SAINTE GENEVIÈVE
mettre en quelque sorte 'leur couronne et lenn États. O triomphe de notre religion ! les tombeaux des rois sont foulés aux pieds , et le tombeau d*ane bergère est révéré comme un sanctuaire : pourquoi? parce que Dieu veut couronner sod humilité : Et exaltavit humiies.
Honorée par les évêques et les prélats de FÉglise. Quelle idée en conçut saint Germain, évêque d'Auxerre, et en quels termes s'en explîqua-t-il? Poussé par l'esprit de Dieu , il passait en Angleterre pour y combattre Thérésle victorieuse et triomphante , et pour y établir la grâce de Jésas-Christ contre les erreurs de Pelage; mais sur sa route, combien s'estima-t-il heureux d'avoir trouvé Geneviève encore enfant? Avec quelle admiration vit-fl dans un âge si tendre une raison si avancée , des hmières si pures , des connaissances s! justes , des inclinations si saintes , et une piété si solide et si chrétienne ? De quels éloges et de quelles bénédictions la combla-t-il ? Sans égard ni à Tobscurité de sa naissance, ni à la pauvreté de sa famille, de quoi félleita-t-il les parents, et qu'annonça-t-il de la fille pour l'avenir.' Il la considéra et la recommanda comme un des plus précieux trésors que possédât la France, et un des plus riches dons que le ciel eût faits à la terre. Quels témoignages lui rendit le généreux et glorieux évêque de Troyes , saint Loup? Quels sentiments en eut le vénérable et zélé archevêque de Reims, saint Rémi , et que ne puis-je parler de tant d'autres qui, tout pasteurs des âmes qu'ils étaient, ne crurent point avilir leur ministère ni se dégrader, en lui communiquant leurs desseins, en recevant ses avis, en écoutant ses humbles et respectueuses remontrances, en entrant dans ses vues, et profitant, si j'ose le dire, de ses instructions?
Honorée des saints. Je n'en veux qu^un exemple ; il est mémorable, et c'est celui du fameux Siméon Stylite. Cet homme tout céleste, cet homme, miracle de son siècle par l'austérité de sa pénitence, do fond de l'Orient et du haut de cette colonne où il n'était occupé que des choses divines , aperçut Téclatante lumière qui brillait dans l'Occident, connut tout le mérite et toute la sainteté de Geneviève , porta vers elle ses regards , la salua en esprit et l'invoqua.
Enfin, honorée de tous les peuples, où son nom ne s'est-il pas répandu, et dans quel endroit da monde chrétien n'a-t-il pas été parlé d'elle? Elle n'était pas encore en possession de cette gloire imroo^ telle dont elle jouit dans le séjour bienheureux, que la voix publique la mit au rang des saints, la béatifia et la canonisa. Le jugement des fidèles prévint le jugement de l'Église; et l'événement nous a bien appris que la voix du peuple était dès lors la voix de Dieu même.
Ce n'est pas qu'elle n'ait pas eu des persécutions
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à soutenir. Dieu , qui Tavait prédestinée pour la coarooner dans le ciel , lui Gt éprouver sur la terre le sort de ses élus; et plus il voulut rehausser Téclat de son triomphe, plus il exerça sa patience et lui laissa essuyer de violents combats. Nous savons qu'il y eut un temps orageux, où ce soleil parut obscurci , où cette âme si innocente et si nette se trouva chargée des plus atroces accusations et des plus noires calomnies ; où tous les ordres ecclésiastiques et séculiers se tournèrent contre elle , où sa Tertu fut traitée d'hypocrisie et d'illusion; où les merveilleux effets de son pouvoir auprès de Dieu furent attribués aux sortilèges et à la magie. Nous le savons; mais aussi n'ignorons-nous pas que le soleil sortant du nuage qui le couvrait , n'en est que plus lumineux ; et que toutes les suppositions de Pen- ▼ie , toutes ses inventions contre Geneviève ne servirent qu'à la relever, qu'à la mettre dans un plus grand jour, et à lui donner une splendeur toute nouvelle. Les évéques se firent ses apologistes ; bientôt les esprits furent détrompés ; le mensonge fut confondu , la vérité tirée des ténèbres qui l'enveloppaient , l'innocence hautement confirmée , et l'incomparable vierge, dont l'enfer avait entrepris de flétrir la mémoire , remise dans son premier lustre, et rétablie dans sa première réputation. Depuis cette victoire que remporta Geneviève , quels honneurs lui ont rendus le ciel et la terre? le ciel, dis-je, qui nous l'a enlevée, mais afin quelle nous devint pour ainsi parler, encore plus présente par une protection continuelle; la terre, où elle répand les saintes richesses qu'elle va puiser dans le sein de la divinité, et qu'elle nous communique si abondamment.
C'est de cette terre d'exil que nous faisons monter vers elle, et que nous lui offrons notre encens. Culte le plus solennel : nous voyons pour cela toutes les sociétés de l'Église se réunir , les plus augustes compagnies s'assembler, tout le peuple, grands et petits , paraître en foule , et chacun se faire un devoir de contribuer par sa présence à la pompe de ces cérémonies et de ces fêtes , où , comme l'arche du Seigneur, sont portées avec tant d'appareil les précieuses reliques dont nous avons éprouvé mille fois , et dont tous les jours nous éprouvons la vertu. Culte le plus universel : il y a des dévotions particulières et propres de certaines âmes, de certains états; celle-ci est la dévotion commune, de tout sexe , de tout âge , de toute condition. Culte le plus ancien et le plus constant : tout s'altère et tout se ralentit par le nombre des années. Des pieux exercices que nos pères pratiquaient , combien se sont abolis, ou par la négligence de ceux qui leur on succédé , ou par une prétendue force d'esprit dont on s'est piqué , ou par le dangereux penchant que nous avons à la nouveauté ? mais depuis tant de siècles on a toujours conservé , surtout dans cette *
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I ville capitale, les mêmes sentiments à l'égard de Geneviève ; ceux qui nous ont précédés nous les ont transmis; nous les avons, et nous en ferons part à ceux qui viendront après nous , afin qu'ils les fasj sent eux-mêmes passer aux autres qui les suivront jusqu'à la dernière consommation des temps. La face des choses a changé bien des fois; mais dans I les différentes situations des affaires et au milieu de I toutes les révolutions , le culte dont je parle a toujours subsisté. La face des choses changera encore ^ car dans la vie humaine y a-t-il rien qui ne soit sujet aux vicissitudes et aux variations ? mais malgré les variations et les vicissitudes, jugeant de l'avenir par le passé , ce culte, si solidement établi et si profondément gravé dans les cœurs, subsistera. L'hérésie Va combattu, le libertinage en a raillé; mais tous les efforts dr l'hérésie, toutes les impiétés du libertinage ne lui ont pu donner la moindre atteinte, il s'est maintenu contre toutes les attaques, et ja. mais les plus violentes attaques ne l'affaibliront. Culte le plus religieux ; il y a certains temps de l'année, certaines fêtes et certains jours où la piété des peuples se réveille, et où ils donnent des marques plus sensibles de leur religion : telle est la fête que nous célébrons aujourd'hui. Il semble qu'à ce grand jour tous les cœurs se raniment; on voit le tombeau de Geneviève entouré et comme investi de troupes innombrables de suppliants , qui se relèvent sans cesse et se succèdent. Le temple qui les reçoit, cet auguste et vénérable monument de la pieuse an tiquité , les peut à peine contenir. A l'entrée de cette sainte maison , il n'est point d'âmes si indifférentes, çui ne se trouvent ou saisies d'uneTcrainte respectueuse, ou remplies d'une confiance toute filiale. Que de sacrifices ofterts au Dieu vivant ! que ae vœux présentés à Geneviève! que de cantiques récités en son honneur! que de larmes répandues à ses pieds! Ah t chrétiens, que ces sentiments de religion si ardents et si vifs, ne sont-ils d'aiUeurs aussi efficaces et aussi parfaits qu'ils le devraient être ! Mais nous en abusons , et nous les corrompons; nourallons à Geneviève avec des cœurs tendres pour elle , et durs pour Dieu ; nous demandons à Geneviève qu'elle nous conduise au port du salut où Dieu nous appelle , et nous n'en voulons pas prendre la voie que Dieu nous a marquée ; nous apportons auprès des cendres de Geneviève nos péchés pour en obtenir la rémission , et nous ne voulons ni les expier par la pénitence , ni même en interrompre le cours par la réformation de nos mœurs ; nous prétendons honorer Geneviève , sans cesser de déshonorer Dieu et de l'outrager. Comment l'entendons-nous, et par où avons-nous cru jusqu'à présent pouvoir faire une si monstrueuse alliance?
Quoi qu'il en soit , vous voyez dans notre sainte ^accomplissement de cette parole du Saint-Esprit,
POUR LA FÊTE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES
que la mémoire du juste sera éteraelle, In memaria mtema erit justus ( Psalm. 1 1 1 ) ; au lieu que celle des pécheurs périra, et périt eu effet tous les jours, Periit memoria eontm. {Psalm. 9.) Tant de grands, idolâtres de leur grandeur et enflés de leur fortune, étaieut recherchés , respectés , redoutés sur la terre , tandis que Thumble Geneviève ne pensait qu'à y servir Dieu; ils n'étaient attentifs qu'à leur propre gloire, et elle n'était attentive qu'à la gloire de Dieu; ils ne travaillaient qu'à éterniser leur nom dans le monde , et elle ne travaillait qu*à y rendre le nom de Dieu plus célèbre. Qu'est-il arrivé? Toute la grandeur des uns s'est évanouie, leur fortune dans un moment a été détruite , ils ont disparu ; et la mort, en les faisant disparaître aux yeux des hommes , les a effacés de notre souvenir. Où parle-t-on d'eux ; et si l'on parle de quelques-uns , est-ce pour solenniser leurs fêtes? est-ce pour chanter publiquement leurs louanges? est-ce pour implorer auprès de Dieu leur secours? est-ce pour se prosterner devant leurs tombeaux ? je dis , devant ces tombeaux abandonnés et déserts , ces tombeaux d'où nous ne remportons qu'une triste et lugubre idée de la fragilité humaine , ces tombeaux, où souvent, sans nulle réflexion à celui qu'ils couvrent de leur ombre et qu'ils tiennent enseveli dans les ténèbres , nous allons seulement vanter les ornements qui frappent notre vue, et admirer les inventions de l'art dans la matière qui les compose : voilà, grands du siècle, à quoi se termine cette fausse gloire dont vous êtes si jaloux. Mais la gloire des saints, et en particulier la gloire de Geneviève , est une gloire solide et durable ; sans avoir jamais cherché à briller dans le monde , elle y est plus connue et plus révérée que tous les monarques et tous les conquérants du monde. Ce n'est pas que , par rapport au monde , Dieu n'ait laissé et ne laisse encore bien des saints , après leur mort , dans l'état obscur où ils ont voulu vivre ; mais que leur importe que leurs noms soient inconnus aux hommes , lorsqu'ils sont marqués avec les caractères les plus glorieux dans le livre de vie ? leur humilité n'est-elle pas abondamment récompensée par ce poids immense d'une gloire immortelle dont ils sont comblés dans le séjour même de la gloire? C'est à cette gloire, chrétiens, que nous devons aspirer sans cesse; c'est à l'égard de cette gloire qu'il nous est permis de penser à nous élever, à nous pousser, à nous avancer. Travaillons-y selon les exemples et sous les auspices de l'illustre Geneviève : selon ses exemples, puisque Dieu nous la propose aujourd'hui comme notre modèle : sous ses auspices, puisque nous l'avons choisie, et que Dieu lui-même nous Ta donnée pour notre avocate auprès de lui , et notre patronne. Imitons ses vertus , pour nous rendre dignes de sa protection , et servons-nous de sa protecijon , pour nous mettre en état de bien imiter ses
vertus. C'est ainsi que nous aurons part à ses faveurs en cette vie , et à son bonheur dans l'autre , où nous conduise, etc.
SERMON
POUR
LA FÊTE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES
Injlde et Unitate ipsius sanetumfecU ilium,
Diea Va fait saint par refGcaœ de sa fol et de sa douonr. Ecclésiastique, chap. 46.
C'est la conclusion del'éloge quel'Écriture-Saiote a fait de Moïse; mais il semble qu'en faisant cet éloge , elle ait eu au même temps en vue le glorieux saint François de Sales , dont nous célébrons la fête; et je n'aurais'qu'à suivre dans le texte sacré le parallèle de ces deux grands hommes, pour satisfaire pleinement à ce que vous attendez de moi , et pour vous donner une haute estime de celui que vous honorez en cette Église. Car prenez garde, s'il vous plaît ; le Saint-Esprit, entreprenant lui-même de canoniser Moïse , dit que ce saint législateur eut une grâce spéciale pour être chéri de Dieu et des hommes , Dilectus Deo et hominibus ( Eccles., 45 ); que sa mémoire est en bénédiction , Cifjus memoria in benedicfUme est; que Dieu l'a égalé dans sa gloire aux plus grands saints , Similem iUunifecit in gloria sanctorum; que par la vertu de ses paroles; il a apaisé les monstres , Et in verbis suis monstra ptacavit; que le Seigneur l'a gloriflé en présence des rois, Glorijkavit illum in conspectu rectum; qu'il lui a confié la conduite et le gouvernement de son peuple, Etjussit illi coram populo sua; qu'il l'a établi pour enseigner à Israël et à Jacob une loi dont la pratique doit être une source de vie , Etdedil illi legem vitx et disciplinas; mais surtout qu'il fa fait saint en considération de sa foi et de sa douceur, Injide et lenitate ipsius sanetumfecU ilium. Je vous demande, chrétiens, si vous ne reconnaissez pas à tous ces traits le grand évêque de Genève, et si, dans le dessein que j'ai de lui en faire l'application, vous ne m'avez pas déjà prévenu? Un saint d>éri de Dieu et des hommes , un saint dont la mémoire est partout en bénédiction , un saint qui a dompté les monstres de l'hérésie et du schisme , un saint respecté et honoré des monarques de la terre, un saint qui n'est entré dans le gouvernement de l'Église que par Tordre exprès de Dieu , un saint qui a instruit tout le monde chrétien des devoirs de la véritable piété , un saint instituteur et auteur de cette admirable règle qui a sanctifié tant d'épouses de Jésus- Christ, mais particulièrement un saint canonisé pour l'excellent mérite de sa douceur : In leniiate ipsius
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sanctum fecit illum : encore une fois , mes chers auditeurs , n*est-ce pas rinconiparable François de Sales ? Arrêtons-nous là : c'est la plus juste et la plus parfaite idée que nous puissions concevoir de cet homme de Dieu. Il a été Tapôtre de la Savoie, roraclc et le prédicateur de la France , le modèle des prélats, le protecteur des intérêu de Dieu dans les cours des princes , le fléau de Thérésie , le défenseur de la vraie religion, le père d*un ordre florissant, en un mot, Tornement de notre siècle : mais nous comprendrons tout cela , en disant que ce fut , comme Moïse, un homme doux , et par sa douceur capable , aussi bien que Moïse, de faire des prodiges. Douceur évangélique, aimable caractère de notre saint, qui fera le sujet, non-seulement de son panégyrique, mais de votre instruction et de la mienne : car à Dieu ne plaise que je sépare Tun de Fautre , ni que je prétende aujourd'hui louer ce saint évéque, uniquement pour le louer et pour Félever ; son éloge doit être notre édification et tout ensemble notre confusion : Tédification de notre foi , et la confusion de notre lâcheté. C'est ici un saint de nos jours, et par là même plus propre à faire impression sur nos cœurs; un saint dont les exemples encore récents ont je ne sais quoi de vif, qui nous anime et qui nous touche. II ne s'agit donc pas de lui rendre un simple culte; il s'agit de nous former sur lui, comme il s'est lui-même formé sur le Saint des saints, qui est Jésus-Christ, et voilà pourquoi nous avons besoin du secours du ciel. Demandons-le par l'intercession de la reine des vierges. .4ve , Maria.
Quand je parle de la douceur, et que je fonde toute la gloire du saint évéque de Genève sur le mérite de cette vertu , ne croyez pas que je veuille parler d'une vertu commune qui se trouve en de médiocres sujets , et qui n'ait rien de grand et de relevé. Ladouceur, dit excellemment saint Ambroise, appelée dans l'homme humanité, est en Dieu l'un des plus spécifiques et des plus beaux attributs de la divinité. Car, ajoute ce saint docteur, de voir un Dieu aussi puissant et aussi indépendant que le nôtre, souffrir néanmoins ce qu'il souffre des impies; et malgré leur impiété, conserver pour eux un cœur de père, faire luire sur eux son soleil , les prévenir de ses bienfaits, et les combler de ses grâces, n'est-ce pas ce qu'il y a dans ce souverain maître de plus admirable? Tout le reste, si je l'ose dire, ne m'étonne point : qu'étant Dieu, il soit éternel, c'est une conséquence de son être , qui ne surprend point ma raison; mais qu'étant Dieu, il soit patient jusqu'à l'excès, et comme insensible aux injures qu'il reçoit; que même il en aime les auteurs, et qu'il les recherche, c'est ce que j'ai peine à comprendre. Demandez à saint Paul ce que c'est que riiicamation du Verbe , cet ineffable et auguste mys-
tère? rien autre chose que la bénignité d'un Dieu Sauveur qui a paru avec éclat , et qui s'est révélée au monde : Cum autem benignlias et humanitas appariât Salvatoris nostri Dei, {Epist, ad TU,, 8.) Aussi que n'a pas fait le Fils de Dieu pour exalter cette vertu dans le christianisme , puisqu'il l'a canonisée si hautement, Beati mîtes (Matth., 4); puisqu'il l'a proposée comme l'abrégé de toute sa doctrine, Discite a me, quia mitis sum (Id., Il); puisqu'il en a fait l'apanage de sa royauté, Ecce Rex tuas venit tibi mansuetus (Id., 21); puisque son précufseur s'en est servi comme d'une preuve sensible que cet agneau de Dieu était le Messie, Ecce Agnus Dei (Je an., 1); puisque l'apôtre exhortant les fidèles, et voulant les engager, par ce que Jésus -Christ avait eu de plus cher, à pratiquer leurs devoirs, les en conjurait par la douceur de cet Homme-Dieu, Obsecro vos per mansuetudinem Christi (2. Cor.j 11); puisque, au rapport du sixième concile, on ne représentait Jésus-Christ , dans les premiers siècles de l'Église, que sous la figure du pasteur, si toutefois on peut appeler figurece qui était une solide et incontestable vérité ? En voilà trop , chrétiens , pour ne pas connaître tout le prix et toute l'excellence de la douceur; laquelle, après tout, n'est pas tant une vertu particulière, qu'un tempérament général de toutes les vertus. Car la grâce a son tempérament aussi bien que la nature; et la douceur chrétienne, au sentiment même de l'illustre François de Sales, n'est qu'une certaine constitution de l'homme intérieur , qui le rend sou- . mis à Dieu , tranquille en lui-même, et bienfaisant à l'égard des autres. Or elle ne peut avoir ces trois effets , qu'elle ne se répande en quelque sorte sur toutes les vertus; réglant les entreprises de la force, modérant l'extrême sévérité de la justice, inspirant du courage à l'humilité, corrigeant les excès du zèle , dépouillant la charité de toute affection propre, pour lui en donner d'universelles. Un homme, avec de telles dispositions, est sans doute un homme débonnaire et doux. Vertu sublime, mais surtout vertu la plus efficace et la plus puissante, comme je vais vous le fEÛre voir dans l'exemple de saint François de Sales.
Je trouve que ce saint prélat a été choisi de Dieu pour deut fins importantes, qui ont également partagé sa vie et ses glorieux travaux : premièrement , pour combattre et détruire l'hérésie ; secondement , pour rétablir la piété chrétienne presque entièrement ruinée. Il a fait pour l'un et pour l'autre tout ce qu'on pouvait attendre d'un homme apostolique ; et il a eu des succès que nous aurions peine à croire , si les témoignages encore vivants , avec le consentement public, n'en étaient une double conviction. Mais je prétends que c'est à sa douceur que ces bénédictions du ciel doivent être singulièrement attribuées.
POUR LA FÊTE DE SAIIST FRANÇOIS DE SALES
Voici donc le partage de ce discours : François , par la force de sa douceur, a triomphé de Thérésie ; c'est le premier point : François , par Tonction de sa douceur, a rétabli la piété dans TÉglise; c'est le second point. Tous deux feront le sujet de votre attention.