‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 105 sur 232 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

De tous les articles de notre religion, il n'y en a aucun, dit saint Augustin, qui ait été plus contredit que la résurrection des hommes, parce qu*il n'y en a point qui les retienne plus dans le devoir, et qui les assujettisse davantage aux lois divines : In nul fa re tamvehemtnter contradicitur ftdei chri-

SUR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS^THRIST

êUttnXf guam in resurrectionecamis. (August). Car si les hommes doivent ressusciter, il y a donc uoe autre vie que celle-ci : toutes nos espérances ne se terminent donc pas à la mort; nous avons donc un sort bon ou mauvais à attendre dans l'éternité; Dieu nous réserve donc à d'autres récompenses, ou à d*autres peines que celles que nous ▼oyons; notre grande affaire est donc de travailler ici à mérita les unes et à éviter les autres; il faut donc rapporter nos actions à cette fin , et tout le reste doit donc être indifférent ; nous sommes donc bien condamnables de nous troubler des misères de cette vie, et de nous laisser surprendre à Téclat des prospérités humaines ; la vertu seule est donc nir la terre notre bien solide, et même notre unique bien. Car toutes ces conséquences suivent nécessairement du principe de la résurrection des morts. C'est pourquoi Tertullien commence Texœllent ouvrage (]u*il a composé sur cette matière par ces belles paroles : Fiducia christianorumy resurrectiomortuorum, (Tebtull). Au contraire, dit saint Paul , si nous ne devons pas ressusciter, et si c'est au bonheur de ce monde que nos espérances sont bornés, nous sommes les plus misérables de tous les hommes : car tout ce que nous faisons est inutile. Cesten vain que nous nous exposons à tant de dangers , en vain que j'ai soutenu tant de combats à Épuèse pour la foi ; il n'y a plus de conduite , plus de règle à garder, et l'on peut donner à ses sens tout ce qu'ils demandent; le devoir et la piété sont des biens imaginaires, et l'intérêt présent est le seul bien qui nous doive gouverner. Prenez garde, chrétiens : de cette erreur, que les hommes ne ressusciteront pas, l'apôtre tirait toutes ces conclusions par un raisonnement tliéologique, dont il y a peu de personnes encore aujourd'hui qui comprennent toute la force, mais que saint Chrysostôme a trèsbien développé, en observant contre qui saint Paul avait alors à disputer. Ce n'étaient pas , remarque ce Père, contre des hérétiques, qui, reconnaissant rimmortalité des âmes , ne voulussent pas reconnaître la résurrection des corps; son argument eût été nul : mais il combattait les libertins et les athées , qui nient la résurrection des corps , parce qu*ils ne veulent pascroire l'immortalité des âmes , ni une vie future. Car quoique ces deux erreurs n'aient pas entre elles une connexion absolument nécessaire , elles sont néanmoins inséparablement jointes dans Fopinion des impies, qui, tâchant d'effacer de leur esprit l'idée des choses éternelles, afin de se mettre en possession de pécher avec plus d'impunité, veulent abolir premièrement la foi de la résurrection des corps, et, par un progrès d'infidélité qui est presque inévitable, s'aveuglent ensuite jusqu'à se persuader même que les âmes ne sont pas immortelles. Et voilà pourquoi saint Paul se sert des

mêmes armes pour attaquer Tune et Tautre de ces deux impiétés.

Quoi qu'il en puisse être, je dis, chrétiens^ pour m'en tenir précisément à mon sujet, que dans la résurrection de Jésus-Christ, nous avons un gage sensible et assuré de notre résurrection : comment cela? parce que dans cette résurrection du Sauveur, nous trouvons tout à la fois le principe, le motif et le modèle de la nôtre :1e principe par oii; Dieu peut nous ressusciter, le motif qui engage Dieu à nous ressusciter, et le modèle sur lequel Dieu veut nous ressusciter. Ceci demande toutes vos réflexions.

Je prétends d'abord que nous trouvons dans la résurrection du Fils de Dieu le principe de la nôtre : pourquoi? parce que cette résurrection miraculeuse est, de la part de Jésus-Christ, l'effet d'une force souveraine et toute-puissante. Car, s'il a pu par sa toute-puissance se ressusciter lui-même , pourquoi ne pourra-t-il pas faire dans les autres ce qu'il a fait dans sa personne? Cest l'invincible raisonnement de saint Augustin. H y en a, dit ce Père, qui croient la résurrection du Sauveur, et qui se rendent là-dessus au témoignage incontestable des Écritures. Mais, fidèles sur ce point, ils corrompent d'ailleurs leur créance , et donnent dans une erreur grossière; ne comprenant pas, ou ne voulant pas comprendre, comment il s'ensuit de là que nous puissions un jour ressusciter nous-mêmes. Or, reprend ce saint docteur, Jésus-Christ ressuscité dans une chair semblable à la mienne, et ressuscité par sa propre vertu , n'est-ce pas une preuve évidente que je puis un jour, non pas me ressusciter moi-même comme lui , mais être ressuscité par lui? Si, selon les fausse^ idées des manichéens, poursuit saint Augustin, il n'avait pris, en venant sur la terre, qu'un corps fantastique et apparent; s'il avait laissé dans la corruption du tombeau cette chair formée dans le sein de Marie, et dont il s'était revêtu pour vivre parmi les hommes; si, reprenant une vie glorieuse, il avait repris un autre corps que le mien, un corps d'une aibstance plus déliée et composée de qualités plus parfaites , je pourrais peut-être douter de ma résurrection. Mais aujourd'hui il renaît avec la même chair, avec le même sang dont il fut conçu dans les chastes flancs d'une vierge; et ce que je vois s'accomplir en lui , quelle raison aurais-je de croire qu'il ne puisse pas l'accomplir en moi? Car est-il moins puissant en moi et pour moi, qu'il ne l'est en lui-même et pour lui-même, et si c'est toujours la même vertu, ne sera-t-elle pas toujours en état d'opérer les mêmes miracles?

Cest donc par cette suprême puissance qu'il ira dans les abîmes de la mer, dans les entrailles de la terre, dans le fond des antres et des cavernes >

SUR LA RËSUEBEGTION DE JÉSUSMamUST.

dont les lieux du inonde les plut obscurs et les plus cachés , recueillir ces restes de nous-mêmes qum la mort avait détruits , rassembler ces cendres dispersées, et, tout insensibles qu'elles seront , leur âiire entendre sa voix et les ranimer.

Ainsi le comprenait saint Paul , parlant aux premiers fidèles. Jésus -Christ est ressuscité, mes frères, leur disait ce maître des nations; on vous l'annonce, et vous le croyez : mais ce qui m'étonne, ajoutait le grand ap6tre , c'est que , ce Dieu- Homme étant ressuscité, il s*en trouve encore parmi vous qui osent contester la résurrection des hommes : Si autem ChrUtus prxdicaiur quod reêurrexil a mortuis, quomodo quidam dicunt in vobii quia resurrectio non est f (1* Cor,, 15) car l'un n'est-il pas une conséquence de Tautre, et ne sera-ce pasceDieuressusdté.qui réparera les ruines de la mort, et qui rétablira nos corps dans leur première forme et leur premier état? Qui et refornuL' bit corpus humiUtaUs nostrx. (Phiiipp., 3.) Mais encore , par où opérera-t-il ce miracle ? sera-ce seulement par l'efOcace de son intercession? sera-ce seulement par la vertu de ses mérites? Non, remarque saint Ghrysostôme ; mais l'apôtre nous fait entendre que ce sera par le domaine absolu qu'a l'Uomme-Dieu sur toute la nature : Secundum operationem qua etiampossit subjicere sibi omnia (Ibid.)

Ainsi même Pavait compris le patriarche Job , cet homme suscité de Dieu , trois mille ans avant Jésus-Christ, pour en parler dans des termes si précis et si forts, et pour prédire si clairement la résurrection du Sauveur et la notre. Oui , je crois, s'écriait-il, pour s'encourager lui-même et pour se soutenir dans ses souffrances , je crois et je sais que mon Rédempteur est vivant, et que je dois après les peines de cette vie, et après avoir payé le tribut à la mort, ressusciter dans ma propre chair : Scio quod Bedempior meusvivit, ces paroles sont admirables , et in novissimo die de terra surrecturus sum. ( Job , 19. ) Voyez- vous la liaison qu'il met entre ces deux résurrections , celle de Jésus-Christ son Rédempteur, Scio quod Redemptor meusvivit; et la sienne propre, et in novissimo die de terra surrecturus sumf (Id.) Qu 'aurait-il dit s'il eût vécu de nos jours , et qu'il eût été témoin comme nous de cette résurrection glorieuse du Fils de Dieu, où nous ne trouvons pas seulement le principe de la nôtre, mais encore le motif?

Car il est naturel que les membres soient unis au chef ; et quand le chef se ressuscite lui-même, n'est-ce pas une suite qu'il doit ressusciter ses membres avec lui? Or, notre chef, c'est Jésus- Christ, et nous sommes tous les membres de Jésus- Christ. Je puis donc bien appliquer à ta mystère

ce que saint Léon disait de la triomphante i sion du Sauveur au ciel, que là où le dwf cnm, ses membres l'y doivent suivra : et de même qm Jésus-Christ, selon la pensée de ce gnuid pspe, n'est pas seulement rentré dans le séjov de si gloire pour lui-même, mais pour nous, ^cil>à^n pour nous en ouvrir les portes et pour sont j appeler après lui; par la même règle et dans le nftw sens, n'ai-je pas droit de conclure qae&m/t pour pous-mêmes qu'U a brisé les portes de la mort, pour nous-mÀnes qu'il est iorti du tomlieto et qu'il est ressuscité? Et certes, sll veut, en qvalUé de chef, que ses membres agissent eooune fad, souffrent comme lui, vivent comme lai« meurent comme lui, pourquoi ne voudra-t-il pas qà^ih ressuscitent comme lui? N'est-il pas juste que» nous faisant part de ses travaux , il noos fasse part de su récompense : et puisqu'une partie de sa r^compense est la gloire de son corps, parée qneet corps adorable est entré en participation de mérites avec son âme, n'est-U pas engagé par là même à récompenser, pareillement en nous, et le cprps, et rame? C'est la belle et consolante théologie dt saint Paul ; et voila pourquoi ce grand apdtie rappelle les prémices des morts, Primitim dcrmiientkan ( 1 . Cor. y 1 5 ) ; le premier-né d'entre les morts, Primogeniius ex mortuis. {Cotois., 1.) Des prémices supposent des suites; et pour être le pie* mier-né , ou si vous voulez , le premier rcssnseité d'entre les morts, il faut que les morts doivent pareillement reuattre à la fin des sièeles, et reprendre une nouvelle vie. Vérité ui Incontestable dans la doctrine du maître des Gentils, qu*il ne fait pas difDculé de dire que , si les morts ne doivent pas ressusciter après la résurrection de Jésos- Christ, et en vertu de cette bienheureuse résurrection, il s'ensuit que ce n'est qu'une résurreetioo imaginaire et supposée : Si resurrectio morimnm non est, neque Cfiristus resurrexU. (1. Cor., IS.) Il est donc vrai , mes chers auditeurs, que nous ressusciterons par Jésus-Christ , ou [flutdt, parla toute-puissance de Jésus-Christ; il est vrai que nous ressusciterons, parce que Jésus-Christ eit ressuscité : et pour mettre le comble à notre espérance, j'ajoute que nous ressusciterons encore semblables à Jésus-Christ, et que sa résurrection est le modèle de la nôtre. Car, demande saint Augustin, pourquoi Dieu a-til voulu que la résunection de son Fils fût si sensible, et pourquoi le Fils unique de Dieu a-t-il tant cherché lui-même i la faire connaître et à la rendre publique? Ah I répond ce saint docteur, c'est afin de nous découvrir sensiblement dans sa personne la vaste étendue de nos prétentions ; c'est afin de nous ûdre voir dans ce qu'il est , ce que nous devons être ou ce que nous pouvons devenir. Je n'ai donc qu'à me

SUR LA RÉSURRECTION DE JËSUSCHRISr

«présenter ce qull y a de plus brillant dans le rîompbe de mon 5>auveor : je n*aiqu*à contempler sette humanité gloriOée; ce corps, tout matériel ît tout corps qu'il est, revêtu de toutes les quaiiiés des esprits , tout éclatant de lumière , et couronné d*une splendeur éternelle; voilà Fheureux ^t où je dois être moi-même élevé, et ce que la foi me promet. Espérance fondée sur la parole néroe de Dieu , puisque c*est sur la parole de son ipôtre. Car, dit Tapôtre, quand Dieu viendra tirer los corps de la poussière, et les ranimer de son loufile, ce sera pour les conformer au divin exemplaire qui nous est proposé dans la résurrection de Jésus-Christ : Re/ormabU corpus humilitatis nottr», cùt^uratum corpori clariieUis 9uœ. {rhi- !ifp., 9.) Maintenant ce sont des corps sujets à la Domiption et à la pourriture ; maintenant ce sont des corps sujets à la souffrance et à la douleur ; maintenant ce sont des corps fragiles et sujets à la mort; maintenant ce n'est qu'une chair grossière, vile et méprisable. Mais alors, par le plus prompt et le plus merveilleux changement, ils auront, si je puis m*expriiner de la sorte , la même incorruptibilité que le corps d'un Dieu , la même impassibilité, la aiême immortalité, la même suotilité, la même clarté : Configuratum corpori clarUatU suœ. Tout cela, néanmoins , mes frères, à une condition , savoir : que nous travaillerons dans la vie présente a les sanctifier ; et par ou ? par la mortification et la pénitence chrétienne : car si ce sont des corps que nous ayons flattés, que nous ayons idolâtrés , à qui nous ayons accordé tout ce que demandait une cupidité sensuelle, et dont nous ayons fait par là des corps de péché, ils ressusciteront, mais comment? Comme des objets d'horreur, pour servir à la confusion de l'âme et pour partager son tourment, après avoir servi et avoir eu part uses crimes. Ah! chrétiens, les grandes vérités! malheur à qui ne les croit pas; malheur à qui les croit, et qui vit comme s'il ne les croyait pas! mais heureux mille fois le fidèle qui, non content de les croire, en fait la règle de sa vie, et en tire de puissants motifs pour animer sa ferveur! Entrez, s'il vous plaît , avec moi dans cette importante morale.

Malheur, dis-je, à qui ne croit pas ce pomt essenUei du christianisme et cette résurrection future ! S'il y avait parmi mes auditeurs quelqu'un deces libertins, voici ce que je lui dirais avec toute la sincérité et toute l'ardeur de mon zèle : Il faut, mon cher frère, que le désordre soit bien grand dans vous, et que la vice y ait pénétré bien avant, pour Toos réduire à ne plus croire une des vérités fondamentales de la religion. 11 faut que votre cœur ait bien corrompu votre esprit, pour l'aveugler et le pervertir de la sorte. Car, dites-moi , je vous prie, si vous êtes encore capable de vous rendre a .ce

raisonnement, qui de nous deux est mieux fondé, vous qui ne croyez pas ce que Ton vous annonce touchant une autre vie que celle-ci et la résarrec* tion des morts , et moi qui le crois d'une foi ferme et avec une entière soumission? Sur quoi vous appuyez-vous pour ne le pas croire, du moins pour en douter ? sûr votre jugement , sur votre prudence, ou plutôt sur votre présomption? Vous ne croyez pas ces mystères, parce que vous-ne les concevez pas, parce que vous voulez mesurer toutes choses par vos sens , parce que tous ne voulez déférer, ni vous en rapporter qu'à vos yeux; parce que vous dites, comme cet apôtre incrédule , Nisi videro, non credam (Joan., 30) ; Si je ne vois , je ne croirai rien ; conduite pleine d'ignorance et d'erreur; voilà le fondement deyotre infidélité. Mais moi, dans ma créance et dans la foi que j'ai embrassée et pour laquelle je serais prêt à verser mon sang, je me fonde sur le témoignage de Dieu même , sur les principes de sa providence et de sa sagesse, sur la vérité de mille prophéties, sur un nombre presque infini de miracles , sur l'autorité des plus grands hommes de tbus les siècles, des hommes les plus sensés, les plus éclairés, les plus irréprochables et les plus saints. Je me trouve en possession d'une foi qui a opéré tant de merveilles dans l'univers , qui a triomphé de tant de rois et de tant de peuples, qui a détruit et aboli tant de superstitions, qui a produit et fait pratiquer tant de vertus , qui a eu tant de témoins , qui a été signée par le sang de tant de martyrs, qui s'est accrue par les persécu* tiens mêmes, et contre laquelle toutes les puissances de l'enfer et de la terre n'ont jamais pu pré* valoir et jamais ne prévaudront : telles sont les raisons qui m'y attachent. Or, de ces raisons et des vôtres, jugez, encore une fois, quelles sont les plus solides et les plus capables de déterminer un cœur droit et de le fixer.

Mais, me direz-vous, comment comprendre cette résurrection des morts ? Il ne s'agit pas , mon cher auditeur, de la comprendre pour la croire , mais de la croire, quand même elle vous serait absolument incompréhensible. Car, que vous la compreniez', ou que vous ne la compreniez pas, ce n'est point ce qui la rend plus ou moins vraie, ou plus ou moins certaine, ni par conséquent plus ou moins croyable. Cependant j'ai bien lieu d'être surpris, mon cher frère , que vous qui vous piquez d'une prétendue force d'esprit, vous formiez làdessus tant de difficultés. Comme si cette résurrection n'était pas évidemment possible à Dieu notre créateur; car, dit saint Augustin, s'il a pu créer de rien nos corps, ne pourra-t-il pas les former une seconde fois de leur propre matière ; et qui l'empêchera de rétablir ce qui était déjà, puisqu'il a pu faire ce qui n'avait jamais été? Comme si ciitta

SUR LA RÉSUBRECTION DE XÉSUS-GHRIST.

résurrection n'était pas même aisée et Oacile à Diea, puisqu*il est tout-puissant et que rien ne résiste à une puissance sans bornes. Comme si toutes les créatures ne nous rendaient pas cette résurrection très-sensible : un grain de blé meurt dans le sein de la terre, c'est la cx)mparaison de saint Paul , et il faut, en effet , que ce petit grain se pourrisse et qu'il meure ; mais ensuite ne le voyons-nous pas renaître? et n'est-il pas étrange (que ce qui vous fait douter de votre résurrection , soit cela même par où la Providence a voulu vous la rendre plus intelligible? Comme si cette résurrection n'était pas très-conforme aux principes de la nature , qui , par rinclination mutuelle du corps et de l'âme , et par rétroite liaison qu'il y a entre l'un et l'autre, demande qu'ils soient éternellement réunis. Comme si la créance de cette résurrection n'était pas une des notions les plus universelles et les plus communes qui se soient répandues dans le monde : ceux mêmes, disait Tertullien , qui nient la résurrection, la reconnaissent malgré eux, par leurs sacriGces et leurs cérémonies à l'égard des morts. Ce soin d'orner leurs tombeaux et d'en conserver les cendres , est un témoignage d'autant plus divin qu*il est plus naturel. Ce n'est pas seulement, ajoutait-il , chez les chrétiens et chez les Juifs qu'on a cru que les hommes devaient ressusciter, mais chez les peuples mêmes les plus barbares , chez les païens et les idolâtres ^ et ce n'a pas seulement été une opinion populaire, mais le sentiment des sages et des savants. Comme si Dieu, enûn , ne nous avait pas facilité la foi de cette résurrection par d*autres résurrections qu'on a vues, que des témoins irréprochables ont rapportées , et que nous ne pouvons tenir pour suspectes, sans démentir les divines Écritures et les histoires les plus authentiques. Ah! mon cher auditeur, allonsàla source du mal , et apprenez une bonne fois à vous connaître vous-méine. Vous avez de la peine à vous persuader qu'il y ait une autre vie, une résurrection, un jugement à la fin des siècles, parce qu'avec cette persuasion il faudrait prendre une conduite toute nouvelle , et que vous en craignez les conséquences ; mais les conséquences de votre libertinage sontelles moins à craindre pour vous et moins affreuses? Dieu, indépendamment de votre volonté, vous a créé sans vous, et il saura bien sans vous et malgré vous vous ressusciter : Smi quia vis, non resurges ; aut si resurrecturum te non credideris, propterea non resurges (August.); ce sont les paroles de saint Augustin : Votre résurrection ne dépendra point de votre créance; mais le bonheur ou le malheur de votre résurrection dépendra et de votre créance et de votre vie. Or, quelle surprise à ce dernier jour, et quel désespoir, s'il faut ressusciter pour entendre l'arrêt solennel qui vous ré-

prouvera ; s'il faut ressusciter pour entrer dans les ténèbres de Tenfer, en sortant des ondires de h mort; s'il faut ressusciter pour consommer par h réunion du corps et de l'âme votre damnation , pvei que dans une affaire d'une telle importance fom n'aurez pas voulu prendre un parti aussi nge tt aussi certain que Test celui de croire et debiea.vitn! Je dis de bien vivre ; et voici le malheur, noo plus du libertin , qui ne croit pas , mais du pécheur qui croit et qui vit comme s'il ne croyait pas. En effet , que sert-il de croire et de ne pas agir eoùîW' mément à sa foi ? que dis-je ! et d'agir même d'une manière directement opposée à sa foi ? de croire une résurrection qui nous fera comparaître devant le souverain juge des vivants et des morts, et de ne travailler pas à le gagner, ce juge redoutable, et à le fléchir en notre faveur? de croire une résinrreetion qui nous produira aux yeux du monde entier pour être connus tels que nous serons et teb que nous aurons été, et de vivre dans des habitudes, dans des désordres maintenant cachés et aeciets, mais qui, révélés alors et publiés à la face de funivers, nous couvriront d'ignominie et d'opprobres? de croire une résurrection qui nous doit £aure passer à une vie , ou éternellement heureuse, ou éte^ nellement malheureuse, selon le bien que nous aurons pratiqué dans la vie présente , ou selon le mal que nous y aurons commis; et de ne rien fairedansli vie présente de tout le bien qui nous peut procurer une heureuse immortalité , et de commettre dans li vie présente tout le mal qui nous peut attirer la plus terrible condamnation , et nous conduire à une malheureuse éternité? Que sert-il , encore une fois, de croire de la sorte? ou plutôt, croire de la sorte, n'est-ce pas se rendre encore plus coupable et se condamner par soi-même? Cest à vous surtout, femmes du monde , à bien méditer ce point de votre religion , et à en proGter. Peu en peine de l'avenir, vous ne pensez qu'au présent; et refusant à votre âme tous vos soins , vous n'êtes occupées que de votre corps. Hélas! en voulant le conserver, vous le perdez. Voilà a quoi vous ne pensez pas, et à quoi vous penserez , mais trop tard , quand au son de la dernière trompette ce corps renaîtra de sa propre cendre, et que vous entendrez sortir de la bouche de pieu ces formidables paroles : Quantum in deliciis fuit , tantum date iili tormenium {/ipocy 18); Que les délices où ce corps a véco, soient la mesure de son tourment. Après que vous en avez fait votre idole , que vous l'avez tant ménagé et tant flatté, la mort en a fait la pâtue des vers; et la nouvelle vie que je lui rends en ta faire la pâture des flammes , dont le sentiment loi sera d'autant plus douloureux , qu'il a plus godté les fausses douceurs où vous l'avez nourri : QuanUKm in deliciis , fuit, tantum date illi tormen tvm.

SUR LA RÉSUBRECTION DE JÉSUS-CHRIST

liioiis, mes ehers auditeurs : Heureux le [ui croit et qui attend une résurrection gloparee qu'il se met, par la pratique de toutes vres chrétiennes et par la sainteté de ses , en état delà mériter! Voilà ce qui animait 'aul , ce qui consolait TÉglise naissante et itée , ce qui, dans la suite des siècles, a soumt de martyrs, tant de solitaires, tant de u : car nous souffrons, disaient-ils, nous ons nos corps, nous nous privons des plaisirs monde nous présente ; mais ce n'est pas en st puisque nous sommes assurés que Tâme lu corps, et qu'à la dernière consommation ips le corps doit encore se rejoindre à l'âme commencer ensemble une vie immortelle, 'ons bien de quoi nous réjouir dans la pensée ms serons alors abondamment payés , par ieité souveraine, de tout ce que nous aurons sur la terre, et de tous les sacrifices que lirons faits à Dieu. Voilà ce qui doit inspinéme zèle et la même ardeur à tout ce qu'il imes pieuses qui m'écoutent; je dis plus, B qui doit sanctifier tout ce qu'il y a ici de ns à qui je parle. Voilà sur quoi ils doivent e leurs résolutions : ils ne les prendront jaiir des principes plus solides. Si dans cette té ils n'ont pas encore fait leur devoir, voilà loit les engager à s'en acquitter sincèrement , icquitter promptement, à s'en acquitter pleit. S'ils ont satisfait au précepte de l'Église, et soient ainsi rentrés dans les voies de Dieu , e qui doit les y maintenir et les y faire maronstamment : car c'est de cette constance it dépend ; et pour ressusciter dans la gloire, , par une sainte persévérance, mourir dans «.Mais, hélas! qui persévérera? souffrez, lers auditeurs, que je m'attache particulièrei ce point, en finissant ce dernier discours, is-je persévérera ? où sont ces âmes fidèles à romesses et inébranlables dans leurs résolu- II n'y a que vous , 6 mon Dieu ! qui les con- X, puisqu'il n'y a que vous qui puissiez conet le cœur de l'homme et l'avenir; deux qm vous sont toujours présentes , mais qui Dnt également cachées , et jusqu*où nos iaiimières ae peuvent s'étendre. J*ai lieunéan- , Seigneur, de me consoler par les eonjectule je puis avoir d*un secret dont la parfaite ssance vous est'réservée; et je sais en partitout Tunivers le sait avec moi , qu'il y a ici iir que votre main a formé, un cœur ennemi eonstanee et de la l^èreté, fidèle dans ses i, égal dans sa conduite, inviolablement atrax lois qu'il veut bien se prescrire; qui, ; proposé de grands desseins, n'en peut être né nar aucun obstacle ; qui a fait des prodiges

de valeur pour les exécuter; et, ee qui n*est pat un moindre prodige, qui a renoncé pour cela nonseulement au repos et aux plaisirs, mais à ses avantages même et à ses intérêts. Jusqu'où la perfection de votre loi ne peut-elle point porter, 6 mon Dieu! ce cœur ferme et intrépide? et qui jamais dans ce sens a été plus propre que lui au royaume du ciel?

C'est donc Votre Majesté, sire, qui fait ici toute ma consolation. Mais qui suis-je , pour parler de moi ? disons mieux, les anges protecteurs de votre royaume, les saints qui redoublent jour et nuit leurs prières pour votre personne sacrée. Dieu même, si j'ose le dire, ne trouvera-Ml pas dans la fermeté qui fait votre caractère , de quoi pouvoir se consoler de l'inconstance de la plupart des chrétiens ? C*est Dieu-, sire, qui a imprimé dans votre grande âme ce caractère de fermeté : et comme Votre Majesté, s'arrétant au milieu de ses conquêtes, n'a point pris pour fermeté héroïque une opiniâtreté ambitieuse, aussi ne peut-elle se mépreiùlre dans l'usage qu'elle doit faire de cette vertu. L'exemple qu'elle en vient de donner à toute l'Europe en est une preuve que la postérité n'oubliera jamais. Plus ferme dans sa religion que dans ses entreprises militaires, elle a fait céder ses entreprises militaires à l'intérêt commun de la religion. Au seul bruit des ennemis du nom chrétien, elle a interrompu le cours de ses armes : votre piété royale n'ayant pu souffrir que vos armes, autrefois si glorieusement employées, et peut-être encore aujourd'hui destinées par la Providence à repousser ces infidèles « servissent en aucune sorte à l'avancement de leurs desseins. Incapable alors de penser à vous-même , et de profiter dans cette conjoncture de la faiblesse de ceux dont votre bras a tant de fois dompté la force; prêt à sacrifier tout dès que vous avez compris qu'il s'agissait de la cause de Dieu , vous avez oublié vos plus justes prétentions , quand il a fallu donner des marques de votre zèle et de votre foi. Voilà ce que j'appelle fermeté, et fermeté pure, puisque ni l'ambition ni l'intérêt n'y ont nulle part.

Mais après tout, sire. Votre Majesté sait assez que la fermeté d'un roi chrétien ne doit pas en demeurer là : qu'elle doit être occupée dans lui à quelque chose encore de plus digne de lui : qu'il en doit être lui-même le sujet, et que, comme toutes les qualités qu'on admire dans les héros seraient peu estimées des hommes si la fermeté y manquait, ainsi la fermeté même est peu estimée de Dieu s! elle n'est jointe avec sa grâce , qui seule fait à ses yeux notre mérite. Oui, c'est pour conserver la grâce, que Votre Majesté a reçu de Dieu ce caractère de fermeté et de constance, et jamais la guerre, ce théâtre si éclatant pour elle, ne lui a fourni de plus nobles triomphes que ceux d'un monarque qui

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fait triompher dans sa personne la grâce de son Dieu. Si dans tons les états la perséTérance chré* tienne est le dernier effet de la grâce, on peut dire que c*est une espèce de miracle dans an roi , et surtout dans le plus absolu des rois, puisqull trouve dans sa grandeur même les plus dangereux ennemis qu'il ait à combattre. Car que ne doit pas craindre pour le salut celui à qui tout obéit , à qui tout cède, à qui rien ne peut résister, à qui tout s'efforce de plaire , et à qui tout craint souyerainement de dé* plaire; et quelle fermeté d'âme ne doit-il pas opposer à tout cela, s'il veut, disait saint Bernard , que tout cela , eo l'élevant, ne le perde pas ? Mais aussi, de quel mérite devant Dieu ne doit pas être la penévérance d'un prince qui, se voyant au-dessus de tout, et maître de tout, s'étudie à l'être encore plus de lui-même; qui, recevant à tous moments les hommages des hommes, n'oublie jamais ce qu'il doit à Dieu; qui joint avec la majesté du trêne l'humilité de la religion, avec Pindépendanoe d'un souverain la charité d'un chrétien, avec le droit d'impunité Péquité la plus droite et tous les sentiments de la plus exacte probité?

Voilà ^ sire , les victoires que la grâce toute-puissante de Jésus-Christ doit remporter dans vous. Demeurant ferme dans cette giice, vous confondrez les libertins qui craignent votre persévérance; tous consolerez les gens de bien , qui en font le sujet de leurs vœux; et constant pour un Dieu si constant lui-même pour vous , en gouvernant un royaume de la terre, vous mériterez de posséder le royaume étemel , que je vous souhaite , etc.

SERMON

POUR

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