PREMIÈRE PARTIE
Je fais l'éloge du prince des apôtres , du chef visible de l'Église, du vicaire de Jésus- Christel terre, mais qui, par une disposition particulière de la Providence^, n'a pas lusse avec tout cela d*étie pécheur ; qui , malgré tout cela, est tombé, et a ea besoin de se relever par la pénitence; et qui , par li pénitence, est aussi rentré dans tous les privilèges et dans tous les droits attachés à son apostolat, le parle d'un saint dont Jésus-Christ a béatifié la foii et le zèle à confesser la foi ; mais qui , dans l'aboadance même des lumières de sa foi , avant qu'il eôt reçu le Saint-Esprit, n'a pas laissé d'avoir ses ténèbres, c'est-à-dire ses erreurs, et qui, malgré la ferveur de son zèle, a eu ses imperfections et w faiblesses : or l'un et l'autre , dans le dessein de Dieu, doit aujourd'hui nous instruire, et eootribuer à notre édification.
Il est donc du devoir de mon ministère, que je ne sépare point ces deux choses , et qu*en prédicateur fidèle de la divine parole, considérant saint Pierre dans l'état où l'Évangile nous le représente, je veux dire dans c^ état de béatitude conunencée, mais non encore consommée par la venue do Saint-Esprit, Beatus es, Simon Marjona (Matti., 16), je vous parle de ses erreurs aussi bien que de ses lumières, de ses faiblesses aussi bien qœde ses ferveurs , de sa chute et de son péché aussi bien que de ses mérites. Il est vrai , c'est sur k foi de saint Pierre que la prééminence de sa dignité fut dès lors fondée ; mais après tout, la foi de saist Pierre n'était pas encore parfaite, quand Jésus- Christ lui dit : Vous êtes bienheureux, parce que ce n'est point la chair ni le sang qui vous a révélé ceci , mais mon Père qui est dans le dd. H est vrai , saint Pierre confessa que Jésus-CÎirist était le Fils du Dieu vivant, et c'est par cette eoafession qu'il mérita d'entendre ce que Jéso^Chritf
POUft LA FÊTE DE SAINT PIERRE.
lui répondit, Tous êtes Pierre, et c'est sur cette ^erre que je bâtirai mon Église; mais après tout, en ce moment-là saint Pierre n'était pas encore à répreuTC des tentations où sa foi devait être expotée; il [n'était pas encore inébranlable dans cette eonfession de foi qu'il faisait avec tant de zèle. Or ^est à nous, comme je l'ai dit, de profiter, non- Molement de l'exemple de sa foi , mais des imperftetions même de sa foi ; de l'exemple de sa foi en rimitant , et des imperfections de sa foi en les évitant. C'est à nous d'apprendre de lui à confesser de bouche la foi que nous avons dans le cœur; et si quelquefois nous sommes assez malheureux pour manquer de ferveur et de courage dans la confession de notre foi, c'est à nous d'apprendre à réparer comme lui , par une fervente pénitence , cette honteuse et scandaleuse lâcheté : deux points , mes chers auditeurs, où je renferme toute cette première partie. Écoutez-moi ; il n'y aura rien là qui ne soit proportionné à la capacité de vos [esprits, ni rien que chacun de vous ne puisse et ne doive •^appliquer. Commençons.
La foi de saint Pierre était grande sans doute et trèfrgrande, quand Jésus-Christ lui dit : Beatus es : Vous êtes bienheureux, Simon, fils de Jean. Car en vertu de cette foi, saint Pierre avait tout quitté pour suivre Jésus-Christ; en vertu de cette foi, il avait marché sur les eaux pour aller à Jésus-Christ; en vertu de cette foi , plusieurs d'entre les disciples s'étant retirés du troupeau de Jésus-Christ, parce qu'ils se scandalisaient de sa doctrine sur le sujet de l'eucharistie , et Jésus-Christ ayant demandé aux apôtres s'ils voulaient aussi se séparer de lui, saint Pierre lui avait dit : Hé! Seigneur, à qui irons-nous? car vous avez les paroles de la vie élemelle. Tout cela, marques évidentes de la grandeur de sa foi, qui ne fut pas, dit saint Augustin , mie foi de spéculation et en idée , mais une foi réelle et de pratique; qui ne fut pas une foi morte, mais une foi vive et animée; qui ne fut pas une foi stérile et infructueuse , mais une foi'pour ainsi parler, riche et féconde, puisqu'elle produisit en lui de si- surprenants et de si merveilleux effets. Tout cela, preuves incontestables que, dès son premier engagement avec Jésus^Christ, ihl'avait reconnu pour Fils, du Dieu vivant. Car, comme raisonne samt Augustin, s'il Savait cru seulement homme, il n'aurait pas renoncé pour lui à; tout ce qu'il possédait dans le^ monde; s'il l'avait cru seulement homme, il ne lui aurait pas dit. Domine ,situ esj Jvbe me ad te venire super aquas (Matxh., 14) ; Si c'est vous , Seigneur, commaur dez, et dès l'instant je marcherai sans .crainte sur l'eau pour aller à vous ; s'il l'avait cru seulement homme , il se serait scandalisé aussi bien que les autres, dueommandement que lui fit Jésus-Christ
de manger sa chair et de boire son sang; s'iM'avait cru seulement homme , il n'aurait pas pris ce que Jésus-Christ leur annonçait de ce mystère , pour des paroles de vie et d'une vie immortelle : yerba vilae sUemse habes. (Joân.^ 6.) Il est donc vrai que ce n'était dès lors, ni la chair ni le sang, mais l'esprit même de Dieu qui lui avait donné les hautes et sublimes connaissances dont il se trouvait rempli.
Voilà , mes chers auditeurs, les qualités de la foi de saint Pierre , et voilà en quoi la foi de saint Pierre doit être le modèle de la nôtre. Prenez garde : ce fut une foi pratique, une foi efficace et agissante que celle de saint Pierre, et telle doit être notre foi ; car une foi oisive, une foi qui s'en tient à des paroles , une foi qui ne consiste qu'en de belles et spécieuses maximes j une foi qui se borne à des sentiments, sans aller jusqu'aux œuvres , c'est une foi qui ne peut servir qu'à notre condamnation ; c'est la foi des démons, qui croient, qui tremblent, et qui en demeurent là. Ce fut une foi généreuse, en vertu de laquelle saint Pierre abandonna non-seulement tout ce qu'il possédait, mais tout ce qu'il était capable de possé^ der, mais tout ce qu'il pouvait espérer, mais tout ce qu'il pouvait désirer; tellement qu'il eut bien raison de dire : Ecce nos reliquimus omnia (Mâtth., 19) : Voici que nous avons tout'quitté. Et c'est ainsi que notre foi doit nous détacher de tout, en sorte que nous quittions tout, non pas toujours réellement et en effet, mais au moins de cœur : c'est-à-dire, que nous soyons disposés à quitter tout ; que nous soyons dégagés de toute affection aux biens que nous possédons; que nous soutenions avec patience la perte de ces biens, quand il platt à Dieu de nous les enlever; que nous soyons tranquilles et soumis, quand la Providence permet que ces biens diminuent; que nous nous dépouillions avec joie d'une partie de cesbiens pour en assister les membresde Jésus-Christ et nos frères, qui sont les pauvres; car une foi en conséquence de laquelle on ne renonce à rien, on ne quitte rien, on ne se refuse rien, etl'oane veut rien se refuser, c'est une foi chimérique, qui ne peut être de nul mérite devant Dieu, et que Dieu même réprouve«Ce fut une foi pleine de confiance , qui fit marcher saint Pierre sur les eauxt, sans craindre le péril où il s'exposait, ni la tempête dont la mer était agitée; et si notre foi est telle que Dieu la demande, il faut qu'elle se soutienne au milieudes dangers du monde, au milieu des persécutions et des disgrâces du monde, au milieu des changements et des révolutions inévitables dans le cours du monde; car une foi qui doute, une foi qui hésite, n'a plus ce caractère de fermeté qui est essentiel à la vraie foi. Ce fut une foi à l'épreuve du scandale où tombèrent ces disciples incrédules qui, ne pouvant comprendre l'adorable mystère de nos aoîeU que
Jésus-Cbrist leur annonçait, ea prirent occasion d'anandonuer ce Dieu Sauveur; et notre foi, comme celle de saint Pierre, doit nous fortifier contre tant de discours que nous entendons, contre tant d*exem pies que nous avons sans cesse devant les yeux , afin que nous puissions faire à Dieu la même protestation que fit ce prince des apôtres : Et si omnes scandalizaH JverirU in te, sednonego (Màbc, 14); Non, Seigneur, je ne m'éloignerai jamais de vous; quand tous les hommes vous auraient renoncé, et que de tous les hommes je resterais seul sous Tobéissance de votre loi, je ne m'en départirai jamais ; fallût-il résister à toutes les puissances de la terre, fiedlût-il donner ma vie, vous me trouverez toujours fidèle; Et si oportuerit me commori tibiy wm te negabo. ( Mâbc, 14. )
Telle était, dis-je, la foi de saint Pierre; mais quelque grande que fût sa foi , j'ai ajouté qu'elle n'était pas encore parfaite, parce;qu'il n'avait pas encore reçu le Saint-Esprit : il ne faut que lire l'Évangile pour en être persuadé; car immédiatement après que saint Pierre eut rendu témoignage à la divinité de Jésus-Christ , le Fils de Dieu ayant déclaré à ses disciples qu'il allait à Jérusalem, et que là il devait être livré aux Gentils, moqué, outragé, déchiré de fouets, crucifié : Ah! Seigneur, reprit le saint apôtre, à Dieu ne plaise que tout cela vous arrive; parole dont Jésus-Christ parut indigné , et qui lui fit dire à ce chef même de son Église : Retirez-vous de moi, Satan; vous êtes un scandale pour moi, et vous n'avez point de goût pour les choses de Dieu, mais seulement pour les choses de la terre : Fadepost me, Satana, scandcUum es miM. (Mâtth., 16.) Il s'en fallait donc bien, remarque saint Chrysostôme, que la foi de saint Pierre ne fût dans le degré de perfection où elle devait être, puisqu'il se trouvait prévenu d*une erreur aussi pernicieuse et aussi grossière que celle de croire qu'il ne convenait pas à Jésus-Christ de mourir pour le salut des hommes. Elle n'était pas non plus parfaite, cette même foi, lorsque saint Pierre ayant d'abord marché avec confiance sur les eaux, mais voyant ensuite les flots de la mer agités , craignit et s'écria : Seigneur, sauvez-nous, autrement nous sommes perdus; sur quoi le Fils de Dieu lui fit ce reproche : Homme de peu de foi, pourquoi avez-vous eu peur? Modlcsefidel, quare dubitastif (là. 14.) Enfin sa foi était bien imparfaite, quand après avoir été trois ans entiers à l'école de Jésus-Christ, après avoir entendu si souvent ce divin maître expliquer les vérités évangéliques, il ne les comprenait pas; car, comme l'a formellement observé saint Luc , ce que cet adorable Sauveur disait à ses disciples de la nécessité des souffrances, de l'avantage des croix, du renoncementà soi-même , ils le regardaient comme deg mystères cachés et comme autant de paradoxes :
POUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE
Et erat verbum istud abscondUum ab eis. ( J^uc. , 18.)
Voilà, chrétiens, les ténèbres de la foi de saint Pierre ; mais en même temps voilà les écueib de notre foi , et ce que nous devons éviter. Saint Pierre crut Jésus-Christ Fils du Dieu vivant, mais il se scandalisa du mystère de sa passion et de aa mort ; c'est ce qui nous arrive tous les jours , car nous adorons la personne de Jésus-Christ, mais nous nous scandalisons de sa croix , nous nous scandalisons de son Évangile : l'orgueil et Tamour-propre qui nous dominent , forment en nous une opposition secrète à ses maximes et à sa loi. Ce scandale paraît dans nos actions : nous nous disons chiétiens , et nons vivons en païens. Que fit Jésus-Christ, justement ofifensé du scandale de saint Pierre? Il le reprit avec aigreur, il le traita de Satan, il le lejett. Prenez garde, mes frères, dit saint Hilaire : le Fili de Dieu brûlait d'un désir si ardent de sonfifrir pour nous , qu'il ne put voir sans indignation que Piem entreprit de combattre ce dessein. Or, ce mène Sauveur n'aurait-il pas encore plus droit de nous dire, comme à son apôtre? P'ade post me. Salana; Allez hommes lâches etsensuela, amateunde vous-mêmes et idolâtres de votre corps , vous n'ara jamais connu le prix de ma croix ; car ce mystère è la croix est trop relevé pour vous ; et tant que vous serez esclaves de vos plaisirs , vous ne comprendra jamais que ce qui peut flatter la chair et satisfitire k cupidité. Dès que saint Pierre fut assailli de l'oi^, il trembla, malgré la confiance qu'il avait d'abod marquée ; et tandis que nous sommes dans la prospérité , que les choses du monde vont selon nos souhaits, et que rien ne nous trouble, nous nous confions en Dieu , nous nous soumettons à Dieu , nom bénissons Dieu ; mais sommes-nous dans la peine et dans l'affiiction, une disgrâce imprévue nous a^ ri ve-t^lle , les affaires du siècle prennenUelles poor nous un mauvais tour, c'est là que notre courase nous abandonne, nous commençons à douter de b providence du Seigneur, nous vous élevons eootie elle , nous manquons de.foi , ou nous n'avons qo'oM foi timide et chancelante : Modicm fidei^ qum dubii(Mtiî Mais avançons.
Saint Pierre ne se contenta pas de croire la divinité de Jésus-Christ, il la confessa hauteroeot il la confessa avez zèle , il la confessa au nom de tout les apôtres ; et c'est particulièrement en vue de eetu confession de foi, que Jésus-Christ le choisit pour être la pierre fondamentale de son Église : Et ego dico tibi, quia tu es Peirus , et stqier hanc petram œd{ficabo Ecclesiam meçm. ( Mâtth. ,16.) Autre exemple que Dieu nous propose en ce saint joar ; autre règle qu'il nous ordonne de suivre, et à laquelle nous devons nous conformer si nous voulons solidement établir notre salut; car poor être
POUR LA FÊTE DE SAmX PIERRE.
iMiYés, chrétiens, il ne suffit pas , selon saint Paul , ^pie nous croyions de cœur, mais il faut encore que nous confessions de bouche; il ne suffit pas quMntérieureraent et dans Tâme nous adorions Jésus-Christ comme notre Dieu, mais il faut qu'au dehors, et devant les hommes, nous lui rendions le témoignage qui lui est dû; et comme toute FÉglise est fondée sur la confession que fit saint Pierre de la divinité àa Fils de Dieu^ J*ajoute que le salut de chaque fidèle doit être fondé sur la confession qu'il fera de sa foi. ConfiBSsion, prenez garde, s'il vous plaît, confession de foi dont'rd[>ligation rigoureuse est paiement et de droit naturel, et de droit divin; confession qui renferme deux préceptes, l'un négatif, permettezmoi de m'exprimer de la sorte, après les théologiens, raotre positif : l'un qui nous défend de rien faire , de rien dire qui soit seulement, même en apparence, contraire à la foi que nous professons; l'autre qui Mus oblige à donner des marques publiques de cette foi , selon que les sujets et les occasions le demandent pour l'honneur de Dieu et pour Tédification de rÉglise : deux devoirs absolument indispensables, s'agit il de tous les biens du monde et de sacrifier jusqu'à notre vie; confession selon laquelle, au jugement de Dieu, nous serons ou reconnus, ou réprouvés de Jésus-Christ. Car quiconque me reconnaîtra devant les hommes , disait cet adorable Sauveur, je le reconnaîtrai devant mon Père : Qui €Oi{fUebitur me coram hominibut,] cor^fitebor et ego eum coram Pâtre meo. ( Mâtth. , 10. ) Et , par une règle toute contraire, quiconque devant les hommes m'aura renoncé, je le renoncerai en présence de mon Père : Qui negaoerit me coram hominibus, negabo et ego eum coram Faire meo. ( Id. ) C'est donc à nous d'imiter saint Pierre dans cette confession si nécessaire : c'est ce qu'ont fait les martyrs, quand ils ont paru devant les juges de la terre, et qu'ils ont versé leur sang pour la cause de Jésus-Christ; c'est ce qu'ont fait tant d'honunes apostoliques , quand ils ont passé les mers et qu'ils ont pénétré jusqu'aux extrémités du monde pour y annoncer le nom de Jésus-Christ; et c'est ce que nous devons faire nousmêmes, chacun dans notre condition, et autant que le demande l'honneur de Jésus-Christ.
Cependant, 6 profondeur! ô abîme des conseils de Dieu! Pierre , tout éclairé qu'il était d'en haut, n'était pas encore inébranlable : c'était la pierre sur laquelle l'Église devait être bâtie ; mais cette pierre n'avait point encore toute la stabilité nécessaire pour l'affermissement de l'Église. En un mot , saint Pierre, après avoir confessé Jésus-Christ, le renonça ; après avoir dit à cet Homme-Dieu, vous êtes le Christ , Fils du Dieu vivant , il fut assez faible et assez lâche pour dire, parlant de ce même Sauveur : Je ne le connais point. Dieu le permit ainsi , chrétiens, et la Providence eut en cela ses desseins par-
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ticuliers, que nous devons adorer.Mais dans cet exemple, reconnaissons-nous uous-mêmes, car voilà ce que nous faisons en mille rencontres : nous confessons Jésus-Christ de bouche; mais combien de fois dans la pratique l'avons-nous renoncé plus indignement et plus honteusement que saint Pierre.? combien de fois et en combien d'occasions n'avons-nous pas rougi d'être chrétiens? combien de fois avons-nous paru devant les autels du Seigneur, comme si jamais nous ne l'avions connu? et cela, tantôt par un respect humain, tantôt par une fausse politique, tantôt par un libertinage a£fecté, tantôt par un scandale qui nous a entraînés, et à quoi nous n'avons pas eu la force de résister; d'autant plus coupables, en trahissant notre foi , qu'il ne s'agissait pas pour nous, comme pour saint Pierre, de perdre la vie. Chute de saint Pierre, qui doit toujours nous faire trembler, qui que nous soyons, et quelque fermes , jusqu'à présent, que nous ayons pu être; car si cet apôtre, et ce prince même des apôtres a eu un sort si déplorable, que ne devons-nous pas craindre pour nous ? si ce fopdement de l'Église de Jésus-Christ a été ébranlé , s'il est tombé en ruine, nous qui sommes la faiblesse même , la fragilité même, la pusillanimité même, avec quelle défiance de nous-inêmes et quelle frayeur des jugements de Dieu ne devonsnous pas nous conduire? Chute de saint Pierre, qui procéda de trois causes : de sa présomption, de son orgueil, de son imprudence. De sa présomption, qui hii fit dire à Jésus-Christ , avant que de s'être bien éprouvé lui-même. Je suis prêt à vous suivre jusqu'à la mort ; quoique Jésus-Christ lui eût dit : Avant que le coq chante , vous me renoncerez trois fois. De son orgueil , car il se préféra à tous les autres apôtres ; en sorte que le Fils de Dieu leur ayant dit : Vous m'abandonnerez tous aujourd'hui, Pierre , rempli d'une vaine opinion de lui-même, lui répondit hautement : Quand tous les autres vous abandonneraient, pour moi, je ne vous abandonnerai pas. De son imprudence; tout faible qu'il était, il ne laissa pas de s'exposer à l'occasion, en entrant dans la maison du pontife , et en demeurant au milieu des ennemis de Jésus-Christ. Trois causes , mes cfaersauditeurs , qui nous font tous les jours tomber dans le même désordre que saint Pierre : nous sommes présomptueux comme lui , vains comme lui, imprudents et téméraires comme lui. Chute de saint Pierre, qui doit, après tout, nous consoler, puisque le dessein ce Dieu, en la permettant, a été de nous &ire voir, dans la personne de cet apôtre , un pé- « cheur prédestiné pour être un vnede miséricorde. Et par quelle pénitence en effet se releva-t-il d'une telle chute, et la répara-t-il? Pénitence la plus prompte ; il ne fallut pour le toucher et le convertir, qu'un regard du Fils de Dieu : pénitence la phis fervente; il pleura, et il pleura amèrement : pénl-
teiico la plus constante; durant tout le reste de sa vie oubiia-t-il jamais son péché, et ne Peut-il pas toujours devant les yeux, pour le pleurer toujours avec la même amertume? pénitence qui non-seulement rétablit sa foi , mais qui le mit en état de rétablir la foi de tous les autres ; car c*est à lui que le Sauveur du monde avait dit : Et tu aliqiuzndo conversus , confirma fratr es tuos ( Joân. , 21 ) ; Quand TOUS serez converti et que vous serez revenu de votre égarement , travaillez à rappeler vos frères dispersés, à les rassembler et à les conGrmer : or, n'est-ce pas ce qu'il a fait , et n*eut-il pas une grâce particulière pour gagner les cœurs les plus endurcis , pour convaincre les esprits les plus opiniâtres , et pour leur inspirer le don de la foi? Dès les premières prédications qu*il fit aux Juifs , ne soumit-il pas à TÉyangile, tantôt jusqu'à trois mille âmes, tantôt Jusqu'à cinq mille ? et dans le cours de son apostolat, combien de provinces a*t-il éclairées, combien d'Églises a-t-il fondées? Ah! mes chers auditeurs, il parlait à des Juifs déclarés contre la loi qui leur annonçait; il parlait à des païens élevés dans les superstitions et les ténèbres de la plus grossière idolâtrie; etcependant il les persuadait, il les sanctifiait, il en disait de parfaits chrétiens : nous vous prêchons la même loi que lui , noua vous annonçons les mêmes vérités; par quel monstrueux renversement ne seraient-elles pas aussi efficaces dans le centre du christianisme, quelles l'ont été au milieu du judaïsme et du paganisme? Quoi qu'il en soit, attaehons- Dous à la foi de saint Pierre; et si nous sommes tombés comm&lui, faisons pénitence comme lui; disons à Jésus-Chnst : Tu es Christus y Fiiius Dei vivi. Oui, Seigneur, je veux vivre et mourir dans cette sainte foi, qui vous reconnaît pour l'envoyé de Dieu, pour le Christ et le Fils de Dieu; si le libertinage de mon cœur m'a séduit en certaines rencontres et en certains temps de ma vie , maintenant que votre grâce répand dans mon esprit une lumière toute nouvelle , je renonce à mes erreurs , et je vous rends Thommage d'une foi soumise et docile. Jamais saint Pierre ne se dévoua plus ardemment à votre service qu'après son péché , et mes ^rements passés ne serviront qu'à redoubler mon zèle pour vous. Ainsi, chrétiens, devons-nous imiter la foi de ce saint apôtre, pour imiter encore son amour, dont j'ai à vous parler dans la seconde partie.