SUR LA SAGESSE ET LA DOUCEUR DE LA LOI CHRÉTIENNE
Adhuc eo loquentCf ecce nubes lucida obumbropti et». Et ecce vox de nube, dieens : Hic est Filiu» metu diUdfu^ m quo mihi bene complacui. Ipsum audite.
Tandis quUl parlait eocore, uoe nuée lamlneose les enveloppa , el il sorUt une voix de cette nuée , qui fît entendre oei paroles : C'est mon Fils bien-aimé, en qui J*ai mis mes complaisances. Ëcoutez-le. SAiirr Matth., chap. I7.
SiBE,
Voici l'accomplissenient de ce grand mystère qu'annonçait l'Apôtre aux Hébreux , lorsqu'il leur disait que Dieu ayant autrefois parlé à nos pères en plusieurs manières différentes par ses prophètes, il nous a enfin parlé dans ces derniers temps par son Fils même : MuUifariam^ muliisque modis enim Deus loquens patribus in propketis, novis' sime locutus est nobis in FUio. (Hebr., l.) Cest dans la transfiguration de Jésus-Christ, qui f^it au-
SUR LA SAGESSE, et&
jooTd*liirî le sujet de notre Êyangile, que cette parole àe nint Paul 8*est pleinement et sensiblement vérifiée. Dieu avait donné aux hommes, sur la montagne de Sinal, une loi dont Moïse était le ministre, nnterprète, et même, selon Fexpression de FÉcritoie, le législateur. Dans la suite des temps, il avait sQsdté des prophètes pour expliquer aux hommes cette loi , pour leur en faire connaître les préceptes , pour leur en reprocher la transgression , pour les y soumettre et pour les engager, soit par des menaces, soit par des promesses, à Taccomplir. Mais, du reste, ni Moïse, ni les prophètes ne furent que ks précurseurs de THomme-Dieu; et la loi qu'ils publiaient ne fût qu'une disposition à la sainte et nouvelle loi que Jésus-Christ devait apporter au monde. Cest pour cela qu'il parait entre Moïse et Elle, fun législateur, Pautre prophète, et qu'il y parait tout éclatant de lumière; c'est, dis-je, pour nous apprendre que toutes les ombres de l'ancienne loi étant dissipées, que toutes les prophéties ayant reçu un parfoit éclaircissement, il n'y a plus désoroiais que lui qui mérite d'être écouté, ni qui nous doive servir de maître. Écoutons-le donc en effet, chrétiens, ce nouveau Législateur, et obéissons à cette voix céleste qui nous dit : Ipsum audUe. Pour vous inspirer ce sentiment si juste et si nécessaire, je veux vous entretenir de la loi chrétienne ; et pour traiter dignement un si grand sujet, j'ai besoin des grâces du Saint-Esprit, et je les demande, etc. Âve, Maria.
Quand saint Paul dit qu'il a plu à Dieu de sauver les hommes par la folie de l'Évangile, piacuU Deo perstuUlttamprœdicadonis salvosfacere credentes (1. Cor., 1), il ne faut pas se figurer que la loi chrétienne ait rien pour cela de contraire à la véritable sagesse et à la raison. Car , selon la remarque de saint Jérôme, le même apôtre, après avoir parlé de la sorte, déclare néanmoins que son ministère est de prêcher la sagesse aux spirituels et aux parfaits; 5apien/tam loquimur interper/ectos. Puisque je tiens aujourd'hui la même place que le Docteur des nations, tout indigne que j'en puis être, et puisque je vous prêche la même loi qu'il prêchait aux gentils, j'ai droit, chrétiens, de vous dire comme lui, et je vous le dis dès l'entrée de ce discours, que la loi évangélique, dont je viens vous parler, est de toutes les lois la plus raisonnaUeet la plus sage; c'est ma première proposition. Je ne m'en tiens pas là; mais pour vous y attacher eneore plus fortement, j'ejoutc que cette loi si sage est an même temps de toutes les lois la plus aimable etlaplusdouce;c'est ma seconde proposition. Deux rapports sous lesquels nous devons considérer la loi de Jésus-Christ : rapport à l'esprit , rapport au Par rapport à l'esprit, elle n'a rien qui ne
iOraAàLOOE. — T. I.
soit digne de notre estime; par rapport au cœur, elle n'a rien qui ne soit digne de notre amour. C'est ainsi que je prétends combattre deux faux principes dont les ennemis de la religion chrétienne se sont servis de tout temps pour nous la rendre également méprisable et odieuse : méprisable, en nous persuadant qu'elle choque le bon sens et les règles de la vraie prudence; odieuse, en nous la représentant comme une loi trop dure et sans onction. Or, à ces deux erreurs, j'oppose deux caractères de la loi évangélique : caractère de raison et caractère de douceur. Loi souverainement raisonnable; vous le verrez dans le premier point. Loi souverainement aimable; je vous le montrerai dans le second point: deux vérités importantes, qui vont faire le sujet de votre attention