PREMIÈRE PARTIE
Saint Augustin, expliquant ces paroles du psaume quarante-quatrième, Pro patribus ttâs nati sunt tibi JUii (PscUm. 44), en fait une application bien juste, lorsque, s'adressant à l'Église, il lui parle de cette sorte : Sainte épouse du Sauveur, ne vous plaignez pas que le ciel vous ait abandonnée , parce que vous ne voyez plus Pierre et Paul , ces grands apôtres dont ^pus avez pris naissance, et qui ont été vos pères : Non ergo te putes esse desertam, quia non vides Petrum, quia non vides Paulum, quia non vides eos per quos nota es. (Auo.) Car vous avez formé des enfants héritiers de leur esprit, et qui vous rendront aussi glorieuse et aussi féconde quevous le fûtes jamais : Ecce pro patribus tuis nati sunt tibi fitii. Or entre ces exifants de l'Église, successeurs des apôtres et comme les dépositaires de leur zèle, il me semble, chrétiens, que je puis mettre François Xavier dans le premier rang; et le miracle qu'il a plu à Dieu d'opérer par son ministère en est la preuve évidente : Ecce non est abbreviata manus Domini.
Examinons-le, ce miracle. Après l'avoir étudié avec soin , pour ne rien dire qui ne soit autorisé et par la voix publique, et par le témoignage même de l'Église qui l'a reconnu ; sans rien exagérer dans une chaire consacrée à la vérité, mais à ne prendre que la substance de la chose, et à considérer le fait précisément en lui-même , dénué de toutes les circonstances qui le relèvent, le voici itel que je le conçois et que vous le devez concevoir. Xavier, par la seule vertu de la divine parole, a soumis un monde entier à l'empire du vrai Dieu , a répandu en plus de trois mille lieues de pays la lumière de l'Évangile , a fondé un nombre presque innombrable d'Églises dans l'Orient; est entré en possession de cinquante-deux royaumes, pour y faire régner Jésus-Christ ; a dompté partout l'infidélité du paganisme, l'obstination de l'hérésie, le libertinage de l'impiété; a conféré de sa main le baptême à plus d'un million d'idolâtres , et les a présentés à Dieu comme de fidèles adorateurs de son nom : voilà le liiiracle de notre foi. Miracle au-dessus de tout ce que nous lisons de ces héros , ou vrais, ou prétendus, que l'histoire profane a tant vantés : miracle où je puis dire , en me servantde la belle expression de saint Ambroise , que François Xavier a fait réellement ce que la philosophie humaine, dans ses
l'apombM
plus hautes et ses plus vaines idées , n' imaginer : Minus est quod UlafinxU, qmm fsà iste gessii (Ambb.); et miracle enfin, qui seulflrfl' rait pour m*attacher inviolablement à la que je professe, et pour me faire eonnattre c'est l'œuvre du Seigneur : Ecce nom est abbrevUà manus Domini,
Vous savez , mes chers auditeurs , par qodle o^ casion et par quel dessein fut appelé Phomme apostolique dont je parle , pour passer aux Indes : or ji laisse ce qu'il fit en Europe, et j'en viens d*aboii i oe qu'il y a dans mon sujet d'essentiel et de capîtri. Certes , ce furent deux entreprises bien différotM, que celle de Jean IH, roi de Portugal, et «De à Xavier ; et il est bien à croire que , selon la pottque mondaine , l'une ne fut que l'accessoire de 1^ tre. En effet, si la piété du prince lui fit souhate d'avoir un homme de Dieu pour aller combattnli superstition, le soin de sa propre grandeur Wft équiper une flotte entière pour étendre ses coofà tes , et pour établir en de nouvelles et de vasteso» trées sa domination. Telles étaient les Tues des monarque; telle était la fin que se proposaient b ministres de son État : mais le ciel en avait tout» trement disposé. Le dessein du roi dePortogdK fut qu'une occasion ménagée par la Providence p« ouvrir le chemin à Xavier, et pour le ^re eaMi dans la moisson qu'il devait recueillir. Il ne te que lui pour cet important ouvrage ; lui seul, ilfta plus que ce pompeux et terrible appareil d'anneiil de vaisseaux, et il portera plus loin les bornes à christianisme que Jean les limites de son empiic.
Déjà je l'entends, ce saint apôtre, qui rallomiri toute l'ardeur de sa charité, et rappelant toateils forces de son âme à la vue de l'immense carrièn qu'on lui donne à fournir, s'encourage lui-méÉn, et s'excite à tout entreprendre pour la gloire à souverain maître qui l'envoie. Allons , Xavier, dtl4 en de fervents et de secrets colloques , puisque toi Dieu est partout, il faut qu'il soit partout connut adoré; ce serait un reproche pour toi , que ï de ton. être fût loué dans tous les lieux du par les créatures insensibles, et qu'il jeûtun» droit de l'univers où il ne le fût pas des créatns intelligentes et raisonnables. Et pourquoi mettntttu entre les hommes quelque différence, et vwdrais-tu en faire le choix, puisque le Créateur^ les a formés les embrasse tous dans le sein de 0 miséricorde.' Non , non : souviens-toi qu'en te eos* fiant son Évangile , il t'en ^ rendu redevable à tooi, et que c'est pour tous qu'il t'a communiqué sns restriction tout son pouvoir. Ce ne sont point lii, chrétiens, mes propres pensées, ni mes expnisions,.mais celles de Xavier, qu'il nous a i*i«^ dans ses épitres, fidèles interprètes de son oonr* et lettres sacrées que nous conservons comme la précieuses reliques et les monuments de son zèk
POUR LA FÊTE DE SAINT FRANÇOIS XAVIER
C'est donc en de telles dispositions , et avec de si • iMlUes sentiments, qu'il s*embarque à Lisbonne, ^*il traverse deux fois la zone torride, qu'il échappe teureusement le fameux cap de Bonne-Espérance, 4pi*il aborde dans Tlnde, qu'il passe dans Tîle de la Pêcherie. Je serais inflni , si j'eutreprenais de faire le dénombrement de ces longues et fréquentes cour- Ms qui n'ont pu lasser son courage , et qui peut-être lasseraient votre patience. Mais un peu de réflexion , ^îl TOUS platt : le voilà rendu au cap de Comorin , el d'abord vingt mille idolâtres viennent le reconnaître pour l'ambassadeur du vrai Dieu. D'où Fontils appris, et qui le leur a dit? Ah! voici le miracle : Xavier ne sait ni la langue, ni les coutumes 4u pays; et cependant il persuade tous les esprits it gagne tous les cœurs. Chaque jour toute une èoutgade est initiée au saint baptême. Les prêtres ^ies Daux dieux en conçoivent le plus violent dépit, «t s'y opposent; les chefs du peuple, les magistrats te sont transportés jusqu'à la fureur; mais, pour ^mtr des termes de saint Prosper sur un sujet à peu ^rès semblable, c'est de ces ennemis mêmes, de «es emportés et de ces furieux, qu'il compose une Bouvelle Église : Seddehis resistentibus , sxvien- 4Uniê populum christianum augebai. (Pbosp.) A peine ces sages Indiens l'ont-ils eux-mêmes entieoda, qu'ils veulent devenir enfants pour se faire Instruire des mystères qu'il leur enseigne. A la seule INPésence de ce prédicateur inspiré d'en haut, toute leur sagesse s'évanouit; et par là ils semblent vérifler la parole de TËcriture selon le sens que lui dcHine saint Augustin : Abiorpti suntjuncti petrœ jfadiees eorum. {Psabn. 140); Leurs juges, c'està-dire les savants de leur loi et les maîtres du pagianisme, mis auprès de Jésus-Christ qui est la inerre angulaire où des ministres de son Évangile ont été, entraînés, ont été comme engloutis et absorbés : Jbsorpti sunt.
N'étaitH» pas un spectacle digne de l'admiration 4es anges et des hommes, de voir ce conquérant des Aïoes former dans les plaines de Travancor des milliers de catéchumènes, faire autant de chrétiens qu'il assemblait autour de lui d'auditeurs, s'épuiser de forces dans cet exercice tout divin; et, comme autrefois Moïse, ne pouvoir plus lever les bras par la défaillance où il tombe, et avoir besoin qu'on les lui soutienne, non point pour exterminer les Amalécites, mais pour ressusciter des troupes d'infidèles à la vie de grâce? Quel triomphe pour la foi qu'il Tenait de leur annoncer , quand il marchait à la tête de ces néophytes; qu'il les conduisait dans les temples des idoles; qu'il les animait à les briser, à les fouler aux pieds , et , comme parle saint Cyprien , à &ir6 delà matière du sacrilège un sacrifice au Dieu da^iel?
Il n'en demeure pas là. Bientôt il parait chez les
Maures, fameux Insulaires, d'autant plus chers à Xavier qu'ils sont plus connus par leur barbarie, et qu'il en attend de plus rigoureux et de plus cruels traitements. Car voilà ce qui l'attire, voilà ce qu'il cherche. Mais, providence de mon Dieu, que vos vues sont au-dessus des nôtres, et que vous savez conduire efficacement, quoique secrètement, vos impénétrables et adorables desseins! Qui l'eût cru? cette brebis au milieu des loups , sans rien craindre de leur férocité, leur communique toute sa douceur. Ces tremblements de terre si communs parmi eux, lui donnent occasion de les entretenir des grandeurs du Dieu qu'il leur prà^he, et de la sévérité de ses juge> ments. Ces montagnes de feu qui sortent du sein des abîmes, lui servent d'images, mais d'images affreuses, pour leur représenter les flammes étemelles, et pour leur en inspirer une horreur salutaire. Il les cultive , il les rend traitables , il les transforme en d'autres hommes. Tonte l'Inde est dans l'étonnement , et ne peut comprendre qu'en peu de jours H ait réduit sous le joug de la loi chrétienne jusqu'à trente villes. Vous diriez que , comme les coeurs des rois sont dans la main de Dieu , tous les cœurs de ces peuples sont dans celle de Xavier. Il entre dans Malaque, et d'une Babylone il en fait une Jérusalem , c'est-à-dire d'une ville abandonnée à tous les vices il en fait une ville sainte. Le grand obstacle au progrès de l'Évangile, c'est l'amour du plaisir et la pluralité des femmes : honteux dérèglement que la coutume avait introduit, et que la coutume autorisait. Il l'attaque et il l'abolit; mais comment ? avec un ascendant sur les esprits et un empire si absolu, que nul homme engagé dans ce libertinage n'oserait paraître devant lui. Et parce qu'ils l'aiment tous comme leur père , parce qu'ils veulent tous traiter avec le saint ap6tre , de là vient qu'ils renoncent tous à ce désordre. Plus de quatre cents mariages prétendus cassés par son ordre, les liens les plus forts et les plus étroits engagements rompus, toutes les familles dans la règle : qu'y eut-il jamais de plus merveilleux ? et si ce ne sont pas autant de miracles, qu'est-ce donc, et à quel autre qu'à Dieu même attribuerons-nous un changement si difficile, si prompt, si universel ?
Cependant, chrétiens , un nouveau champ se pré» sente à cet ouvrier infatigable ; et, sans nous arré* ter, suivons-le partout où l'ardeur de son zèle porte ses pas. Le Japon l'attend, et c'est là, pour m'ex» primer de la sorte , que Dieu a placé le siège de son apostolat. Dans l'Inde il a travaillé sur un fonds où d'autres avant lui s'étaient exercés , il a marché sur les traces des apôtres ; mais ici il peut dire comme saint Paul : Sic autem prasdicaoi Evangelium hoc, non M nominatus est Christus, ne super alienum fundamentum ssd{ficarem ; sed, ticut scriptum est , ^6tr« non eslanmm/iiiArmcfeeoC/lom.) 16) .-Oui, mes frères , j'ai prêché Jésos-Cluistt mail dans des
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lieux où jamais ce nom vénérable n*avait été prononcé; et Dieu m*a fait cet honneur, de vouloir que j*édiûasse là où personne avant moi n'avait bâti. Xavier en effet est le premier qui ait porté à cette nation le (lambeau de TÉvangile ; je dis , à cette nation si fière et si jalouse de ses anciennes pratiques et de la religion de ses pères ; à cette nation où le prince des ténèbres dominait en paix depuis tant de siècles, et qu'une licence effrénée plongeait dans tous les désordres. Il s'agissait de leur annoncer les vérités les plus dures, et d'ailleurs les moins compréhensibles ; une doctrine la plus humiliante pour Fesprit, et la plus mortifiante pour les sens; une foi aveugle, sans raisoimements , sans discours ; une espérance des biens futurs et invisibles, fondée sur le renoncement actuel à tous les biens présents ; en un mot , une loi formellement opposée à tous les préjugés et à toutes les inclinations de rhomme. Voilà ce qu'il fallait leur faire embrasser, à quoi il était question de les amener, sur quoi Xavier entreprend de les éclairer : quel projet! et quelle en sera l'issue? Ne craignons point, mes cliers auditeurs : c'est au nom de Dieu qu'il «git ; c'est Dieu qui le députe comme le Prophète , et qui lui ordonne d'arracher et de planter, de dissiper et d'amasser, de renverser et d'élever. Il arrachera les erreurs les plus profondément enracinées , et jusque dans le sein de l'idolâtrie il plantera le signe du salut, il dissipera les légions infernales conjurées contre lui , et malgré tous leurs efforts il rassemblera les élus du Seigneur ; il renversera ce fort armé qui s'était introduit dans l'héritage du Dieu vivant, et de ces dépouilles il érigera un trophée à la grâce victorieuse qui l'accompagne, et qui se répandra avec abondance. Parlons sans figure, et ne cherchons point de magnifiques et de pompeuses expressions pour soutenir un sujet qui par lui-même est au-dessus de toute expression. François Xavier se présente, il montre le crucifix, il proteste que ce crucifié est son Dieu et le Dieu de tous les hommes : cela sufQt ; sur sa parole il est cru comme un oracle ; les rois Técoutent et le respectent , celui de Bungo reçoit le baptême; de mille sectes répandues dans le Japon, il n'y en a pas une qu'il ne confonde; les 4)onzes les plus opiniâtres se font non-seulement ses disciples, mais ses ministres et ses coadjuteurs. Tous les jours nouvelles Églises ;.et quelles Églises? disons-le , mes chers auditeurs , à la gloire de Dieu , auteur de tant de merveilles : des Églises dont les ferveurs ne cèdent en rien à celles du christianisme naissant; des Églises où l'on a vu toute la pureté des mœurs, toute Faustérité de vie, toute la perfection que demande la plus sublime et la plus étroite morale de l'Évangile; des Églises éprouvées par les plus cruelles persécutions que la tyrannie ait jamais suscitées contre Jésus-Christ et son troupeau; qui, bien loin de se scandaliser de la croix et d'en rougir.
comme l'imposture a voulu nous le penuader, se sont immolées pour la croix , et par la croix , te sort exposées pour elle à toutes les rigueurs delt cqli» vite, à toutes les ardeurs du feu, à toutes les hoh reurs de la mort : enfin des Églises où l'on a pu pi» que compter autant de martyrs qu'elles onteadi fidèles. Tels sont les fruits de la mission de Xarior Qui les a fait naître, ces fruits de sainteté? €^ Xavier coopérant avec Dieu ; c*est Dieu dans Xavier. Nous pouvons dire Tun et Taiitie, comme nous le voudrons , pourvu que nous naissions là le miracle de notre foi : £çce mni erf abbreviata manus Domini,
Cependant, au milieu de ses victoires, œ héM chrétien en voit tout à coup le cours inteirooBpfc Insatiable dans ses désirs, il tourne son zèle Yenb vaste empire de la Chine, et la Chine lui édiappt Quelle subite et triste révolution! Ainsi vous Tavia ordonné. Seigneur. Mais 8*il m'est permis de pénétrer dans un de ces secrets que votre providence ticst cachés à nos yeux, et qu'il n'appartient qu'à sagesse de bien connaître, pourquoi , mon Dîm, arrêtez-vous un apôtre uniquement occupé dusoa de votre gloire, et pourquoi lui refusez-vous Te» trée d'une terre où il ne pense qu'à faire célâirer m grandeurs? Vous ne permîtes pas à Moïse d'eotni dans la terre de Chanaan, parce qu'il avait maofié à vos ordres , et qu'il n'avait pas sanctifié votre dos parmi le peuple , Quia prxoaricati estis contra mt, et non sanctificastis me irUerfilios Israël. {DeuL, SI) Mais voici un homme soumis à votre parole, m homme selon votre cœur, et vous le retenez dus une Ile déserte! Lorsqu'il médite une conquêtes glorieuse pour vous, et après laquelle il soupire d^ puis si longtemps, vous l'abandonnez à la mortqn fait échouer toutes ses espérances ! Je me troo^, chrétiens , Xavier est entré dans la Chine , au dé^ de son corps, son esprit y a percé; il y est eocoie vivant, et il y soutient tant de prédicateurs de toas les états et de tous les ordres de l'Église; c'est lui qui les dirige par ses leçons, lui qui les anime par ses exemples , lui qui les console dans leurs fatigues par le souvenir de ses travaux , et lui enfin qui , ds haut de la gloire , fait descendre sur eux ces secours de grâces dont Ils tirent toutes leurs forces , et qid achève ainsi dans le ciel ce qu'il n'a pu accomplir sur la terre.
Or, revenons; et, sans vous faire un détail plos ejcact de tant de nations qu'il a instruites , de tant de provinces et de royaumes qu'il a parcourus, de tant de mers qu'il a traversées , et où si souvent il s'est vu exposé aux tempêtes et aux naufrages, tenons-nous-en à l'idée générale que je viens de vous tracer, et qui n'est encore qu'une ébauche très-légère des progrès de la foi par le ministère de cet vraiment apostolique. Pour peu que nous
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, et qu*examinant avec attention les circons- I de ce grand miracle dont Dieti même fut Fauet dont Xavier n*a été que l'instrument, nous lérions le caractère des peuples avec qui il eut ;er , Tobsti nation de leurs esprits et leur attamt à de fausses divinités, la corruption de mœurs et leurs habitudes vicieuses et profonit enracinées , leur férocité ou leur fierté natu-
d'ailleurs , la sublimité de la loi qu'il leur a se, son obscurité dans les mystères , sa sévéms la morale; et avec cela, ce consentement rsel , cette soumission prompte et cette étondocilité avec laquelle ils l'ont reçue, ne somous pas obligés de nous écrier que le doigt du îur était là ? Digitus Dei est hic. (Exod. , 8.) lelles marques plus sensibles pourrions-nous de la vertu divine qui l'accompagnait? Ecce si abbreviata manus Domini.
st vrai : tandis , ou presque au même temps rançois Xavier sanctifiait TOrient, des hommes es de l'enfer, je veux dire un Luther et un 1 , pervertissaient l'Occident et le Septentrion, bliaient que Dieu les avait choisis et inspirés réformer TÉglise, qu'un esprit particulier leur dicté ce qu'il fallait croire, qu'ils étaient les itaires du sens de l'Écriture et qu'on le devait ndre de leur bouche. Ainsi ces faux prophèmgeaient-ils, de leur propre autorité, en maîe la doctrine : et , par le plus déplorable aveumt, les peuples les écoutèrent, les grands les rèrent, les États changèrent de lois et de cous : tel fut , si j'ose m'exprimer de la sorte , le le de riiérésie. Mais entre ce prétendu mira- ; celui dont je parle, quelle différence! Je ne dis que Xavier avait reçu sa mission de l'Église, i les autres s'étaient ingérés d'eux-mêmes ; je I point que Xavier était irréprochable dans sa 3t que ces hérésiarques furent constamment corrompus dans toute leur conduite que dans bi ; je ne dis point que Xavier , revêtu d'un )ir tout divin , commandait aux éléments, calles flots de la mer, paraissait a la fois en divers , voyait l'avenir, lisait dans les cœurs, chassait Imons, guérissait les malades, ressuscitait les s; etquejamais ces docteurs de l'erreur nefirent roir qui marquât en eux une vocation spéciale )pre, et qui donnât à connaître que le Seigneur avec eux. Je ne dis point tout cela; mais voici li je m'en tiens, et ce qui me suffît : c'est qu'ils laient une religion favorable à la nature , com-
aux sens, qui retranchait tous les préceptes église, qui dégageait de l'obligation, des vœux, élivrait du joug delà confession, qui, sous préd'une impossibilité imaginaire dans la pratique ommandements et d'un défaut de grâce, conit les hommes au libertinage. Or, pour établie
une telle religion dans le monde, il ne faut point de miracle^ puisque le monde n'y est déjà que trop disposé de lui-même : au lieu que le saint apôtre des Indes et du Japon apportait une loi contraire à tous les sentiments naturels; une loi qui déclarait la guerre aux passions , qui condamnait les plaisirs , qui prescrivait des règles de continence, capables de rebuter tous les esprits; qui obligeait à verser son sang, à donner sa vie, à endurer les plus cruels supplices pour la défendre et la soutenir. Or, d'avoir fait agréer cette loi à une multitude presque infinie d'idolâtres de tout sexe, de tout âge, de tout caractère, de tout état, aux grands et aux petits, aux sages et aux simples, à des voluptueux et à des senseuls, à des opiniâtres et à des présomptueux, n'est-ce pas là le plus évident de tous les miracles, et quel autre que Dieu même l'a pu opérer? Miracle par où Xavier réparait les ruines de l'Église, et les brèches qu'y faisait le schisme de l'hérésie, puisqull est certain que par ses prédications apostoliques, il a plus gagné de sujets à la vraie religion que Luther et Calvin ne lui en ont dérobé et n'en ont porté à la rébellion. Tellement que nous pouvons lui appliquer le bel éloge que saint Basile donnait autrefois à saint Grégoire deNazianze, et l'appeler le supplément de TÉglise, Suppkmentum Eccleeim (Basil.), parce qu'il a suppléé avantageusement, par son zèle, à toutes les pertes qu'elle avait faites par la division des hérétiques.
Ah! chrétiens, que la charité est généreuse dans ses entreprises, qu'elle est ferme et constante dans ses poursuites! mais surtout qu'elle est heureuse dans ses succès! Que ne peut point un homme possédé de l'esprit divin , libre de tous les intérêts de la terre, et uniquement passionné pour la gloire du Seigneur? Ne faut-il pas que l'ambition humaine fasse ici l'aveu de sa faiblesse et qu'elle cède au zèle d'un apôtre qui ne cherche qu'à élire connaître et honorer Dieu? Si Xavier eût embrassé la profession des armes comme sa naissance semblait l'y engager, ou s'il eût borné ses vues à se distinguer dans les lettres selon son inclination particulière et le caractère de son esprit, qu'eût-il fait? et quoi qu'il eût fait, son nom vivrait-il encore dans la mémoire des hommes, et ne serait-i! pas peut-être enseveli avec tant d'autres dans une profonde obscurité? Mais maintenant on publie partout ses merveilles, les siècles entiers n'en peuvent effacer le souvenir, et jusqu'à la dernière consommation des temps, il sera parlé de Xavier dans toutes les parties du monde . Je dis plus :car, pour me servir de la noble et admirable figure de saint Grégoire, pape, comment paraltra-t-il dans cette assemblée générale de l'univers où Dieu viendra couronner ses saints, surtout ses apôtres, et leur rendre gloire pour gloire? Cest là,, dit le saint docteur dont j'ai emprunté cette penséftk
POUR LA FÊTE DE SAINT FRAINÇOIS XATIEB
que les apôtres traîneront après eux , et comme en triomphe, toutes les nations qu'ils ont conquises à Jésus-Christ ; là que Pierre se montrera à la tête de la Judée qu'il a convertie : là qu'André conduira TAchaîe, Jean l'Asie, Thomas toute Tlnde : Ibi Petrui cum Judxa conversa apparebU; ibi Andréas Achaianiy Joannes Miam, Thomas Indiam in aonspectu judicis , régi conversant ducet. (Grbg. Maon.) Et moi j'ajoute : C'est là que Xavier produira, pour fruits de son apostolat, des troupes sans nombre de toutes nations, de tous peuples , de toutes tribus, de toutes langues, qu'il a réduites sous le joug de l'Évangile, et tout un monde entier dont il a été la lumière : Ex omnibus gentibus, et Mbubus, et populis, et linguis. {Jpoc, 7. )
Mais sur cela même , mes chers auditeurs , quels reproches n'avez-vous pas à vous faire? C'est par le ministère d'un seul prédicateur que Dieu, jusqu'au milieu de l'idolâtrie, a opéré ces miracles de conversion ; et dans le centre de la foi tant de prédicateurs suffisent à peine pour convertir un pécheur. Xavier prêchait à des iufiJèles, et il les touchait; nous prêchons à des chrétiens, et ils demeurent insensibles. A quoi attribuerons-nous cette monstrueuse opposition? est-ce que Xavier était saint, et que nous, ministres de lu divine parole , ne le sommes pas ? mais notre fui ne serait plus ce qu'elle est, si elle dépendait ainsi des ministres qui l'annoncent; ils ne prêchent pas, et ils ne convertissent pas comme saints, mais comme députés de Dieu , et comme envoyés de Dieu ; or quelles que soient les qualités de la personne, cette députation et cette mission n'est pas moins légitime. Quand donc vous dites , Si c'étaient des saints, je les écouterais et ils me persuaderaient, vous commettez , selon saint Bernard , trois grandes injustices, l'une par rapport à la grâce , dont vous bornez l'efficace et le pouvoir à la vertu, ou plutôt à la faiblesse d'un homme; l'autre, par rapport au prochain , en imputant aux ouvriers évangéliques ce qui ne vient pas d'eux, savoir, votre impénitence et votre obstination; la dernière, par rapport à vousmême, en cherchant de vaines excuses dans vos désordres, et des prétextes pour vous y autoriser. Quoi donc? est-ce que Xavier avait un autre Évangile à prêcher que nous? est-ce qu'il faisait connaître un autre Dieu? est-ce qu'il enseignait d'autres vérités? est-ce qu'il proposait d'autres peines et d'autres récompenses? rien de tout cela : mais c'est qu'il instruisait des peuples qui , quoique nés et quoique élevés dans l'inûdélité, suivaient les impressions de la grâce, et que vous, dans le christianisme, vous la combattez, vous la rejetez, vous l'étoufTez. De là des milliers d'athées ou d'idolâtres étaient tout à coup changés en de vrais chrétiens, et tous les jours des chrétiens devieuneot des impies et des athées.
Je dis athées; car il n'y en a que trop et de toutes les manières : athées de créance et athées de volonté ; athées qui ne reconnaissent point de Dîeo et athées qui voudraient n'en point reconnaître, et qu'en effet il n'y en eût point; athées dans les cours des princes, athées dans la profession des armes, athées dans les académies des savants, athées dans tous les lieux et tous les états ou règne la dissolution du vice. Ah! mes frères, n'est-ce pas ainsi que s'accomplit la parole du Sauveur du monde, cette parole si terrible pour nous, que plusieurs viendraient de l'Orient, MuUlab Oriente venient ( M ATTH ., 8 ) ; qu'ils prendraient place dans la gloire avec Abraham et tous les saints habitants de ce séjour bienheureux. Et recumbenù cutn Jbraàam haac et Jacob {Id.)\ mais que, pour les enfants et les héritiers du royaume , ils seraient chassés et précipités dans les ténèbres de l'enfer : fUU autem regni ^'icientur in tenebras exteriores 7 (W.) i\e soyons pas du nombre de ces chrétiens réprouvés; et pour cela , réveillons notre foi, ranimons-la, reo- (Ions-la fervente et agissante : Je viens de vous eo proposer un des plus grands motifs ; c'est ce miracle de l'Évangile, renouvelé par François Xavier dans la conversion des peuples de l'Orient. Mais ce qui j met, ce me semble , le comble , c'est que Xavier l'ait renouvelé par les mêmes moyens dont se sont sems les apôtres dans la conversion du monde. Encois quelque attention, s'il vous plaît, pour cette s^ conde partie.