T. IL
considérée : le premier , où il la professe ; le second ^ où il la publie; et le troisième, si j'ose m'exprimer ainsi, où il la consomme. Le premier, où il la professe par le témoignage admirable qu'il rend à Jésus-Christ , et qui est rapporté dans notre évangile : le second, où il la publie par ses prédications, dont le fruit s'est répandu jusqu'aux extrémités de la terre ; le troisième , où il la consomme par le glorieux martyre qu'il endure , et par le sacrifice de sa propre vie. Expliquons-nous. Saint Thomas, pour réparation de son incrédulité, a donné au monde trois illustres preuves de sa foi ranimée et ressuscitée; car il Ta confessée hautement, en reconnaissant Jésus-Christ pour son Seigneur et pour son Dieu , Dominas meus et Deus meus ( Joan., 20): il l'a prêchée apostoliquement, en convertissant les peuples, et, malgré les efforts de l'idolâtrie, leur persuadant que Jésus-Christ était le vrai Dieu ; et il l'a consommée saintement en s'immolant soi-même, et souffrant une mort cruelle pour le nom de son Dieu. Or, dans ces trois états , je dis que la foi de ce grand saint sert à guérir notre infidélité : comment ? parce que , dans ces trois états , la foi de saint Thomas est un argument qui nous convainc, et une leçon qui nous instruit : un argument qui nous convainc, en sorte que, si nous savons bien l'approfondir, il ne nous est plus possible de douter; et une leçon qui nous instruit, en sorte que, si nous nous appliquons à la bien comprendre, nous ne pouvons plus rien ignorer. Doute et ignorance, restes déplorables du péché de notre origine, mais dont je soutiens, encore un coup, que la foi de ce bienheureux disciple est le souverain préservatif, puisqu'elle dissipe tous nos doutes en nous réduisant à la nécessité de croire , et qu'elle corrige toutes nos erreurs, en nous apprenant ce qu'il faut croire, et comment nous le devons croire. Après cela , n'ai-je pas droit de conclure que Dieu nous la présente aujourd'hui comme un remède qui doit pour jamais nous garantir de l'infidélité ? Voilà , chrétiens , en peu de mots, le raisonnement de saint Grégoire, pape, qui , développé dans toute son étendue , aurait de quoi toucher les âmes les plus dures et les moins sensibles aux impressions de la foi , mais que j'abrège pour ne pas abuser de votre attention.
Saint Thomas a cru ; donc nous devons croire après lui ; c'est la conséquence infaillible que tous les Pères de l'Église ont tirée de la confession de ee saint apôtre. Car enfin , disaienMIs , et avec raison «la bide eetapOtre ne peut être suspecte, et le lilMrtinasftli.|los déliant n'a rien à lui opposer, n a ^iMÉtel^WMiftf MUmm , ce n'est point par per ona aveugle déférence ; nous l'avons n s'ensuit douo
POUR LA FÊTE DE SAINT THOMAS, APOTRE
qa*il a cru, ou par un miracle de la grâce qui s'est fait en lui , ou par une évidence parfaite quil a eue de la résurrection de son maître. S1I a cru par un changement miraculeux qui s^est fait en lui , il n'en faut pas davantage pour me convaincre, car il n*y a que Dieu qui puisse avoir été Fauteur d*un pareil miracle; et quand le démon ( ce qui n'est pas ) aurait le pouvoir d'agir immédiatement sur les esprits des hommes , il n'aurait pas usé de ce pouvoir pour faire croire à saint Thomas ce qui relevait la gloire de Jésus-Christ, puisque le démon, capital ennemi de Jésus-Christ, bien loin de travailler à sa gloire, travaille de toutes ses forces à la détruire. Il fallait donc que ce fût Dieu même qui eût changé l'esprit et le cœur de saint Thomas, et qui, dans un moment, d'opiniâtre et d'inflexible qu'il était, l'eût rendu souple et docile : or, cela seul serait un miracle plus convaincant que tout ce qu'il y a jamais eu de plus miraculeux. Mais non, chrétiens, il n'y eut point proprement de miracle dans la conversion de saint Thomas. J'avoue qu'elle fut surnaturelle, puisqu'elle procéda d'une grâce surnaturelle; mais, supposé la faveur que Jésus-Christ fit à samt Thomas de se manifester à lui, de lui découvrir ses plaies, de lui permettre de les toucher, de lui parler, de lui faire des reprodies , de le consoler et de l'instruire ; supposé, dis-je, tout cela, ce ne fut point une chose surprenante que saint Thomas crût; et si nous avions été à sa place, quelque incrédules que nous soyons, nous aurions cru comme lui. Or, cette évidence de la résurrection de Jésus-Christ, qui dissipa en un instant tout ce que l'intidélité avait formé de nuages dans l'esprit de ce disciple , qui le remplit des lumières de la foi les plus vives et les plus brillantes ; qui, faisant naître cette vertu dans son cœur, la fit aussitôt éclater par sa bouche, ou plutôt, pour parler avec saint Léon, qui, d'une bouche infidèle tira cette excellente confession : Dominus meus et Deus meus ; Mon Seigneur et mon Dieu : voilà ce que j'appelle le remède de notre incrédulité; car qui ne croirait pas à un témoignage que la seule force de la vérité connue arrache à celui même qui la combattait avec plus d'obstination? Quand saint Paul , après sa conversion, prêchait le nom de Jésus-Christ dans les synagogues, l'Écriture dit qu'il confondait les Juifs, ConfundebatJudxos : pourquoi ? parce qu'ayant été le persécuteur déclaré du nom de Jésus-Christ , les Juifs ne pouvaient ni récuser, ni rejeter le témoignage qu'il rendait en faveur de cet Homme-Dieu. Car vous le savez, leur disait-il, mes frères, de quelle manière j'ai vécu dans le judaïsme, et avec quel excès de fureur je faisais la guerre à cette nouvelle Église que je reconnais aujourd'hui pour l'Église de Dieu. Il est vrai , j'étais infidèle comme vous, et plus rebelle aux lumières de la grâce que rous; maÎB c'est pour cela que Dieu a jeté les yeux
sur mol , et que Jésus-Christ a voulu ezmer envm moi ses miséricordes , afin que je devinsse on eiCBple qui vous obligeât à croire en lui. Oib, e^etlldmême qui m'a parlé, et qui, par le plus étDimaBtii tous les prodiges, m'a mis dans la dîspontioa oi vous me voyez, qui m'a abattu pour me relever, qn m'a aveuglé pour m'éclairer , qui , de blasphématoff que j'étais, m'a fait son apôtre, et qui, pour réparation des outrages qu'il a reçus de moi , veut maintenant que je lui serve de témoin auprès de tous. Oi paroles, dis-je, dans la bouche de saint Paul, avaient une vertu toute divine ; et saint Luc ajoute que c'était assez qu'il assurât que Jésus-Christ était b Christ , pour fermer la bouche à tous les ennemis à nom chrétien : Cof^fttndebatJudaasq^muaufm tUamhic est Christus, {jéct, 9.) Or Je dis oelaméflu de saint Thomas : pour confondre rinerédolité «r le sujet de la résurrection, et par conséquent de h divinité de Jésus-Christ, saint Thomas n'avait qA se montrer, et qu'à dire hautement : C'est moi qa combattais cette résurrection, mol qui ai ûut rdr tant d'opposition à la croire, mais -qui suis aojosrd'hui forcé de la reconnaître, et qui ne veux pin vivre que pour la publier : il m'en coûtera la vie; mais trop heureux si, par refifusion de mon sug, 'e puis rendre à une si sainte vérité le témoigaifi que je lui dois : ce témoignage m'attirera la haïae tfe toute ma nation ; mais je compterai pour rien d'être exposé à toute la haine du peuple , pourvu quefaanonce la gloire de mon Dieu. Encore une fou, qà pouvait inspirer à cet apôtre des sentiments si g^ néreux? était-ce préoccupation, était«ce intérêt, était-ce renversement d'esprit ? ou plutôt n'est-il p» évident que ce ne fut rien de tout cela.' et puisqae la conversion de cet apôtre ne peut être expliqnée qu'en disant que c'a été l'effet , mais l'efifet incontestable et palpable de la vérité qu'il avait vue, que nous reste-t-il à souhaiter davantage pour raftonissement de notre foi?
Non-seulement la foi de saint Thomas est un argument qui nous convainc , mais une leçon quinoas instruit; et qui , après nous avoir réduits à la néeessité de croire, nous apprend encore ce que nom devons croire. Car, comme remarque Guillaoaiede Paris, par une seule parole, ce grand saint est devenu le théologien, le docteur, le maître de toute l'Église , a éclairci la foi de tous les siècles , a dissipé toutes les ténèbres dont la malignité de l'hérésie d^ vait dans la suite des temps obscurcir nos principaux mystères. Et prenez garde, en effet, mes eben auditeurs , ce qui fait l'essentiel et le capital de notre foi , c'est de croire que Jésus-Christ est Dieu; saos cela point de christianisme, sans cela point de religion, sans cela point de grâce ni de salut. Fossioiinous des anges de lumière, fussions-nous dei hommes de miracles , si nous ne confessons b êi*
POUR LA FÊTE DE SAIiNT THOMAS, APOTRE.
?initéde Jésus-Qirist, et si nous ne soinmes prêts à mourir pour la défendre, nous sommes deA anatbèmes et des réprouvés. Quiconque divise Jésus Christ , disait le bien-aimé disciple , Omnis tpb Uus qui Suivit Jesum ( Joan., Ep.4), c*est-àdire, quiconque reconnaissant Jésus-Christ pour homme, ne Tadore pas comme Dieu , devient dès là et par la un antedirist : Qui solvit Jesum, est antichristus. ( Id. ) Voilà ce qui nous justiGe devant Dieu; et, pour user des termes de FÉcriture, voilà ce qui nous rend victorieux du monde, la foi de la divinité de Jésus-Christ : Quis est qui vincit mundum, nisi qui crédit quoniam Je^ sus est fiiius Deif ( Id. , Ep. 6.) Or, par qui nous est venue cette foi? ou plutôt, par qui cette foi nous a-t-elle été développée ? Par Tapôtre saint Thomas, qui , de tous les organes dont Dieu s*est servi pour nous révéler cet auguste mystère de la divinité de son Fils , est sans doute celui qui nous Fa déclaré plus nettement, plus positivement, plus absolument. Les autres se sont contentés d*attrîuuer à Jésus><Ihrist des qualités divines : Févangéiiste saint Jean nous a enseigné qu'il était le Verbe de Dieu; Jean-Baptiste, son précurseur, nous Fa fait connattre comme Agneau de Dieu; saint Pierre, parlant au nom de tous, a protesté qu'il était Fils de Dieu; saint Paul , pour comble d'éloge , nous Fa représenté revêtu de la forme de Dieu : il n'y a que saint Thomas qui , par une expression d'autant plus vénérable et plus authentique , qu'elle est plus simple et plus naturelle, l'ait nommé son Seigneur et son Dieu : Dominus meus et Deus meus. Cependant, chrétiens, c'est sur la simplicité de ce témoignage que notre foi est particulièrement établie. A tout le reste , l'impiété arienne opposait des détours et des subterfuges; et quelque évidents que fussent les sacrés oracles en faveur de la divinité du Messie, si les partisans de Farianisme ne pouvaient y résister, ils trouvaient moyen de les éluder. En vain saint Pierre avait dit, Tu es Christus, Fiiius Dei vivi; ils prétendaient, quoique injustement, que sans être Dieu il pouvait , dans le sens même de ce passage, être appelé Fils de Dieu; et la faiblesse de leurs réponses sur un dogme aussi solidement fondé que celui-là, ne diminuait rien de leur opiniâtreté : mais quand on leur produisait Fhommage que saint Thomas avait rendu à Jésus-Christ ressuscité, quand on les pressait par la force de ces termes, Dominus meus et Deus meus; quand on leur faisait entendre que , dans le style des Écritures, jamais autre que Dieu même n'avait été traité de mon Dieu , Deus meus, la vérité Femportait sur leurs artiQces, ces paroles incapables d'interpréta* tion les déconcertaient; pour peu qu'ils eussent de bonne foi , ils désespéraient de s'en pouvoir sauver; et, touchés de l'exemple du saint apôtre, ils se ré-
duisaient souvent h faire au Sauveur du monde la même réparation que lui : Dominus meus et Deus meus; Mon Seigneur et mon Dieu. Ce qui , selon la remarque de saint Hilaire , était l'abjuration la plus solennelle de Farianisme, et comme la formule de foi qui distinguait les orthodoxes de ceux qui ne l'étaient pas.
Ce n'est pas tout : saint Thomas a publié et annoncé cette foi dont il avait fait une si sainte profession ; et, par le succès de ses prédications apostoliques, il nous a convaincus sensiblement de la vérité de ce qu'avait prédit le Fils de Dieu : savoir, que son Évangile serait prêché et reçu dans tout le monde : car c'est en effet par le ministère de saint Thomas que l'on a vu cette prédiction accomplie , et c'est le premier d'entre les apôtres dont on a pu dire à la lettre : In omnem terram exivit sonus eorum , et in fines orbis terrœ verba eorum ( Psalm . 18); que sa voix a retenti jusqu'aux extrémités de la terre , et que par lui la foi s'est répandue jusque dans les pays les plus éloignés. Les autres, après avoir reçu le Sain^Esprit, se partagent dans les provinces voisines de la Judée, Fiulie, FÉgypte, FAsie Mineure , sont comme les bornes de leur apostolat; mais saintThomas, animé d'un zèle plus vaste et plus étendu , embrasse un monde entier , ou plutôt pousse ses desseins et ses entreprises jusque dans un nouveau monde. Il ne lui suffit pas d'avoir converti les Partîtes et les Mèdes; les Hyrcans et les Perses sanctifiés sont trop peu pour lui; il ne compte pour rien d'avoir porté le nom de Jésus- Christ dans tous les lieux que le héros de la Grèce a rendus célèbres par ses conquêtes : honteux d'en demeurer là, et de finir sa course où l'ambition de ce monarque termina la sienne, il pousse plus avant, il pénètre dans la région la plus intérieure de FInde ; il prêche à des peuples dont le nom était à peine connu ; et là, avec le secours du Dieu qui l'envoie, que fait-il ? ô toute-puissante et divine foi , que ne pouvez-vous pas ! il établit le culte d'un Dieu crucifié, il inspire à des hommes charnels Famour de la croix i il confond la superstition, il renverse les idoles^ il gagne à Jésus-Christ et à l'Évangile des millions d'inOdèles. Ce que je dis n*est point fondé sur une de ces traditions obscures queFinfidélité conteste, et qui servent de matière à la critique des savants : ce sont de ces faits éclatants, dont rien n'a jamais effacé le lustre. Le sépulcre de saint Thomas , qui , suivant le rapport de saint Chrysostôme, était, dès les premiers siècles du christianisme, aussi vénérable que celui de saint Pierre, est encore aujourd'hui ce qui entretient la piété et la ferveur de toutes les Églises d'O; rient. C'est là que cet homme de Dieu, saint François Xavier , passait les jours et les nuits en de pro* fondes méditations qui le transportaient hors de luimême; c'est là qoll serempHssiit de iMi^cat de
Si.
POUR LA FÊTE DE SAINT THOMAS, APOTRE
là qu*einbrasé d'une sainte ardeur que les cendres de cet apôtre excitaient, il partait pour aller combattre les ennemis de son Dieu, réveillant toute sa conûance et tout son courage par cette pensée , qu'il marchait sur les traces de saint Thomas , qu'il continuait son ouvrage , et que lui ayant été destiné pour successeur, il pouvait tout attendre de sa protection. Or, ce succès de l'Évangile , tel que je viens de le marquer, a depuis été considéré des Pères comme une des plus incontestables preuves de notre foi ; et si par là notre apôtre nous a convaincus en nous faisant voir l'accomplissement de la parole et de la prédiction de Jésus-Christ, c'est par là même aussi qu'il nous a instruits : car qu'est-ce que cette foi qu'il a répandue dans le monde? Une lumière qui a éclairé le monde , et qui , de siècle en siècle, s'est perpétuée jusqu'à nous. Oui , mes chers auditeurs , la même foi que saint Thomas a portée si loin au delà des mers , nous sert encore de flambeau pour guider nos pas et pour nous conduire ; les mêmes vérités dont il a établi la créance parmi les nations , et en tant d'esprits indociles , d'esprits prévenus, d'esprits superbes et orgueilleux , c'est ce que nous professons comme les articles de notre religion , ce que nous suivons comme les règles de notre vie , sur quoi nous nous appuyons comme sur les fondements de notre espérance. Heureux de l'avoir conservé, ce sacré dépôt, ou plutôt heureux que Dieu l'ait fait passer dans nos mains ! mais souverainement malheureux , si jamais nous venions à le dissiper ou à le perdre!
J'achève, et voici ce qui couronne la foi de saint Thomas , et ce qui y met la dernière perfection : cette foi qu'il a confessée hautement , qu'il a préchée apostoliquement, il l'a enfin saintement et glorieusement consommée : par où? par son martyre ; car ce qu'on a toujours regardé dans l'Église de Dieu , et avec raison , comme le plus signalé témoignage d'une foi parfaite , où , si vous voulez, comme l'attachement le plus parfait à la foi,* c'est de mourir pour elle, de lui sacrifier sa vie , et avec sa vie tous les intérêts humains, de la soutenir malgré les menaces et les plus violentes persécutions , et de signer enfin de son sang la confession qu'on en fait. Or, voilà ce que nous devons encore admirer dans notre généreux apôtre. Qui l'eût cru, chrétiens, lorsqu'on le voyait chancelant et incertain, opiniâtre et incrédule, doutant d'une des vérités fondamentales de la foi , et refusant de sy soumettre, qu'il en serait un jour , non-seulement le prédicateur , mais la victime et le martyr? Ce sont là, mon Dieu , de ces changements qu'opère la vertu toute-puissante de votre esprit, et que nous ne pouvons attribuer à nul autre priudpe. Cependant j'ajoute que dans cet état saint Thomas a plus que jamais de quoi nous convaincre ^t de quoi nous instruire : de quoi nous convaincre ,
parce que c'est dans cet état que son témoignage en faveur de la foi est moins suspect , et doit par conséquent avoir plus de force ; de quoi nous instruire, parce que c'est dans cet état que son exemple nous apprend ce que nous devons faire nous-mêmes pour la foi, et quel est à l'égard de la foi, un de nos devoirs les plus essentiels. Attention , s'il vous plaît, à l'un et à l'autre.
Je sais, mes chers auditeurs, qu'il y aurait toujours de la présomption et de l'injustice à soupçonner la fidélité des ministres de TÉvangile; niais après tout , quand un homme prêche la foi sans danger , sans s'exposer , sans rien hasarder , quelque respectable que soit son ministère, il n'est pas évident que ses vues , dans l'exercice de son ministère, soient tout à fait épurées , ni que le seul zèle de la vérité le fasse parler : or, moins nous sommes certains de la droiture de ses intentions et de la pureté de ses vues, moins est-il propre à nous convaincre et à nous toucher; mais quand je vois un apôtre percé de traits, comme saint Thomas, tout ensanglanté, et mourant pour confirmer la foi qu'il annonce, je me dis à moi-même : Quel autre intértt que celui de la vérité pouvait l'engager à souffrir de la sorte et à s'immoler? Ù fallait qu'il fût bien persuadé d'une religion qui lui coûtait si cher à dé* fendre ; il fallait qu'il en eût des preuves bien fortes. Et à qui d'ailleurs puis-je plus sûrement et plus sagement m'en rapporter, qu'à celui même qui dut avoir été témoin oculaire de ce qu'il nous a apprit et de ce qu'il a soutenu avec tant de constance? Soa témoignage, surtout en de pareilles conjonetura, est donc une conviction pour nous, comme son exemple est encore une instruction qui nous montre en quelles dispositions nous devons être noua-mémei à l'égard de la foi.
Et en effet, chrétiens, telle doit être la préparation de notre cœur, et tel l'attachement à notre foi , que rien ne soit capable de nous en séparer. 11 est vrai que nous ne sommes pas en ces temps où toutes les puissances du monde , liguées contre Jésus-Christ et son Évangile, employaioit toutee qu'elles avaient d'autorité et de forces à poursuivre les fidèles, r^ous ne sommes plus exposés an bannissement et à l'exil , aux fers et à la captivité, mi tourments et à la mort ; nous pouvons faire noe profession libre et publique de la sainte religion qne nous avons embrassée dans notre baptême , et oà nous avons été élevés. Mais aussi la profession que nous en faisons maintenant sans danger, et mêîie avec honneur, pour avoir le degré de mérite et de perfection qui lui est essentiel et absolument nécessaire, doit être accompagnée d'une si ferme résolii* tion , que nous soyons , avec le secours de Dieu , déterminés à courir tous les périls , à essuyer tous ks opprobres , à endurer tout et à oerdre tout ^ pliitlt
POUR LA FÊTE DE SAINT ETIENNE
que de démentir jamais le saint caractère que noas portons. Or , mes frères , y a-t-il lieu de croire que TOUS soyez ainsi disposés; et si vous prétendez Fétre, par quel monstrueux assemblage voulez-vous accorder, avec une foi de créance et de spéculation, une infldélité de pratique et de mœurs? Prenez bien garde à ce que je dis ; je demande d'abord s'il y a un fondement solide, pour penser que vous soyez dans cette disposition que votre foi exige indispensablementde vous ; et mille preuves ne doivent-elles pas plutôt me faire juger que vous êtes dans une disposition tout opposée? car comment me persuaderai-je que vous auriez la force de tenir contre les menaces des tyrans et contre les efforts des persécuteurs de l'Évangile , quand vous n'avez pas seulement le courage de résister au respect humain, quand une parole et une vaine raillerie sufQt pour vous arrêter et pour vous déconcerter; quand la moindre vîoience qu'il faut vous faire, pour accomplir les devoirs du jehristianisme, vous parait insoutenable et vous désespère ; quand , au lieu de vous élever contre l'audace de ces libertins qui, par leurs discours impies , osent profaner en votre présence ce qu'il y a de plus ▼énérable et de plus divin dans la religion, vous leur prêtez l'oreille, vous les écoutez avec attention, souvent avec plaisir; vous leur applaudissez, ou du moins, par un silence lâche et timide, vous les autorisez ; quand vous-mêmes vous aimez tant à raisonner sur les mystères de la foi , à former des difficultés sur certains articles, à censurer certaines dévotions que la pieuse simplicité des fidèles a établies, et qu'un long usage dans l'Église a confirmées? Avec cela, dis-je, peut-on présumer que TOUS seriez prêts à livrer les mêmes combats que les inartyrs, et à remporter les mêmes victoires?
Mais vous l'êtes, j'y consens, et je le veux supposer : quelle alliance prétendez-vous faire d'une foi de spéculation avec une infidélité d'action? qu'est-ce qu'une foi stérileet sans œuvres? l'apôtre saint Jacques ne nous l'a-t-il pas appris , que c'est une foi morte? Et qu'est-ce donc encore, à plus forte raison , qu'une foi si sainte en elle-même et si pure, avec une vie toute mondaine et toute corrompue? c'est-à-dire, qu'est-ce qu'une foi qui, dans ses maximes, combat tous les sens, et une vie où vous ne cherchez qu'à contenter les sens et qu'à satisfaire leurs désirs les plus déréglés? qu*est-ce qu'une foi dont tous les principes vont à mortifier les passions et à les détruire, et une Tie qui n'est employée qu'à nourrir les passions les plus honteuses , qu'à entretenir les plus criminelles habitudes, qu'à s'abrutir dans les plus infâmes plaisirs ? qu'est-ce qu'une foi qui ne nous enseigne que le mépris du monde et de nous-mêmes,. que le renoncement aux biens temporels, que rbumilité, que la charité, que la patience^ et une
vie où vous n'êtes attentifs qu'à vous agrandir dans le monde, où vous ne pensez qu'à vous distinguer selon le monde , où vous ne travaillez qu'à vous enrichir des trésors du monde; une vie qui se passe en intrigues , en cabales , en procès , en querelles et en dissensions? Je laisse un plus long détail que tant de fois j'ai déjà fait en d'autres discours; et pour finir celui-ci , j'en reviens à cet avis important que donna Jésus-Christ à saint Thomas, et que je vous donne à vous-mêmes; Noli esse incredulus, sedfidelis. Préservons-nous des désordres de Tincrédulité, en nous soumettant à la foi; soyons fidèles, et soyons-le d'esprit et de cœur. Soyons-le d'esprit, en nous rendant dociles aux vérités de la foi ; et soyons-le de cœur par un zèle ardent pour la foi. Surtout conformons notre vie à notre fçi , et honorons notre foi par notre vie; que la foi soit la règle de toutes nos actions; que la foi soit le remède de toutes nos passions , que la foi soit le principe de toutes nos délibérations. Heureux, si nous croyons ainsi! la foi, comme un guide infaillible, nous conduira dans la voie du salut et nous fera parvenir à l'éternelle félicité, que je vous souhaite, etc.
SERMON
LA FÊTE DE SAIJNT ETIENNE
SUphanui, plenui gratia et forlitudine, faeiebat prodigia et iigna magna in populo»
Êtieone, plein de grAœ et de force, faisait des prodiges el de grands miracles parmi le peuple, jiciei de» Apôtrei, ch fi.
Il ne faut pas s'étonner, dit saint Chrysostôme, s'il faisait des miracles et des prodiges , puisqu'il était plein de grâce et de force. Dans l'ordre des décrets et des dons divins, l'un s'ensuivait naturellement de l'autre; et Dieu ne l'avait rempli de force et de grâce , que parc« qu'il en voulait faire ^ pour la gloire de l'Évangile et de la loi de Jésus- Christ un homme de prodiges et de miracles. Voilà en deux mots le précis de tout ce que nous avons aujourd'hui à considérer, et, autant qu'il nous est possible, à imiter dans la personne du glorieux martyr dont nous célébrons la fête. Arrêtons-nous donc là, chrétiens, et n'entreprenons pas de rien ajouter à cet éloge. C'est le Saint- Esprit même qui en est l'auteur; et il n'appartient qu'à lui de donner aux saints les vraies louanges qui leur sont dues, parce qu'il n'y a que lui qui connaisse et qui discerne parfaitement leur sain^ teté. Or, voici l'idée qu'il nous donne de celle d» saint Etienne. Il a été plein de grâce, et en mênui^
temps plein de force : plein de grâce dans Tacoomplissement de son ministère, et plein de force dans la consommation de son martyre. Cette double plénitude, que je regarde comme le caractère qui le distingue , et qui a fait tout son mérite devant Dieu et devant les hommes; cette plénitude de grâce qui a sanctiGésa vie, et cette plénitude de force qui a couronné sa mort; cette plénitude de grâce qui a rendu sa conduite si irrépréhensible et si édiûante , et cette plénitude de force qui a rendu sa patience et sa charité si héroïques ; cette plénitude de grâce, en vertu de laquelle lia été un parfait ministre de l^Église de Jésus-Christ, et cette plénitude de force, en vertu de laquelle il a été non-seulement le premier martyr , mais un des plus fervents martyrs de Jésus-Clirist; n'est-ce pas, mes chers auditeurs, le partage le plus juste que je puisse me proposer dans ce discours, puisqu'il est renfermé même et si clairement exprimé dans les paroles de mon texte? Stephanus, plenus gratia etfortitudine. Vous me demandez quels miracles en particulier a faits saint Etienne? L'Écriture ne nous les dit pas, et elle se contente de nous assurer qu'il eu a fait d'éclatants, dont le peuple a été témoin : Faciebat prodigia et signa magna in populo. Mais je me trompe : elle nous dit en particulier les miracles qu'a faits ce grand saint, et c'est à moi à vous les marquer : elle ne nous dit pas les malades qu'il a guéris, ni les morts qu'il a ressuscites; mais elle noui parle d'autres prodiges qui, pour être d'une espèce différente , ne méritent pas nrM)insle nom de miracles ; d'autres prodiges dont nous sommes encore plus sûrs, et qui sont plus capables de contribuer à notre édification : car elle nous dit les excellentes vertus que saint Etienne a pratiquées , les grands exemples qu'il nous a donnés, les signalées victoires qu'il a remportées sur le monde; et tout cela, pesé dans la bahince du sanctuaire , est au-dessus des miracles mêmes. Elle ne nous dit pas ce qu'il a fhit d'extraordinaire dans l'ordre de la nature, mais elle nous dit ce qu'il a fait de prodigieux dans l'ordre de la grâce; elle nous dit les miracles de sa sainteté , les miracles de sa sagesse , les miracles de sa constance , les miracles de son invincible charité. Revenons donc au plan de son panégyrique, que le Saint-Esprit même nous a tracé. Saint Etienne a été plein de grâce et plein de force. Il a été plein de grâce dans l'accomplissement de son ministère : et je prétends que cela seul est un miracle de sainteté dont Dieu s*est servi, comme vous le verrez , pour commencer à former les mœurs du christianisme naissant : Stephanus, plenus gratia; c'est la première partie. Il a été plein de force dans la consonrmiation de son martyre; et je sou- $ivps que cela seul, est non pas un prodige, mais
POUB LA FÊTE DE SAINT ETIENNE
plusieurs prodiges ensemble, qui ont obMiira tut l'éclat et toute la gloire des vertus du paganine : Plenus fortitudine, faciebat prodigia ; c'est la •^ conde partie. Plein de grâce, il a édifié l*ÉgIise, et plein de force, il a ravi d*admiration non-seakment la terre, mais le ciel; plein de grâce, fl a condamné nos désordres, et plein de force, fl a confondu notre lâcheté : voilà tout mon dessao. Divin Esprit, soutenez-moi, afin que je poini traiter dignement un si grand sujet, etdonnei i mes auditeurs les dispositions néoessaires pour profiter des importantes vérités que je vais lev annoncer: c'est la grâce queje vous demande pv l'intercession de votre sainte épouse, à qui jV dresse la prière ordinaire : Jve, Maria.