‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 16 sur 232 · POUR LE QUATRIÈME DIMANCHE · texte numérisé non relu

POUR LE QUATRIÈME DIMANCHE

APRÈS LA PENTECOTE,

SUR LES œUVRES DE LA FOI.

Et respondetu Simon, dixit illi : Prœeeptor, per totam noetem laborantes nihil cepimta; in verbo autem tuo Ut" xaboreie.

Pierre lai répondit : Maître, nous a?0DS travaillé toute la nuit, et noua n'avons rien pris; mais sur votre parole je Jetterai encore le lileU Saint Luc, cbap. 5.

Quoi qu'on puisse dire de la vie inutile des gens du siècle , le plus grand désordre et le plus commun dans le monde n'est pas d'y demeurer oisif et sans travail. De quels soins au contraire ne s*y chargeton pas?quelles entreprises n'yforme-t-on pas, et, pour y réussir, quels efforts ne fait-on pas? Mais le plus déplorable de tous les malheurs , c'est qu'on se consume en vain de tant de veilles et de tant de soins ; c'est que tant d'entreprises et tant de projets n'aboutissent à rien de solide; c'est qu'on ne retire proprement aucun fruit de tant de fatigue et de tant d'efforts , et qu'après bien des peines , l'on se trouve réduit à la même plainte que faisaient les apôtres : Nous avons travaillé longtemps, et nous n'avons rien gagné: Per totam noetem laborantes, nihil céptmttô. Pourquoi cela, mes chers auditeurs? les paroles de mon texte nous en marquent assez la raison ; parce que tant de mondains , conune les dls^ ciples de Jésus-Christ, ne travaillent qu'en son absence et dans les ténèbres , per totam noetem Is- 6oranto«. Eipliquons>nous, et comprenez ma pensée* 11 est vrai, l'on agît dans le monde, mais selon le monde, mais en vue du monde et pour le nxmde. Or, voilà ce que j'appelle travailler dans l'obscurité et dans la nuit, puisque Dieu , pour ainsi (Mirler, n'y est point présent et qu'il n'y a nulle part* Et comme Dieu, d'ailleurs, ne compte que ee qui se

SUR LES ŒUVRES DE LA FOL

rapporte à lui et qui est pour lui , voilà ce que je prétends n*étre de nulle valeur dans son estime, et de quoi nous ne pouvons attendre nulle récompense : NUMcepirmu. Voulous-nous donc, chrétiens, amasser et nous enrichir devant Dieu? voulons-nous, aussi bien que les apôtres (permettez-moi cette flgure), voulons-nous, dis-je, remplir nos filets et faire une pèche abondante, appelons à nous Jésus-Christ, et travaillons sous ses ordres et en son nom : In verbo auUm tuo laxabo rete; c'est-à-dire, travaillons dans le grand jour de la foi , agissons selon la foi et par la foi; appliquons nous aux œuvres de la foi , à ces œuvres saintes et sanctifiantes, mais si négligées et si rares; à ces œuvres dont je veux aujourd'hui vous faire voir Tindispensable nécessité pour ne pas perdre la foi même , et pour s*y maintenir. C*est rimportante matière que j*ai à traiter, après que nous aurons salué Marie , en lui disant : Ave.

Cétait une espèce de défi, mais bien pressant , que Fapdtre saint Jacques faisait autrefois à un lâche chrétien, lorsque, raisonnant avec lui, il lui parlait en ces termes : «Que vous servira-t-il , mon frère, de dire que vous avez la foi, si vous n'en avez pas les œuvres? Votre foi seule vous pourrat-elle sauver? Vous vous glorifiez de cette foi ; et moi, dans l'esprit d'une humble confiance , je m'attache à la pratique des œuvres. Montrez-moi votre prétendue foi, qui est sans œuvres; et moi, par mes oeuvres, je vous prouverai ma foi : Ostende tnikifidem tuam sine operUms, et ego ex operibus ostendamMi fidem meam.{JjLC0B.^2,) Ce défi, chrétiens, ne souffrait point de réplique, et réfutait dès lors la foi chimérique et imaginaire, c'est-àdire la foi justifiante indépendamment des œuvres, que l'hérésie du dernier siècle a bien osé renouveler ; rien n'étant plus conforme au bon sens et à la raison que de reconnaître entre les œuvres et la foi cette alliance mutuelle qui fait que, comme il ne peut y avoir de bonnes œuvres sans la foi , aussi ne peut-il y avoir une foi ni suffisante pour le salut, ni même capable de se maintenir au moins dans sa perfection et dans sa pureté , sans les bonnes œuvres.

Supposé donc cette maxime catholique que la foi et les bonnes ceuvres ne peuvent être séparées dans l'ordre de la justification , j'entreprends de vous expliquer deux secrets de la vie chrétienne, qu'il vous est important de savoir. L'un regarde la perte de la foi, et l'autre le recouvrement ou le rétablissement de la foi. Car, en deux mots, voici mon dessein : je De 'puis juger de la foi d'un chrétien que par ses ceuvres; donc quiconque abandonne les bonnes œuvres me donne tout sujet de craindre qu*il ne perde enfin le don de la foi , c'est la première vérité ; donc quiconque est assez malheureux pour avoir perdu la don de la foi ne doit point espérer de le r^arer que

par la pratique des bonnes œuvres, c'est la seconde vérité. Je parle à des fidèles, mais qui, malgré la profession qu'ils font de l'être, ne laissent pas tous les jours d'être chancelants dans la foi , et quelquefois même de succomber aux tentations qui ébranlent leur foi. 11 m'a donc paru souverainement né* cessaire de vous apprendre, dans ce discours , de quelle manière se perd la foi et de quelle manière elle, se rétablit: de quelle manière elle se perd, pour vous en donner une juste appréhension ; et de quelle manière elle se rétablit, pour ranimer par là votre espérance. Elle se perd par le relâchement dans la pratique des bonnes œuvres , ce sera la première partie; et elle se rétablit parla ferveur dans la pratique des bonnes œuvres , ce sera la seconde. L'une et l'autre va faire tout le sujet de votre attention.

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