TROISIÈME PARTIE
Ce n'est pas sans raison que les Pères ont considéré le péché , surtout quand l'habitude en est formée, comme une dangereuse maladie que la pénitence avait à combattre , et contre laquelle il était néeessaire qu'elle employât les phis souverains remèdes. En effet, dit saint Chrysostôme, de là dépend la destinée ou bienheureuse ou malheureuse du pécheur : bienheureuse si , touché du zèle de son salut, il se résout à user de ces remèdes salutaires que lui prescrit la pénitence ; malheureuse, si le dégoût qu'ils loi causent lui en donne de l'horreur, et si la répugnance qu'il sent à se vaincre les lui fait rejeter. Car il n'y a, ajoute ce Père , que des frénétiques qui , frappés d'un aveuglement encore plus déplorable que leur mal même, refusent de s'assujettir à ce qui les doit infailliblement guérir. Convenons donc, mes chers auditeurs , de deux obligations bien essentielles que la loi de Dieu nous impose , et qui regardent les deux sortes de remèdes que nous devons prendre contre le péché ; ceux-là pour nous en garantir, et ceux-ci pour nous en punir; ceux-là pour n'y plus tomber, et ceux-ci pour Texpier ; les premiers, remèdes préservatifs; et les seconds, si je puis ainsi parler, remèdes correctifs; et par un simple usage des uns et des autres , mettons-nous en état , sinon d'être absolument assurés de notre pénitence, au moins d'en avoir une certitude morale, et d'être bien fondés à croire qu'elle nous a fait rentrer en grâce avec Dieu, et qu'elle nous y doit conserver.
n n'y a personne (et ceci regarde la première obligation) ; non, chrétiens, il n'y a , j'ose le dire, personne qui , par les différentes épreuves qu'il en a ùites , pour peu qu'elles aient été ou accompagnées on suivies de réflexion , n'ait reconnu ce qui peut le préserver du péché , et ce qui est propre à le maintenir dans l'ordre. Je défie les âmes les plus volages et les moins attentives à leur conduite , de n'en pas demeurer avec moi^d'accord. Car enfin, quelque dissipé, quelque inconsidéré, quelque emporté même , et quelque aveuglé que soit un pécheur, il ne l'est jamais tellement que , dans le cours de ses passions les plus déréglées, il n'observe encore malgré lui ses pas , ou plutôt ses égarements et ses chutes , et que , dans ses chutes , pour grièves qu'elles soient , il ne se rende souvent au fond de son cœur ce témoignage secret : Si j'usais de telle et de telle précaution , le péché n'aurait plus tant d'empire sur moi, et je pourrais même entièrement par là le prévenir et l'arrêter. Or je dis, mes frères, que la preuve convaincante d'une sincère conversion est de prendre dans la voie de Dieu ces précautions nécessaires , de suivre sur cela ses vues particnlières et ses connaissan-
ces, d'être sur cela fidèle à soi-même, de s'écouter soi-même , et de ne rien négliger de tout ce qu'on juge avoir plus de vertu pour nous soutenir et pour nous défendre.
Ainsi, mon cher auditeur, vous avez cent fois éprouvé que le plus certain et le plus puissant préservatif contre la cupidité et l'amour du plaisir qui vous domine, est l'ai^lication et le travail; qu'assidu à un exercice qui atUche l'esprit et qui le fixe , vous vous conservez sans peine, ou avec beaucoup moins de peine, dans l'innocence ; et que tandis que vos jours étaient, tx>mme parle le prophète, des jours pleins, c'est-à-dire des jours pleinement et utilement employés , le péché ne trouvait nulle entrée dans votre coeur ; vous le savez : cependant vous aimez le repos et la tranquillité ; votre penchant vous porte à une vie oisive et molle; et ce fonds de paresse qui vous est naturel et que vous entr^enez vous éloigne de tout ce qui gêne Tesprit et qui captive les sens. En quoi consiste par rapport à vous l'efficace de la pénitence? c'est à vous prémunir de ce côté-là vous-même contre vous-même ; c'est à vous occuper, puisque le grand soutien de votre faiblesse est Toccupation ; à vous occuper par un esprit de religion , quand vous n'y seriez pas engagé d'ailleurs par d'autres intérêts et d'autres devoirs ; à vous occuper par un esprit de pénitence, car c'est une pénitence en effet très-agréable à Dieu; à vous occuper, sans rien rejeter, de tout ce qu'il y a de plus pénible et de plus fatigant dans l'emploi que la Providence vous a commis; à vous charger de tout le fardeau, fût-il encore plus pesant, et en dussiez-vous être accablé : pourquoi? parce qu'au moins êtes vous par là réduit à l'état bienheureux de ce solitaire qui disait , au rapport de saint Jérôme : Je n'ai pas le loisir de vivre, et comment aurais-je le loisir de pécher ? f^ioere mihi non licet, et quomodofornicarllicebitî (Hisbon.) Bien loin donc d'envisager cette vie laborieuse comme une servitude , rendez grâces à Dieu de vous avoir donné dans votre état un moyen si honnête et si raisonnable, si présent et si sûr pour vous détourner du vice; et de vous avoir fait trouver dans votre condition même un remède contre ces passions si vives que fomente Toisiveté, et que le seul travail peut amortir.
J'en dis autant de vous, qui n'ignorez pas et ne pouvez ignorer à combien de chutes et de rechutes votre fragilité tous les jours vous expose, et quel frein serait capable de vous retenir; que contre les plus importunes ou les plus violentes attaques, vous trouveriez dans la fréquente confession un secours toujours prêt, et presque toujours immanquable; que muni du sacrement , et de la grâce qui y est at« tachée , on en est , et plus fort dans les occasions , et plus constant dans ses résolutions; que plus vous vous en éloignez , plus vous vous affaiblissez, plus
SUR LA PÉNITENCE
vous vous relâchez; que pour marcher dans la voie du saUit avec persévérance , il vous faut un conducteur et uu guide , un homme qui vous tienne la place de Dieu, et qui, par ses conseils, vous affermisse dans le bien ; que Tobligation de recourir à lui , et de lui rendre compte de vous-même , est comme un lien qui arrête vos légèretés et vos inconstances ; en un mot, que c'est dans le sacré tribunal, et entre les mains de ses ministres, que Dieu , pour parler avec l'apôtre, a mis ses armes dont nous devons nous revêtir pour résister et pour tenir ferme au jour de la tentation. Vous en êtes instruit, hélas! et vos propres malheurs ne vous l'ont que trop appris. Cependant la confession vous gêne , surtout la confession fréquente ; cette loi que le ministre du Seigneur vous impose de vous présenter à lui de temps en temps, comme au médecin de votre âme, pour lui découvrir vos blessures, vous paraît une loi onéreuse , et vous avez de la peine à vous en faire un engagement. Si d'abord vous vous y êtes soumis, si vous l'avez acceptée, vous rétractez bientôt votre parole, et vous secouez enfin le joug. Puis-je présumer alors que votre pénitence ait eu cette bonne foi, cette sincérité qui la doit rendre valable devant Dieu? Si cela était, dans le besoin pressant où vous vous trouvez , mon cher auditeur, vous seriez au moins disposé à vouloir guérir ; et , dans cette disposition , vous chercheriez le remède. Convaincu par vousmême de son utilité et de sa nécessité, sans attendre qu'on vous l'ordonnât, vous seriez le premier à vous le prescrire. Vous accompliriez à la lettre et avec joie la condition que le prêtre , selon les règles de son ministère , a prudemment exigée de vous. Il vous verrait au jour marqué revenir à lui , pour reprendre auprès de lui de nouvelles forces. Vous vous feriez même de votre fidélité et de votre exactitude, non-seulement un devoir, mais une consolation. Et que ne fait-on pas tous les jours pour un moindre intérêt ? Au retour d'une maladie dont vous craignez encore les suites , à quoi ne vous réduisezvous pas? de quoi ne vous abstenez- vous pas? Estil régime si rebutant , si mortifiant , que vous ne suiviez dans toute sa rigueur, et tel qu'il vous est prescrit ? Avez- vous de la foi si, lorsqu'il s'agit de votre salut, vous tenez une conduite tout opposée? et raisonnez-vous en chrétien, si vous n'observez pas pour votre âme ce que vous observez avec tant de soin, et même avec tant de scrupule, pour votre corps?
Achevons et disons un mot de la seconde obligation. Pour se convertir efficacement, il ne suffit pas de se préserver du péché en évitant de le commettre, il faut l'expier après l'avoir commis ; il faut exercer contre soi-même cette j ustice vindicative que Dieu exercera un jour contre le pécheur impénitent. Or, voici , mes chers auditeurs, le dernier désordre
qui, dans la plupart des chrétiens, rend la pénitence inutile et sans effet. Quelque usage que nous fassions du sacrement de la pénitence , nous ne nous corrigeons pas , parce qu'à mesure que nous péchons , nous ne nous punissons pas ; et sans en chercher d'autre raison , nous vivons des années entières dans l'iniquité , parce que notre amour-propre nous inspire la mollesse, et qu'ennemi d'une vie austère, il nous entretient dans l'habitude d'une malheureuse impunité.
Si le châtiment du péché, je dis le châtiment volontaire , à quoi , comme arbitres et juges dans notre propre cause, nous nous condamnons, et qui est proprement par rapport à nous ce qui s'appelle pénitence; si le châtiment du péché suivait de près le péché même; si nous avions assez de zèle pour ne nous rien pardonner ; si , malgré notre délicatesse, autant de fois que nous oublions nos devoirs et pour chaque infidélité où nous tombons, nous avions le courage de nous imposer une peine et de nous mortifier, j'ose le dire, chrétiens, il n*y aurait plus de vice qu'on ne déracinât, ni de passion qu'on nesur« montât.
Je ne prétends point pour cela que la pénitence soit une vertu servile, et qu'elle n'agisse que par la crainte. Car on peut, dit saint Augustin, se punir par amour, on peut se punir par zèle de sa perfection , on peut se punir pour venger Dieu , on peut se punir pour se régler soi-même; et si c'est par crainte que l'on se punit, on peut se punir par une crainte filiale et qui procède de la charité^ en s'obli* géant, pour rentrer en grâce avec Dieu et pour lui payer le juste tribut d'une satisfaction qui ï'ho' nore, à faire telle ou telle œuvre de piété, à pratiquer telle ou telle austérité, à se retrancher tel ou tel plaisir permis , à se priver de telle ou telle commodité.
Aussi , quand l'Église autrefois punissait par dei peines canoniques et proportionnées chaque espèce de péché, elle ne croyait pas ôter par là aux fidèles cet esprit d'adoption qu'ils avaient reçu dans la loi de grâce, ni leur imprimer cet esprit de servitude qui avait régné dans l'ancienne loi. Son intention , en observant cette sévérité de discipline, était de soutenir les uns et de ramener les autres, de seconder les efforts de ceux-ci dans leur conversion, et de maintenir ceux-là dans une sainte persévérance. Telles étaient les vues de l'Église ; et Dieu bénissant sa conduite, l'on voyait de là tant de chrétiens conserver sans peine la grâce de leur baptême , et l'on ne pouvait douter de la pénitence et de la douleur de ceux qui l'avaient perdue, quand, pour un seul péché mortel , ils jeûnaient des années entières, et se soumettaient sans résistance à des exercices aussi laborieux qu'humiliants. L'innocence florissait alors et la pénitence était exemplaire , parce que le péclié
SOR LA NATIVITE DE JÉSUS-CHRIST
ii*était point impuni. Mais aujourd'hui l*on en est quitte, et l*on en veut être quitte , à bien moins de frais; et que s*ensuit-il ? c'est qu'aujourd'hui Ton pèehe beaucoup plus hardiment , que Ton demeure dans son péché beaucoup plus tranquillement, que Ton s*en repent beaucoup plus faiblement , que Ton y renonce beaucoup plus rarement, et que presque toutes nos pénitences sont vaines ou du moins trèssuspectes. Ces peines prescrites par TÉglise ont été modérées ; et dès là Finondation des vices a corn* menoé , dès là la discipline s'est énervée , dès là le cfaristianisnie a changé de face. Tant il est vrai que le pécheur a besoin de ce secours , et qu'il ne faut point compter qu'il soit pleinement converti , tandis qu'abandonné à lui-même et à sa discrétion, disons plutôt à sa lâcheté , il n'aura que de l'indulgence pour lui-même, et ne cherchera qu'à s'épargner.
Or, faisons maintenant, chrétiens , ce que faisait l'Église dans les premiers siècles , entrons dans le^ mêmes sentiments, remplissons-nous du même esprit , conformons-nous aux mêmes pratiques. Souvenons-nous que si l'Église s'est relâchée en quelque chose sur ce qui concerne l'usage de la pénitence , ç*a été sans préjudice des droits de Dieu, et que làdessus elle n'a ni voulu ni pu se relâcher en rien; que si elle a consenti à changer quelques règles qu'elle-même avait établies, elle n'a* point touché à Poblîgation essentielle de satisfaire à Dieu , qui n'est pas de son ressort. De là concluons qu'à le bien prendre, cette condescendance de l'Église ne doit point servira autoriser notre lâcheté, parce qu'il est toujours vrai que plus nous nous ménagerons , et moins Dieu nous ménagera; que plus nous nous flatterons,et moins Dieu nous pardonnera ; que moins nous nous punirons, et plus Dieu nous punira ; car le droit de Dieu , et le même droit , subsistera toujours. Ainsi , persuadés que le péché doit être puni en cette vie ou en l'autre, ou par la vengeance de Dieu , ou par Ja pénitence de l'homme : AiU a Deo vindicante, wUab homme pœmtente ( Tehtull. ), n'attendons pas que Dieu lui-même prenne soin d'en tirer toute la satisfaction qui lui est due. Prévenons les rigueurs de sa justice par la rigueur de notre pénitence. Armons-nous d'un saint zèle contre nous-mêmes, prenons les intérêts de Dieu contre nous-mêmes, vengeons Dieu aux dépens de nous-mêmes. Si ceux que Dieu nous a donnés ou que nous avons choisis pour médecins de nos âmes sont trop indulgents, suivant l'excellente maxime de saint Bernard , suppléons à leur indulgence par notre sévérité. S'ils ne sont pas assez rigides ni assez exacts , soyons-le pour eux et pour nous, puisque c'est personnellement de nous qu'il s'agit , et que nous devons plus que tout autre nous intéresser pour nous-mêmes : 51 medicus clemetiilor fuerU , tuage pro te ipso. J
k>9m»4loi;e — t 1.
(Bebn.) Appliquons aux maux spirituels de nos âmes des remèdes spécifiques, et selon la différence des péchés , employons pour les punir des moyens différents : la retraite et la séparation du monde, pour punir la licence des conversations ; le silence, pour punir la liberté et l'indiscrétion deJa langue; la modestie dans les habits et dans l'équipage , pour punir le luxe ; le jeûne , pour punir les excès de bouche et les débauches; Je renoncement aux plaisirs innocents, pour punir l'attachement aux plaisirs criminels. Quis sait si converUUur, et ignoscat? ( JoAN. 3.) Qui sait si le Dieu des miséricordes ne se convertira pas à nous? qui le sait? ou plutôt, qui en peut douter, après la parole authentique qu'il nous en a donnée? En un mot, mes cliers auditeurs, retranchons la cause du péché , assujettissons-nous , quoi qu'il nous en coûte, aux remèdes du péché, et par là nous rentrerons dans le chemin du salut et de la gloire, où nous conduise, etc.
SERMON
LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST
DixU illis antjelus : NoUte tinierc : ecce enini evattgelizQ vobis gaudium magnum , quod crit omni populo : quia «uitus est vobis hodie salvator, qui est Ckristus Dominas, m civitate David.
L^ange leur dU : ne craignez point ; car Je viens voiu hu noncer une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d*une grande Joie; c'est qu'aujourd'hui dans la ville de David, h vous est né un sauveur, qui est Jésus-Christ Saint Luc, chap. 2.
SlBE, Ainsi parla l'ange du Seigneur; mais il parlait à des bergers, c'est-à-dire à des hommes simples qui, éloignés du monde , et veillant à la garde de leur troupeau , menaient une vie aussi innocente qu'elle était pauvre et obscure. II leur annonçait un sauveur qui, né dans une étable, venait honorer leur condition par le choix qu'il faisait de leur pauvreté, et qui , se dépouillant, pour les sauver, de la majesté d'un Dieu , paraissait dans une crèche , revêtu nonseulement de la forme d'un homme, mais d'un homme inconnu comme eux , souffrant comme eux, et, à l'exception du péché, parfaitement semblable à eux. Je ne m'étonne donc pas s'il leur disait : Nolite timere; ne craignez point. Car qu'auraientils pu craindre, demande saint Chrysostôme, dans un mystère où tout les consolait, dans un mystère où ils ne trouvaient que des sujets de bénir Dieu et de le glorifier, dans un mystère qui leur faisait connaître le bonheur de leur condition, et qui par là leur rendait leurs misères non-seulement supportables, mais désirables, mais aimables? Je ne m'étonne pas, dis-je, si l'ange député de Dieu leur tenait ce langage : Ecce ecangelizo vobU gaudium
SUR LA NATIVITE DE JESUS-CHRIST
tnagnwn .: je vous apporte une grande nouvelle, une nouvelle qui vous comblera de joie , savoir, qu'il vous est né un sauveur : Quia natus est vobis hodUe sabxUor,
Maïs, chrétiens, dans Tobligation où je suis d'accomplir aujourd'hui mon ministère, et ayant Thonneur de prêcher l'Évangile de Jésus-Christ dans la cour du plus grand des rois, il s'en faut bien que j'aie le même avantage que l'angedu Seigneur. J'annonce aussi bien que lui la naissance du Sauveur du monde, mais je l'annonce à des auditeurs à qui je ne sais si elle doit être un sujet de consolation. J'annonce un sauveur humble et pauvre, mais je l'annonce aux grands du monde et aux riches du monde; je l'annonce à des hommes qui, pour être chrétiens de profession', ne laissent pas d'iétre remplis des idées du monde. Que leur dirai-je donc. Seigneur, et de quels termes me servirai-je pour leur proposer le mystère de votre humilité et de votre pauvreté ? Leur dirai-je : Ne craignez point ? dans l'état où je les suppose, ce serait les tromper. Leur dirai-je : Craignez? je m'éloignerais de l'esprit du mystère même que nous célébrons , et des pensées consolantes qu'il inspire et qu'il doit inspirer aux plus grands pécheurs. Leur dirai-je : Afîligezvous , pendant que tout le monde chrétien est dans la joie? Leur dirai-je : Consolez- vous, pendant qu'à la vue d'un sauveur qui condamne toutes leurs maximes, ils ont tant de raisons de s'affliger? Je leur dirai, ô mon Dieu ! l'un et l'autre, et par là je sa* tisferai au devoir que vous mMmposez. Je leur dirai : Affligez-vous, et consolez- vous; car je vous annonce une nouvelle qui est tout à la fois pour vous un sujet de crainte et un sujet de joie. Ces deux sentiments si contraires , en apparence, mais également fondés sur le mystère de Jésus-Christ naissant, sont déjà le précis et l'abrégé de tout ce que j'ai à leur dire dans ce discours , après que nous aurons imploré le secours du ciel par l'intercession de la plus sainte et de la plus heureuse des mères. Ave, Maria.
Cétait la destinée de Jésus -Christ de paraître dans le monde comme un objet de contradiction ; et , par un secret impénétrable de la Providence , d'y être tout à la fois et la ruine des uns, et la résurr rection des autres : Eccepositus est hic in ruinam et in resurrectionem muitorum. (Luc. 2.) Toute la vie de cet Homme-Dieu n'a été que Taccomplissement et la suite de cette prédiction. Ce n'est donc pas sans raison que je vous ai proposé d'abord sa sainte naissance comme un sujet de crainte et de joie : de crainte , en le considérant , tout Sauveur qu'il est , comme la ruine des impies et des réprouvés ; et de joie, en le regardant comme la résurrection des pécheurs qui se convertissent , et qui deviennent les élus de Dieu.
Appliquons-nous, chrétiens , cette vérité. Je puis dire que toute l'affaire du salut consiste à bien ménager, par rapport à Dieu, ces deux sentiments opposés de joie et de crainte; et c'est pour cela que David , instruisant les grands de la terre à qui Dieu lui faisait connaître que cette leçon était particulièrement nécessaire , leur disait, par une manière de parler aussi surprenante qu'elle est judicieuse et sensée : Servite Domino in timoré, et eocuUate ei cum tremore {Psalnu 2) : Servez le Seigneur, et réjouissez-vous en lui avec tremblement. Pourquoi trembler, dit saint Cbrysostôme, si je dois me réjouir en lui, et pourquoi me réjouir en lui, si je dois trembler? C'est, répond ce saint docteur, qu'à regard de Dieu et en matière de salut, Fhomme, soit juste , soit pécheur, ne doit point avoir de joie qui ne soit mêlée d'une crainte respectueuse , ni de crainte , quoique respectueuse , qui ne soit accompagnée d'une sainte joie. Car, selon les règles les plus exactes de la religion, il ne nous est point permis de craindre Dieu sans nous confier en lui, ni de nous confier en lui sans le craindre.
Or je prétends , et voici mon dessein; je prétends que le mystère de la naissance de Jésus-Christ, bien conçu et bien médité , est , de tous les mystères du christianisme, le plus propre à exciter en nous, et cette crainte salutaire , et cette joie solide et intérieure. Je prétends que la vue de ce sauveur né dans une crèche nous fournit de puissants motifs de l'une et de l'autre : motifs de crainte, si vous êtes de ces mondains qui, aveuglés par le dieu du siècle, quittent la voie du salut pour suivre la voie du monde; motifs de joie, si vous ouvrez aujourd'hui les yeux, et si vous voulez être de ces chrétiens fidèles qui cherchent Dieu en esprit et en vérité; motifs de crainte, si, comprenant bien pourquoi Jésus-Christ est venu au monde et de quelle manière il y est venu, vous reconnaissez l'opposition qu'il y a entre lui et vous ; motifs de joie , si , persuadés et confus de l'opposition qui se rencontre entre Jésus-Christ et vous, vous prenez enfin la résolution de vous confonner à lui , et de profiter des avantages que vous donne pour cela même la condition où Dieu vous a £adt naître. Selon la différence de ces deux états et de ces deux caractères, ou craignez, ou consolez-vous. Étes-vous du nombre des mondains? craignez; parce que ce mystère va vous découvrir des vérités bien affligeantes : vous le verrez dans la première partie. Êtes-vous ou voulez-vous être du nombre des chrétiens fidèles? consolez-vous; parce que cr mystère vous découvrira des trésors infinis de grâce et de miséricorde : vous le verrez dans la seconde partie. Voilà les véritables dispositions avec lesquelles vous devez vous présenter devant la crèche de votre Dieu. Rendez-vous dociles à sa parole, afin que je puisse aujourd'hui les imprimer bien avant
StIB LA NATIVITÉ DB JÉSUS-CHRIST.
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