‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 113 sur 232 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

De tous les mystères de notre religion , il n'y en a pas un où Dieu soit plus incompréhensible à l'homme, que le mystère de la Trinité; d'où je conclus qu*i] n'y en a aucun dont la créance et la profession soit plus honorable et plus glorieuse à

Dieu. Car il est certain que nous ne nous formons jamais d'idée plus haute, ni plus digne de la grandeur de Dieu, que quand nous avouons qu'il est incompréhensible ; et la plus excellente protestation que je lui puisse faire , et que vous puissiez tous lui faire avec moi , c'est sans doute celle-ci : Non , mon Dieu, je ne vous comprends pas, et je ne suis pas capable de vous comprendre. Quand j'épuiserais toutes les forces et toutes les puissances de mon âme , quand j'y emploierais toutes celles des anges , quand tous les dons de la grâce et de la gloire me seraient communiqués, quand je vous verrais aussi parfaitement que les bienheureux et que l'humanité de Jésus-Christ même, non , Seigneur, je ne vous comprendrais jamais, et ma connaissance sera toujours autant éloignée de vous que le fini Test de Tinfini. Si je vous comprenais, mon Dieu , vous ne seriez plus ce que vous êtes , ou bien je ne serais plus ce que je suis; mais en ne vous comprenant pas, je reconnais que vous êtes mon Dieu, et que je suis votre créature : car comment pourrais-je mieux exprimer Tun et Tautre, et d*une manière plus avantageuse à votre divinité, qu'en disant que vous êtes ce que je ne puis comprendre, et ce qui ne peut jamais être compris ? Bien plus , dit saint Augustin (écoutez , chrétiens , une belle remarque de ce Père), à proprement parler. Tunique chose que nous pouvons connaître de Dieu et que nous pouvons lui attribuer, c'est cette qualité d'incompréhensible : Tune vere cUiquidde Deo cognoscimus, cvm ipsum comprehendere non possumus. (August.) Dans tout le reste nos esprits se perdent, dans tout le reste nous nous égarons souvent, sur tout le reste nous sommes en danger de tomber dans Terreur. Quand nous disons : Dieu est puissant. Dieu est juste. Dieu est saint, Dieu est miséricordieux, dans la rigueur des termes, toutes ces propositions ne seraient pas convenables, si nous n'ajoutions ou si nous ne supposions Tincompréhensibilité de Dieu pour les modifier. Afin qu'elles soient exactement vraies, il faut dire, ou du moins sous-entendre : Dieu est puissant, mais d'une puissance que je ne comprends pas; Dieu est juste, mais d'une justice tout autre que je ne la connais; Dieu est saint, mais d'une sainteté qui passe toutes les vues de mon esprit. Il en faut donc toujours revenir à son incompréhensibilité, et se réduire au sentiment de saint Augustin, que là où Dieu nous paraît plus incompréhensible, c'est là que nous le connaissons mieux, là que nous sommes plus en état de le glorifier, là que notre foi lui rend un témoignage plus parfait. Or, je vous demande , dans quel mystère de la religion chrétienne Dieu est-il plus incompréhensible à Thomme ? n'estce pas dans la Trinité ? Que concevons nous dans ce mystère, sinon que nous n'y concevons rien? Et c'est pourquoi les prophètes, qui en ont eu les pre-

SM SUR LA TRES-SAINTE TRINITÉ

Mix, commen^ns è parler comme eux, à agir comme eux; et quand la Providence Fordonnera, soyoos prôts à souffrir comme eux. En vrais disciples du Sauveur, pleins de son esprit, confessons hautement son nom, ne rougissons point de son Évangile, rendons-lui dans le monde des témoignages dignes de notre foi; expliquons-nous dans les occasions, n'ayons point, quand il est question de la cause de Dieu, de lâches complaisances pour les hommes; ne donnons point cet avantage à l'impiété, qu'elle nous rende timides et muets; mais confondons-la par une sainte, quoique modeste, liberté. On dira que nous sommes imprudents; on a bien tenu des apôtres d'autres discours et plus injurieux , sans que leur zèle en ait été refroidi. Ne nous contentons pas de parler; travaillons pour Dieu avec courage; intéressons-nous dans tout ce qui regarde son culte, sa religion, sa loi, son Église. Dans l'étendue de notre pouvoir, à proportion de nos talents, formons pour lui des desseins et des entreprises. Ne nous rebutons point des obstacles qu'il y aura à surmonter : l'Esprit de Dieu nous donnera des forces, et il nous fera vaincre le monde. Nous aurons des contradictions à essuyer, il faudra livrer des combats, peut-être nous en coûtera-t-il des persécutions : eh bien! nous nous ferons de tout cela, comme les apôtres, une consolation et un mérite. A quoi connattra-t-on que nous avons reçu le Saint- Esprit , si ce n'est par notre constance à soutenir ces sortes d'épreuves ?

Adhuc loquetUe Petro, cecidU.SpirUus Sanctus super omnes qui audiebatU verbum {Aet., 10) : Comme Pierre parlait encore, rapporte saint Luc, le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient sa parole. Que ne puis-je, mes chers auditeurs , obtenir pour vous et pour moi le même miracle! Faites, Seigneur, que ce que je dis ne soit pas un simple souhait, donnez bénédiction à ma parole, ou plutôt à la vôtre; répandez sur toute cette assemblée la plénitude de votre Esprit. Et vous, ô Esprit de mon Dieu! principe de toutes les grâces , auteur de toute sainteté , venez nous éclairer et nous fortiûer; venez sanctiGer cette maison qui vous est dévouée , et qui ne veut être gouvernée que par vous , parce que tout autre esprit que vous ne la tiendrait pas dans l'ordre qui y règne, et dans cette parfaite charité qui y a toujours entretenu la paix de Dieu. Vous nous mettez ici devant les yeux un exemple aussi éclatant qu'édifiant, seul capable de nous convaincre du souverain empire que vous avez sur les esprits et sur les cœurs; une des plus grandes reines du monde, sanctifiée par la pratique de toutes les vertus chrétiennes , qui , dans Télévation de son rang, a su conserver Tesprit d'une profonde humilité, d'une solide piété, d'une sainte et exacte régularité; une reine qui a tout sacrifié, et qui s'est

sacrifiée elle-même pour sa religion ; une reine vietime de sa foi , et persuadée de la vérité cntholiqw, jusqu'à la défendre aux dépens de trois rojmuMi; une reine dont les malheurs n'ont ni ébranlé k constance, ni ralenti le zèle; enfin, one imm qn sert aujourd'hui de spectacle an monde, aux •■*eet aux hommes, mais encore plus à Dieu qui réprouve : voilà, divin Esprit, ce que nous leganlott comme un chef-d'œuvre de votre grâee : et teBe est aussi, madame, l'henrease et glorieuse destinés de Votre Majesté. Dieu vous a choisie pour tee ont preuve, mais une preuve illustre et naéaiondileds la toute-puissance de son Esprit. Il vous a cÉMÛii pour allier dans votre personne toute la perfeete du christianisme avec toute la grandeur du siède. Il vous a remplie de l'esprit de vérité, de l'esprit di sainteté, de l'esprit de force, pour ûiiie de v«s un modèle des plus héroïques vertus. Cest ce qa nous inspire pour Votre Majesté une si profonde vénération; c'est ce qui nous fait espérer que la suite réparera les pertes passées, que Dieu, seioB le mot du sage, vous ayant trouvée digne de loi dans l'afQiction, non-seulement vous consolera, vous relèvera , vous glorifiera sur la terre, maif vous couronnera dans le ciel, où nous conduise, etc.

SERMON

LA TRÈS-SAINTE TRINITÉ

In nomine Patrù, et FUii, et Spiritut Sancti.

ku nom du Père, et du Fils, et du Saint-Etprit Saoit Matth. , chap 28.

Voilà, chrétiens, en trois paroles, le sonmiaire de notre foi , le fondement de notre religion, le caractère de notre profession , le plus auguste de nos mystères. Le Sauveur du monde en a fait une partie essentielle dif premier de tous les sacrements; il a voulu qu'il entrât presque dans la composiUoa de tous les autres; la primitive Église s*en servait comme d'un sceau public et universel, pour distinguer les fidèles; et c'est pour nous conformer à ses sentiments que nous le mettons à la tête de toutes nos actions, voulant qu'elles soient autant de témoignages du culte que nons rendons à l'adorable et très-sainte Trinité. Aussi est-ce cette foi, dit saint Augustin, que nous regardons comme le plus précieux trésor de FÉglise; cette foi qui justifie les pécheurs, qui sanctifie les justes, qui baptise les catéchumènes , qui couronne les martyrs , qui consacre les prêtres , qui sauve tout le monde. Cependant, mes chers auditeurs , à quoi m*engage la fête et la solennité de ce jour! Le prophète Jérémie di-

SUR LA TRÈS-SAINTE TRINITÉ

nul à Diett : Seigneur, je suis un enfant qui ne fait oieore que b^yer, et qui ne sait pas expliquer ses peoaéet; comment voulez-vous que je parle à votre peuple t et que je lui annonce votre loi? Mais, lui lépoodit le Dieu dlsraël , ne crains point , c*est moi foi t'envoie ; et puisque je t'envoie, je te soutiendrai dans Texerdce de ton ministère : je te mettrai dans It bouche ce que tu auras à dire, et je serai en même temps dans les cœurs de ceux qui t'écoutefoot, pour les disposer à te donner une attention ftvorable. Voilà , mes frères , ce qui fait aujourd'hui tonte ma confiance. J'ai à vous entretenir du plus frafond et du plus impénétrable mystère; mais deux choses oie rassurent, Tordre de Dieu, et votre dislioâtion : Tordre de Dieu , qui me commande de nms parler ; et la disposition où vous êtes de recevoir, avec une réflexion toute particulière, sa sainte parole. Implorons néanmoins, pour traiter ce grand sujet, le secours du ciel, par Tintercession de Marie. JvBy Maria.

Pour parler utilement, chrétiens, du mystère de la très-sainte Trinité, et pour le rapporter, autant qQ*il est possible, à rédificaiionde nos mœurs, voici trois propositions que j'avance d'abord, et qui feront le sujet et le partage de ce discours. Je dis que la profession que nous faisons dans le christianisme , de croire en un seul Dieu , une trinité de personnes , est l'acte le plus glorieux à Dieu que notre foi soit capable de produire; première proposition :je dis que c'est le fondement le plus essentiel et le plus solide de toute notre espérance ; seconde proposition : et enfin je dis que c'est le lien de la charité qui doit régner entre les hommes , mais particulièrement entre les fidèles; troisième proposition. La première vous montrera ce que nous faisons pour Dieu, en confessant le mystère de la Trinité; la seconde, ce que nous faisons pour nous-mêmes ; et la troisième, ce que nous devons fûre les uns pour les autres. Croire un Dieu en trois personnes, c'est le plus grand hommage de foi que la créature puisse rendre à Dieu : ce sera la première partie. Croire un Dieu en trois personnes, c'est le plus grand sujet de confiance que la créature puisse avoir en son Dieu : ce sera la seconde. Croire un Dieu en trois personnes, c'est avoir devant les yeux le plus puissant motif et le plus excellent modèle de la charité qui doit tous nous unir en Dieu et selon Dieu : c« sera la dernière. Tout ceci est moral, et mente toute votre attention.

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