‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 86 sur 256 · LE MERCREDI DE UL DEUXIÈME 9EMÀI1IE · texte numérisé non relu

LE MERCREDI DE UL DEUXIÈME 9EMÀI1IE

SUR L'AMBITION

Respondens auUm Jetus, dixU : NetcUis qmid peiaU$, Potestit bibere calicem quem ego bibiturta sum ? Dieumi ei : Pouumua, AU illit : Calicem quidem meum bibetii .- êedere autem ad dexteram meam vel ùnistram nom eêt mmm dan vobis,

Jésus leur répondit, et leur dit : Vous ne savei oe que vont demandez. Pouvez- vous boire le calice que Je boirai? lU loidi* rent : Nous le pouvons. Alors 11 leur répliqua : Tons bolm le calice que je dois boire : mais d*étre assis à ma droite oa à Ba gauche, ce n^est pas à mol de vous raccorder. SAint Matth. chap. 90.

SiRE Ce n'est pas sans une providence particulière, que Jésus-Christ, qui venait enseigner aux hommes l'humilité, choisit des disciples dont les sentimeote furent d'abord si opposés à cette vertu, et qui , dans la bassesse de leur condition , avant que le Saint- Esprit les eût purifiés , ne laissaient pas d'être superbes, ambitieux et jaloux des honneurs du monde. Il voulait dans les désordres de leur ambition, noui découvrir les nôtres; et, dans les leçons toutes divines qu'il leur faisait sur un point si essentiel, nous donner des règles pour former nos mœurs et pour nous réduire à la pratique de cette sainte et bienheureuse humilité, sans laquelle il n'y a point de piété solide, ni même de vrai christianisme. C'est

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le sujet de notre évangile : Deux disciples se présentent devant le Sauveur du monde, et ie prient de leuraoctorder les deux premières places de son royaume. Comme ils ne le connaissaient pas encore, ce royaume spirituel, et qu'ils ne Tenvisageaient que comme un royaume temporel , il est évident que Tambitioa seule, et le désir de s'élever au-dessus des autres les porta à lui faire cette demande. Mais vous savez, chrétiens , comment ils furent reçus ; et de ce qui se passa dans une occasion si remarquable, nous pouvons aisément reconnaître en quoi consiste ledéMidre de Farabition, quels en sont les divers caractères, quels en sont les effets et les suites, et quels ea doivent être enfin les remèdes. Matière d'autant plus importante et plus nécessaire, que Tambition est surtout le vice de la cour. Car quoiqu'il ny ait point d'état à couvert de cette passion, et que sa sphère, pour ainsi parler, soit aussi étendue que le monde, on peut dire néanmoins, et il est vrai , que c'est particulièrement dans les palais des lois que se trouvent les ambitieux : Ecce in domibus regum stmi ( Mâtth. , 11 ) ; que c'est là qu'ils forment de plus grands projets, là qu'ils font jouer plus de ressorts, et là même aussi qu'il est beaucoup plus difficile de les détromper et de les guérir. Il y a des vices, dit saint Chrysostômé, que l'on combat sans peine et qui se détruisent d'eux-mêmes , parce que le monde, tout aveugle et tout corrompu qu'il est, a toutefois encore assez de lumière pour en voir la honte, et assez de raison pour les condamner. Mais à la cour, bien loin de se faire un crime de l'ambition , on s'en fait une vertu ; ou si elle y passe pour on vice, du reste on la regarde comme le vice ôes grandes Ames, et Ton aime mieux les vices des grandes âmes que les vertus des simples et des petits, rai donc aujourd'hui spécialement besoin des grâces du ciel. Demandons-les par l'intercession de la plus humble des vierges. Ave , Maria.

11 n'appartient qu'à Dieu de nous donner les véritables idées des choses; et dans le sujet que je traite, renonçant à mes propres pensées, je dois m'en tenir uniquement aux instructions de notre divin Maître, puisqu'en trois paroles de l'Évangile il me fournit lui-même le dessein le plus naturel , le plus juste et le plus complet. Comprenez-le bien, s'il vous plaît.

Ces deux frères , enfants de Zébédée , demandent au Sauveur du monde les deux premières places de son royaume; et le Sauveur du monde, au lieu de leur répondre précisément, et de s'expliquer sur leur proposition, leur en fait trois autres bien différentes. Car premièrement , il leur déclare que ce n'est point lui, mais son Père qui doit nous élever à ces places etàces rangsd'honneurdont ils paraissent si jaloux : SedereaMiemdddesterammeamvel$inistram,non

esimeumdarevo(4s,sedquUntsparaliime$tapch tre meo. ( Màtth. , 20. ) Secondement , il leur fait entendre qu'ils ne doivent point chercher, comme les nations infidèles, à dominer; mais que celui d'entre eux qui veut être grand , doit établir pour principe de se regarder comme le serviteur des autres, et croire que la préséance où il aspire , ne sera pour lui qu'un fonds de dépendance et d'assujettissement : Nm ita erii inter vos, sed qui voluerit inter vos mqfarjieri, fiât sieut minor; et qui pracessor est, sicut ministrator. (Ibid.) Enfin il les interroge à son tour, et il veut savoir d'eux s'ils pourront boire son calice, c'est-à-dire, le ci^ice de ses souffrances : Potestis bibere calicem, quem ego bibUurus sumf (Ibid.) Trois choses, chrétiens, par&itement propres à détruire trois erreurs, dont ces deux apôtres étaient prévenus. Car ils supposaient, sans remonter plus haut, que Jésus-Christ, en qualité d'homme, leur pouvait donner ces places honorables qu'ils ambitionnaient; et Jésus-Christ leur fait connaître que nul ne peut légitimement les occuper, hors ceux à qui dles ont été préparées et assignées par son Père céleste. Leur prétention, en obtenant ces deux places, était de se distinguer des antres, et de prendre l'ascendant sur eux ; et Jésus-Christ les détrompe en les avertissant que d'être placé au-dessus des autres , n'est qu'une obligation plus étroite de travailler pour les autres et de les servir. Enfin ils se proposaient, dans ce prétendu royaume de Jésus-Christ et dans cette préséance imaginaire, une vie douce et commode; et Jésus-Christ leur apprend combien cette préséance leur doit coûter, et que, pour l'avoir. Il faut boire un calice d'amertume, et être baptisé d'un baptême de sang.

Leçons admirables, où il semble que le Fils de Dieu ait voulu ramasser tout ce que la morale chrétienne a de plus fort , pour corriger les désordres de notre ambition. Car prenez garde, mes chers auditeurs : les honneurs du siècle que notre ambition nous fait rechercher avec tent d'ardeur, peuvent être considérés en trois manières , ou selon trois rapporte qui leur conviennent : par rapport à Dieu , qui en est le distributeur; par rapport au prochain , au-dessus de qui ils nous élèvent; et par rapport à nous-mêmes, qui les possédons ou qui nous les procurons. Sous le premier rapport, les honneurs du siècle sont dans Tordre de la prédestination éternelle, autent de vocations de Dieu ; et notre ambition les profane en les recherchant comme des avantages purement temporels : ce sera la première partie. Sous le second rapport, les honneurs du siècle sont de vrais assujettissemente à servir le prochain ; et notre ambition en abuse, en les recherôhant pour exercer un vain empire et une fière domination : ce sera la seconde partie. Sous le troisième rapport, les honneurs du

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siècle sont des engagements indispensables à travailler et à souffrir; et notre ambition les corrompt, en les recherchant dans la vued*y trouver une vie tranquille et agréable : ce sera la conclusion de ce discours. Armons-nous donc aujourd'hui, contre une passion si dangereuse, des trois maximes du Sauveur du monde; et quand l'ambition nous tente, et qu'elle nous sollicite de nous pousser à certains rangs distingués dans le monde, disons-lui que ce n*est-pas elle , mais Dieu qui nous y doit appeler, parce que ces rangs, quoique rangs du monde, sont en effet de la disposition et du ressort de Dieu; Sed quitus paratum est a Pâtre tneo : première vérité. Quand elle nous inspire un orgueil caché, et qu'elle nous flatte d'une secrète compiaisancede voir lesautres au-dessous de nous, opposons-lui ce grand oracle de la sagesse évangélique, que celui qui se trouve le premier, doit être le serviteur et l'esclave; Et qui prœcessor est, sicut ministrator : seconde partie. Quand elle nous attire par l'espérance des commodités de la vie , et des douceurs qui semblent accompagner les dignités et les emplois éclatants, confondons-la par le souvenir des devoirs laborieux, et même des croix inséparables de ces emplois et •de ces dignités, et demandons-nous à nous-mêmes; Pourrai-je boire ce calice? Potestis bibere calicemf -troisième et dernière vérité. C'est tout le sujet de votre attention.

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