui étaient là, et il leur dit : Comment demeurez-vous ici tout le jour sans rien /aire?

L'oisiveté ne passe dans le monde que pour un péché léger, mais c'est devant Dieu un péché très-grief.

Division. Nous sommes tous obligés au travail, et ex\ qualité de pécheurs, première partie ; et en qualité d'hommes attachés par état à une condition de vie , deuxième partie.

Preh]^.he partie. Nous sommes tous obligés au travail en qualité de pécheurs ; car le travail est la peine du péché. Peine satisfactoire , et peine préservative.

1. Peine satisfactoire. Dieu imposa le travail au premier homme, comme le chàtûnent de son péché ; et cette loi s'est étendue à toute la postérité d'Adam , sans nulle exception d'états , parce que nous sommes tous pécheurs. Quand donc nous menons une vie oisive , nous tombons dans une seconde révolte contre Dieu. La première a été notre péché , et la seconde est la fuite du travail qui en doit être la punition. Voilà néanmoms quelle est la vie du monde. On passe les années à perdre la chose la plus précieuse , qui est le temps , et le temps de la pénitence. Je suis riche, dit-on, et qu*ai-je affaire de travailler? Mais, quoique riche , vous êtes pécheur. Je suis d'une qualité et dans un rang où 1« travail ne me convient pas il \ou6 coq*

ANALYSES DES SERIONS

trient partout, puisque partout vous (tie& pécheur. Le travail est ennuyeux : prenez cet ennui par pénitence.

2. Peine préserrative. De combien de pécliés Toisiveté est-elle la source? C'est le travail qui nous en préserve. Exemple des Juifs , de David , de Salomon. C'est pour cela que les Pères du désert enjoignaient si fortement le travail aux solitaires ; et c'est de là mémo que la vraie piété et l'innocence des mœurs ne se rencontrent presque plus que dans ces conditions médiocres qui subsistent par le travail.

Deuxième partie. Nous sommes tous obligés au travail en qualité d'hommes attachés par état à une condition de vie. Car toute condition est sujette à certains devoirs dont Taccomplissemenl demande du travail et de la peine ; et plus une condition est relevée dans le monde , plus elle a de ces engagements auxquels il est impossible de satisfaire sans une application constante et assidue. Cela se>oil assez par rinduction qu'on peut faire de tous les états de la vie. . pieu l'a ainsi ordonné pour deux raisons , surtout à regard des conditions plus relevées : 1. afm que les dignités et les conditions honorables ne devinssent pas les sujets de notre vanité : 2. afm qu'elles ne servissenlpas à exciter notre ambition.

Concluons donc deux choses : qu'il n'y a point d'état où l'oisiveté ne soit un crime , et qu'elle l'est encore plus dans les étals supérieurs aux autres. Y a-t-il en effet un état où l'on puisse être oisif sans manquer aux devoirs de conscience les plus essentiels; et comme les états supérieurs ont des devoirs plus importants, n'en est-on pas d'autant plus criminel, lorsque, loisiveté les fait négliger? C'est pervertir Tordre des choses, c'est être infidèle à la Providence , c'est déshonorer son état , et par une suite nécessaire c'est se damner. Exemple de l'empereur Valentinien.

LE Dli>UNCHË DE LÀ SEXAGÉSLME.

SUR LA PAROLE DE DIEO

Sujet. Le bon grain , c*est la parole de Dieu.

Sommes- nous de cette bonne terre où le bon grain de la parole de Dieu fructifie? Si cette divine parole est si stérile, il ne faut point s'en prendre à Dieu, mais aux mauvaises dispositions de ceux à qui on l'annonce.

Division. La parole de Dieu nous est inutile, parce qu'on ne la re^it pas comme parole de Dieu , première partie. Et dès que par notre faute cette sainte parole nous est inutile, elle devient le sujet de notre condamnation devant Dieu , deuxième parti*^.

Première partie. La parole de Dieu nous est souvent inutile, parce qu'on ne la reçoit pas comme parole de Dieu. Il faut d'abord poser ce principe, que Dieu parle par la bouche de ses prédicateurs. Point de controverse en faveur des nouveaux convertis.

Puisque c'est la parole de Dieu , qu'annoncent les prédicateurs, suivent de là trois grandes conséquences : 1 . que nous devons donc écouter les prédicateurs de l'Évangile , comme Dieu même ; 2. que si je reçois la parole de Dieu comme parole des hommes, je ne satisfais pas au [>récepte positif que ma religion m'impose d'écouter la parole de Dieu ; 3. que d'entendre cette parole de Dieu comme paj'ole de l'homme, c'est la rendre inutile, et voilà de quoi présentement il s'agit. La preuve en est fondée sur deux iiiincîpfs indubitablec : le urrmirr rst . *\iw la force

touto-puissante de la parole de Dlea ne Inl convient pti en tant qu'elle procède de l'homme , mais en tant qu'ells est de Dieu : le second , c'est que la parole de Oîea n'opère en nous que selon la manièj« dont elle y est r«çiie. Vous ne. la recevez que comme parole de l'homme, elle n'agira que comme parole de l'homme. Or, rien de plot faible que la {larole de l'homme. Exemple des Juifs et des ap6tres. Ne nous étonnons donc point de ce que la parole de Dieu nous profite si peu : c'est qu'on ne l'entend que comme parole des hommes; c'est-à-dire qu'on l'entend, 1. par coutume et par une espèce de passe-temps; 2. par uo esprit de malignité et de censure; 3. par une curiosité vaine et tout humaine.

Deuxième partie. Dès que par notre faute la parole de Dieu nous est inutile, elle devient le sujet de notre condamnation deyant Dieu. Car se rendre inutile une parole si efficace en elle-même, l. c'est un péché, 2. c'est s'ôter, par ce péché particulier, toute excuse dans fous les autres péchés.

1. C'est un péché, parce que la parole de Dieu est on moyen de salut et un des premiers moyens. Or, puisqu'il nous est ordonné de travailler à notre salut, manquer psr sa faute un tel moyen , c'est incontestablement on pédié. Quel fut le péché des Juif^? de ne s'être pas soumis à la parole de Dieu. Cependant de tous les pédiés en est-fl on que l'on connaisse moins? On ne s'en fait nul scrupule : mais il y a néanmoins de quoi nous faire trembler.

2. C'est s'ôter, par ce péché particulier, toute excuse dans tous les autres péchés. Car à quoi se réduisent tontes nos excuses? ou à l'ignorance, ou à la faiblesse. Or, la parole de Dieu est un moyen pour nous instruire et pour nous fortifier. Nous ne pouvons donc plus dire ce qu'on dit néanmoins sur tant de sujets : Je ne le savais pas , ou Je ne le pouvais pas. La parole de Dieu était un moyen pour le savoir et pour le pouvoir : et c'était le moyen le plus poissant , le plus présent , le plus gratuit et d'une préférence plus marquée.

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