‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 140 sur 232 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

II n'y a qu'un Seigneur, dit saint Paul : Unus D(h miwuê (Ephes., 4); et Dieu seul a droit de prendre absolument cette qualité à l'égard de l'homme. Quand on dit, en parlant des grands de la terre, que les hommes qu'ils ont élevés et dont ils ont fait la fortune sont leurs créatures, c'est une flatterie que l'usage a introduite, mais que la religion, bien loin de l'approuver, contredira toujours. En effet, les grands

SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE

peuveot bien avoir des serviteurs, ils peuvent bien avoir des sujets, ils peuvent bien inéme avoir des cselaves : mais il ne convient qu*à Dieu d^avoir des créatures qui , dans le fond de leur être , soient à IttI et dépendent de lui ; et c'est en quoi je fais consister Tessence de ce souverain domaine ,qu*il a sur nous. Or , de là , cbrétiens, il s'ensuit d'abord que de tous les tributs que nous devons à Dieu, celui par où nous distinguons Dieu comme Dieu, et l'unique même par où Dieu prétend être reconnu de nous pour ce qu'il est, c'est cette oblation de nous-mêmes dont j'ai entrepris de vous instruire ici. Car de tout le reste, dit excellemment saint Augustin, nous en pouvons être redevables aux bommes ; nous pouvons leur devoir nos assiduités et nos soins; nous pouvons leur devoir nos biens , et quelquefois leur devoir nos vies : mais jamais nous ne pouvons nous ' devoir nous-mêmes à eux. Ce fond de nous-mêmes est quelque chose que Dieu s'est réservé singulièrement et dont il exige que nous lui fassions bonneur. Telle est, reprend saint Augustin, la nature de l*bomme : et voilà, mes chers auditeurs, le grand mystère que Jésus-Cbrist, cet homme par excellence, cet homme prédestiné pour être l'exemplaire et le modèle de tous les autres hommes, cet homme choisi et envoyé au monde pour y faire connaître la supérioriré infinie du domaine de Dieu ; voilà, dis-je , le grand mystère qu'il nous découvre dans la solennité de ce jour.

Il sait que le domaine de Dieu son Père a été violé : il s*est chargé d'en réparer la gloire, et il entreprend de la rétablir parmi les bommes. Mais comment? sera-ce par le sacrifice des animaux et par le sang des victimes ? sera-ce par l'encens qu'il fera brûler sur les autels du Seigneur , ou en lui présentant des firuits de la terre? Non, mes chers auditeurs ; ce ne serait point là s'offrir lui-même , et toute autre victime que lui-même ne pourrait dignement honorer ce suprême domaine dont il veut rehausser l'éclat, etauquel il vient rendre l'hommage qui lui estdû. Cestdans cet esprit qu'il parait aujourd'hui devant la majesté divine, pour lui rendre un culte qu'il pouvait seul lui rendre. Car ne confondons point cet enfant et ce premier-né avec les autres aînés d'Israël. Sous le voile de cette humanité dont il est revêtu , ce n'est pas seulement un homme qu'il offre à Dieu en s'offrant lui-même, mais un Dieu, puisque en effet il est Dieu lui-même, et que tout Dieu qu'il est, il se soumet; que, toutJ)ieu qu'il est, il s'anéantit; que, tout Dieu qu'il est, et même parce qu'il est Dieu , il se présente , afin que le mirite de sa personne relève le mérite et le prix de son sacrifice.

Arrêtons-nous là, chrétiens; il n'en faut pas davantage pour notre instruction. Voilà le précis de cette oblation essentielle à quoi 3e réduit non-

seulement le principal devoir de l'homme, mais, pour parler avec le sage, tout l'homme : Hoc est enim omnis homo. {Eccies., 12.) Voilà l'importante leçon que nous fait le Sauveur du monde , et l'exemple qu'il nous propose pour nous servir de modèle. Nous n'avons rien qui soit plus à nous ni tout ensemble qui soit plus à Dieu , que nous-mêmes : c'est donc de nous-mêmes que nous devons tirer ce tribut qu'il exige de nous et qui lui est incontestablement et nécessairement affecté comme au premier maître. Pour mieux entendre ma pensée, prenes garde àdeux propositions que j'avance, et dont l'ap* parente contradiction va mettre dans tout son jour ce point fondamental que je traite. En qualité de créatures, nous appartenons essentiellement à Dieu : c'est le premier principe que je pose ; principe que toute la théologie reconnaît et que la nature même et la raison nous enseignent. Car, à qui l'ouvrage peut-il plus justement appartenir qu'à l'ouvrier qui l'a formé? Je dis néanmoins d'ailleurs, et c'est une vérité qui nous est marquée en mille endroits de l'Écriture, qu'il dépend de nous ou d'appartenir à Dieu, ou de ne lui pas appartenir ; et qu'il y a certains temps et certains états où en effet nous ne lui appartenons plus. Ainsi Dieu le déclarait-il lui-même aux Israélites par le prophète Osée, quand il leur disait : Je ne suis plus votre Dieu , et vous n'êtes plus mon peuple. Et quoique l'apêtre , en conséquence du bienfait de la rédemption , nous ait dit : Vous n'êtes plusà vous, Fexpérience toutefois nous apprend qu'il faut bien que nous soyons encore à nous, puisque nous disposons tous les jours de nous-mêmes non-seulement au préjudice de Dieu, mais de nousmêmes, jusqu'à nous perdre et à* nous damner. Comment accorder cela? un peu d'attention , chrétiens , et vous l'allez voir ; c'est tout le secret de l'alliance du domaine de Dieu avec la liberté de l'homme.

11 est vrai , nous pouvons ne pas appartenir à Dieu parle choixinjuste et criminel de notre volonté, quoique au même temps nous lui appartenions, sans le vouloir, par la nécessité inséparable de notre être; et il est vrai que nous sommes encore à nous-mêmes par l'exercice de ce franc arbitre dont Dieu nous a laissé la disposition, quoique nous n'y soyons plus parcetengagementdejustice qui nous assujettit àlut en vertu de notre création. Or, voilà , mes fières , dit saint Chrysostême, sur quoi est fondé ce précepte naturel et divin qui nous oblige à nous consacrer et à nous dévouer à Dieu. Car si nous appartenions tellement à Dieu que nous n'eussions plus aocoii domaine sur nous-mêmes, nous serions incapables de faire cette excellente oblation de nous-mêmes, en quoi consiste le principal mérite de notre religion ; et si nous étions tellement à nous-mêmes que Dieu n*eât plus aucun domaine sur nous, Diea

SUR LA PURinCATION DE LA VIERGE.

ne pourrait plus exiger de nous que nous nous donnassions à lui. Mais étant nécessairement à lui d'une fiçott, et pouvant n'y être pas de Pantre, en conséquence de l'un Dieu est en droit de prétendre l'autre; et parce que nous sommes à lui par nécessité, il nous fait ce commandement si légitime d'être encore à lui par élection et par volonté. Peut-on rien concevoir de plus Juste ?

Quelle était donc l'intention de Dieu dans cette loi de la présentation des enfants, et quel est encore sur nous le dessein de sa providence dans le mystère que célèbre aujounThui l'Église ? le voici , chrétiens. Il veut que, par une oblatîon libre et volontaire de nos personnes, nous lui cédions ce domaine que nous avons sur nous-mêmes : domaine, remarquez ceci , je vous prie ; domaine qui ne nous peut être avantageux que par la cession que nous lui en faisons ; domaine pour nous le plus préjudiciable et le plus funeste, si nous nous le réservons. Dieu, dis-je, veut que nous lui cédions ce domaine, pour en rehausser, et, s'il m'est permis de parler ainsi , pour accrottre le sien ; afin qu'il soit vrai que nous lui appartenons dans toutes les manières dont nous pouvons lui appartenir. Jusque-là (pardonnezmoi , mon Dieu , si je me sers de cette expression), jusque-là il n'est notre Dieu qu'à demi ; et pourquoi ne parlerais-je pas de la sorte, puisque, selon le texte sacré , sansi cela on dirait même qu'il ne l'est point du tout : P^os non populus meus : et ego non ero tester. (Ose., 1.) Mais par là il le devient pleinement, et son domaine reçoit comme sa dernière perfection. En un mot, chrétiens. Dieu veut nous avoir, mais il ne veut point de nous malgré nous : et c'est là, dit saint Augustin, ce qui fait sa gloire et la nôtre : sa gloire, parce qu'il n'y a rien pour lui de plus honorable que d*avoir des créatures qui veuillent bien être à lui , qui aiment à dépendre de lui , qui se fassent une béatitude de s'attacher à lui ; et la nôtre , parce qu'à proportion que nous sommes à Dieu, nous nous élevons au-dessus de notre bassesse naturelle. D'où vient que les grands, les souverains, les rois de la terre, sont ceux qui par leur état ont une dépendance plus prochaine de Dieu ; en sorte que cette dépendance fait leur véritable grandeur, et que l'obligation spéciale qu'ils ont d'être soumis à Dieu, plus que le commun des hommes, est justement ce qui les élève au-dessus de tous les hommes.

Mais revenons. Il est donc question d'obéir à ce premier précepte de la loi de grâce , en nous offrant nous-mêmes à Dieu : et qu'est-ce que nous-mêmes? qu'entendons-nous par nous offrir nous-mêmes ? Ah ! chrétiens, voilà le mystère que nous n'avons peutêtre jamais bien compris , et où nous nous sommes laissé si souvent tromper par notre amour-propre. Il n'est rien de plus aisé que de dire à Dieu : Je

m'of&e à vous , je me consacrée vous, je veux être à vous; mais il fout enfin s'expliquer, et développer, en la présence de Dieu, ce mystère de nous-mânei. Or, nous avons une règle, infaillible pour le reconnaître : car il y a dans nous un premier-né qui est notre cœur, à quoi tout le reste se réduit; et c'est ce premier-né qui doit être présenté par rhomme chrétien dans la loi évangélique , comme les premiersnés d'Israël l'étaient dans la loi de M<Mse. Ce cœur a ses passions, ses attachements, ses intérêts, ses plaisirs , ses cupidités; et tout cela c'est ce qui s'appelle nous-mêmes : mais nous sommes sûrs de tout cela et de nous-mêmes , quand ce cœur est uneCni à Dieu. Il est vrai que ce cœur est un abtme impénétrable; mais enfin, tout impénétrable quH peut être , nous savons bien à qui il est , et à qui noos Pavons donné; si c'est Dieu qui en est le maftre, ou la créature. Car c'est un oracle de la vérité éternelle, qu'il ne peut être à l'un et à l'autre tout à la fois; et l'erreur du monde la plus pernicieuse est de croire que nous pouvons partager ce coeur entre k créature et Dieu , entre nos passions et Dieu , puisque à peine le pouvons-nous partager entre deux passions et deux objets créés. Disons à Dieu que nous ne voulons pas être à lui, et que nous avons disposé de ce cœur en faveur d'un autre ; c*esl un outrage que nous lui ferons : mais au moii» y aartt-il dans cet outrage une espèce de bonne foi; et peut-être la honte que nous aurons de lui faire cette confession nous rappellera-t-elle à nous. Mais de dire à Dieu que nous sommes à lui pendant qu'un autre objet nous possède et qu'il occupe notre oceur, c'est ajouter crime sur crime , et mentir au Saint- Esprit. Ce cœur, qui est la plus délicate portion de nous-mêmes, e^^, comme parle saint Augustin, Tabrégé et le centre de nous-mêmes, voilà ce que Deu s'est réservé dans nous. Sanâ cela , nous aurions beau lui offrir nos biens : il n'a que faire de nos biens , dit le prophète royal ; et s'il se tient honoré de l'offre que nous lui en faisons , ce n'est que par le rapport qu'ils ont à notre cœur ; mais si , en lui donnant ces biens , nous retenons ce cœur, notre sacrifice est le sacrifice de Caîn. Sans cela nous avons beau lui protester que nos vies, que nos fortunes sont entre ses mains; il faut bien que nous parlions ainsi : mais toutes ces protestations sont des paroles dont il appellera toujours à notre cœur, et contre lesquelles ce cœur réclamera toujours, tant qu'il se sentira dominé par la créature.

Dieu veut donc notre cœur, chrétiens, et il le veut de telle sorte qu'il en est jaloux ; et cette jalousie est si peu indigne de lui, qu'il s'en fait même honneur dans l'Écriture, puisqu'une des qualités dont il se glorifie davantage est celle d'un Dieu jaloux • Donùr nus zelotes nomen ejus, {Exod,, 34.) Il n'est point ialoux de nos grandeurs, il n'est point jaloux de nos

SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE

prospérités : outre que nos prospérités et nos grandeurssonttrop peudechosepour exciter sa jalousie, il n*a garde de nous les envier, lui qui en est Fauteur. Il veut bien que nous soyons riches , que nous soyons grands, que nous soyons puissants dans le monde, pounru que notre cœur soi t à lui . C'est pour cela qu'il a fait des prodiges d'amour, qu'il a tout entrepris, qu'il a tout souffert ; et saint Ambrôise , surpris avec raison qu'il ait voulu tout souffrir de la sorte et tout fuire, necroitpoint manquer aurespectqui lui est dû, en s'écriant : O Dewn, si foi est dicere , prodigum hiipra desiderio homiMs! (Ambb.) O Dieu I si je l'ose dire, prodigue de vous-même et de votre divinité par un désir excessif du cœur de l'homme!

Après cela, serons-nous encore assez injustes pour lui refuser un cœur qui lui appartient par tant de titres, ou plutôt serons-nous encore assez infidèles pour lui ôter la possession d'un cœur que nous lui avons offert tant de fois ? Car enfin , chrétiens auditeurs, cent fois nous l'avons dit; et le langage le plus ordinaire que nous avons tenu à Dieu , lorsque nous étions au pied de .ses autels, c'était que nous lui donnions notre cœur : et si nous ne voulons prononcer ce jugement contre nous-mêmes , que nous parlions alors en hypocrites et même en impies, nous sommes obligés de convenir que, de notre propre consentement, ce cœur n'est plus à nous. Et voilà, dit saint Grégoire pape, ce qui fait la malice du péclié ; mais surtout de ce péché par où notre cœur s'attache et se livre à une créature mortelle. Car c'est attenter sur le domaine de Dieu , ou pour mieux dire , c'est ruiner dans nous ce domaine vo< lontaire que Dieu s'était acquis sur nous : c'est révoquer la donation que nous lui avons faite de nousmêmes, et, par une usurpation sacrilège, lui arracher ce cœur qui s'était consacré à lui : c'est commettre dans l'holocauste un larcin; ce qu'il a toujours eu en horreur, comme il le témoigne si expressément par son prophète : c'est nous dérober nous-mêmes à lui, après nous être présentés, et piquer sa jalousie, non plus en adorant , a l'exemple des Israélites , et en lui suscitant pour rivaux des dieux de bois et de pierre , mais des idoles de chair : Et in sctUptUibus suis ad-xmulationem eum provocaverutU. [PscUm, 77.) Profanes idoles, objets corrupteurs et indignes de nous, qui nous perdent, qui nous damnent, et dont nous nous faisons néanmoins de prétendues divinités, ou qui nous réduisent à n'avoir plus et à ne plus reconnaître de divinité! Ah! mon Dieu, est il possible que mon iniquité soit allée jusque-là? Et moi qui ne voudrais pas qu!on entreprit sur le moindre de mes droits; moi qui ne pourrais souffrir qu'on violât à mon égard certains devoirs; moi. Seigneur, qui crois pouvoir exiger de vous , parce que vous êtes mon Dieu , que vous étendiez sur moi les soins de votre providence, comment \%us ai-je

rendu jusques à présent si peu de justice , et comment ai-je pu vivre ainsi, dans un désordre continuel , par rapport à vous et à la plus essentielle de mes obligations ? Mais enfin jusqu'à quand ce désordre durera-t-il ? jusqu'à quand cette passion régnerat-elle dans mon cœur ? en serai-je toujours esclave , et ne romprai je jamais mes liens , pour vous offrir ce beau sacrifice de louanges dont a perlé votre jmnh pbète!, et qui consiste à m'immoler moi-même, eC à vous honorer par là , selon la parole du Sain^Esprit , de ma propre substance? si oous le faisons , chrétiens, ce sacrifice, non-fieulement nous nous acquitterons de ce que nous devons au souverain domaine de Dieu, mais nous engagerons Dieu à nous combler de ses grâces; il nous accordera les seccrursles plus puissants pour seconder une si généreuse entreprise, et pour nous soutenir dans l'exécution; il nous affermira le bras pour porter le coup avec plus d'assurance, et pour lui sacrifier cette victime qu'il nous demande : il versera sur nous ses plus abondantes bénédictions, et même ses plus douces consolations; et nous serons surpris de trouver tout aûsé , là où tout devait , ce semble , nous coûter si cher.

Mais vous me direz : Ce qu'il y a dans mon cœur de plus précieux pour moi , ce qu'il y a de plus intime, est souvent ce qui me rend plus criminel : car c'est un engagement tendre, un amour illégitime et corrompu; or ce qui me rend criminel , et ce qui est criminel en soi , comment peut-il être offert à Dieu , et comment peut-il entrer dans ce sacrifice de moi-même par où je dois honorer Dieu? Appliquez-vous, chrétiens, à ma pensée; je vais dans une espèce de paradoxe vous découvrir une des plus grandes et des plus consolantes vérités du christianisme. En effet, voilà le miracle de la grâce, que ce qui nous rendait criminels serve à nous sanctifier par le sacrifice que nous en faisons à Dieu; et que ce qu'il y avait dans nous de plus abominable aux yeux de Dieu, par un changement merveilleux, soit ce que nous avons à lui présenter de plus digne de lui; c'est-à-dire que notre Dieu veuille bien se tenir honoré de notre péché même, et que non-seulement il ne refuse pas de recevoir ce péché en holocauste, mais que de tous les holocaustes qu'il attend de nous, il n'y en ait pas un qu'il estime davantage , et qui Im' plaise plus que celui-là . Or , c'est de quoi nous ne pouvons douter, après la déclaration expresse que nous en &it saint Paul , en nous obligeant à faire servir nos propres désordres à la piété et à la justice. Et voilà , chrétiens , le moyen de concilier deux choses infiniment utiles pour notre instruction et pour notre édification. Plaise au ciel que vous les goûtiez, et que vous en profitiez! Car la foi nous apprend , d'une part , que nous devons nous offrir à Dieu dans un état où nous puissions lui êtr*

SUR LA PÙRUICATION DE LA VIEaCE.

agréables , c'esUà-dire , dans un état de sainteté eon* i forme à ce qae nous sommes et à ce quMI est : et cependant la même foi nous enseigne d*aiUeurs que Dieu « tout joste et tout saint qu*il est, ne dédaigne pas les pécheurs. Nous savons que comme Jésus-Christ présente aujourd'hui dans sa personne une victime pure , innocente , exempte de tache , il faut que nous paraissions, autant qu'il est possible, devant Dieu dans les mêmes dispositions; que nous avons un corps , et qu'il fout que nous lui présentions ce corps commeune hostie vivante, sainte, capabledehiî plaire, Ut exMbeaHs corpora vestra hostiam viventem, gandam, Deo ptacenUm {Bom, 12); qu'il nous a donné une âme, et qu'il faut que cette Ame soit sanctifiée par la charité et par toutes les vertus chrétiennes , pour mériter de lui être ofiérte ; en un mot , qu'il fhut, parce qu'il est saint, que nous le soyons aussi : Sancti estote, quia ego sanchu sum. {LeviL, 11.) Voilà ce que nous savons, mais nous savons en même temps que les publicains n*ont pas laissé d'entrer dans le temple de ce Dieu de sainteté, pour se présenter à lui , et que , n'ayant rien qui fût digne de lui, ils ont cru devoir au moins lui offrir leur indignité. Quoi donc! veux-je par là vous engager à offrir à Dieu des corps impurs , des esprits superbes et orgueilleux , des âmes attachées à la terre, des cœurs infectés de la contagion du péché ? A Dieu ne plaise, mes chers auditeurs , que je sois dans ce sentiment, et que je ne l'aie pas en horreur! Mais pour n'être pas encore saints et irrépréhensibles devant Dieu, ne pourrez-vous plus aussi jamais vous présenter à Dieu? En parlant de la sorte , je vous réduirais à un funeste désespoir, et peut-être donnerais-je à l'impiété tout l'avantage qu'elle désire. Non, non, chrétiens, je ne dis ni l'un ni l'autre : mais réunissant ces deux vérités , je dis pour détruire tous les prétextes qui pourraient vous éloigner de Dieu , qu'il iaut , ou que vous soyez saints pour vous offrir à Dieu , ou qu'en vous offrant à Dieu vous commenciez à être saints. Je dis qu'il faut que vous trouviez dans vous-mêmes cette victime innocente que demande l'apôtre, ou, si vous ne l'y trouvez pas , que vous l'y formiez : et comment ? par Toblation même de vos personnes ; car quelque corrompus que vous puissiez être par le péché, je prétends que cette oblation seule, de la manière que je l'entends, vous sanctifiera; et que comme notre divin Sauveur, en se présentant à son père , a sanctifié par cette seule action tous les justes qui sont et-qui seront jamais, Una oblaUone eonsummavU in sempiternumsanctfficatos{Hebr., 10), ainsi, vous qui m'écoutez , par cette oblation particulière que vous ferez de vous-mêmes, pourvu qu'elle soit sincère , de pécheurs , de mondains , d'indignes de Dieu que vous êtes, vous deviendrez saints, parfaits, dignes de Dieu:peurquoi?parce que, selon lesprin-

dpes de la théologie et des Pères, 8*offirir à Men sincèrement et de bonne foi, c'est se sanctiter* Sanctum Domino vocabitur. (Luc, 3. ) Car s'oAir à Dieu sincèrement et de bonne foi, c'est shieènment et de bonne foi vouloir être à Diea : or, vouloir être ainsi à Dieu , c'est renoncer de bonne fin et sincèrement à tout ce qui nous éloigne de Dîea; et voilà la détestation du péché et la conversion da cœur. Vouloir être à Dieu , et le vouloir bien , c'est vouloir détmiredans nous tout cequi noosaséparéi de Dieu , et qui pourrait encore nous en séparer ; et voilà l'expiation du péché et la satisfaction de la pénitence. Vouloir être à Dieu , c'est vouloir étra and de Dieu, lui obéir et le servir; et voilà Pexerciee des vertus chrétiennes, et la pratique de tootef lei bonnes œuvres : Sanctum Domino voeabUur. Une oblation de nous-mêmes , véritable , solide, efficace, comprend tout cela , sinon dans l'exécution actuelle, au moins dans le désir , dans le sentiment, dans la résolution; et que faut-il davantage pour nous ré> concilier avec Dieu et pour nous remettre dans m grâce.' Sanctum Domino vocabUur.

Grande et essentielle différence que vous devez ici remarquer entre les devoirs de la religion que nous rendons à Dieu, et les offres même sincères de service que nous feûsons aux hommes : car quand je me donne, par exemple, quand je m'offire à un grand de la terre , je ne deviens pas pour cela digne de lui ; je puis être à lui , et retenir toute mon indignité , parce que je puis être à lui et n'en être pas meilleur; il ne dépend pas de moi de lui plaire, et il peut arriver que l'empressement même et l'ardeur que je témoignerai pour lui plaire fera que je hii déplairai ; mais il en va tout au contraire à l'égard de Dieu : si je veux être à lui, je suis à lui; si je veux lui plaire, je lui plais; si je veux mériter son amour, je commence à le mériter; et si je veux devenir saint, dès là je commence à le devenir : 5^ctum Domino vocabitur. A quel autre maître dois-je donc plutôt me consacrer? et dans la consécration que je ferai de moi-même à mon Dieu, quel regret plus vif dois-je ressentir que d'avoir quelque temps délibéré sur une obligation si indispensable? car puisque vous êtes mon Dieu , Seigneur, puisque vous êtes le Dieu de mon cœur, il est bien juste que vous le possédiez; et que ne puis-je vous le roidre tel que vous l'avez formé! Mais tout corrompu qu'il est, vous l'agréerez quand je vous l'offrirai : de cette victime d'iniquité, vous ferez une victime de propitiation et de sanctification; vous la purifierez par le feu de votre amour; et, purifiée de la sorte, die servira à votre gloire. Les maîtres du siècle, si j'allais me présenter à eux , après leur avoir été aussi infidèle qu'à vous, me rebuteraient, et refa- •seraient de m'entendre; mais, Seigneur, vous voulez bien encore vous tenir honoré de l'offrande que

SDR LA PURIFICATION DE LA VIERGE, que je viens vous faire , et c'est ce qui m'encourage à la faire. Domaine de Dieu, domaine essentiel que nous devons reconnaître , comme Jésus-Christ, par une oblation sincère de nous-mêmes; et domaîneuniversel que nous devons reconnaître, comme Jésus-Christ, par une entière oblation de nous* ; c'est la seconde partie.

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