PREMIÈRE PARTIE
Pouvoir perdre la foi, dit saint Augustin, c'est l'effet déplorable de notre inconstance; et perdre réellement la foi , c'est la consommation malheureuse de l'impiété et de la malice de notre cœur. On la perd, chrétiens, cette sainte et divine foi» dans le commerce du monde profane; et saint Thomas a fort bien remarqué que la corruption qui s'en fait en nous ne peut venir absolument que de deux principes, c'est-à-dire de Dieu, ou de nous-mêmes : de nous-mêmes , qui ne conservons pas avec soin ce précieux trésor de la foi ; de Dieu , qui , par une justice rigoureuse, retire de nous les grâces et les lumières de la foi. Or je prétends que l'un et l'autre n'arrive que parce que nous vivons dans une négligence criminelle, et que nous ne produisons pas les fruits de notre foi , qui sont les bonnes œuvres. Et voilà, chrétiens, tout le mystère que Jésus- Christ voulait faire comprendre aux Juifs, quand il leur disait : Ideo auferetur a vMs regnum Dei, et dabitur genti fadenti fructus tyus (Matth., 21 } : C'est pourquoi je vous déclare que le royaume de Dieu vous sera enlevé, et qu'il sera donné à un peuple qui en produira les fruits par une fidèle correspondance.
Commençons donc par nous-mêmes; et puisqu'il s'agit de reconnaître la source d'un mal dont il est indubitable que nous sommes les premiers auteurs, comme nous en sommes les sujets, demandons-nous à nous-mêmes d'où peut procéder cette altération si pernicieuse et si contagieuse qui se fait de notre foi , et que nous voyons se répandre de jour en jour dans les esprits des hommes. Il est aisé de vous instruire sur ce point, puisque les règles de cette même foi dont nous parlons en contiennent la résolution. Qu'est-ce qui &it vivre la foi dans nous? OoDiiiltoiis roradia du Saint Esprit, qui est FËcritué. IiiiBifdhntalJMqMBdanasonépttreca-
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nonique , doit être en nous quelque chose de vivant et d'animé. Ce n*est point nue habitude morte, et ellene peut i'étre sans que nous soyons coupables de ravoir éteinte, en lui étant la vie qu'elle avait reçue de Dieu. Or, en quoi consiste cette vie de la foi, ou plutôt, s'il m'est permis de m'exprimer ainsi , quelle est l'âme qui entretient et qui fait subsister le corps de la foi? Ce sont, répond le même apôtre , les bonnes œuvres que nous pratiquons. Voilà par où la foi se soutient , voilà ce qui lui donne le mouvement et Faccroissement, voilà ce qui la rendrait immortelle si nous étions constants et toujours fervents dans la pratique de nos devoirs. Comme donc il arrive qu'un corps , dès qu'il cesise d'exercer les fonctions de la vie, commence à se détruire et à se corrompre ; aussi la foi , par l'interruption des bonnes œuvres, s'affaiblit peu à peu, devient languissante, mourante, et, si j'ose user de ces termes, expire enfin et meurt : Sicut enim corpus Hne spiritu mortuum est, itafides sine operibusmortuaest (Jàcob. , 2.) Conclusion terrible , ajoute saint Augustin, puisqu'il importe peu, ou de n'avoir qu'une foi morte, ou de n'en point avoir du tout, et que le plus grand de tous les crimes est d'en avoir une dont on devienne, devant Dieu, le meurtrier et l'homicide.
Cependant , chrétiens , rien de plus vrai , et cette théologie de l'apôtre se confirme sensiblement par l'expérience que nous pouvons avoir de nousmêmes. Car qu'y a-t-il de plus mort que la foi d'un homme qui ne fait rien pour Dieu ni pour son salut? Et que doit-on juger d'une foi comme celle-là, sinon, ou qu'elle est déjà détruite dans le cœur de celui qui la professe, ou du moins qu'elle le sera bientôt? J'avoue, et c'est ici que l'application de vos esprits m'est nécessaire, j'avoue que la foi, qui est une vertu surnaturelle, ne se détruit pas dans nous comme les vertus morales , je veux dire par une simple omission des actes qui lui sont propres; j'avoue même que, toute surnaturelle qu'elle est, elle peut subsister avec le péché, et avec le péché mortel , de quelque nature et de quelque grièveté qu'il puisse être, à Texceptionde l'infidélité seule, puisque, selon la doctrine du concile de Trente , il n'y a que le péché d'infidélité qui nous fasse perdre directement l'habitude de la foi ; mais je prétends qu'en cessant de faire de bonnes œuvres, on en vient insensiblement et presque sans l'apercevoir à cette infidélité; non pas à une infidélité ouverte et déclarée, que la bienséance même des mœurs ne souffrirait pas, mais à une infidélité secrète , qui est aujourd'hui le grand péché du monde. Et comment cela? le voici, chrétiens; concevez-en bien le progrès, et vous conviendrez que je n'exagère rien. C'est qu'en matière même d'infidélité, on ne se pervertit pas tout à coup. Il y a certaines démarches et certains degrés par où
le démon nous conduit, et qui nous mènent à ce malheureux terme. Je m'explique. Nous ne perdons pas d'abord la vertu de la foi , le caractère que nous portons l'a imprimée trop avant dans nous pour la pouvoir si tôt effacer; mais nous en perdons premièrement l'usage et l'exercice, en négligeant les devoirs de religion auxquels cette foi nous engage. A force d*en perdre l'exercice, nous en perdons peu à peu l'affection et le goût; car le moyen de goûter ce que l'on ne pratique pas, et le moyen de s'affectionner à une foi que l'on se représente toujours comme fâcheuse et importune? Après avoir perdu l'affection et le goût de la foi , nous venons bientôt à perdre la soumission et la docilité qu*elle demande. Car il est difficile, dit saint Rernard, que nous nous soumettions sincèrement et parfaitement a ce qui n'est pas selon notre cœur, et que nous ne prenions pas plaisir à contredire ce qui nous blesse et ce qui nous déplatt. Perdant cette soumission de la foi, il est infaillible que nous corrompons la substance de notre foi, puisque la soumission de Tesprit est aussi essentielle à la foi que la foi l'est à elle-même. La substance de la foi étant corrompue, il ne nous reste plus qu'un fantôme de cette vertu, pire devant Dieu que l'infidélité païenne, puisque c'est une infidélité élevée, pour ainsi dire, sur les débris de la foi. Or tout cela, chrétiens , vient de cette lâcheté , de ce dégoût et de cet abandon des bonnes œuvres, comme de sa source. Ainsi un homme du monde se propose de vivre selon l'esprit du monde; et cet esprit du monde le fait tomber dans une insensibilité de cœur et dans un oubli universel des choses de Dieu. Il ne vaque plus à la prière, il n'use plus d'aucun sacrement , il ne sait plus ce que c'est que pénitence, il n'y a plus déjeunes ni d'abstinences pour lui; il ne pense pas même à ce qui lui coûterait le moins, et qui lui pourrait servir auprès de Dieu d'une ressource, qui serait de soulager les misères des pauvres; s'il assiste au sacrifice de l'Église , c'est sans esprit de religion; et Dieu veuille que ce ne soit pas souvent avec un esprit d'irréligion! 11 en est de même d'une femme mondaine; elle passe sa vie dans un embarras d'occupations vaines et frivoles, ou dans une oisiveté monstrueuse à l'égard du salut; elle est chrétienne, et à peine lui voi^on jamais faire une action de christianisme. Point de retraite, point de pratique de charité envers le prochain , point de visite des hôpitaux, point de soin d'élevé^ ses enfants ni d'instruire ses domestiques; une messe par cérémonie, un sermon par curiosité, une lé« gère aumône par forme d'acquit ou par une compassion humaine, voilà à quoi se réduit toute sa vie selon Dieu. Que s'ensuit-il de là? je vous l'ai dit, un assoupissement, une léthargie et enfin une extinciion entière de la foi. Tandis que nous som-
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mes dans la ferveur des bonnes œuvres, comme la foi ne nous promet en cet état que des récompenses, nous ne trouvons en elle qu'un fonds de consolation et de joie intérieure pour nous; et n'y trouvant que ce fonds de joie, notre esprit, bien loin de s'en rebuter, se sent disposé à s'y attacher, et à ne s'en départir jamais. Mais avons-nous une fois abandonné ce zèle pour les œuvres que Dieu nous commande , dès là notre esprit , qui ne trouve plus rien dans la foi d'avantageux ni de favorable, et qui, par la corruption des désirs du cœur, croit plutôt les choses comme il aurait intérêt qu'elles fussent, que de la manière qu'elles sont, se défait peu à peu de cette foi qui lui est incommode, parce qu'il ne peut autrement se délivrer des reproches que cette foi lui fait; et je suis persuadé , chrétiens, par toutes les lumières que Dieu me donne, que voilà le grand principe de l'infidélité du siècle.
Mais, me direz-vous, il est toujours vrai que l'habitude de la foi divine peut demeurer en nous sans agir. Je le sais , mes chers auditeurs ; mais je sais aussi que dès qu'elle cesse d'agir en nous mille ennemis commencent à s'élever dans nous-mêmes pour agir contre elle. Nos passions, l'orgueil qui nous domine, l'amour de la liberté, le monde, la chair, tout cela s'arme et combat contre notre foi ; et si notre foi ne résiste pas, et qu'elle ne soit pas en défense , il faut nécessairement qu'elle succombe à tout cela. Or comment la foi se défendra-t-elle de tout cela si elle n'agit plus? Quelles armes Dieu hri a-t-il données pour repousser les ennemis qui Fattaquent, sinon les œuvres du salut? et le moyen qu'elle triomphe de tant de démons , si ce n'est , eomme disait le Fils de Dieu , par la prière et par le Jeûne? Et c'est ici que je vous prie de remarquer avec moi le faux raisonnement d'un homme du monde, qui se plaint et qui déplore son malheur d*avoir peu de foi, quoiqu'il souhaitât, dit-il , d'en avoir davantage. Raffinement dont le libertinage se sert pour se justifier en quelque sorte, et pour se rendre moins odieux. Car conmient est-ce, mon cher auditeur, que vous auriez beaucoup de foi , ne élisant rien de tout ce qui est nécessaire pour l'entretenir, et faisant ce qui est capable de la ruiner? Comment auriez- vous de la foi , la traitant de la manière que vous la traitez , la retenant captive dans l'injustice, la prostituant aux désordres d'une vie impure, lui portant autant de coups que vous commettez de crimes, et ne pensant jamais à guérir ses plaies par les remèdes que Dieu vous a mis CD main? Me serait-ce pas une espèce de prodige que votre foi fût à l'épreuve de tant de blessures, et ne faudrait-il pas s'étonner comme du plus grand de tous les miracles que, dans un dérèglement de vie pareil à celui où vous êtes vous conservassiez une foi saine et pure?
Mais dépend-il de moi de croire et d'avoir la foi , cela est-il en mon pouvoir, et est-ce une chose dont je sois le maître, en sorte que je me la puisse commander à moi-même ? Voilà le dernier retranchement desâmes mondaines et infidèles : Il ne dépend pas de moi de croire ou de ne pas croire. Il n'en dépend pas, chrétiens ? et pourquoi donc le Sauveur du monde aurait-il reproché à ses disciples que leurs cœurs étaient lents et tardifs à croire : O stulti et tardi corde ad credendumf (Luc, 24.) Pourquoi se seraiMl offensé de leur incrédulité, lorsqu'il leur disait avec indignation : Jusques à quand vous souffrirai-je? O generatio incredida, usqueqvo patiar vos? (Matth., 17.) Pourquoi aurait-il repris saint Pierre d'être un homme de peu de foi? Modicas Jldei, quare dubitastif (Ibid. , 14.) Car si cette foi n'est point en notre pouvoir, toutes ces propositions de Jésus-Christ étaient sans fondement; il devait supporter ses apôtres, tout incrédules qu'ils étaient; il ne devait point les condamner de ce que leur foi était imparfaite; il devait remédier à l'impuissance où ils étaient de croire à sa parole , et non pas leur en faire des reproches. Or, de dire que Jésus-Christ leur ait fait ces reproches sans sujet et sans raison, c'est ce que je ne crois pas que nous osions lui imputer. Il dépend donc absolument de vous d'avoir la foi et de persévérer dans la foi ; on ne vous dit pas, chrétiens , que vous la puissiez avoir de vous-mêmes et sans le secours de la grâce ; on convient que la grâce nous est nécessaire pour assujettir notre raison à l'obéissance de la foi ; mais supposé cette grâce que Dieu nous promet , et que vous pouvez ensuite vous promettre infailliblement à vous-mêmes, parce que la parole d'un Dieu ne peut manquer, on dit qu'il est en votre pouvoir de pratiquer cette obéissance, de vous en imposer le joug, de le porter constamment et volontairement, en un mot de croire et d'être fidèles; et on prétend que de douter de cette maxime, c'est faire injure à la grâce même, sous ombre d'en établir la nécessité.
Si l'erreur contraire était une fois reçue, que dans l'état même de grâce où nous sommes, il ne dépend point de nous de croire où de ne pas croire, il n'y aurait plus d'impiété qui ne fût autorisée , plus de libertinage de créance qui ne se trouvât à couvert, plus d'athéisme non-seulement qui ne devînt pardonnable et excusable , mais qui ne se soutint même contre Dieu sans avoir besoin d'excuse ni de pardon. En effet , c'est à quoi aboutit le raisonnement des libertins et des impies , et voilà ce qui les endurcit dans leur infidélité. On vous dit donc, chrétiens, et on vous le répète , qu'il n'en est pas ainsi ; et qu'autant qu'il est vrai que la grâce de la foi dépend de Dieu seul, autant esMI vrai dans la solide théologie que la foi dépend de Dîeiiet de vous : pourquoi? paioe Que,
ii*attriez pas encore toute la perfection de cette vertu, il dépend de tous, en usant bien des grâces présentes , de la demander à Dieu; il dépend de vous de vous y disposer, il dépend de vous de retrancher mille obstacles qui vous en éloignent ; parce que si, rayant déjà, vous reconnaissez qu'elle s'affaiblit , il dépend de vous d'employer les moyens efficaces dont Dieu vous a pourvus pour la fortifier par de bonnes œuvres. Vous ne faites rien de tout cela; et sans user d'aucun effort, mesurant cette foi par les vues bornées d'un esprit mondain qui vous possède , vous prétendez en être quittes pour dire : Je n'ai pas le don de la foi , cette foi n'est pas en ma puissance. Je vous demande si c'est bien raisonner avec Dieu ?
Mais allons plus loin, et, prenant la chose de plus haut, tâchons de pénétrer jusque dans le fond de ce mystère. Nous perdons la foi , parce que Dieu retire de nous les grâces et les lumières de la foi ; et Dieu retire de nous les grâces de la foi , parce que nous ne faisons pas des œuvres dignes de notre foi : voilà le second principe de l'inGdélité secrète qui règne dans nous. N'avançons rien témérairement dans une matière aussi importante et aussi délicate que celle-ci. C'est le flambeau de la révélation de Dieu, et non pas celui de notre propre sens, qui nous doit conduire. Dieu nous ôte ces grâces spéciales et abondantes de la foi qui nous faisaient chrétiens; rien de plus formel ni de plus expressément marqué dans l'Écriture. Mais pourquoi nous les ôte-t-il? ah! chrétiens, remarquez ceci. Il pourrait nous les ôter souverainement, et sans autre raison que parce qu'il lui plaît, et qu'il le veut; car il est le maître de ses biens. Mais bien loin d'y procéder d'une manière si absolue, il nous déclare en mille endroits que la plus grande violence que nous lui puissions faire est de l'obliger d'en venir à cette extrémité ; que ses dons n'étant sujets à aucun repentir, il ne retirera jamais de nous celui de la foi , c'est-à-dire ces grâces particulières auxquelles notre foi est attachée, que parce que nous nous en serons rendus indignes, qu'en punition de l'abus que nous en aurons fait, que pour n'en pas souffrir davantage la profanation , et par-dessus tout dans le juste ressentiment qu'il aura de voir ces grâces si fécondes et si agissantes d'ellesmêmes, devenues stériles et oisives en nous.
Car voilà ce que le Saint-Esprit semble avoir entrepris de nous faire entendre par les apôtres et par les prophètes. Voilà ce que saint Jean dans l'Apocalypse eut ordre de signifier à l'évéque d'Éphèse, quand il lui dit de la part de Dieu : J'ai quelque chose contre vous , parce que votre charité s'est refroidie. Souvenez-vous donc de l'état dont vous êtes déchu , et rentrez dans l'exercice des saintes œuvres que vous pratiquiez autrefois, à l'édifica-
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tion de toute l'Église; sinon je viendrai dans le mouvement de ma colère, et j'ôterai de sa place ce chandelier mystérieux qui vous éclaire inutilement : Memor esto itaque unde exdderis, etprima opéra fac ; sin autem venio tibi, et movebo candekÂrum iuum de loco suo. {Apoc., 2. ) Or ce chandelier, dit saint Grégoire pape, selon même le sens de la lettre, nous représente la foi dont il est le symbole; et cela montre que Dieu , lassé de la négligence de cet évêque et du relâchement de sa vie, n'avait point de justice plus rigoureuse à exercer sur lui que de lui enlever les grâces de la foi. Voilà ce que nous prêche cette parabole si intelligible, et tout ensemble si terrible, du talent enfoui que le père de famille fit ôter à celui de ses serviteurs qui n'avait pas pris soin de le faire valoir. Car, suivant l'observation de saint Augustin, ce premier talent, qui en devait produire d'autres, est évidemment la foi, qui doit opérer dans nous les œuvres du salut , et la sévérité dont ce père de famille usa envers son serviteur est justement ce qui s'accomplit dans un homme du siècle, quand Dieu, commençant déjà à le réprouver, le dépouille du seul bien qui lui restait, et qui était la lumière de la foi divine.
En effet, chrétiens,* s'il y a une raison capable d'autoriser cette conduite de Dieu, et de fermer la bouche aux hommes du monde, c'est ce mépris des bonnes œuvres dans lequel ils vivent. Car la foi , dit excellemment saint Chrysostôme, n'étant donnée que pour agir; toute sa vertu se réduisant à exciter dans les cœurs le zèle du bien qu'elle fait connaître ; son unique emploi étant de soutenir l'homme dans l'exécution de ce que le christianisme lui prescrit: dès qu'elle n'opère plus rien de semblable. Dieu, en vue même de sa gloire, est intéressé à la laisser détruire. C'est un arbre qui doit porter des fruits, et qui ne se trouve couvert que de feuiHes , c'est-à-dire d'actions criminelles ou [superflues; Dieu donc a droit de dire : Succide Ulam, ut guid etiam terram occupai f (Luc, 13.) Coupez-le , cet arbre, et arrachez-en jusqu'à la racine; car à quoi bon le conserver, puisqu'il n'est d*aucun profit et d'aucun rapport ? Or, ce que l'Esprit de Dieu noua a exprimé en figure touchant cette vérité, c'est ce qui se passe tous les jours et en effet , quand Dkn^ par le plus redoutable de ses jugements, nous priva de certaines grâces choisies , en quoi consiste le don la foi. Car il ne nous avait pas donnera foiooninM une simple prérogative, pour nous distinguer des nations infidèles ; ni comme un simple onieaMnl,qriL ne dût qu'enrichir et parer notreâiDe*Noii».Q'élfMlv; pas seulement chrétiens pour connaître Ict i les et les prodiges qu'un Homme-Dieu a i nous, sans autre conséquence que celle dé j savoir gré et de nous en féliciter no l'étions pour répondre à sesbienfailai
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tions dignes de lui et digues de nous. Nous avions cette foi pour la faire multiplier, pour en rendre les fruits à Dieu, pour en édifier notre prochain , pour en recueillir nous-mêmes des mérites sans nombre , et tout cela par le moyen de nos bonnes œuvres. Dieu nous visite, et au lieu de ces bonnes œuvres , il ne trouve en nous qu'une foi inculte, aride, infraetoeuse, qui, quoique arrosée des pluies du ciel et engraissée du suc de la terre, c'est-à-dire des grâeesque nous recevons continuellement, demeure toi^ours ingrate et ne produit rien : que fait Dieu? il conclut ou à l'extirper tout à fait, ou à la transplanter dans un autre sol : Succide, ut quid etiam terram occvpatf II commande aux anges, ministres desajustice,denous abandonner, et il renverse dans notre âme , ainsi que parle le prophète royal, jusqu'au fondement de tout Tédifice spirituel qu'il y avait bâti. Exinanite usque adfundamentMm in ta. {PsatmAZ^,) Qu'est-ce que ce fondement? c'est la foi qui devaitsoutenir toutes les vertus chrétiennes, mais qui , ne soutenant plus rien lorsque nous n'agissons plus pour Dieu , semble exciter Dieu à prononcer le dernier arrêt contre nous. Exinanite usque fundamentum in ea. Eh bien ! dit Dieu , qu'elle périsse cette foi inutile , et qu'il n'en reste plus aucun vestige dans ce chrétien perverti , usque adfundanientum .
Et c'est ainsi, mes chers auditeurs, que nous voyons parmi nous des génies sublimes, des esprits forts, pénétrants, éclairés selon le monde, tomber dans des aveuglements qui font horreur, ne reconnaissant plus m Dieu, ni foi , ni religion ; c'est ainsi que nous-mêmes, avec toute notre suffisance et Cous les avantages dont nous nous piquons, nous avons souvent moins de foi que des âmes simples qui s'emploient avec humilité aux œuvres chrétiennes, nous flattant que cette différence est même une marque de leur simplicité et de notre esprit, et ne concevant pas que Dieu, en récompense de leur ferveur, se communique à elles , au lieu que, pour punir notre lâcheté , il se retire de nous; c'est ainsi que nous perdons la grâce de la foi, et que cette foi, par une inibstitution bien malheureuse pour nous , passe aux nations étrangères qui font leur richesse de notre perte , comme dit saint Paul , et qui entrent dans le royaume de Jésus-Christ à mesure que nous, qui en étions les héritiers, en sommes chassés : substitution tant de fois prédite par le Fils de Dieu, si nanifesteroent accomplie dans tous les siècles du B, consonimée d'une manière si tou- ( le nfttre, où nous avons vu naître de ichrétientéiy Isi, ta uni venus de rorfeni etta
t, par la pnipi«fll«i fol
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prophétie : MidU ab oriente venieni ei occidente ; fiUi ttutem regniejidentur in tenebras exlertores. (Màtth., 8.)
Ah! chrétiens, ouvrons les yeux à cette vérité, et suivant le précepte de notre divin maître, travaillons, efforçons-nous de faire des œuvres conformes à notre foi; n'attendons pas que la mesure de nos péchés étant remplie, le soleil de justice s'éclipse entièrement pour nous : puisque notre foi n'est pas encore éteinte , servons-nous-en , nonseulement pour engager Dieu à nous la conserver, mais pour mériter même qu'il nous l'augmente; désabusons-nous surtout d'une erreur grossière qui nous séduit, de croire que, renonçant aux bonnes œuvres, nous avons néanmoins toujours une intention droite de chercher Dieu et un vrai désir de le connaître. Car comment cela pourrait-il être? Est-ce par une vie lâche et toute mondaine qu'on cherche Dieu? est-ce par là qu'on le trouve? est-ce ainsi que l'on parvient à cette connaissance bienheureuse qui fait la sainteté des justes? Dieu seraitil ce qu'il est , si une telle voie nous conduisait à lui ? Non , non , chrétiens , cela ne se peut. Dans la naissance de l'Église , dit saint Chrysostôme, la foi des chrétiens se soutenait par les miracles ; quelque temps après elle se fortiàa par les persécutions : mais depuis que les persécutions ont cessé, et qu'il ne plaît plus à Dieu d'opérer ces fréquents miracles, c'est par la constance dans les bonnes œuvres que nous la devons maintenir. Ceci m'engage dans la seconde partie, où, après vous avoir montré que nous perdons la foi parce que nous négligeons les œuvres chrétiennes, je dois vous faire voir que c'est aussi par les œuvres chrétiennes que nous ranimons et réparons notre foi altérée ou perdue. Renouvelez, je vous prie, votre attention.