‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 49 sur 256 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

C'est de la ferveur de nos actions que dépend la sainteté de notre vie; et c'est la sainteté de notre viequidoit rendre devantDieu notre mort précieuse. Voilà, dit saint Chrysostôme, l'ordre naturel que

Dieu a établi pour ses élus, etdont on peut dire que sa providence ne peut pas même nous dispenser. Ce qui déconcerte , ou plutôt ce qui renverse ce bel ordre , c'est un fonds de lâcheté et de tiédeur. Tiédeur si hautement réprouvée de Dieu dans l'Écriture, tiédeur qui corrompt nos meilleures actions ; je dis celles à quoi la religion et le christianisme nous engagent par devoir; en sorte que toutes bonnes qu'elles sont en elles-mêmes , notre vie , bien loin d'en être sanctifiée, n'en devient souvent que plus imparfaite , et même que plus criminelle , et se termine enfin à une mort qui nous doit faire trembler, si Ton en juge dans les vues de Dieu, et par l'extrême rigueur de sa souveraine justice. Il s'agit , chrétiens, de combattre cette lâcheté, qui, sans autre désordre qu'elle-même, est seule capable de nous perdre; il s'agit de la surmonter; et c'est ce que le fils de Dieu a voulu particulièrement nous apprendre , et à quoi, si nous y prenons bien garde, il a, ce semble, réduit tout son Évangile. Car qu'est venu £iire sur la terre ce Dieu sauveur? Il est venu répandre dans les cœurs des hommes le feu de la charité et le zèle des bonnes œuvres : Ignem veni nUUere in ferram. (Luc. 12.) Telle est la fin de sa mission. Or, de tous les motifs qu'il pouvait nous proposer, et qu'il nous a en effet proposés pour exciter cette ferveur et pour allumer ce feu céleste, les deux plus puissants sont sans doute la proximité de la mort, et l'incertitude de la mort. Proximité de la mort, qu'il s'est efforcé , pour ainsi dire , de nous &ire sentir, comme l'aiguillon le plus vif et le plus capable de nous piquer. Incertitude de la mort , qu*il nous a tant de fois représentée comme le sujet de notre vigilance et d'une continuelle attentioD. Deux mo tifs où ce divin Mattre a rapporté toutes ses adorables instructions, et où nous trouTOiii de quoi réveiller toute notre ardeur, et de quoi nous animer à faire tout le bien que sa grâce nous inspire.

Oui, chrétiens, il faut travailler, et travailier avec cette ferveur d'esprit qui doit être l'âme de toutes nos actions, parce que nous approchons de notre terme : premier motif qui confond notre lâcheté. Marchez, disait le Sauveur du monde, tandis que la lumière vous éclaire : pourquoi? parée que la nuit vient où personne ne peut plus agir. Veillez : pourquoi ? parce que le fils de l'homme, que vous attendez, est déjà à la porte. Négociez, et fûtes profiter les talents que vous avez en main : pourquoi? parce que If mattre qui vous les a confiés est sur le point de revenir et de vous en demander compte. Tenez vos lampes allumées : pourquoi? parce que voici l'époux qui arrive. Hâtez-vous de porter des fruits : pourquoi ? parce que c'est bientôt le temps de la récolte. Que voulait-il nous Caire entendre par là? Ah! chrétiens, ces paraboles, toutes mystérieo-

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tes qa*e!les sont, s^expHquent assez d'elles-mêmes, et nous font connaître malgré nous notre folie , lorsque , nous proposant la mort dans un éloignement imagÎDaîre, quoique, selon le terme de TÉcriture, il n'y aitqu'un point entre elle et nous, nous croyons sYoir droit de nous relâcher dans la pratique de nos devoirs. Car tel est notre aveuglement, et voilà rerreor dont Jésus-Christ nous veut détromper. Cette marche qu'il nous ordonne n'est rien autre diose que l'avancement et le progrès dans le chemin do salut, ambulaie (Joan. 12) ; cette veille, que ratleotîon sur nous-mêmes, vigilate (Luc, 2t) ; ce négoce, que le bon usage du temps, negotiamM (M. 19); ces lampes allumées, que l'édification d'une vie exemplaire , luceat lux vestra coram hominibus (Mâtth. 6); ces fruits , que les œuvres de pénitence et de sanctification , facite/ructus dignos pomiten- <te (Luc. 8) ; et ce jour de la récolte , ce retour du wsê^sn 9 cette arrivée de l'époux, cette nuit qui vient s'étaient, dans le langage ordinairedu Fils de Dieu, que les symboles, mais les symboles naturels d'une nort prochaine. Comme si Jésus-Christ nous eût dédaié que sa sagesse, tout infinie qu'elle est, ne loi fournissait rien de plus propre à nous embrawrd'on saint zèle, et à nous retirer d'une vie tiède et languissante , que la proximité de la mort.

En effet, chrétiens, quand nous aurions à vivre des sièdee entiers, et que Dieu, par une conduite ou de sévérité ou de bonté, nous laisserait sur la terre aussi longtemps que ces premiers patriarches fondateurs du monde , nous aurions encore mille raisons de nous reprodier nos relâchements. Quelque éloignée que fût la mort, chacune de nos actions se rapportant toujours à l'éternité, étant toujours la matière du jugement de Dieu , pouvant toujours Doos mériter une gloire immortelle, il serait toujours juste qn*elle fût faite d'une manfère digne de Dieu ; puisque Dieu doit toujours être servi en Dieu ; il serait toujours juste qu'elle fût faite d'une manière digne de la récompense que nous attendons de Dieu ; et malheur à nous , si nous abusions alors même d'un temps si cher, et si nous faisions , comme parle rÉcritare, l'oeuvre du Seigneur négligemment. Mais être à la veille de paraître devant Dieu , et demeu- Ker tranquille dans une vie négligente; toucher de près au terme où l'on ne peut plus rien faire , et ne pas redoubler ses soins par une vie plus agissante ; avoir déjà la mort à ses côtés, mourir comme l'apôtre à chaque moment, Quotidie morior (t. Cor. 15] , et ne s'empresser pas d'arriver à la sainteté par la Toie courte et abrégée d'une vie fervente : il n'y a, mes chers auditeurs, ou qu'une .stupidité grossière, ou qu'une infidélité consommée, au moins commencée , qui puisse aller jusque-là. C'est néanmoins notre état, et l'état le plus déplorable. Ah ! chrétiens, Jésus-Christ nous dit en termes exprès :

Ecce venio citOy me toîcI, j'arrive r Merces mea mecum est {Apoc. 32), j'ai ma récompense avec moi , pour donner à chacun selon ses oeuvres. Pesez bien ces paroles. Il ne dit pas, je viendrai , ni je me dispose à venir; mais il dit, Je viens, Ecce venio; et je viens bientôt ; Ecce venio cito. Hâtez-vous donc, conclut le Seigneur en s'adressant à une âme paresseuse et lente; chargez-vous de dépouilles; faites-vous un riche butin de tant d'actions vertueuses que vous omettez , que vous négligez , et dont vous perdez le mérite : Accéléra spolia detrahere,festina prxdari. (IsàL 8.) Dieu , dis-je, dans l'un et dans l'autre Testament , par lui-même , par ses prophètes, par ses prêtres, nous parle de la sorte, nous presse de la sorte ; et toujours insensibles aux avertissements qu'il vous donne, et qu'il vous fait donner, vous demeurez dans le même assoupissement et dans la même langueur ; pourquoi? parce que vous n'avez jamais bien considéré la brièveté de votre vie.

Car enfin , si vous et moi , mes frères , nous étions bien convaincus qu'il ne nous reste plus que fort peu de jours , si nous nous disions souvent avec sa int Paul, mais en sorte que nous fussions bien remplis de cette pensée : Ego enimjam delihor, et tempus resolutionism€œinstat{2. Timot. 4): Je suis comme une victime qui va être immolée, et qui a reçu l'aspersion pour le sacrifice; le temps de ma dernière dissolution approche, et il me semble que j'y suis déjà : si , par le ministère d'un ange , Dieu nous annonçait que ce sera pour demain, que ferionsnous? ou plutôt que ne ferions-nous pas? Cette seule idée que je vous propose, et qui n'est après tout qu'une supposition , toute pure supposition qu'elle est , a néanmoins , au moment que je vous parle, je ne sais quoi qui nous touche, qui nous frappe, qui nous anime. Nous ferions tout; et en faisant tou^, nous gémirions encore d'en faire trop peu. Bien loin de nous ralentir, nous nous porterions à des excès qu'il faudrait modérer. Ni divertissement, ni plaisir, ni jeu qui nous dissipât; ni spectacle, ni compagnie, ni assemblée qui nous attirât; ni espérance, ni intérêt qui nous engageât; ni passion, ni liaison, ni attachement qui nous arrêtât. Tout recueillis, et comme tout abîmés dans nous-mêmes ; ou pour mieux dire , tout recueillis et comme tout abîmés en Dieu , morts au monde et à tous ses biens , à toutes les vanités, à tous les amusements du monde, nous n'aurions plus de pensées que pour Dieu, plus de désirs que pour Dieu, plus de vie que pour Dieu : pas un moment qui ne lui fût consacré ; pas une action qui ne fût sanctifiée par le mérite de la plus pure et de la plus fervente charité. Et comme il arrive qu'un élément, à mesure qu'il retourne vers son centre, s'y porte avec un mouvement plus raoide, ainsi plus nous avancerions

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vers notre terme , plus nous sentirions croître notre activité et notre zèle. Cest le miracle visible que la présence de la mort opérerait. Or pourquoi ne Topère-t-elle pas dès maintenant ? Jésus-Christ ne s'estil pas expliquées des termes assez précis ; et la parole d'un Dieu a-t-elle moins d'efficace que la parole d'un ange?

Voulez-vous savoir, chrétiens, comment parle , et surtout comment agit un homme qui envisage la mort de près, et qui en fait le sujet de ses réflexions? Écoutez le saint roi Ézéchias, et formez- vous sur cet exemple. J'ai dit, s'écriait-il profondément humilié devant Dieu, j'ai dit, au milieu de ma course : Je m*en Tas aux portes de l'enfer, c'est-à-dire, selon le langage du Saint-Esprit, aux portes de la mort : Ego dixi bi dimidio dierum meorum : Vadam adporias in/eri (Is. 88) : J'ai supputé le nombre de mes années , Quxsivi residitum annorum meorum (Ibid.); et j'ai reconnu que je devais dans peu quitter cette demeure terrestre, pour être transféré ailleurs , comme l'on transporte la tente d'un berger d'un champ à un autre, generaiio mea abUxta est a me, quasi tabemaculum pastorum (Ibid.) : que, par une destinée à laquelle je suis forcé de me soumettre, le fil de mes jours allait être coupé comme une toile à demi tissue, prxcisa est velut a texente vUa mea (Ibid.) ; que du matin au soir ce serait fait de moi, et que mon arrêt ayant été prononcé dans le conseil de Dieu, l'exécution n*en pouvait plus être longtemps retardée, de mane usque ad vesperam finies me (Ibid.) Or, ces principes ainsi établis (car c'était là en effet, remarque saint Ambroise, comme autant de principes qu'il posait), quelles conséquences en tirait-il ? quelles conclusions pratiques pour la réformation de sa vie? Elles sont admirables, et je ne puis vous donner un plus beau modèle. Ah ! Seigneur, poursuivait le saint roi, c'est donc pour cela que je pousserai sans cesse des cris vers vous, comme le petit d'une hirondelle qui demande la pâture i^Sieut pullus hiruncUrUs, sic clamabo (Ibid.) : voilà la ferveur de sa prière. Cest pour cela que je gémirai comme la colombe, et que je m'appliquerai jour et nuit à méditer la profondeur de vos jugements : Meditahor ut columba (Ibid.) : voilà la ferveur de sa méditation. C'est pour cela que mes yeux se sont affaiblis à force de regarder en haut, d'où j'attendais tout mon secours , et où je cherchais mon unique bien : Attenuati sunt oculi mei suspicienies in excelsum^hxà,) : voilà laferveurdesa confiance. Cest pour cela que je résiste aux plus violentes tentations qui m'attaquent, et que pour n'y pas succomber, instruit que je suis de la force de votre grâce , je vous prie de combattre et de répondre pour moi : Domine, vimpatior, responde pro me (Ibid.) : voilà la ferveur de sa foi. C'est pour cela <]ue je repasserai devant vous toutes les années de

ma vie dans l'amertume de mon âme : Recogitabo tibiannos meosinamariiudineanimmmeœÇLbïd.) : voilà la ferveur de sa pénitence. Car je sais, 6 mon Dieu, ajoutait- il, que ce n'est ni l'enfer ni la mort qui célèbrent vos louanges : Quia non ir\femus confitebitur tibi, neque mors laudabit te (tt)id.) : c'està-dire , selon l'explication de saint Jérôme, je sais que ce ne sont pas les mourants qui vous glorifient, ni qui sont en état de vous glorifier par leurs œuvres; et qui donc? ceux qui vivent. Seigneur, mais qui vivent aussi persuadés que moi qu'ils doivent bientôt mourir ; mais qui vivent déterminés comme moi à faire de cette persuasion la règle de toutes leurs actions : Vivens, vivens, ipse conJUebitwr tibi, sicutet ego hodie.{l8.^ 38.) Ainsi parlait ce religieux monarque : et de là , chrétiens , nous apprenons cette méthode si solide, si connue des saints, si peu pratiquée parmi nous , mais si praticable néanmoins , etd'où dépend la sanctification de notre vie ; savoir, de faire toutes nos actions comme si chacune était la dernière , et devait être suivie de la mort. Prier comme je prierais à la mort; examiner ma conscience, comme je l'examinerais à la mort; pleurer mon péché, comme je le pleurerais à la mort; le confesser, comme je le confesserais à la mort; recevoir le sacrement de Jésus-Christ , comme je le recevrais à la mort : voilà de quoi corriger toutes nos tiédeurs et toutes nos lâchetés, de quoi vivifier toutes nos œuvres par le souvenir même de la mort et de sa proximité.

Mais il m'est incertain si la mort est proche, ou si elle est encore éloignée de moi : je le veux, mon cher auditeur ; que concluez-vous de là? Parce qu'il est incertain quand et à quel jour vous mouriez, en devez-vous être moins actif, moins vigilant, nooini fervent dans l'observation de vos devoirs, et cette incertitude, qui peut-être vous sert.de prétexte pour justifier vos négligences, n'est-elle pas au contraire une nouvelle raison pour les condamner ? Car pourquoi le Sauveur du monde nousordonne-t-il de veiller ? ce n'est pas seulement parce que la mort est prochaine, mais parce qu'elle est incertaine, o*est-àdire, parce que nous n'en savons ni lejour, ni l'heure : Quia nescitis diem, neque horam. (Matth. 3â.) Ah ! chrétiens, Jésus-Christ sans doute aurait bieu mal raisonné , si l'incertitude de la mort autorisait ç.n aucune sorte nos lâchetés et nos tiédeurs. Mais c'est ici que saint Augustin a admiré la sagesse de Dieu , qui nous a caché lejour de notre mort pour nous faire employer utilement et saintement tout les jours de notre vie : Latet ultimus dies, ùt observentur omnes dies. (Aug.)

En effet , si nous connaissions précisément lejour et l'heure où nous mourrons , plus de pénitence dans la vie , plus d'exercices de piété. Tout serait remis à la dernière année ; et dans la dernière année , au der-

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nier mobt et dans le dernier mois, à la dernière teoiaine; el dans la dernière semaine, au dernier Jour; et dans le dernier, jour, à la dernière heure, ou méoie au dernier moment. Et de là plus de salut : pourquoi? parce que le moment de la mort n^est ni le temps des bonnes œuvres , ni le temps de la pénitence, et qu^on ne peut néanmoins se sauver que par la pénitence et les bonnes œuvres. Mais que foit Dieu? Par une conduite également sage et misérieordieuse , il nous tient dans une incertitude absolue touchant ce dernier moment , afin que nous nous tenioYis nous-mêmes en garde à tous les moments. car quelle pensée est plus capable de nous renouveler sans cesse en esprit, que celle-ci : Peut-être ce jour sera-t-il le dernier de mes jours; peutrêtre, après cette confession; peut-être, après cette communion; peut-être , après cette prédication ; peut-être, après cette conversation; peut-être, après cette occupation, la mort tout h coup viendra-t-elle in*enlever du monde, pour me transporter devant le tribunal de Dieu? Quand on porte partout cette Idée, et que partout on la conserve fortement imprimée dans son souvenir, bien loin de se relâcher et de se laisser abattre , il n'y a plus rien qui arrête, plus rien qui étonne, plus rien que Ton n'entreprenne , que Ton ne soutienne , à quoi Ton ne parvienne. On devient (belle peinture d'une vie fervente, que Tapêtre lui-même nous a tracée), on devient laborieux et appliqué, solUcitudine non pigri {Rom. 12); prompt et ardent, spiritu fervente* (Ibid.) ; infatigable dans le service du Seigneur, Domino servientes (Ibid.); détaché du monde, et uniquement attentif aux choses du ciel « spc gauden- 1e$ (Ibid.) ; patient dans les maux , in iribulatione paHenies (Ibid.); adonné à Toraison, oratUmi int" imUei (Ibid.); charitable envers ses frères, et toujburs prêt à exercer la miséricorde , necessitcUibus êomeforùm communicantes, hospitaiitatem sectanles (Ibid.); également fidèle à tout ce que Ton doit à Dieu , à tout ce que l'on doit au prochain , et à tout «e que Ton se doit à soi-même, providentes bona, fUMiantum coram Deo , sed etiam coram omnibus kominUms. ÇLbid.)

Disons quelque chose de plus pressant encore, et de plus convenable à ce que Dieu demande surtout de nous dans ce saint temps où nous entrons. Cest un temps de pénitence; et la grande action de notre irie, étant pécheurs comme nous le sommes, c'est notre retour à Dieu , c'est une sincère et parfaite conversion à Dieu. Or n'est-ce pas sur cela même que nous sentons davantage notre faiblesse, et que nous paraissons plus lâches et plus irrésolus ? Il s'agit de nous déterminer à rompre nos liens par un généreux effort; il s'agit de nous inspirer cette ferveur de conversion qui ravit une âme, qui l'arradie au monde et à elle^néme, qui ne lui permet

pas le moindre délai; et voilà ce que doit fsdre l'incertitude de la mort. Car dites-moi, pécheur, à quoi serez-vous sensible, si vous ne Fêtes pas au danger affreux où elle vous expose? Mourez dans votre péché , vous êtes perdu , et perdu sans ressource : mais tandis que vous y demeurez , n'y pouvezvous pas mourir? et n'y pouvez-vous pas mourir à chaque moment, puisqu'il n'y a rien de plus incertain pour vous et pour moi que la mort ?

Je me trompe, chrétiens, il y a dans la mort quelque chose de certain pour nous : et quoi ? c'est que nous y serons surpris. Le Sauveur du monde ne s'est pas contenté de nous dire : Veillez , parce que vous ne savez ni le jour ni l'heure que viendra le Fils de l'homme; il ne s'en est point tenu là, maïs il a expressément ajouté : Veillez , parce que le Fils de l'homme viendra à l'heure que vous ne l'attendrez pas. Est-il rien de plus formel que cette parole; et l'infaillibilité de cette parole , n'est-ce pas encore ce qui redouble mon crime,quand je vis tranquillement dans mon péché et que je néglige ma conversion? Si ce di^in Maître ne m'avait dit autre chose, sinon que le temps de la mort est incertain, peut-être serais-je moins coupable. Puisqu'il est incertain, dirais-je , je n'ai pas perdu tout droit d'espérer. Je suis un téméraire , il est vrai , d'en vouloir courir les risques ; mais enfin ma témérité ne détruit pas absolument ma confiance. Je puis être surpris; mais aussi je puis ne l'être pas : et dans la conduite que je tiens , tout aveugle qu'elle est, j'ai du moins encore quelque prétexte. Ainsi raisonnerais-je. Mais après la parole de Jésus-Christ, il ne m'est plus permis de raisonner de la sorte; et je dois compter de mourir à l'heure que je n'y penserai pas. Le Fils de Dieu ne me l'a fait connaître que par là, cette heure fatale. Tout ce que je sais, mais que je sais à n'en pouvoir douter, c'est que le jour de ma mort sera pour moi un jour trompeur : Qua hora non putatis, ( Luc. 12. ) Après cela , ne faut-il pas que j'aie moi-même conjuré ma perte, si dans le désot* dre où je suis , et me voyant exposé à toute la haine et à toutes les vengeances de mon Dieu, je ne prends pas de justes et de promptes mesures pour me remettre en grâce avec lui , et pour prévenir par la pénitence le coup dont il m'a si hautement et tant de fois menacé? Y avez- vous jamais fait, chrétiens, je ne dis pas toute la réflexion nécessaire, mais quelque réflexion? Maintenant même que je vous parle de la mort, pensez-vous à la mort, ou y pensez-vous bien ? y pensez-vous attentivement, y pensez-vous chrétiennement? y pensez-vous efficacement? Mais si vous n'y pensez pas, à quoi pensez- vous? et si vous n'y pensez pas à présent, quand y penserez-vous , ou qui jamais y pensera pour vous? Heureux qui n'attend pas à y penser, lorsqu'il ne sera plus temps d'y penser! heureux qui y pense dans la viel c^est ainsi

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que la mort , châtiment du péché , en sera pour nous le remède. Elle est entrée dans le monde par le pé** ché; mais si nous la considérons comme les saints, si nous y pensons comme les saints, elle nous fera entrer comme eux^par la grâce dans Tétemîté bienheureuse fjue je vous souhaite, etc.

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