‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 169 sur 232 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Je m'attache au texte sacré, et, suivant la i«> marque de saint Chrysostôme, je fais consitto cette grâce dont saint Etienne fut rempli ôum la deux qualités, dans les deux conditions qo/eàtmandèrent les apôtres quand il s^agit d'établir d d'ordonner ceux qui devaient fsdre dans Vt^ la fonction de diacres : car voici comme ib eo parlèrent à tous les disciples assemblés : Choisissez, mes frères, leur dirent-ils, des hommes qm soient parmi vous d'une probité recomiue , et , es même temps, d'une sagesse consommée : Omtideraie, fratres, viras exvobis boni iesOmtmii, plenos Spiritu sancto et sapientia, quas consiitm" mus super hoc opus. ( Act,, 6. ) Probité et sagesse que saint Etienne posséda dans un éminent degré, et qui lui donnèrent non-seulement toute l'aoUh rite , mais toute la grâce dont il eut besoin posr s'acquitter avec honneur du ministère qui lui aiait été confié.

Il ne suflisait pas qu'il eût pour cela une probité véritable; mais il lui fallait une probité reconnoe, une probité éclatante, une probité éprouvée, el à laquelle toute l'Église rendit hautement témoignage : car c'est ce qu'expriment ces paroles, rirosboni testimonii : pourquoi? parce qu'il était question d'un emploi aussi difficile et aussi dé* licat dans l'idée même des hommes, qu*il était saint devant Dieu. Je m'explique : saint Étienoe fut choisi diacre , et même le premier des diacres : Frimicerius diaconorum; ainsi l'appelle saint Augustin. Charge honorable, je l'avoue, mais qui l'engageait par une indispensable nécessité à deui choses : l'une, d'administrer les biens de l'Église. dont il était par office le dispensateur : Fautre , de gouverner les veuves, qui, renonçant au monde, se consacraient à Dieu dans l'état de la viduite; charge où la sainteté même trouvait des risques à courir , mais où Dieu voulait que saint Étieofl» servit d'exemple à tous les siècles futurs. Dért-

POUR LA FÊTE DE SAINT ETIENNE

loppoDS eecî , mes chers auditeurs , et tirons-en uoe des plus solides morales.

Gomme dispensateur des biens de TÉglise, Etienne était responsable de sa conduite à Dieu ^ aux hommes : première preuve de sa vertu ; car les fidèles alors , par un esprit de pauvreté Tendant leurs fonds , et en apportant le prix aux pieds des apôtres; les apôtres d'ailleurs, comme le témoigne saint Luc , s'en déchargeant sur les diacres, et leur en laissant la disposition, et saint Etienne, entre les diacres , ayant un titre de supériorité, par la prééminence de son rang, Perinde jfrimus, dit de lui saint Chrysostôme, ut- inter apoêtolos Petrus; il s'ensuit qu'il disposait plus absolument que les autres des trésors de l'Église. Or, cet emploi, quoique saint, devait être pour • plusieurs un fatal écueil, et pour les saints mêmes une dangereuse tentation : et en effet , déjà un apôtre s'y était perdu , et Dieu prévoyait qu'après lui bien d'autres s'y perdraient. 11 prévoyait qu'une des plaies les plus mortelles dont serait afïligé le monde chrétien dans la suite des siècles, était rénorme abus qu'on y ferait des revenus ecclésiastiques, qui sont proprement des biens consacrés par la piété des fidèles pour être le patrimoine des pauvres : c'est-à-dire il envisageait ces temps malheureux où les ministres de l'Église, dominés et corrompus par une aveugle cupidité, au lieu de distribuer aux pauvres ce patrimoine , le dissiperaient en se l'attribuant à eux-mêmes ; ces temps où l'avarice, l'ambition, le luxe ayant inondé jusqu'au sanctuaire, ce fonds destiné à la subsistance des membres de Jésus-Christ serait profané, et •i j'ose user de ce terme, prostitué à des usages mondains : Dieu, dis-jc, prévoyait ce scandale. Il était donc nécessaire, ajoute saint Chrysostôme, qu'à ce scandale, dont un apôtre r^rouvé avait étéTauteur, Dieu opposât un exemple qui en fût le remède et le correctif : je veux dire, un homme dont la fidélité irréprochable, dont le parfait désintéressement, dont l'exacte et inaltérable probité dans la dispensation des biens de l'Église, fût dès lors pour ceux qui les posséderaient une règle TÎvante et toujours présente, et servît au moins à ooofondre ceux qui viendraient à se relâcher de leurs obligations dans une matière aussi essentielle que celle-là. Or, je l'ai dit, c'est dans cette vue que saint Etienne a été suscité de Dieu , et c'est ce qui fatit une des principales parties de sa sainteté et de son éloge. On lui confie le trésor de 1*Église, et il le ménage d'une manière qui lui attire, Don-seulement l'approbation, mais la vénération de tout le peuple de Dieu. A peine es^il chargé de cet emploi que les Grecs cessent de se plaindre , qu'on ne murmure plus contre les Hébreux ; que, sans distinction , les pauvres, soit étrangers, soitdomesti- i

ques, sont abondamment secourus. La charité de ce saint diacre suffit à tout ; et , avec une vigilance pleine d'équité, il fournit à tous les besoins d'une multitude qui , pour être par profession pauvre de cœur, n'était pas insensible à l'indigence ," moins encore à la négligence de ceux qui y devaient pourvoir.

Ces biens de l'Église, entre les mains de saint Etienne, ne sont donc employés, ni à rassasier la cupidité, ni à entretenir la vanité, ni à satisfaire la sensualité; mais il les partage selon la mesure de la nécessité : ils ne deriennent pas dans la personne d'Etienne l'héritage de la chair et du sang, mais l'héritage de l'orphelin et de l'indigent ; Etienne n'en dispose pas comme maître, mais comme serviteur prudent et fidèle^ qui se souvient qu'il en doit rendre compte lui-même au souverain Maître. Ah ! mes frères, s'écriait saint Bernard, déplorant les désordres de son siècle, que ne puis-je voir l'Église de Dieu dans cet ancien lustre, et dans cette pureté de mœurs et de discipline où elle était autrefois! Quis mihi dei ut videam Ecclesiam Dei, sictU erat in diebus antiquis! Et moi, je dirais volontiers, touché du même zèle que ce grand saint : Que ne puis-je voir des hommes du caractère de saint Etienne, pourvu des bénéfices de l'Église! des hommes, comme saint Etienne, pleins de religion et de justice! des hommes aussi persuadés que saint Etienne des obligations attachées aux bénéfices et aux dignités dont ils sont revêtus ! des hommes aussi convaincus que ces dignités et ces bénéfices les engagent à être les pères des pauvres; qu'à cette seule condition , il leur est permis d*y entrer ; que l'Église a bien eu le pouvoir de leur en conférer les titres, mais qu'elle n'a jamais pu ni prétendu leur en donner rentier et absolu domaine, qu'ils n'en sont les propriétaires que pour les autres, et qu'ils n'ont droit d'en recueillir les firuits que pour les répandre partout où il y a des misères à soulager ! que n'ai-je la consolation de voir des hommes pénétrés de ces vérités, et agissant selon ces principes! C'est vous. Seigneur, qui les formez , ces dignes sijyets; c'est vous, et vous seul qui pouvez faire revivre dans votre Église cet esprit de saint Etienne, que la corruption de l'esprit du monde semble y avoir éteint. Si ceux qui jouissent de ces sacrés revenus en comprenaient bien la nature , ils n'en craindraient jamais assez les conséquences : bien loin de s'applaudir d'en avoir la possession, ils gémiraient sous le fardeau d'une telle administration; bien loin d'en désirer la pluralité, ils en redouteraient même, pour m'exprimer de la sorte, la singularité et l'unité. Pourquoi ces biens sont-ils si funestes à plusieurs, et pourquoi leur attirent-ila la malédiction de Dieu? parce qu'on ne pense à rhtk moins qu'au saint usage qu'il en faudrait faire ; parce^

temps plein de force : plein de grâce dans Tacoompiissement de son ministère, et plein de force dans la consommation de son martyre. Cette double plénitude, que je regarde comme le caractère qui le distingue , et qui a fait tout son mérite devant Dieu et devant les hommes; cette plénitude de grâce qui a sanctiGésavie, et cette plénitude de force qui a couronné sa mort; cette plénitude de grâoe qui a rendu sa conduite si irrépréhensible et si édiûante , et cette plénitude de force qui a rendu sa patience et sa charité si héroïques ; cette plénitude de grâce, en vertu de laquelle il a été un parfait ministre de TÉglise de Jésus-Christ, et cette plénitude de force, en vertu de laquelle il a été non-seulement le premier martyr , mais un des plus fervents martyrs de Jésus-Christ ; n*est-ce pas, mes chers auditeurs, le partage le plus juste que je puisse me proposer dans ce discours, puisqu'il est renfermé même et si clairement exprimé dans les paroles de mon texte? Stephanus, plenus gratia et/ortiiudine. Vous me demandez quels miracles en particulier a faits saint Etienne? L'Écriture ne nous les dit pas, et elle se contente de nous assurer qu^il eu a fait d'éclatants, dont le peuple a été témoin : Faciebat prodigia et signa magna in populo. Mais je me trompe : elle nous dit en particulier les miracles qu'a fhits ce grand saint, et c'est à moi à vous les marquer : elle ne nous dit pas les malades qu'il a guéris, ni les morts qu'il a ressuscites; mais elle nous parle d^autres prodiges qui, pour être d*une espèce différente, ne méritent pas moins le nom de miracles ; d'autres prodiges dont nous sommes encore plus sûrs, et qui sont plus capables de contribuer à notre édification : car elle nous dit les excellentes vertus que saint Etienne a pratiquées, les grands exemples qu'il nous a donnés, les signalées victoires qu'il a remportées sur le monde; et tout cela, pesé dans la balance du sanctuaire, est au-dessus des miracles mêmes. Elle ne nous dit pas ce qu'il a fhit d'extraordinaire dans l'ordre de la nature , mars elle nous dit ce qu'il a fait de prodigieux dans l'ordre de la grâce; elle nous dit les miracles de sa sainteté , les miracles de sa sagesse , les miracles de sa constance , les miracles de son invincible charité. Revenons donc au pian de son panégyrique, que le Saint-Esprit même nous a tracé. Saint Etienne a été plein de grâce et plein de force. Il a été plein de grâce dans l'accomplissement de son ministère : <:t je prétends que cela seul est un miracle de sainteté dont Dieu s*est servi, comme vous le verrez , pour commencer a former les mœurs du christianisme naissant : Stephanus, plenus gratia; c'est la première partie. Il a été plein de force dans la consonunation de son martyre; et je sou- Uvps que cela seul, est non pas un prodige, mais

POUB LA FÊTE DE SAINT ETIENNE

plusieurs prodiges ensemble, qui ont obseiiiti tut l'éclat et toute la gloire des vertus du paganiase : Plenus /ortUadine, faciebat prodigta; c'est la •^ conde partie. Plein de grâce, il a édifié fÉgiise, et plein de force, il a ravi d*admiration noo-seakment la terre, mais le del; plein de grâce, il a condamné nos désordres, et plein de force, H a confondu notre lâcheté : voilà tout moa desseÎB. Divin Esprit, soutenez-moi, afin que je puiw traiter dignement uo si grand sujet, et doonei ï mes auditeurs les dispositions nécessaires pov profiter des imporUntes vérités que je vais lev annoncer: c'est la grâce queje vous demande pv l'intercession de votre sainte épouse, à qui jV dresse la prière ordinaire : Jve, Maria.

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