‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 180 sur 232 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Selon l'ordre que nous a marqué saint Paul , le fondement de toutes les vertus, c'est la foi; mais la charité en est le comble et la perfection : Major muiem horum est charitas ( 1. Cdr., 13 ) : aussi le Sauveur ne donna-t-il à saint Pierre, préférablement à tous les autres apôtres, le gouvernement de son JÉiglùet queparcêquê, entrt tout les antres, ce fut

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saint Pierre qui lui témoigna le plus d*amonr. Ea conséquence de sa fol , ou plutôt de sa confession de foi, Jésus-Christ lui avait promis les clefs dadd, la puissance de lier et de délier, la juridiction spirituelle et universelle sur tout le monde chrétien. Mais comment fu^il mis en possession de ces cle6, de cette puissance et de cette autorité souveraine? par son amour, et à cause de son amour. L'amoor donc , dit saint Augustin , acheva ce que la foi aviit commencé. Saint Pierre, en confessant la divinité de Jésus-Christ , avait mérité que Jésu9-Christ ho fit cette promesse'solennelle et authentique, Cestsor vous que je bâtirai mon Église, et par vous que je la gouvernerai ; et saint Pierre, par son amour pour Jésus-Christ, mérita que Jésus-Christ ratifiât dans la suite et accomplît cette promesse. AppUquonsnous encore ceci, mes chers auditeurs; et après en avoir tiré une nouvelle matière d'éloge pour notre glorieux apôtre , tirons-en pour nous-mêmes onc nouvelle instruction.

Le Sauveur du monde , comme il s*j était engagé, veut établir saint Pierre pasteur de son troupean et chef de son Église, mais pour cela que fait-il? fi ne demande plus à son apôtre : Que disent de moi les hommes ? mais il lui demande : M'aimez- vous? S^ mon Joannis, amas me? ( Joan. , 21. ) Et, sans se contenter d'un amour ordinaire, il lyoute : Avez* vous plus d'amour pour moi que tous ceux-ci ?e'é' tait des autres apôtres qu'il parlait ; Simon Joamiit, diligis me plus hisf (Id.) Non pas , dit saint Chrysostôme, que cet Homme-Dieu eét besoin d'interroger de la sorte saint Pierre pour être instruit de ses sentiments , puisqu'il n'ignorait rien de tout ce qui se passait dans son cœur; mais il l'interroge, pour donner lieu à saint Pierre d'effocer, par noe protestation d'amour jusqu'à trois fbis réitérée, le crime qu'il avait commis en renonçant trois fois ce divin mattre ; il l'interroge pour fhire voir quel doit être celui à qui cet adorable pasteur veut eonfier ses ouailles, puisque ce n'est qu'à celui qui aime Jésa^ Christ , et qu'on ne mérite de conduire ce troupeau fidèle qu'autant qu'on aime Jésua-Christ; il l'interroge pour montrer par là combien Jésus^Svist aime lui-même son troupeau , puisqu'il n'en veot donner le soin qu*à celui qui lui téfooigne plus d'à* roour; mais que répond saint Piorre? Voussaves, Seigneur, que je vous aime : Etiam, Domine, t» sais quia amo te. ( Id. ) Hé bien! répond le Fils de Dieu, paissez donc mes agneaux, e'eat^^ra mes fidèles : Pasce agnos meos. (Id.) Car œ sont les miens, et non pas les vôtres, et je veux que vous les gouverniez conmie étant à okh et doo pas i vous; et qu'en les conduisant , vous n'y clierchies point votre intérêt, mais leur utilité et ma gloiie. Ce n'est pas assez : le Fils de Dieu lui demande une seconde fois, M'aimes-vous? pourquoi? afiorqrï

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paraisse davantage que Tamour de saint Pierre est un amour éprouvé et solide; et pour une troisième fois il lui demande, M'aimez-vous plus que tous les autres? afin de tirer de lui cette parole si vive et si animée, Vous savez toutes choses. Seigneur, et parla même vous savez que je vous aime, et que Je sois prêt à donner ma vie pour la vôtre; sur quoi Jésus-Christ ne lui dit plus seulement. Paissez mes agneaux, Pasce agnas meos (Joâei., 21), mais. Paissez mes brebis, Pasce oves meeuy voulant ainsi lui feire entendre qu'il ne lui donnait pas seulement le soin de son troupeau, mais des pasteurs de son troupeau marqués sous la figure des brebis qui nourrissent les agneaux.

Cest donc sur l'amour de saint Pierre pour Jéaos-Christ qu'est fondée la prééminence de sa dignité ^ de la juridiction qu'il a eue sur toute l'Église. Mais quelles furent les qualités de cet amour? c'est œ que nous devons considérer, et ce qui doit servir à votre édification. En deux mots, ce fut un amour bumble, et ce fut un amour généreux. Amour humble, et par là opposé au zèle présomptueux de cet apôtre pour Jésus-Christ dans le temps de sa passion. Amour généreux, et par là opposé à la faiblesse et à la lâcheté de cet apôtre lorsqu'il renonça Jésus-Christ. Or, dans l'une et dans l'autre de ces deux qualités, l'amour de saint Pierre doit être le modèle du nôtre. Appliquez- vous.

Ce fut un amour humble; car Jésus-Christ de« mandant à saint Pierre : M'aîmez-vous plus que tous vos frères? Pierre ne lui répondit pas : Oui, Seigneur, je vous aime plus qu'eux ; mais il se contenta de lui dire simplement : Je vous aime; n'osant pas ae préférer, ni même se comparer à eux. H ne dit pas même absolument à Jésus-Christ, Je vous aime; mais. Vous savez, Seigneur, que je vous aime : eomme s'il eût voulu lui dire: Cest à vous, Seigneur, d*en juger : car vous êtes h scrutateur des cœurs. Peut-être me tromperais-je dans le jugement que je porterais du mien; peut-être me flatterais-je d'avoir pour vous plus d'amour que je n'en ai; peutêtre présumerais-je de moi-même : mais vous en êtes le juge, et vous connaissez mes véritables sentiments. Aussi quand le Fils de Dieu l'interrogea de la sorte , ce ne fut pas tant pour éprouver son amour, par comparaison avec les autres apôtres, que pour éprouver son humilité; car il n^ignorait pas que saint Pierre ne pouvait savoir quelles étaient les dispositions intérieures des apôtres, et par conséquent qu'il ne pouvait pas dire : Je vous aime plus qu'eux. Mais ce divin maître voulut que Pierre fit voir son humilité, et qu'au lieu de dire comme autrefois. Quand tous les autres ne vous aimeraient pas, je ▼ous aimerais; il dit seulement : Je vous aime. Ah! chrétiens, sans l'humilité il n'y a point d'amour ni de vraie charité; et si l'amour de Dieu était mflé

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d'orgueil , il cesserait d'être amour de Dieu , et dégénérerait dans un amour criminel de soi-même. C'est sur cette humilité que Jésus-Christ a établi la première de toutes les dignités ; c'est sur ce fondement que doivent être établies toutes les vertus.

Cependant, notre saint apôtre s'attrista, et il s'affligea, voyant que Jésus-Christ lui demandait jusqu'à trois fois : M'aimez-vous? et pourquoi s'affligea-t-il? c'est, répond saint Chrysostôme, qu'il commença à se défier de soi-même; c'est qu'il commença à douter si en effet il aimait autant Jésus- Christ qu'il prétendait l'aimer ; c'est qu'il commença à craindre que Jésus-Christ ne vtt dans le fond de son cœur quelque disposition contraire à l'amour sincère qu'il se flattait d'avoir pour cet Homme- Dieu. Il se souvint de la prédiction que le Sauveur du monde lui avait faite, dans une autre rencontre, en lui disant : Vous me renoncerez jusqu'à trois fois ; ce qui était arrivé malgré ses protestations et ses résolutions; et il craignit qu'il n'en arrivât ici de même, et que la demande du Fils de Dieu ne lui annonçât dans Pavenir une chute nouvelle, et aussi funeste que la première. Voilà ce qui l'attrista et ce qui l'affligea : car, touché qu'il était de l'amour le plus solide pour Jésus-Christ, rien ne lui parut plus douloureux et plus affligeant que de n'être pas assuré de cet amour. TTaimer pas Jésus- Christ, c'est ce qu'il regarda comme le souverain mal , et le comble de tous les maux. Et d'être seulement soupçonné de n'aimer pas cet aimable Sauveur, ce fut pour lui un sujet de tristesse dont il se sentit presque accablé : CorUristatus Petrus. ( JOÂN. , 21. ) Ah ! Seigneur, lui dit-il , ne m'afifligez pas jusqu'à ce point, que de me laisser dans un tel doute. Je crois vous aimer; mais pour rendre mon amour plus certain, mettez-le à telle épreuve qu'il vous plaira. Le plus sensible témoignage de l'amour, c'est d'être prêt à mourir pour celui qu'on aime; je veux bien passer par cette épreuve; et déjà dans la préparation de mon cœur, je donne ma vie pour vous ; Et afdmam tneam pro teponam ( Id. 13. ) Tirez-moi seulement. Seigneur, de cette cruelle incertitude où je suis, et du trouble où vous me jetez en me demandant si je vous aime. La mort me serait mille fois plus douce , et je mourrais tranquille, si je pouvais compter que je vous aime et que vous m'aimez.

Il n'était pas possible que Jésus-Christ, qui avait admiré l'humiKté du centenier. et celle de la femme chananéenne, ne fût loucnè oe l'humilité de son apôtre. Il exauça ses vœux; et pour hii marquer combien il se tenait sûr de son amour, il le mit à la tête de tous les apôtres, il l'éleva au-dessus d'eux ; il le distingua : tant il est vrai, chrétiens, que comme edd «d s*esalte hii-même sera abaissé, eehii,«B00Dtniie.(|d'*b^'< ^"^ ^^^* ^^^

saint Pierre présuma de lui-même , et qu*il se crut assez fort pour résister à la tentation , Dieu permit qu*il succombât, afin de lui faire connaître sa faiblesse ; mais quand il s'humilia , et que dans une sainte défiance de ses propres sentiments, il n'osa ûiire fond sur son cœur, c*est alors que Dieu le plaça dans le plus haut rang, et que Jésus-Christ, par la plus éclatante distinction et sans nulle réserve, le fit dépositaire de ses droits et de sa puissance. Amour de saint Pierre, amour humble; et, de plus , amour généreux , autre qualité bien remarquable.

Amour généreux, c'est-à-dire amour fervent, amour patient, amour héroïque, opposé à l'amour lâche, à Tamour timide, à l'amour faible et languissant que cet apôtre avait fait paraître. Amour fervent : de quel feu et de quelle ardeur était animé cet apôtre, quand il prêchait Jésus-Christ, quand il rendait hautement témoignage à Jésus-Christ, quand il formait et qu*il exécutait tant de saintes entreprises pour Jésus-Christ ? Amour patient : que ne dut point souffrir cet apôtre au milieu de tant d'ennemis qu'il eut à combattre, et de tant d'obstacles qu'il eut à surmonter pour la propagation de l'Évangile de Jésus-Christ, et pour raffermissement de son Ëglise? ni les courses fréquentes, ni les longs voyages, ni les veilles continuelles, ni les misères, ni les persécutions, ni les prisons, jamais rien put-il lasser son zèle et le rebuter? Amour héroïque, en vertu duquel cet apôtre e4it le courage et la force de s'exposer à la plus cruelle et la plus honteuse mort : vous me direz qu'il fut crucifié , et que la croix n'était plus un supplice ignominieux, puisque dans la personne de Jésus-Christ elle était plutôt devenue un sujet de gloire ; vous me direz que Jésus-Christ ayant subi lui-même ce genre de mort, les vrais disciples ne doivent plus le regarder comme un opprobre , mais comme un triomphe. J'en conviens; mais c'est de là même que je tire une preuve incontestable de ma proposition ; car saint Pierre ne put envisager la croix comme le sujet de sa gloire, que parce qu'il aimait Jésus- Christ de l'amour le plus héroïque. Saint Pierre ne put désirer la croix, ne put soupirer après la croix, ne put aller chercher la croix , que parce qu'il fut transporté pour Jésus-Christ d'un amour sans bornes , et qu'il voulut lui en donner une marque , en lui rendant amour pour amour, sacrifice pour sacrifice. Saint Pierre ne put s'estimer heureux de mourir sur la croix comme Jésus-Christ, que parce que l'excès de son amour lui fit souhaiter d'être en tout semblable à cet Ht)mme-Dieu, et même jusqu'à la mort et à la mort de la croix.'

Quoi qu'il en soit, chrétiens, c'est sur le modèle du prince des apôtres que nous devons tous nous former : car nous avons tous la même obligation

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d'aimer Dieu, et Jésus-Christ, Fils unique de Diei, et Dieu luiTmême. Or notre amour pour Die8,d pour le Fils de Dieu, est-ce un unour généRn comme celui de saint Pierre; c'est-à-dire, est-ce v amour fervent? est-ce un amour patient? est-ce « amour héroïque? Prenez garde : est-ce uo anov fervent? mais qu'avons-nous fait jusqu^à ptémt pour Dieu, et que fsisons-nous? Peut-être appelons-nous amour de Dieu certains discours fagiu et sans fruit : car telle est l'illusion ordinaire de s'a tenir à de spécieuses paroles qui ne coûtent rien, et qui dans la pratique ne vont à rien. Peut-être pn> nons-nous pour amour de Dieu certains sentioMoli dont le cœur est quelquefois touché, mais sans é' fet. Autre erreur encore plus subtile et plus daogereuse : on compte pour beaucoup quelques nioa* vements affectueux dont l'âme se sent remuée et attendrie.; mais si les œuvres noanquent, si l'oa mène une vie tranquille et oisive, si, dès qu'il faut agir, qu'il faut prier, qu'il faut soulager les pauvres, qu'il faut visiter ks hôpitaux , les prisons , qu'il faut vaquer aux exercices de la religion , on devient lâche et paresseux, que servent alors les plus beaux sentiments , et de quel prix peuvent-ils être devant Dieo ? Est-ce un amour patient? mais qu'avons-nous souffert jusqu'à présent pour Dieu, et que voulons-non soufirir ? une faible violence qu'il y a à se £dre , uns légère contradiction qu'il y a à soutenir, n'est-ee pas assez pour déconcerter toute notre piété, et pour éteindre tout le feu de ce prétendu anoour de Dieu , qui paraissait à certaines heures si vif et a animé ? On suit Jésus-Christ jusqu'à la cène , mais on l'abandonne au Calvaire ; on aime Dieu, ou l'oa croit l'aimer, et cependant on ne voudrait pas se gêner pour lui dans la moindre rencontre, se refuser pour lui le moindre plaisir, sacrifier pour loi le moindre intérêt. Est-ce un amour héroïque? car il doit être tel pour être un véritable amour de Dieu ; et s'il n'est pas assez fort, assez efficace pour me disposer à verser mon sang en certaines occasions, et à donner ma vie pour Dieu, ce n'est plus un amour de Dieu. Or, de bonne foi , mes chers auditeurs , peut-on penser que nous soyons dans une pareille disposition , quand on nous voit céder si aisément aux premiers obstacles qui se présentent, et nous rendre , lorsquH est question du service de notre Dieu, à des difficultés que nous surmontons tous les jours pour le monde? Si donc Jésus-Christ nous faisait aujourd'hui la même demande qu'il fit à saint Pierre, Jmas me? M'aimez-vous? pourrions-nous lui répondre? Oui , Seigneur, je vous aime , et vous le savez : Domine , tu scis, quiaamo te. ( Jo AN. , 21 . ) Si nous osions le dire , nos œuvres ne nous démentiraient-elles pas? Cependant sans l'amour de Dieu et de Jésus-Christ, Homme-Dieu et notre espérance « une oouvons-nous être autre chose

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devant Dieu que des aoathèmes et des sujets de malédictions ? Ah ! chrétiens , ranimons dans nos cœurs ee saint amour; et si nous ne Tavons pas, ne cessons point de le demander à Dieu. Servons-nous de notre foi pour Texciter davantage et pour le rendre plus ardent; et, par un heureux retour, cette diarité divine servira à vivifier notre foi et à la rendre plus agissante. Pour l*un et pour Tautre, employons auprès de Dieu l'intercession du glorieux c^ôtre dont nous solennisons la fête : c'est le patron de tous les fidèles, puisqu'il est le chef de toute l'Église ; et c'est en particulier le vôtre dans cette église, où il est spécialement honoré. En lui adressant nos prières, travaillons à imiter ses vertus, pour avoir part à sa gloire dans l'éternité bienheureuse que je vous souhaite, etc.

AUTRE SERMON

PODR

LA FÊTE DE SAINT PIERRE

SUR L'OBÉISSANCE A L'ÉGUSE.

Mt ego dico tibi, quia tu ea Petnu, et euper hane petram ^ificabo Eccleeiam muatn , etportm ntjeri mm prmvaUhtmt mdvenus eam.

Et mol Je vous dis que vous êtes Pierre, que sur eette pierre Je hàiXTRÏ mon ËglLse, et que les portes de l*enfer ne prévaudront point contre elle. Saint Matthieu, chap. le.

Ce sont, en peu de paroles, deux grands éloges tout à la fois prononcés par la bouche de Jésus- Christ , Tun en faveur de saint Pierre, le prince des apôtres, dont nous célébrons aujourd'hui la fête; et Tautre en faveur de i'Église. Saint Pierre est le fondement sur qui TÊglise a été bâtie et sur qui elle subsiste : voilà Tabrégé de toutes ses grandeurs.

L'Église est un édiGce spirituel , dont la solidité et la fermeté sont à Tépreuve de tous les efforts de Fenfer : voilà tout qui se peut dire de plus avantageux et de plus glorieux pour elle. Jésus-Chrîst ne sépare point ces deux choses, parce que ces deux choses sont renfermées Tune dans Tautre. La gloire de saint Pierre vient de ce que TÉglise est fondée sur lui , et la force de TÉglise vient de ce qu'elle est fondée sur saint Pierre ; c'est l'Église qui honore saint Pierre; et c'est saint Pierre qui soutient l'Église : car, encore une fois, chrétiens, voilà proprement le mystère de ces paroles du Fils de Dieu , que j'ai prises pour mon texte : Tu es Petnu y et super hanc petram «dificabo Ecclesiam tneam. Ce serait trop entreprendre , que d'embrasser ces deux sujets dans un seul discours; ainsi je me borne à TOUS parler de l'Église, et en particulier, de Tobéissance que nous lui devons : matière d'une extrême

conséquence, et l'une des plus importantes qu'un prédicateur puisse traiter dans la chaire. Car l'Église, chrétiens, est l'épouse de Jésus-Chrîst, et Jésus-Christ veut que son épouse soit écoutée, qu'elle soit obéie, et qu'on ait recours à elle comme à l'oracle ; c'est cette Sion d'où sort la loi , et cette Jérusalem d'où la parcrtede Dieu est annoncée. Marie même, toute mère de Dieu qu'elle était, s'est glorifiée de ce titre de fille de l'Église. Avant que d'expliquer mon dessein, adressons-nous à cette vierge si fidèle, et disons-lui : j4ne. Maria.

Pour entrer dans le dessein de ce discours, je trouve que l'Église exerce envers les fidèles deux fonctions différentes; elle les instruit et elle les gouverne : elle les instruit par les vérités qu'elle leur propose, et elle les gouverne par les commandements qu'elle leur fait; elle les instruit en leur apprenant ce qu'elle a appris elle-même du Fils de Dieu , son époux , et elle les gouverne en leur prescrivant des lois. Le Sauveur des hommes lui a donc donné deux sortes de pouvoirs, l'un d'enseigner de sa part , et l'autre de commander : l'un pour nous dire , Croyez ceci , et l'autre pour nous dire. Faites cela. Or, sur ces deux pouvoirs qui conviennent à l'Église , je fonde l'obligation de deux sortes d'obéissance qui lui sont dues , dont la première est une obéissance de l'esprit , et la seconde une obéissance du cœur. Nous lui devons l'obéissance de l'esprit, parce qu'elle nous propose les vérités de la foi ; c'est le premier point : nous lui devons l'obéissance du coeur, parce qu'elle nous impose des lois et des préceptes pour le règlement de notre vie : c'est le second point. Parce qu'elle a droit de nous dure , Croyez ceci , Dieu nous oblige d'avoir pour elle une parfaite soumission d'esprit ; et parce qu'elle a droit de nous dire , Faites cela. Dieu veut que nous lui obéissions avec une entière soumission de coeur. Plat au ciel, mes cbers auditeurs, que nous fussions bien persuadés de ces deux devoirs ! Je dis persuadés dans la pratique; cardans la spéculation nous n'en doutons pas , et nous sommes trop catholiques pour former là-dessus quelque difficulté. Maïs je voudrais sur cela même que nous eussions dans toute notre conduite un zèle proportionné aux lumières que Dieu nous a données. Car voici en deux mots toute la perfection d'un homme chrétien , en qualité d'enfant de l'Église : d'avoir un esprit docile et soumis pour tout ce que l'Église nous enseigne , et d'avoir une volonté prompte et agissante pour tout ce que l'Église nous ordonne : c'est à quoi je vais vous exciter, et ce qui fera tout le sujet de votre attention.

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