PREMIÈRE PARTIE
Cest par la crainte du Seigneur que doit commeneer le salul de rhomme ; et la charité même la plus parflûte ne serait ni solide, ni assurée, si la crainte des jugements de Dieu ne lui servait de fondement et de base. Cest donc avec sujet qu*en vous annonçant aujourdliui le grand mystère du salut » qui est la naissance de Jésus-Christ, notre sauveur , je vous y îm remarquer d'abord ce qui doit exciter en vous cette crainte salutaire, dont voici les puissants motifs. Craignez, honmies du monde , c'est-à-dire vous qui , remplis de l'esprit du monde, vivez selon ses lois et ses maximes ; craignez , parce que le sauveur qui vous est né, dans les idées pratiques mais chiméri«|ues que vous vous en formez, et dans Tusage ou plutôt dans l'abus que vous faites de sa miséricorde envers vous, tout sauveur qu'il est , n'est peutêtre pour vous rien moins qu'un sauveur ; craignez, parce que c'est un sauveur, mais qui peu^étre n'est venu que pour votre confusion et pour votre condamnation ; craignez , parce que ce sauveur ne pouvant vous être indifférent, du moment qu'il ne vous saove pas, doit nécessairement vous perdre. Pensées terribles pour les mondains , mais qu'il ne tient qu'à vous, mes cbers auditeurs, de vous rendre utiles et profitables en les méditant dans l'esprit d'une humble et d'une véritable componction.
Cest, dis-je, un sauveur qui nous est né, mais qui, dans les fausses idées dont vous êtes prévenus, n'est rien moins qu'un sauveur pour vous. Comprenez ma pensée, et vous conviendrez malgré vousmêmes de cette triste vérité. Car vous voulez qu'il vous sauve, mais vous vous mettez peu en peine qu'il fOUS délivre de vos péchés; vous voulez qu'il vous sauve, mais vous prétendez qu'il ne vous en coâte rien; vous voulez qu'il vous sauve ^ mais vous ne Toolez pas que ce soit par les moyens qu'il a choisis pour vous sauver. Or, tout cela, ce sont autant de contradictions; et pour peu qu'il vous reste de religion , ces contradictions énormes sont les justes sujets qui doivent aujourd'hui vous faire trembler. ITappréhendez pas que je les grossisse pour vous donner de viines frayeurs; mais craignez plutôt que mes expressions ne soient trop faibles pour vous les Caire concevoir dans toute leur étendue et dans toute leur force.
Vous voulez que ce Dieu naissant soit pour vous un Dieu sauveur ; mais au même temps, par une opposition de sentiments et de conduite dont peutêbê vous ne vous apercevez pas , vous êtes peu en peine quil vous délivre de vos péchés. Cest pour cela néanmoins , et pour cela uniquement , qu'il est sauveur; et cette qualité, par rapport à vous, ne loi appartient ni ne peut lui appartenir qu'autant
qu'il vous dégage des passions, des vices, des ha* bitudes qui ioat les sources de vos péchés, et dont vous êtes les malheureux esclaves. S'il ne vous en délivre pas , et si, bien loin de souhaiter d'en être délivrés, vous en aimes Tesdavage et la servitude , raisonnes comme il vous plawa; ce Diea, quoique sauveur par excelleoce, n'est pour vous sauveur que de nom , et tout le culte que vous lui rendes en ce jour n^est qu'illusion ou hypocrisie.
Il n'y eut jamais de conséquence plus immédiate que celle-là dans les principes et dans les r^les du christianisme que vous professez. Vous l'appelleies Jésus , dit range à Joseph : et pourquoi ? parce qu'il délivrera son peuple des iniquités et des péchés qui l'accablent: f^oeabisnomen^fusJesum:ip9e€fUm sahmm facle$ poptdum SÊom a peccaU» tontm. (ftlATTH. 1.) Prenez garde, mes frères, c'est laremarque de saint Chrysostdme; il ne dit pas, vous t'appellerei Jésus , paros qu'il délivrera son peuple des calamités humaines sous le poids desquelles ii gémit. Cela était bon pour ces anciens sauveurs qui ne furent que la figure de celui-ci , et que Dieu envoyait au peuple juif comme à un peuple grossier el charnel. Os Jésus dont nous célébrons la naissance était destiné pour une plus haute et une plus sainte mission ; il s'agissait pour nous d'une rédemption plus essentielle et beaucoup plus parfaite. Ces maux dont nous devions être guéris étaient bien plus dangereux et plus mortels que ceux qui , dans l'Egypte, avaient afiQigé le peuple de Dieu ; et c'est pour ceuxlà, dit saint Chrysostdme, qu'il nous fiallait un sauveur. Le Voilà venu , non pas , encore une fois , pour nous sauver des adversité et des disgrâces de cette vie ; nous sommes indignes de la profession et de la qualité de chrétiens, si nous mesurons par là sa grâce et si c'est de là que nous faisons dépendre le pouvoir qu'il a de nous sauver : il ne nous a point été promis de la sorta Mais le voilà venu pour nous délivrer de la corruption du monde, des désordres du monde, des erreurs du monde ; le voilà venu pour nous affranchir du joug de nos passions honteuses, de la tyrannie du péché à quoi nous nous sommes assujettis , de la concupiscence de la chair qui nous domine , de l'esprit d'orgueil dont nous sonunee possédés, de nos attachements criminels de nos haines, de nos aversions, de nos malignes jalousies; car ce sont là nos vr.ais ennemis ; et il n'y avait qu'un Dieu sauveur qui nous pût tirer d'une si funeste captivité : aussi est-ce pour cela qu'il a voulu naître : Ipteenim saivumfacieipofmlum iunm apeccaUs
€OrWHm
Or, dites-moi , chrétiens , est-ce ainsi que voua l'avez entendu et que vous l'entendez encore? Que chacun s'examine devant Dieu : où est l'ambitieux parmi vous qui , regardant son ambition comme la plaie de son âme , en souhaite de bonne foi la gué-
rîson ? où est Timpudique et le voluptueux qui , réellement affligé de Tétre, désire, mais efficacement ot comme son souverain bien , de ne Tétre plus ? où est i'honraie avare et intéressé qui, honteux de ses injustices et de ses usures, déteste sincèrement son avarice? où est la femme mondaine qui , écoutant sa religion, ait horreur de sa vanité , et pense à détraire son amour-propre? De quelle passion, de quelle inclination vicieuse et dominante ce sauveur vous a-t-il délivrés jusqu'à présent? A quoi donc le reconnaissez-vous comme sauveur? et, s'il est sauveur, par où montrez-vous qu'il est le vôtre? qaellefonctionena-t-iifaite,etlui avez-vous donné lieu d'en faire à votre égard ? Or, quand je vous vois si mal disposés, ne serais-je pas prévaricateur, si je vous annonçais sa venue comme un sujet de joie? et , pour vous parler en ministre fidèle de son Évangile , ne dois-jc pas , au contraire, vous dire , et je vous le dis en dffet : Détrompez-vous, et pleurez sur vous; pourquoi? car tandis que, possédés du monde, vous demeurez en de si criminelleis dispositions , encore que le sauveur soit né, ce n'est point proprement pour vous qu'il est né; disons mieux : encore que le sauveur soit né, vous ne profitez pas plus de sa naissance que s'il n'était pas né pour vous.
Ah! chrétiens, permettez-moi de faire ici une réflexion bien douloureuse, et pour vous, et pour moi , mais qui vous paraîtra bien touchante et bien édifiante. Nous déplorons le sort des Juifs, qui, malgré l'avantage d'avoir vu nattre Jésus-Clirist au milieu d'eux et pour eux , ont eu néanmoins le malheur de perdre tout le fruit de ce bienfait inestimable, et d'être ceux mêmes qui, de tous les peuples de la terre, ont moins profité de cette heureuse naissance. Nous leâ plaignons, et en les plaignant nous les condamnons; mais nous ne prenons pas garde qu'en cela même leur condition, ou plutôt leur misère et la nôtre, sont II peu près égales. Car, en quoi ^consisté lairéprobation des Juifs ? £n ce qu'au lieu du vrai Messie que Dieu leur avait destiné, et qui leur était si nécessaire, ils s'en sont figuré un autre selon leurs grossières idées , et selon les désirs de leur cceur; en ce qu'ils n'ont compté pour rien cehii qui devait être le libérateur de leurs âmes, et qu'ils n'ont pensé qu'à celui dont ils se promettaient le rétablissement imaginaire.de leurs biens et de leurs fortunes, en ce que ayant confondu ces deux genres de salut, ou, pour parler plus juste, en ce qu'ayant rejeté l'un , et s'étant inutilement flattés de la vaine espérance de l'autre, ils ont tout à la ibis été frustrés et de l'un et de l'autre, et qu'il n'y a eu pour eux nulle rédemption. Voilà , dit saint Augustin, quelle fut la source de leur perte : TemporaUa amittere meiuerunt, et xfema non cogitaverunt, ac sic vtrwnqve amiserunt. (August.) Or
SUR ÎA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHBIST.
cela même, mes chers auditeurs ^ n'est-ce pas ce qui nous perd encore tous les jours? Car, quoique nous^ n'attendions plus comme les Jui£s un autre Messie; quoique nous nous en tenions à celui que le ciel nous a envoyé, n'est-il pas vrai (confessonsle et rougissons-en) qu'à en juger par notre conduite , nous sommes , à l'égard de ce sauveur envoyé de Dieu , dans le môme aveuglement où furent les Juifs, et où nous les voyons encore à l'égard du Messie qu'ils attendent , et en qui ils espèrent ? Je m'explique.
Nous invoquons Jésus-Christ comme sauveur, mais nous l'invoquons dans le même esprit que le Juif réprouvé l'invoquerait, c'est-à-dire, nous l'invoquons pour des biens temporels , maïs avec une indifférence entière pour les étemels : Temporaiia amiUere metuerunty et aUema non cogitaverunt. En effet, sommes-nous dans l'adversité, s'élève-Ml contre nous une persécution ; s'agit-il ou de la fortune ou de l'honneur ; c'est alors que nous recourons à ce Dieu qui nous a sauvés, et que nous voulons encore qu'il nous sauve : mais de quoi ? d'une affairo qu'on nous suscite , d'une maladie qui nous afflige, d'une disgrâce qui nous humilie. Voilà les maux qui réveillent notre ferveur, qui nous rendent assidus à la prière, dont nous demandons non-seulement avec instance, mais avec impatience, d'être ou préservés, ou délivrés : Temporalia amittere metuerunt. Mais sommes-nous dans l'état et dans le désordre d'un péché habituel qui cause la mort à notre âme ; à peine nous souvenons-nous qu'il y a un sauveur tout-puissant pour nous en faire sortir ; à peine « pour l'y engager, nous adressons-nous une fois à lui , et lui disons-nous au moins avec le prophète : Hâtez-vous, Seigneur, tirez-moi du profond abhne où je suis plongé. Insensibles au besoin pressant où nous nous trouvons, nous y demeurons tranquilles et sans alarmes : Et xtema non cogitaverunt. Que dis-je! bien loin de courir au remède, peut-être le craignons-nous, peut-être le fuyons-nous, peut-être sommes-nous assez pervertis pour nous faire de notre péché même une félicité secrète, pour nous en applaudir au fond de l'âme , pour nous en glorifier. Nous sommes donc alors, quoique chrétiens, aussi Juifs d'esprit et de cœur que les Juifs mêmes : et dans la comparaison de leur infidélité et de la nôtre, la nôtre est d'autant plus condamnable, que nous méprisons un sauveur en qui nous croyons , au lieu que les Juifs n'ont péché contre lui que parce qu'ils ne le connaissaient pas, et c'est ce qui nous doit faire trembler.
Notre aveuglement va encore plus loin. Nous voulons que ce Dieu fait chair nous sauve ; mais nous prétendons qu'il ne nous en coûte rien : autre contradiction, et autre sujet de notre crainte. Car il n*est sauveur pour nous qu'à ime condition , et
SUR LA NATIVITÉ DE JÉSOS-CHRIST
0ette eooditioD, c^est que nous nous sauverons nousmêmes arec lui et par lui. Il nous a créés sans nous (ee sont les paroles de saint Augustin, que l'on vous a dites cent fois, et dont je voudrais aujourd*hiii vous faire pénétrer toute la conséquence), il nous a créés sans nous; mais il ne lui a pas plu, et jamais il ne lui plaira de nous sauver sans nous. Il vent que Touvrage de notre salut, ou plutôt que Faccomplissement de ce grand ouvrage dépende de nous, et que sans nous en attribuer la gloire , nous en partagions avec lui le travail. Comme sauveur, il est Tenu faire pénitence pour nous; mais sans préjudice de celle que nous devons faire nous-mêmes et pour nous mêmes. Comme sauveur , il a prié, il a pleuré, il a mérité pour nous ; mais il ventque nos prières jointes à ses prières , que nos larmes mêlées avec ses larmes , que nos œuvres sanctifiées par ses oeuvres, acbèventennouscetterédemptiobdootil est l'auteur, et dont sans nous il ne serait pas le consommateur. Comme sauveur, il 8*est fait dans la crèche cotre victime, et il a commencé dès lors à s'immoler pour nous; mais il veut que nous soyons prêts à nous immoler avec lui; et il le veut tellement, il a tellement fait dépendre de là Teflicace et la vertu de son sacrifice par rapport à notre salut , que , tout sauveur qu'il est (remarquez ceci) , c*est-à-dire que tout disposé qu'il est en notre faveur, que quoiqu*il nous ait aimés jusqu'à se faire homme pour nous , malgré tout son amour, malgré tout ce qu'il lui en coûte pour naître parmi nous et comme nous, il consent néanmoins, plutôt que nous périssions, plutôt que nous nous damnions, plutôt que nous soyons éternellement exclus du nombre de ses prédestinés, que de nous sauver de cette rédemption gratuite telle que nous l'entendons ; parce que sous ombre d'honorer sa grâce, en lui attribuant notre salut, nous ne la ferions servir qu'à fomenter nos désordres.
Il faut donc, et il le faut nécessairement, que pour être sauvés, il nous en coûte; comme il lui en a coûté. C'est la loi qu'il a établie ; loi que saint Paul observait avec tant de fidélité, quand il disait : AdUnpleo ea qux destmt passionem Christi in came mea ( Coloss. 1 ) : J'accomplis dans ma chair ce qui a manqué aux souffrances de la chair innocente et virginale de Jésus-Christ; loi générale et absolue dont jamais Dieu n'a dispensé, ni ne dispensera. Cependant, hommes du siècle, vous voulez être exempts de cette loi ; elle vous paraît trop dure et trop onéreuse, et vous cherchez à en secouer le joug. Vous voulez le salut; mais vous le voulez sans condition et sans charge. Vous le voulez, pourvu qu'on n'exige de vous ni assujettissement, ni contrainte, ni effort, ni victoire sur vous-mêmes. Vous le vouIpz; mais sans racheter, et sans y rien mettre du vôtre. Car eu effet, que vous en
coûte-t-il, et en quoi oserez-vous me dire que vous y coopérez? que sacrifiez- vous pour cela à Dieu? quelles violences vous faites-vous à vous-mêmes? Mais aussi Dieu m'oblige-t-il à vous déclarer de sa part que tandis que vous vous en tenez là , ce salut que Jésus-Christ est venu apporter au monde n*est point pour vous, et que vous n'y devez rien prétendre. Or de là concluez si la naissance de ce Dieu- Homme a de quoi vous rassurer et vous consoler.
Enfin, vous voulez qu'il vous sauve; mais,' par une troisième contradiction qui ne me semble pas moins étonnante, vous ne voulez pas que ce soit par les moyens qu'il a choisis pour vous sauver. Quoique ces moyens aient été concertés et résolus dans le conseil de sa sagesse étemelle, ils ne vous plaisent pas; quoiqu'ils soient ccmsacrés dans sa personne, et autorisés par son exemple, vous ne les pouvez froûter. Et quels sont-ils? la haine du monde et de vous-mêmes , le détachement du monde et de ses biens, le renoncement au monde, à ses plaisirs et à ses honneurs; la pauvreté de eœur, l'humilité de cœur, la mortification des sens et raustérité de la vie. Tout cela vous choque, et vous fait horreur. Vous voudriez des moyens plus proportionnés à vos idées, et plus conformes à vos inclinations : et moi je vous dis que c'est pour cela que vous devez trem* hier : pourquoi? parce que indépendamment de vos idées et de vos inclinations, il est certain, d'une part que ce Dieu naissant ne vous sauvera jamais par d'autres moyens que ceux qu'il a marqués; et qu'il est évident, de l'autre, que jamais ces moyens qu'il a marqués pour vous sauver ne vous sauveront ^ tandis que vous voudrez suivre vos inclinations et vos idées. Vous voulez qu'il vous sauve selon votre goût , qui vous pçrd , et qui vous a perdus. Voilà le triste mystère que j'avais d'abord à vous annoncer^ d'autant plus triste pour vous, si vous l'entendex et si vous n'en profitez pas.
Mais je veux vous le rendre encore plus sensible par une supposition que je vais faire. Peut-être vous surprendra-t-elle : et fasse le ciel qu'elle vous surprenne assez pour vous forcer à reconnaître votre infidélité secrète, et à prendre des sentiments plus chrétiens! Dites-moi, mes chers auditeurs, si Dieu vous avait envoyé un Jésus-Christ tout différent de celui que nous croyons; c'est-à-dire, s'il vous était venu du ciel un sauveur aussi favorable à la cupidité des hommes , que celui que nous adorons y est contraire; si, au lieu de vous annoncer, comme l'ange, que ce Messie est un sauveur pauvre et humble, né dans l'obscurité d'une étable, je vous assurais aujourd'hui que cela n'est pas, qu'on vous a trompés , que c'est un sauveur d'un caractère tout opposé; qu'il est né dans l'éclat et dans la pompe , dans la fortune, dans l'abondance, dans les aises et les plaisirs de la vie, et que ce sont là les moyensi
à quoi 11 a attaché votre salut, et sur quoi il a entrepris de fonder sa religion; si , par un renversement qui ne peut être, mais que nous pouvons nous figurer, la tbose se trouvait ainsi, et que ce que j'appelle supposition fût une vérité, marquez-moi ce que vous auries à corriger dans vos sentiments, et à réformer dans votre conduite, pour vous accommoder à ce nouvel Évangile. Ciiaogeant de créance, seriez-vous obligés de changer de mœurs? faudrait-il renoncer à ce que vous êtes , pour être dans rétat de perfection où ce sauveur vous voudrait alors? ou plutdt sans rien changer à ce que vous êtes, ne vous trouveriez-vous pas alors de parfaits chrétiens, et n*auriez-vou8 pas de quoi vous féliciter d*un système de rdigion d*où dépendrait votre salut, et qui se rapporterait si bien à votre goût, a vos maximes, et à toutes les règles de vie que le monde vous prescrit? If est-ce pas alors que je devrais vous dire : Ne craignez point; car voici au contraire un grand sujet de joie pour vous : Évanr gdizo vobis gaudinm magnum (Luc. 2) : Eh ^pioi? o^est qu'il vous est né un sauveur, mais un sauveur à Votre gré et selon vos désirs , un sauveur commode, un sauveur suivant les principes duquel il vous sera permis de satisfaire vos passions : un sauveur qui , bien loin de les contredire , les approuvera , les autorisera : or, voyant un tel sauveur, conaolei-vous. Ne serais-je pas, dis-je, bien fondé à ▼oot parier de la sorte; et en m'écoutant ne vous diriez-voUs pas à vous-mêmes, remplis d'une joie secrète : Voilà le sauveur et le Dieu qu'il me allait? Ah 1 chrétiens , je le confesse , dans ce nouveau système de religion vous auriez droit de vous réjouir : mais vous êtes trop écldrés pour ne pas conclure de là, que ce qui ferait alors votre consolation doit aujourd'hui vous saisir de frayeur. Car puisque supposé cet Évangile prétendu, je pourrais vous dire que je vous apporte une heureuse nouvelle; ea vous prêchant un Évangile directement contraire à celui-là, je suis obligé de vous tenir tout un autre langage. Je dois au hasard de troubler la joie de l'Église , qui est une joie sainte , troubler la vétre, qui, dans Faveuglement où vous vivez n'est qu'une joie &us8e et présomptueuse. Je dois vous dire : Tremblez : pourquoi? c'est qu'il vous est né un sauveur, mais un sauveur qui sem* ble n'être venu au monde que pour votre confusion et pour votre condamnation; un sauveur opposé à toutes vos inclinations, un sauveur ennemi du monde et de tous ses biens, un sauveur pauvre, humilié, souffrant. Vérités afOigeantes! et pour qui? pour vous, mondains, c'est^-dire pour vous, riches du monde, possédés de vos richesses et enivrés de votre fortune; pour vous, ambitieux du monde, éblouis d'un vain éclat, et a^nrateurs des pompes humaines; pour vous, sensuels et voluptueux du monde.
sua LA NATIVITE DE JËSUS-CURIST.
idolâtres de vous-mêmes et tout occupés de vos plaisirs. Cependant, après avoir considéré ce mystère de crainte, ce mystère de douleur que je découvre d'abord dons la naissance d'un Dieu- Homme, voyons, chrétiens, le mystère de consolation qu'elle renferme, et quelle part vous y pouvez avoir : c'est la seconde partie.