‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 74 sur 256 · P0C1I LE JEUDI DE LA PREMIÈRE SEBIAINE · texte numérisé non relu

P0C1I LE JEUDI DE LA PREMIÈRE SEBIAINE

SUR LA PRIÈRE

Beet muHer ehanatuea, ajfnibw illis êgre$aa, elamavU âieemMHsMiêntnmeif Domine fJUi David ;JUia mea maie a danmanio vexatur.

Alonone femme chananéeoDe, Tenue de ces quartiers-là, •'écria, en loi disant : Seigneur, flis de David , ayez pitié de mol ; ma fille est eraellement tourmentée par le démon. Saint Matth., cbap. 15.

Si jamais la force de la prière parut sensiblement, et d'une manière éclatante , n'est-ce pas , chrétiens , dans Texemple que nous propose Févangile de ce jour, où nous voyons, pour parler avec saint Ambroise, un Dieu même surpris et dans l'admiration ; un Dieu qui confond les puissances de Tenfer, qui Ait des miracles, et qui déploie toute sa vertu en fa- Teur d'une étrangère, laquelle a recours à lui, et qui, tout idolâtre qu'elle est , nous sert de modèle et nous apprend à prier ? Je dis un Dieu surpris et dans l'admiration : OmtUier fmagnaestJUies tua! (^ATTm.,, 15.) O femme ! votre foi est grande ! C'est ainsi que Jésus-Christ lui-même s'en explique ; et ne semble-t-il pas que la foi de cette Chananéenne , et que ia ferveur de sa prière ait quelque chose pour lui de surprenant et de nouveau ? Je dis un Dieu qui confond les puissances de l'enfer, et qui fait des miracles. Que hii demande cette femme? qu'il guérisse sa fille cruellement tourmentée du démon ; et le Fils de Dieu, d*une même parole, non-seulement délivre la fille, mais sanctifie encore la mère : Fiat Hbi sieut vis (Ibid.); qu'il vous soit fait comme vous le souhaitez.

n a'est donc rien de plus efficace auprès de Dieu que la prière; et d'où >ient toutefois, mes chers auditeurs, que Dieu tous les jours se montre si peu favorable à nos vœux; que nous prions, et qu'il ne nous écoute pas , que nous demandons , et que nous n'obtenons pas ? C'est ce que je veux examiner au^ jourd'hui , et qui va faire le fond de ce discours. Sujet d'une extrême conséquence, et qui mérite une réflexion toute particulière, car il s'agit , chrétiens, de vous enseigner la plus excellente de toutes les sciences; il s'agit de vous apprendre à bien user du moyen de sahit le plus puissant; il s'agit de vous faire connaître le secret inestimable et l'art tout divin de toucher le cœur de Dieu , et de faire descendre sur nous les plus précieux trésors de sa grâce. Pour recevoir ce don de la prière, employons la prière elle-même, et implorons le secours du ciel par l'intercession de Marie. j4ve, Maria.

Rien n'est plus solidement établi dans la religion et la théologie chrétiennes) que l'infaillibilité de la

prière. Elle a une telle force , dit saint Jean Chrysostôme, qu'elle rend, à ce qu'il semble, ia parole de l'homme aussi puissante et même plus puissante que la parole de Dieu. Aussi puissante ; car, comme Dieu d'une parole a fait toutes choses, dixUet/acta sunt (Ps. 14$), l'homme n'a qu'à parler et à demander, tout lui est accordé : Quodcumque vohteritis petetisetfieivobis. (Joân., 15.) Plus puissante même en quelque sorte, puisque si Dieu se fait obéir, ce n'est que des êtres créés ; au lieu que par ia vertu de la prière, tout Dieu qu'il est, il obéit selon l'expression de l'Écriture, à la voix de l'homme : ObecUenie Domino voei komifUs. (Josue, 10.) Nous entendons tous les jours des chrétiens qui se plaignent de l'inutilité de leurs prières et du peu de fruit qu'ils en retirent; je ne m'en étonne pas. Car en quel sens disons-nous que la prière est infaillible? nous supposons pour cela une prière sainte, une prière laite avec toutes les conditions qui la doivent accompagner, et que Dieu attend de nous, lorsquedesa part il s'engage à nous accorder tout ce que nous demanderons. Or voilà souvent oe qui manque à nos prières. Ce sont des prières défectueuses , et quant au sujet, et quant à la forme : quant au sujet, qui en fait la matière; et quant à la forme, qui en &it la qualité. L'apôtre saint Jacques le disait aux fidèles de son temps, et ]^ vous le dis à vous-mêmes : vous demandez, mes frères, et nous ne recevez pas, parce que vous ne demandez pas bien : Peiitis et non accipUis, eo quod maie petatU, (Jacob., 4.) En effet, nous ne demandons pas à Dieu œ que Dieu veut que nous lui demandions; défaut par rapport au sujetde la prière. Nousne lui demandons pas de la manière qu'il veut que nous lui demandions; défaut par rapport à la forme ou à la qualité delà prière. Mais prions comme la Chananéenne. Rien de plus juste que la prière qu'elle fut à Jésus-Christ : elle demande qu'il délivre sa fille du démon dont elle est possédée. Rien de plus enga* géant : elle pratique dans sa prière toutes les vertus qui peuvent gagner et intéresser le Sauveur du monde. Prions, dis-je, comme cette femme, sans cela, prières infructueuses; pourquoi? ou parce que nous ne demandons pas ce qu'il &ut, ce sei^a la première partie; ou parce que nous ne demandons pas comme il faut, ce sera la seconde : deux leçons que j'ai à mettre dans tout leur jour. Rendez-vous-y attentifs, chrétiens, et tâchez à en profiter.

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