SOI
naturellement on^iit horreur de Tune et de Tautre , 00 peut aimer Tune et Tautre par différents motifs ; et c'est par la diversité de ces motifs qu^il faut juger si cet amour est louable ou vicieux, raisonnable ou aveugle, méritoire ou vain. En effet, se procurer la mort par désespoir, c'est un crime; la souhaiter par accablement de chagrin , c'est une faiblesse ; s'y exposer par zèle de son devoir, c'est une vertu ; s'y dévouer pour Dieu , c'est un acte héroïque de religion : de même, souffrir comme les esclaves du monde, parce qu'on se laisse dominer par ses passions ; souffrir comme les avares par une avide et insatiable cupidité , souffrir comme les ambitieux par un attachement servile à sa fortune : c'est une bassesse, une misère, un désordre; mais souffrir pour être Gdèle à Dieu , aimer la croix pour remplir les desseins de Dieu , pour suivre la vocation de Dieu , c'est ce qu'il y a dans le christianisme de plus saint et de plus divin, et par conséquent de plus conforme à la souveraine raison. Or c'est ainsi , nés chers auditeurs, que saint André l'a aimée; car il a aimé la croix , parce qu'éclairé des plus vives lumières de la foi , il a parfaitement compris combien la croix lui était avantageuse par rapport à sa vocation , et aux fins sublimes pourquoi Jésus-Christ l'avait appelé. Appliquez-vous : voici le secret important de sa conduite et de votre religion. Le Sauveur du monde eut deux grands desseins sur ses âpôlres, quand il leur commanda de le suivre : renitepost me. En ce moment-là, dit saint Chrysostôme, n les choisit pour être les prédicateurs de son Évangile , et pour être les ministres de son sacerdoce : il les destina au ministère de sa parole , ot il les engagea au service de ses autels; il les établit sur la terre pour sanctifier les hommes par les vérités du salut qu'ils devaient leur annoncer, et pour honorer Dieu son Père par le sacrifice qu'ils devaient, comme prêtres de la loi de grâce, lui présenter. Voilà les deux vues principales qu*eut le Fils de Dieu , et c'est sous ces deux qualités que je prétends aujourd'hui considérer saint André : en premier lieu , comme prédicateur de l'Évangile et de la loi de Jésus-Christ; en second lieu, comme prêtre, successeur légitime et immédiat du sacerdoce de Jésus-Christ; et je m'attache d'autant plus à cette pensée, que la qualité de prêtre de Jésus- Christ est celle dont ce saint apôtre se glorifia plus hautement, et dont il se rendit lui-même le témoignage , quand il parut devant le juge qui le condamna : or, ces deux qualités jointes ensemble justifient admirablement l'amour et le zèle qu'eut saint André pour la croix; car, s'il l'a tendrement aimée, c'est parce qu'il y a trouvé ce qui devait faire devant Dieu tout son mérite et toute sa gloire , savoir , l'accomplissement de son apostolat et la consommatic)/? de son sacerdoce. Expliquons-nous : André, à
la vue de sa croix, est pénétré, ravi , trao&portéde joie : pourquoi ? parce que c'est sur la croix qu'il n dignement prêcher le nom de Jésus-Christ; cesen la première partie : et parce que c'est sur la croix qu'il va saintement s'immoler lui-même, et unirsoB sacrifice au sacrifice auguste et vénérable qu'il a tant de fois offert à Dieu en immolant l'agneau sans tache, qui est Jésus-Christ; ce sera la seconde partie. En deux mots, la croix est la chaire où saiat André a fait paraître tout le zèle d'un fenreot prédicateur; la croix est l'autel où saint André, comme prêtre et pontife de la loi nouvelle , a exercé dans toute la perfection possible l'office de sacrificateur : il ne faut donc pas s'étonner si la croix, quoique affreuse par elle-même , a eu pour lui tant de charmes. C'est tout le dessein et le partage de ce discours, pour lequel je vous demande une favorable attention.