‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 182 sur 232 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Pour bien comprendre cet autre devoir à l'égard de l'Église, qui consiste dans l'obéissance du cœur et dans l'observation des lois qu'elle nous impose , écoutez, chrétiens, quatre propositions, dont la liaison m'a paru une espèce de preuve à laquelle ni l'erreur, ni l'esprit de licence et d'indépendance qui règne dans le monde corrompu, n'opposeront jamais rien de solide. C'est assez que l'Église soit notre mère , pour conclure qu'elle a le droit de nous commander; première proposition : et c'est assez que nous soyons ses en&nts , pour devoir être persuadés que ce qu'elle nous commande n'est pas seulement d'une police extérieure, mais d'une obligation étroite , qui lie nos consciences , et qui nous engage sous peine de péché; seconde proposition. Du moment que nous reconnaissons l'Église pour notre mère, nous ne pouvons plus violer les commandements qu'elle nous fait, sans violer un des Commandements les plus authentiques de la loi' de Dieu; troisième proposition : et la liberté, ou plutôt la témérité avec laquelle nous transgressons les préceptes de l'Église, oubliant qu'elle est notre mère, ne procède souvent que d'un fond de libertinage et d'un principe d'irréligion, peut-être plus dangereux pour nous que les péchés mêmes qui en naissent. Libertinage où nous nous flattons nous-mêmes, et que nous couvrons de mille prétextes; mais prétextes que l'Église, quoique notre mère, ne favorisera jamais, au contraire , qu'elle désavouera toujours , et, autant qu'ils auront été la cause de nos relâchements et de nos désordres, qu'elle condamnera et qu'elle détestera : quatrième et dernière proposition. Appliquez-vous, chrétiens, je n'abuserai pas de votre patience.

Puisque l'Église est notre mère, elle a droit de nous commander ; cette conséquence est si naturelle, que le seul bon sens suffît pour y souscrire. Quand on disait aux hérésiarques du siècle passé, que l'Église, en qualité d'épouse du Fils de Dieu, était reine et souveraine; que comme souveraine elle avait le pouvoir de faire des lois, et que tout

homme chrétien devait sans exception et sans distinction y être noumis, cette Idée de souveraineté les choquait , et leur inspirait un chagrin qui peo à peu dégénéra d.'ms un esprit de révolte. Ils voulaient une Église , mais une Église sujette , une Églisesans autorité, une Église faible et impuissante; et ils n'en pouvaient souffrir une qui eût un empire, je dis un empire spirituel, si étendu et si absolu. Ainsi Wiclef et Luther prétendirent-ils qu'il n'appartenait point à l'Église d'imposer des lois aux fidèles, et que le pouvoir qu'elle s'en attribuait, était un pouvoir usurpé : par où ils fiaisaient bien voir qu'ils étaient de la secte et du caractère de ces esprits pe^ vertis dont parlait l'apôtre saint Jude , c'est-à-dire de ces esprits déterminés à blasphémer et à maudire la domination même la plus légitime et la plus sainte, Similiter et hidontinatUmem spernunt; majestatm autem blasphémant. (Jud., 8.) Mais enfin, tout ennemis qu'ils étaient de la domination de l'Église, ou, pour mieux dire, de sa puissance et de sa juridiction, quand on leur représentait que l'Église est la mère de tous les chrétiens, et qu'une mère a droit de commander à ses enfants, comme elle est obligée de les gouverner, ne pouvant nier le principe, ils se trouvaient embarrassiés sur la conséquence; et, pressés de ce raisonnement qu'ils voulaient éluder, ils avaient recours à l'invective, déclamant contre les abus des pasteurs de l'Église et de ses ministres : comme si les désordres prétendus des ministres de l'Église eussent pu ôter à l'Église méaie l'autorité que Jésus-Christ lui a donnée; comme si ce dirin maître, malgré les plus visibles dér^IeoMOts des scribes et des pharisiens, n'avait pas autorisé leur ministère par la loi qu'il établissait, de flaire ce qalls ordonneraient, sans imiter leurs exemples ; eomme si l'erreur la plus pernicieuse et la plus grossière n'était pas de faire dépendre la puissanee d'ordonner et de commander, des qualités personnelles de ceux qui en sont revêtus ; comme si Fabus que peaveul &ire les hommes de cette puissance, en détroinit le fond, qui est l'œuvre de Dieu, et de l'ordre de Dieu.

C'est néanmoins ce qu'ont avancé les partisans de l'hérésie. Mais permettez-moi de douter si ta conduite de certains catholiques reiflchés n'est pas en quelque sorte aussi injuste, et ne marque pas un aussi déplorable aveuglement, ils ne nient p» la puissance spirituelle de l'Église; mais ils eomptent pour rien d'en secouer le joug : ils laissent l'Église en possession de son sacerdoce royal; mais ils se rendent dans la pratique aussi indépendants d'elle, que ceux qui osent l^lui disputer : ils necontasleot point que ses préceptes ne soient justes et l^tinMi; mais ils trouvent le moyen de s'en af!raiichirt pour peu qu'ils leur soient incommodes. Or, lequel ém deux est le plus injurieux à l'Église, ou de se pas

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neonnattre son pouvoir par une prévention d^esprit, ou, le reconnaissant, de ne s'y pas soumettre par une dépravation de cœur? 11 est donc vrai que TÉgUse peut nous prescrire des lois et nous faire des cxMnmandements. Mais de quelle nature, ou de quelle force sont ces commandements de TÉglise? je dis que ce sont des lois d'une obligation étroite et rigoureuse : seconde proposition. Calvin ne pouvait convenir qu'elles obligeassent sous peine de péché, n ne comprenait pas , disait-il, qu'une loi humaine pût être la matière d'un crime devant Dieu : et plaise au ciel que parmi nous il n'y ait point d'âmes libertines infectées de la même erreur 1 Mais c*estce qui doit nous étonner, qu'un homme aussi pénétrant que Calvin pût bien comprendre comment la désobéissance d'un fils envers son père le rend criminel mix yeux de Dieu , et qu'il ne pût concevoir comment la désobéissance d'un chrétien envers l'^.glise, qui est sa mère, le rend, au jugement de Dieu même, prévaricateur. Car pourquoi l'Église, qui nous a engendrés selon Tesprit, ne peut-elle pas sur nous ce que peuvent nos pères selon la chair ? lui sommesnous moins redevables? nous a-t-elle donné une naissance, une vie , une éducation moins estimables et moins précieuses ? Quand il n'y aurait point d'autre fondement que celui-là pour justifier ce qui a passé de tout temps pour incontestable dans notre religion, savoir, que les préceptes de l'Église sont des liens de conscience qu'on ne peut rompre sans encourir l'indignation et la disgrâce de Dieu, ne serait-ce pas assez? Oui, mes chers auditeurs, ces préceptes , quoique en eux-mêmes de droit humain et positif, vont jusqu'à l'offense divine et jusqu'à intéresser le salut. Ce sont pour nous des sources de grâces, quand nous les accomplissons ; mais par un juste jugement, et contre l'intention de l'Église même , ils se tournent pour nous en malédiction , quand nous y contrevenons ; et il faut bien que cela soit ainsi, puisque Jésus-Christ, dans l'Évangile, veut qu'on tienne pour païen et pour public^in , celui qui n'obéit pas à l'Église : Si autem Eccksiam non audierU, sU tibi sicut ethnicus et pubUcanus. (Mâtth., 18.) Car ce qui mérite qu'on nous regarde comme païens, doit être au moins un péché de la nature de ceux qui causent la mort à notre ùme ; et ce qui nous met au rang des publicains , c'est-à-dire des pécheurs publics, n'est point la simple transgression d'une loi civile et pénale. Il faut bien encore que cela soit ainsi , puisque le même Sauveur a donné le pouvoir à son Église de nous excommunier et de nous retrancher de son corps , lorsqu'avec opiniâtreté et par un esprit d'orgueil nous persistons à son égard dans la désobéissance, en violant ses préceptes impunément : car une punition aussi terrible que celle-là, ne suppose pas une faute légère; et ce retranchement du corps mys-

tique de Jésus-Christ ne peut être pour le salut quelque chose d'indifférent.

En voulez- vous un témoignage, mais décisif? écoutez saint Augustin. Quand ce grand docteur parlait du jeûne commandé et déterminé par l'Église, comment s'en expliquait- il ? en parlait-il comme d'une œuvre de surérogation pour les justes , ou comme d'un exercice volontaire de pénitence pour les pécheurs? Non; il en parlait comme d'une loi à laquelle et les pécheurs, et les justes, sous peine d'être condamnés de Dieu, devaient également s'assujettir; il disait qu'autant qu'il était louable de jeûner dans les autres temps de l'année, autant étaitil punissable de ne pas jeûner dans les temps consacrés à la pénitence publique de l'Église, et particulièrement dans celui qu'elle nous a ordonné de sanctifier par le jeûne solennel du carême : que d'observer d'autres jeûnes, ce pouvait être un remède et une vertu; mais que de manquer à celui-là, c'était un crime et un péché. Ce sont les termes dont il use : Jn aiiis quippe temporibus j^unare , atU remedium est, aut prssmium; in quadragesima nonjejunarescelus est ac peccatum. (August.) La tradition du siècle de saint Augustin était donc que la loi du jeûne imposait aux chrétiens une obligation, non-seulement de police, mais de conscience : et que c'était, aussi bien que la loi écrite, une matière de transgression et de péché.

Cependant, chrétiens, sans recourir à la tradition, ni à l'Écriture], je dois m'en tenir à cette supériorité naturelle que l'Église a sur moi. Elle est ma mère : donc je suis réprouvé de Dieu , si je ne lui obéis pas, quand elle exige de moi un culte raisonnable : or en exige-t-elle jamais un autre? et dans les commandements qu'elle me fait, pour peu que j'aie le cœur docile, est-il rien que ma raison même ne doive hautement approuver? Elle m'oblige à assister aux divinjs mystères et au sacrifice de ma religion, à recevoir chaque année le sacrement institué pour être la nourriture de mon âme et le gage de mon salut , à ne m'en approcher qu'après m'y être disposé par une solide épreuve de moi-même , et par une conîfession exacte des désordres de ma vie, à garder des abstinences et des- jeûnes qui peuvent me tenir lieu de satisfaction : or sont-ce là des choses où je puisse me plaindre que l'Église ait excédé la mesure de ce culte dont parlait saint Paul , en l'appelant, RcUionabUe obsegtiiumf (Rom,, 12) qu'elle n'ait p^ eu égard à ma faiblesse, qu'elle n'ait pas même consulté mes besoins et mon intérêt ; en un mot, qu'elle n'ait pas agi en mère prudente et zélée, conduite par l'Esprit de Dieu? Quand elle ne m'aurait pas fait des lois de tout cela, nedevrais-je pas me les faire moi-même? et ces lois, quand je les observe, m'étant aussi utiles et aussi salutaires que l'expérience me l'apprend. Dieu n'aura-t-il pas droit

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de me puQÎr,iii , par impiété ou par lâcheté, je ne les observe pas?

Mais enûn, me direz-vous, tout cela ne nous est commandé que par TÉglise. Je Tavoue, chrétiens : mais prenez garde à ce que j*ai ajouté, et c'est la troisième proposition : savoir, qu'il est impossible de violer alors le commandement de TÉglise, sans violer l'un des commandements les plus authentiques de la loi de Dieu : pourquoi ? parce que le commandement de l'Église est toujours accompagné , ou, pour mieux dire, soutenu et autorisé du commandement de Dieu ; et je ne dis pas seulement ceci de certains préceptes , qui , selon la remarque de saint Thomas, sont tout«nsemble de droit ecclésiastique et de droit divin, tel qu'est, entre autres , le précepte de la communion : car il est bien évident que Jésus-Christ ayant établi la communion comme un moyen essentiellement nécessaire |)oiir entretenir dans nous la vie.de la grâce , et pour cela s'<étant déclaré, que quiconque ne mangerait pas la chair du Fils de l'homme serait privé de cette vie qui foit les saints et les élus de Dieu, Nisi manducaveritu camem Filii hominis, non hahehitis vUam in vobis (JoAN., 6); quand je participe au corps de Jésus-Christ, et que j'accomplis le devoir chrétien par la communion pascale , je satisfais à deux préceptes , Tun de l'Église, l'autre du Sauveur; et au contraire, si je manquais à ce devoir, je serais coupable d'une double prévarication et d'une double iniquité : prévarication, en ne donnant pas à l'Église cette marque de mon obéissance; mais prévarication encore plus grande, en négligeant, aussi bien que les conviés de l'Évangile, de me mettre en état d'assister à ce divin banquet où Jésus-Christ lui-même m'invite pour me nourrir de sa chair et de son sang. Sans parler, dis-je , de ces commandements , qui ne sont, à le bien prendre, des commandements de l'Église que par la circonstance du temps, mais qui dans le fond sont de l'institution divine, j'ai dit absolument, et il est vrai, ^e la désobéissance aux lois de l'Église est toujours accompagnée d'une désobéissance à la loi de Dieu, comment ? parce qu'en même temps, pour user de «et exemple, que l'Église, par une loi particulière, me commande le jeûne. Dieu, par une autre loi qui est générale , me commande d'obéir à l'Église; et je ne puis mépriser l'un de ces deux commandements sans mépriser l'autre, puisque l'un, dit le savant chancelier Gerson , sert de soutien et d'appui à l'autre. Je me trompe donc si je crois alors n'être responsable qu'à l'ËgNse, et n'avoir pédié quo contre l'Église; carj'ai péché contre Dieu même, et il faudra que je subisse la rigueur de son jugement aussi bien pour le jeûne violé que pour les autres désordres de ma vie; et voilà , mes chers auditeurs , ce que les théologiens concluent des paroles du Fils de Dieu , quand il disait à ses apôtres, qui

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furent les pasteurs de son Église : Qui vas màit^ me audit; et qui vos spemit, me spemit (Luc, 10). Qui vous écoute, m'écoute; et qui vous méprise, me méprise : paroles, ajoute le chancelier Gersoo, qui m^ontrent bien que Jésus-Christ est personnellement intéressé dans le mépris que nous faisons des lois de son Église; et qu'en qualité de chef et d'époux de cette Église, le mépris qu'on fait d'elle retombant sur lui , il ne peut se dispenser, tant pour lui-même que pour elle , de nous en punk.

Le point de morale par où je finis , et qui est «a dernière proposition , c'est que la plupart des péchés qui se commettent contre l'Église, en violant ses lois , sont des péchés de libertinage , qui ne procèdent communément que d'un secret principe d'irréligion; mais qui par là, changeant d'espèce, deviennent encore devant Dieu plus punissables et plus griefs : car, pour les préceptes de la loi de Dieu, oa les viole, dit Guillaume de Paris', par mille autres raisons que l'on peut appeler des tentations humaines. Un intérêt puissant', une passion kirte, an mouvement subit, une occasion pressante et imprévue , voilà les sources ordinaires des crimes les plot énormes dont je parle; c'est-à-dire, on pèche contre la loi de Dieu, parce qu'on est emporté et dominé par la concupiscence; on est impudique par faiblesse, médisant par légèreté, injuste par cupidité. Mais quand 'û s'agit des préceptes de l'Église, la plupart faciles en eux-mêmes , et dont la matière n'est presque jamais le sujet d'une violente passioi qu'il faille vaincre pour les accomplir, par quel esprit et par quel principe peut-on les tra nsgresser, a ce n'est par un principe de licence , par un esprit indépendant et Kbertin , par l'habitude malheureuse qu'on s'est faite de se soucier peu des observance et des devoirs de sa religion? principe plus funeste que les péchés mêmes qui en sont les suites ; mais priacipe d'où tirent les péchés qui en naissent un su^ croit de malice dont je voudrais aujourd'hui voos imprimer l'horreur.

Je ne parle point à vous , mes frères , qui, parle malheur de votre naissance, ayant été enveloppés dans l'hérésie et dans le schisme, avez fait une profession ouverte de ne point obéir à l'Église, qui était votre mère, jusqu'à ce qu'iJ ait plu enfin au Seigneur de vous rappeler à son unité. Quoique pendant cette séparation vous ayez violé ses lois, je sais que vous l'avez fait par ignorance, aussi bien que vos pères, et Dieu veuille que cette ignorance ait pu vous servir de quelque excuse auprès de Dieu! Je pou^ rais donc vous dire, avec autant de raison que saint Pierre en parlant aux Juifs : Einunc sdo ,/raires, quiaper ignorantiam/ecisds. {Aet, 3.) Je ne vooi reprocherai point les désobéissances que vous cooimettiez alors contre l'Église , comme si elles avaient été des marques de votre iiréligioo ; et je déplore

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bien plotât Taveuglement où vous étiez en les coiiimettaot peut-être par le faux zèle d'une prétendue idigioo. Dieu, par son infinie bonté , vous a ouvert les yeux, et il me suffit d'ajouter ce que le prince des apôtres disait aux Israélites, au même chapitre des Actes que je viens de citer : PœnUemini igiùur et convertimini, ut deleanturpeccata vestra {Âct., 8.); Faites donc pénitence, mes frères; et éclairés des lumières de la vérité , persévérez , croissez , affermissez-vous dans la grâce de votre conversion, afin que ces péchés d'ignorance que vous faisiez sans les connaître, et que vous n'aviez garde de pleurer, puisque vous n'en conveniez pas , soient maintenant efifocés par la ferveur de votre vie , mais surtout par la soumission et l'inviolable régularité avec laquelle je me promets que vous observerez ces mêmes lois qui longtemps ont été le sujet de votre transgression. Ce n'est point, dis-je , à vous , chrétiens nouvellement réconciliés à l'Église de Jésus-Christ, que j'ai prétendu adresser la plainte que je fais; c'est à vous, anciens catholiques, c'est à vous que je veux parler. Quel autre esprit , je le répète , qu'un esprit de libertinage, peut vous porter à violer des commandements dont la pratique demande si peu d'efforts, et que l'Église, usant d'une condescendance maternelle, a su proportionner à votre faiblesse par tant de tempéraments, pour ne pas dire de ménagements et d'adoucissements? Car de quoi s'agitil ? d'une messe qu'il faut entendre , d'une confession qu'il faut faire, d'une communion dont il faut 8*acquitter, de quelques fêtes qu'il faut sanctifier, de quelques abstinences et de quelques jeûnes qu'il faut observer. Un chrétien qui , sans nécessité, sans raison, sans excuses; un chrétien qui, sans scrupule etsans remords , fait une profession ouverte de n'avoir sur cela pour l'Église aucun respect , ou qui n'a là-dessus pour elle qu'un faux respect, un respect de bienséance et de cérémonie , que donne-t-il à penser de lui , sinon qu'il a peu de religion , et que dans le fond il est impie et libertin ?

Ah! mesfirères, honorons notre religion par IV feéissance que nous rendrons à Jésus-Christ et à son ÉglisCi Autrefois on nous disait : Édifions les hérétiques qui nous voient, qui nous observent, et qui , tout retranchés qu'ils sont de l'Église, ne laissent pas d'être scandalisés, quand ils sont témoins du mépris que nous en faisons en méprisant ses lois; l'exemple denotre fidélité et de notre soumission sera mille fois plus efficace pour les persuader et les toucher, que les plus savantes disputes et les discours les plus pathétiques ; et si quelque chose est capable d'achever leur conversion , c'est la bonne odeur de notre vieetla régularité de notre conduite. Cest ainsi qu'on nous parlait. Mais aujourd'hui je vous dis quelque cho^ de plus pressant : Édifions , non plus des liérétiques obstinés, mais des catholJques nouvel-

lement sortis du scinde l'hérésie et reçus dans le sein de l'Église V ils sont encore faibles , ne les affaiblissons pas davantage par le scandale de nos mœurs. Quand ils ne voyaient nos désordres que de loin, ils en étaient surpris, ils en étaient frappés, ils en étaient indignés : que sera-ce quand ils les- verront de près , et que sans cesse ils les auront devast les yeux? Ne leur donnons pas lieu de regretter ce qu'ils ont quitté, et peut-être d'y retourner. Ne détruir sons pas dans eux Touvrage de la grâee, mais travaillons à l'affermir et à le perfectionner ; pensons à nous-mêmes , et souvenons-nous qu'il y va de notre salut éternel. Grand saint, vous que nous invoquons spécialement en ce jour; vous à qui Jésus- Christ confia son Église, et qui en êtes, après lui, la pierre fondamentale; vous qui en fûtes sur la terre le chef, l'apôtre, le martyr, ayez encore les yeux attachés sur elle ; protégez-la , défendez-la , obtenezlui les secours puissants qu'elle demande par votre intercession, pour confondre ses ennemis, pour sanctifier ses enfants , et pour nous faire tous arri* ver à la gloire, où nous conduise le Père , etc.

SERMON

POUR

LA FÊTE DE SAINT PAUL

Paulus tetvut Jésus Christi, voeatus apostolus.

Paal serviteur de Jésiu-Christ, appelé à rapostolat ÉpHre aux Eomains, chap. I.

C'est, chrétiens, tout l'éloge du grand apôtre que vous honorez entre tous les saints, sous le titre de votre glorieux patron; ce fut l'apôtre par excellence, et en cette qualité, il a été le maître du monde, Toracle de l'Église universelle, l'un des fondateurs, ou, pour mieux dire , l'un des fondements de notre religion.; un homme de miracles , et dont la personne fut le plus grand^de tous les miracles; un autre Moïse par les visions et les révélations divines» un second Éliepar les transports et les ravissements, un ange de la terre qui. n'eut de conversation que dans le ciel ; un disciple, non plus de Jésus-Christ mortel, mais de Jésus-Christ glorieux; un vaisseau d'élection, rempli , comme dit saint Chrysostôme, de toutes les richesses de la grâce ; le dépositaire de rÉvangile, l'ambassadeur de Dieu. Mais il supprime tout cela, ou plutôt- il comprend et il abrège tout cela en disant qu'il est le serviteur de Jésus-Christ ; Paulus serons. Jesu ChristU Arrêtons-nous donc à cette parole, qui exprime les plus nobles sentiments de son cœur; et puisque la solennité de ce jour nous engage à le louer, louons-le selon set încliaalions. Ne disons point, avec saint Jérôme,q!B0l«JMmdi

Paul est un nom de victoire , et que ce grand saint commença à le porter après la premier» de ses conquêtes apostoliques, qui fut le proconsul Paul gagné à Jésus-Christ : comme les Scipions, dans Rome, prenaient le nom d* Africain après avoir dompté FAfrique. Laissons tout ce que les Pères de TÉglise ont dit de plus avantageux et de plus magnifique à la gloire de cet apôtre; et disons seulement qu*il a été le serviteur de Jésus-Christ : Paulus servus Jesu ChHstL Ce qui rend un serviteur recommandabie , c'est le zèle pour les intérêts de son maître : voyons jusqu'à quel point il a eu ce zèle, et tâchons de l'exciter en nous. Je prêche saint Paul , chrétiens; mais mon dessein est de le prêcher par lui-même; c'est de lui-même que j'emprunterai toutes les preuves; lui-* même parlera pour soi, lui-même rendra ténioignage de ses actions et de sa vie , et nous recevrons ce témoignage avec respect : car nous savons qu'il est véritable, et nous pouvons dire de lui, aussi bien que du disciple bien-aimé : Et simus quia verum est testimonium ejus. (Joàn. 21.) J'ai besoin d'un secours extraordinaire ; il s'agit de parler du serviteur de Jésus-Christ , adressons-nous à celle qui s'appela servante du Seigneur, lorsqu'elle fut déclarée mère de Dieu. y4ve, Maria.

Il n'y a point de vertu qui n'ait ses degrés de perfection , selon lesquels elle doit être mesurée, et qui , dans les sujets où elle se trouve, ne soit capable de certains accroissements par où l'on peut juger de son mérite. Comme nous parlons d'une vertu peu connue dans le monde, et encore moins pratiquée, qui est le zèle, je dis le zèle chrétien que nous devons tous avoir dans l'exercice de notre ministère, il est important d'en distinguer d'abord les différentes obligations; et, pour en avoir une idée plus juste, de les reconnaître dans un grand exemple. Tel est celui de saint Paul, qui nous les rendra même sensibles : j'en trouve trois, marqués par saint Grégoire , pape, dans ses instructions pastorales. Car tout homme, dit ce saint docteur, qui veut être un serviteur et un ministre fidèle, et qui aspire à la perfection de cette qualité , est obligé à trois choses : il doit accomplir son ministère, il doit honorer son ministère, et quand la nécessité l'exige , il doit même se sacrifier pour son ministère : trois devoirs qui se surpassent par degrés , et dont le second ajoute autant au premier , que le troisième enchérit sur le second ; car honorer son ministère, c'est quelque chose de plus que l'accomplir; et se sacrifier pour son ministère, c'est encore plus que l'honorer; mais quand tout cela se joint ensemble , on peut dire que le zèle est au plus haut point d'excellence qu'il puisse avoir. Or , c'est ce que je découvre dans saint Paul , et ce qu'il me sera aisé de vous faire voir. Saint Paul a été le fidèle serviteur de Jésus-Christ : Paulus servus Jesu Christi; pourquoi? parce quil a pleinement

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accompli le ministère de l'apostolat, parce qu'il a parfaitement honoré le ministère de l'apostolat, et parce qu'il s'est continuellement immolé pour le ministère de l'apostolat. Comprenez ceci, s'il vous plaît : il a pleinement accompli le ministère de l'apostolat par la prédication de l'Évangile ; il a parfaitement honoré le ministère de l'apostolat par la conduite qu'il a tenue dans la prédication de l'Évangile ; et il s'est continuellement immolé pour le ministère de l'apostolat , par les persécutions qu'il a soutenues et par ses souffrances dans la prédication de l'Évangile. Voilà tout mon dessein. Encore une fois, chrétiens, ne considérez pas ce discours comme un simple éloge qui se termine à vous donner mie haute estime de saint Paul. Je vous l'ai dit : c'est mi discours de religion, c'est une règle pour former nos mœurs, c'est un exemple que Dieu nous propose et qu'il veut que nous nous appliquions.

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