TROISIÈME PARTIE
On ne peut mieux exprimer en quoi consiste l'efficace de la pénitence chrétienne , que par ces admirables paroles de saint Paul : Sicut exhibuUti memhra vestra iervire immundUim et Mguitati ad iniquUaUm, ita nunc exhibete membra vestra iervire jusUtim adsancUficationem. (Rom., 6.} Mes frères , disait aux Romains le grand apêtre, comme vous avez fait servir vos corps à l'impureté et à l'injustice, pour commettre des actions criminelles , il faut maintenant que vous les fassiez servir à la justice et à la piété , pour mener une vie toute sainte , car c'est en cela que votre pénitence paraîtra véritable et solide. Il faut que ce qui a été la matière de votre péché devienne la matière de votre pénitence : ce que vous avez donné au monde , lo^ue vous en étiez les esclaves, il faut maintenant que vous le donniez à Dieu ; et les mêmes choses que vous avez employéesà votre vanité et à votre plaisir, vous devez désormais les employer aux exercices de la religion ; autrement ne vous flattez pas d'être bien convertis ; je n'en jugerai que par là, et je ne ferai que par là ce juste discernement de ce que vous êtes et de ce que vous n'êtes pas.
Orne dirait-on pas, chrétiens, que saint Paul avait entrepris de faire dans ces paroles le portrait de Madeleine et de sa pénitence? Qu'est-ce que Madeleine aux pieds du Sauveur ? Ah ! répond saint Augustin, c'est une idole du monde changée en victime et consacrée au vrai Dieu; c'est , ajoute ce saint docteur, usant des propres termes de l'apôtre, l'injustice et l'iniquité même qui donne des armes à la piété, le luxe qur en fournit à l'humilité, la mollesse et la délicatesse de la chair qui prête secours à la mortification et à l'austérité, afin d'accomplir cette parole de l'apêtre : Exhibete membra vestra arma Deo. Venons au détail. Ainsi les yeux de Madeleine avaient été comme les premiers organes de ces honteuses passions, qui commencent dans les âmes mondaines par la curiosité de voir et par le désir d'être vu; mais si ses yeux l'avaient perdue, c'est
de ses yeux qu'elle tire ce qui doit contribuer à la sauver. Ses yeux avaient allumé dans son cœur l'amour du monde , et c'est par les pleurs qui coulent de ses yeux qu'elle l'éteint; elle n'en avait jusquelà versé que pour de profanes objets , et que pour leur marquer une tendresse criminelle dont elle se piquait; mais, dit-elle, j'en verserai pour mon Dieu, et je n'en verserai que pour lui. Non-seulement j'en verserai pour lui , mais sur lui , puisqu'il s'est rendu visible; je l'arroserai de mes larmes; et mes larmes, ainsi purifiées, me purifieront moi-même; j'en laverai les pieds de mon Sauveur, et j'obtiendrai par là d'être lavée dans son sang. FeUces lacryfnœ, conclutsaintLéon, quxdumculpas abluerurUpristinxconversationiSf virtiUemhabuerebaptismatis! ( Léo. ) Heureuses larmes qui tinrent lieu de baptême à Madeleine, et qui , l'ayant rendue mille fois coupables , eurent enfin le pouvoir et la vertu de la justifier! Madeleine, dans l'extérieur de sa personne, avait été vaine jusqu'à l'excès : idolâtre d'une beauté périssable, n'oubliant rien de tout ce qui pouvait lui attirer et lui conserver des adorateurs, elle s'était surtout attachée au soin de ses cheveux; vanité que Tertullien appelle une împudicité étudiée et affectée : Conficiam et elaborcUam UbicUnem, Mais ces cheveux qu'elle a cultivés avec tant d'affection et tant d'étude, lui seront-ils inutiles dans sa conversion ? Non, chrétiens; l'esprit de pénitence qui l'anime lui apprend à en faire un nouvel usage; ils avaient été jusque-là l'ornement d'une tête pleine d'orgueil, et désormais ils seront employés à l'exercice de l'humilité la plus profonde. Madeleine s'en servira pour essuyer les pieds de Jésus-Christ ; et en essuyant les pieds de ce Dieu sauveur, cette pécheresse effacera toutes les taches de ses péchés. Te serais infini , si je m'arrêtais à toutes les preuves que me fournit l'Évangile pour établir et pour confirmer ma proposition. C'était une femme sensuelle que Madeleine : parfums, odeurs, liqueurs précieuses , c'étaient ses délices ; mais que sera-ce pour elle dans sa pénitence? Ah! si dans ses mains elle porte encore un parfum exquis , ce n'est plus pour contenter ses sens , mais pour le répandre sur les pieds de son Dieu. Les disciples mêmes de Jésus-Christ en seront surpris, Mis en murmureront , ils s'en scandaliseront : Ut quidperditio hxc 1 (Matth. , 26.) Mais elle sait ce qu'elle fait, et elle ne croit pas devoir rien ménager quand il s'agit de témoigner à son Sauveur la vivacité de son repentir et la sensibilité de son amour; pour cela, elle n'a rien de si cher à quoi elle ne veuille renoncer; pour cela, elle est disposée à se sacrifier elle-même : trop heureuse si son sacrifice est agréable , et que Dieu daigne accepter une hostie tant de fois profanée , mais enfin sanctifiée par le feu tout céleste et tout sacré qui la consume!
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Tels sont désormais les sentiments de Madeleine, et sans s'arrêter à de vains sentimeots, tels sont les effets de sa pénitence. Or voilà , mesdames (c« c'est surtout à vous que j'adresse cette morale), voilà par où vous pourrez juger vous-même de la sincérité de votre retour à Dieu et de votre conversion. Tout le reste est équivoque, est trompeur, est £aux. Ayez en apparence les plus beaux sentiments, tenez le langage ou le plus sublime et leplas élevé, ou le plus vif et le plus touchant, tandis que vous en voudrez demeurer là, sans en venir an mêmes effets que Madeleine, ne comptez ni sur toat ce que vous direz, ni sur tout ee que vous pea* serez, ou que vous croirez penser. Vous avez dans vous-mêmes, aussi bien que cette fameuse pénitente, tout ce qui peut contrilnier à votre sanctification, et vous pouvez dire à Dieu comme David :/a me8UHt,Deus,votatua {Psalm,, &i)z Oui ^ Segneur, je reconnais que tout ce que vous désira de moi, est en moi , et c'est pour cela que je suis absolument inexcusable si je ne vous le donne pas. Ces habits, mesdames, dont vous vous faites une si vaine gloire, et qui entretiennent votre luxe; ces ajustements qui occupent presque tout votre esprit, et à quoi vous employez plus de temps qu'à l'afiGurs de votre salut, et qu'à toutes les affaires humaines dont Dieu vous a chargées; cet anaour de voosmêmes , qui vous fait rechercher avec tant de swas toutes les douceurs de la vie, les compagnies, les jeux, les spectacles; surtout cet amour de votre corps , qui vous rend si attentives à le maintenir dans un certain éclat , à relever son lustre par tous les déguisements d'une artificieuse mondanité, à lui procurer toutes ses aises, toutes ses commodités, voilà de quoi la pénitence doit faire en vous un holocauste à Dieu.
Je pourrais vous dire que le seul christianisme devrait vous porter à le faire, ce sacrifice : car, pour peu que vous fussiez entrées jusqu'à présent dans le véritable esprit delà religion que vous professes, vous auriez compris que c'est un esprit de retraite, un esprit d'humilité et de mortification, et qu'il n'est pas possible d'accorder ensemble la retraite chrétienne et les assemblées du monde, l'humilité durétienne et le faste du monde, la mortification chrétienne et la mollesse du monde ; mais ce qui est un devoir si indispensable pour vous , en qualité de chrétiennes , combien plus encore l'est-il pour des pécheresses et des pénitentes ? Si , dans une supposition imaginaire, tous ces divertissements et ces plaisirs mondains, toutes ces délicatesses et ces superfluités ne vous avaient pas éloignées de Dieu ; si vous aviez su avec tout cela lui être fidèles , peutêtre tout cela vous aurait-il été moins défendu? Mais lorsque vous ne pouvez ignorer à combien d'égarements et de péchés tout cela vous a conduites.
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qud prétexte pouvez-vous avoir pour n*y pas re- Doocer? comment pouvez-voas revenir sincèrement i Dieu, et cependant aimer ce qui si longtemps vous en a séparées? comment pouvez-vous quitter de bonne foi votre péché, et ne quitter pas ce qui en a été la source empoisonnée ? comment pouvez-vous le haïr, et ne vouloir pas le détruire? or vous ne le détruirez jamais, tandis que vous n*en couperez pas la racine. Le même principe aura toujours les mêmes suites , et la même cause produira toujours les mêmes effets.
Pourquoi la pénitence de Madeleine fut-elle une pénitence durable? parce que ce fut une pénitence efficace. Du moment que cette sainte pénitente eut sacrifié h Dieu tout ce qui avait entretenu jusquelà ses désordres, elle s'attacha si fortement à Jésus-Christ, qu'elle lui demeura toujours étroitement et inséparablement unie. Elle s'attacha à ce Dieu sauveur, dit saint Bernard , dans tous les états où depuis il fit paraître son adorable humanité; c'està-dire qu'elle s'attacha à Jésus-Christ vivant, qu'elle s'attacha à Jésus-Christ mourant, qu'elle s'attacha à Jésus-Christ mort et enfermé dans le tombeau , qu'elle s'attacha à Jésus-Christ ressuscité et triomphant, enfin qu'elle s'attacha à Jésus-Christ glorieux dans le ciel. C'est ce que nous savons de l'Évangile ; et s'il ne nous parle plus de Madeleine après l'ascension du Fils de Dieu , la tradition nous apprend où elle se retira, quelle vie dans sa retraite elle mena, quels exercices de piété et de mortification elle pratiqua, avec quelle ferveur et quelle persévérance elle les continua. Interrompit-elle jamais en effet sa pénitence? Ah! chrétiens, quelle merveille et quelle instruction pour nous ; tous ses péchés lui avaient été remis, et elle en avait eu une révélation expresse de la bouche même de Jésus- Christ : ReniUtuntwr tihi peccata tua (Luc, 7.) Cependant, hîen loin de diminuer ses austérités, elle les redoubla. Si le Sauveur du monde lui dit : Allez en paix » vade in pace; elle comprit que cette paix ne devait être que dans le cœur; ou, si vous voulez, elle comprit que cette paix devait consister à se faire une guerre perpétuelle, à ne se pardonner rien de tout ce que son divin Maître lui avait pardonné, à se traiter d'autant plus rigoureusement qu'il l'avait traitée avec plus de douceur, à crucifier sa chair, à la couvrir du cilice, à l'exténuer par Fabstinence et par le jeûne. Elle le comprit, dis-je; et voici, chrétiens , un mystère que le monde ne peut se persuader, et dont la seule expérience vous convaincra , si vous vous mettez en état, comme Madeleine, d'en faire l'épreuve. Plus votre pénitence sera efficace , c'est-à-dire plus elle sera sévère , en retrandhant de vos personnes tout ce qui flattait vos sens, tout ce qui favorisait vos passions , tout ce qui faisait le prétendu bonheur de votre vie ; et plus alors cette
pénitence , qui semble au dehors si triste et si dure , vous deviendra douce et aimable, parce que vous y trouverez l'abondance de la paix.
Car ce ne fut point une parole sans effet que celle de Jésus-Christ à Madeleine, vade in pace; mais cette parole divine opéra dans son cœur tout ce qu'elle signifiait. Dans un moment, cette mondaine, dégagée de la servitude du monde, commença k goûter la sainte liberté des enfants de Dieu ; dans un moment, cette âme exposée à tous les troubles que cause immanquablement l'amour du monde, commença à jouir d'un repos inaltérable ; dans un moment, cette conscience déchirée de mille remords commença à sentir cette joie intérieure que donne une sainte assurance, et que l'Écriture compare à un repos délicieux ; dans un moment , cette péclieresse, délivrée de son péché comme d'un fardeau qui l'accablait, commença à se trouver toute remplie de l'onction de la grâce. Ce n'était point en se ménageant elle-même , en s'épargnant, en sauvant de ses premières habitudes tout ce qu'elle en eût cru pouvoir réserver sans crime; ce n'était point, dis-je, par là qu'elle se fût établie et maintenue dans un calme si parfait; mais c'est en se dépouillant de tout, en se refusant tout, en s'immolant tout entière elle-même, qu'elle se mit dans une disposition si tranquille et si heureuse. Car au milieu de toutes les rigueurs de sa pénitence, quel soutien et quelle consolation était-ce pour elle, de penser qu'elle satisfaisait à Dieu , qu'elle s'acquittait auprès de la justice de Dieu , qu'elle réparait la gloire de Dieu , qu'elle se tenait en garde contre tout ce qui pouvait lui faire peidre l'amour de Dieu , qu'elle purifiait son cœur et le disposait à recevoir les plus intimes communications de Dieu? et d'ailleurs qui peut dire de quelles douceurs secrètes Dieu comblait cette âme ainsi purifiée et préparée , de quelles lumières il l'éclairait, de quel feu il l'embrasait, de quelles visites il la gratifiait, quels sentiments, quels transports il y excitait?
Voilà , chrétiens , ce que vous éprouverez vousmêmes ; et si vous sortez de ce discours, déterminés comme Madeleine à cette pénitence efficace, qui est le caractère des âmes bien converties , voilà ce que je puis vous promettre de la part de Dieu. f^ade in pace : Allez en paix, et n'écoutez point les retours de la nature. Le sacrifice que je vous demande l'effraye; et plus vous donnerez d'attention à ses frayeurs , plus elles augmenteront et vous troubleront. Mais comptez sur la parole de Jésus-Christ, et malgré toutes les frayeurs, entreprenez, commencez, agissez : bientôt vous verrez que c'étaient des frayeurs chimériques. Je ne vous dis pas que vous recevrez toutes les faveurs divines dont Madeleine fut gratifiée dans son désert; oiais sans que Dieu vous fasse part de cesdev ^^
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dinaires et miraculeux , je dis que par uo miracle de aa grâce encore plus grand , il vous rendra doux ce qui vous semble plus amer; qu'il vous rendra non-seulement supportable, mais léger, mais agréable et aimable, ce qui vous paraît plus pesant; que dans le renoncement même à toutes les consolations du siècle , il vous fera trouver la plus pure et la plus sensible consolation. Ab! s'écriait saint Augustin , parlant de sa pénitence et de ce qu'il j sentit, quel plaisir fût-ce tout à coup pour moi de me passer de tous les plaisirs ; et ces vanités humaines où j'avais pris tant de goût , qu'elles me devinrent insipides! Quoi qu'il en soit, mon cher auditeur, puisque vous avez péché, il n'y a point d'autre moyen de salut pour vous que la pénitence ; ou tout autre moyen sans eehii-là vous est inutile. Dieu pouvait vous le refuser; mais il vous l'accorde encore : il vous fkit voir l'exemple de Madeleine pour vous exciter, il vous tend les bras pour vous inviter, il vous parie par la bouche de son ministre pour vous appeler. Entrez dans la voie qui vous est ouverte : ne dussiez-vous y trouver que des épines, il faut la prendre et y marcher : car c'est la seule voie qui vous reste pour vous préserver du souverain malheur, et pour arriver à l'éternité bienheureuse, que je vous souhaite, etc.
SERMON
LA FÊTE DE SAINT IGNACE DE LOYOLA
Fidelis Deui, per gnem vocaU estis in tocieiaUtm filii ^uâ Jesu Cbristi Domini nostri.
Diea est ttdèle , par qui vous avez été appelés à la compagnie de son flls Jésus*Christ Notre^igoeur. Première Êfitre de iainl Paul aux Corinthiens, chap. I.
C'est aux chrétiens de Corinthe, et en général è tous les fidèles que l'apôtre saint Paul adressait ces paroles : mais il me semble que je puis en particulier les appliquer au saint patriarche dont nous célébrons la fête, et qu'elles lui conviennent d'une façon toute spéciale, puisqu'il fut appelé de Dieu pour l'établissement d'un ordre que TÉglise a approuvé, et qu'elle autorise encore sous le titre de la Compagnie de Jésus. Dieu, qui pour sa gloire voulait employer Ignace et l'engager dans une milice sainte, se servit de ses dispositions naturelles, et lui laissa ses idées guerrières, mais en les tournant vers un autre objet , et lui proposant , non plus des provinces et des terres, mais des âmes à conquérir. Il quitta les armes du siècle , mais pour se revêtir des Btmes de la foi. Il cessa de combattre les ennemis de rÉtat f mais pour combattre les ennemis de l'É-
glise ; et la compagnie qa*il entreprit de former et dont Dieu lui inspira le dessein , fut la conipigM de Jésus-Christ : fkielis Deus, per quem vonfi estis in societatem FUUeJus Jetu CkruîL D*nlni fondateurs avant lui n'avaient point cm falemr ki règles d'une humilité chrétienne et d'une modertiB religieuse , en donnant aux saints ordres qaHh est établis les augustes noms de Padorable Trinité, èi Saint-Esprit , des personnes divines; et e^est sor h modèle de ces grands hommes, et par la même inspiration d'en haut, que saint Ignace de Loyola dMisit pour la compagnie dont il a été Tiiistîtotev, Tadorable nom de Jésus. Quoi qu*il en soit, bbi cbers auditeurs, nous allons Toir, coofonuéaMSt aux paroles de mon texte, la fidélité de Dieu dans la vocation d'Ignace, et la fidélité d*Igoaee à wmm la vocation de Dieu. Dieu fidèle en appelant Ignaei à la compagnie de son Fils ; ce sera la première pa^ tie : Ignace fidèle en répondant à Dieu qui rappelait; ce sera la seconde. De l'une et de rsotn nous apprendrons ce que nous poiiTons attsoàt de Dieu et ce que Dieu attend de nous dans les eosditions où il nous fait entrer : voilà tout le snjct de ce discours. Vierge sainte, c'est sous tos aai* pices que cet honune apostolique renonça lu monde, pour se dévouer à ce Sauveur que tous aves porté dans votre chaste sein. Ce fut un des plus lélés dé* fenseurs de vos glorieux privilèges et de votre enlte: vous m'accorderez , pour le louer dignement , le s^ cours que je vous demande. Ave, Maria.
Je dis que Diea, dans la vocation de saint Ignaee, s'est montré merveilleusement fidèle : Fïdelis Dm. Mais envers qui cette fidélité a-t-elle paru? Pramièrement, envers l'Église, pour l'intérêt de laquelle Dieu suscita ce grand homme, lorsqu'il lui Inspin le dessein d'une vie apostolique ; secondement, envers Ignace même, quand Dieu le rendit capable de soutenir cette sainte entreprise, et que, par des dons de grâces extraordinaires , il le mit ci état de l'exécuter : voilà l'idée générale de cette première partie.
Quand Ignace fut appelé de Dieu aux fonctîoos de l'apostolat, vous le savez, chrétiens, l'Egliie avait besoin de secours , et Dieu par fidélité était engagé à lui en fournir. C'était un temps où rhérésie s'élevait de toutes parts, et déjà commençait à souffler le feu de ces fameuses rébellions dont les restes fument encore. Or le Fils de Dieu ayant promis aothentiquement à son Église que jamais les portes de l'enfer ne prévaudraient contre elle , il ne pouvait lui manquer dans une pareille rencontre ; et en cooséquence de sa parole , il lui devait donner de nouvelles forces pour la défendre. Je ne prétends point vous ûdre entendre par là que saint Ignace ait été 00
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bomme nécessaire à l'Église de Jésus-Christ; non, chrétiens, ce n'est point là ma pensée : je dirais bien plutôt de lui ce que saint Grégoire, pape, disait en général des hommes apostoliques, dans une în»tmetion qu'il leur adresse : l'Église de Jésus-Christ « été nécessaire à Ignace , parce qu'Ignace n'a pu se sanctifier que dans FÉglise de Jésus>Christ; mais Ignace n'a point été et ne pourait être nécessaire à l'Égliae de Jésus-Christ, parce que l'Église de Jésus- Christ a hien pu se passer d'Ignace et se conserver aani hii. Il est vrai, mes cbers auditeurs : mais ausû finrais-je tort à saint Ignace, et en quelque aorte à Dieu même, si je ne disais qu'Ignace , tout aerriteor inutile qu'il était, fut choisi de Dieu pour Ja défense de l'Église, et que sa vocation a été l'un des moyens que Dieu avait préparés pour fiiire voir à son Église qu'il ne l'abandonnait pas , et qu'il voulait lui être fidèle : JFÏdelis Deu$, per quem vocaU estis.
Reconnaissez-le d'abord, chrétiens, par un trait admirable de la Providence : bien d'autres en ont fût la remarque; et c*est pour cela même qu'elle fiaratt plus vraie, et que je puis avec plus de raison la fiure à présent. Tandis que Luther lève l'étendard contre l'Église, et lui déclare la guerre. Dieu touche le cœur dlgnace , et rappelle pour l'opposer à cet hérésiarque. Quelle fidélité. Seigneur! Ainsi en aviez-vous autrefois usé, faisant nattre un Augustin en Afrique, le même jour que Pelage, l'ennemi de votre grâce , était né dans l'Angleterre , et n'ayant jamais permis, dans la suite des siècles, que votre Église fût attaquée par un nouveau persécuteur, sans lui procurer d'ailleurs et en même temps un nouveau défenseur. Ainsi , dis-je, 6 mon Dieu! avez-vous toujours gardé la foi à cette divine épouse : et ne semble-t-il pas que vous ayez voulu loi en donner un gage particulier dans la vocationd'Ignace? Fidelis Deus. En effet , qu'est-ce quignace , selon les vues de Dieu? C'est un homme né pour la destruction de rhérésie, voilà son caractère; fondateur d'un institut dont l'essence est de combattre les ennemis de la foi, comme il est déclaré dans les bulles des souverains pontifes, voilà sa profession; de qui tout le zèle a été employé pour TÉglise, à étendre ses conquêtes, à faire observer ses lois, à maintenir l'usage de ses sacrements, à inspirer au peuple du respect pour ses cérémonies , à eonserver les fidèles dans son obéissance , à y ramener les hérétiques, sans que pour cela il ait jamais épargné ni soins, ni travaux, ni force, ni crédit, ni repos , ni santé , ni réputation , ni vie ; voilà quels ont été les emplois dlgnace : un homme qui, dans Tordre qu'il a établi , ne s'est proposé que de transmettre ce zèle à un nombre infini de successeurs, o'esVà-diredepréparer à toutes les Églises du monde des SBissîonnaîres fervents , des prédicateurs évan-
géliques, des hommes dévoués à la croix et à la mort, des troupes entières de martyrs dont il a été le père; voilà les fruits de sa compagnie. Encore une fois , mes chers auditeurs , un homme de ce caractère dans un temps où le schisme et l'erreur entreprenaient de renverser tout et de tout perdre, n'était-ce pas un secours manifeste que Dieu réservait à son Église, et ce secours ne doit-il pas être considéré comme une marque sensible de la fidélité de Dieu pour elle? Fideiis Deus. * Ah ! chrétiens , permettez-moi de le dire ici , c'est de là qu'est venue toute la haine des hérétiques contre la personne et le nom d'Ignace; voilà ce qui a rendu son institut et ce qui rend encore ses enfiints si odieux à nos religionnaires. Je ne sais pas, mes frères, disait Jérôme, par quelle fieitalité il arrive que tous les ennemis de l'Église sont les miens ; mais j'en bénis Dieu, et c'est une gloire pour moi que mon nom soit déchiré par ceux qui déchirent la robe de Jésus-Christ. On vient de me dire qu'Helvidius a écrit depuis peu contre moi une sanglante satire; mais je me console, puisque c'est avec la même plume qm' a écrit des blasphèmes contre Marie : car quel avantage que Jérôme, qui est le serviteur, soit traité comme la mère! Ut eodem quo Marim detraxU ealamo , me iaceret; et canhîam facundiam tervus D<nnini pariter expetiatur et mater! (Hibb.) Vous faites assez vous-mêmes, chrétiens, l'application de ces paroles. Si saint Ignace était demeuré dans la grotte de Manrèze, s'il s'était contenté de pleurer et de faire pénitence pour les péchés du monde, s'il avait fondé un ordre de solitaires, son nom, même parmi les hérétiques, serait en bénédiction : mais il a parlé contre les ennemis de l'Église; mais sa vocation a été de se présenter au vicaire de Jésus-Christ et de se consacrer par état aux missions du siège apostolique; mais Dieu a voulu qu*il levât des troupes auxiliaires pour combattre l'hérésie; avec cela ne devait-il pas s'attendre aux plus violentes persécutions? et en cela même n'a-t-il pas été une preuve vivante de la fidélité de Dieu envers son Église , à qui le ciel avait destiné un homme si ferme, si constant, si zélé pour la secourir? Tout ceci est général; disons quelque chose de plus marqué.
Ce que j'admire davantage dans la vocation de saint Ignace, c'est la conduite que la Providence y a fait paraître pour retrancher la source des maux dont son Église était affligée. Car, prenez garde, chrétiens, de plusieurs désordres d'où l'hérésie avait pris naissance, le principal était celui-ci : l'ignorance des choses de la foi , qui régnait parmi les peuples, jointe à la mauvaise éducation de la jeunesse. Consultez les écrivains qui en ont parié : voilà la porte par où entra le démon de rerreor pour porter ses coups à FÉgliM et |
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lîgion. Mais que fait Dieu en suscitant Ignace? Il donne h FËglise un préservatif contre ce mal «i dangereux et si pernicieux ; car à quoi Ignace est-il spécialement appelé, et pour quelle fin? pour enseigner, pour instruire, pour apprendre aux peuples à connaître ce quMIs sont, pour déraciner de leurs esprits Tignorance de nos mystères, pour y jeter les premières semences de la doctrine de la foi, en un mot, pour former de vrais chrétiens, de même que le prophète avait été envoyé pour servir de maître aux nations : Ecce dedi prxceptorem gentibus, ( ISÀi., 55. ) Cest pour cela que parmi les grandes affaires dont il était chargé, et sur lesquelles on le consultait de toutes parts comme un oracle, il faisait une de ses plus importantes occupations d'aller dans les rues de Rome catéchiser la populace, d*expliquer aux simples les points de la foi, d*assembler les femmes et les enfants dans les places publiques, pour leur donner les principes du salut : spectacle qui seul attirait toute la ville , jusques aux prélats même et aux cardinaux , à qui il prêchait par Fexemple de son humilité, tandis quMl instruisait les autres et qu*il les touchait par la vertu de sa parole. C'est pour cela que lorsqu*Ignace envoyait ses frères au secours de quelque Église, il leur reconmiandait avant toutes choses le soin du catéchisme; les avertissant que c'était là ce qui avait converti le monde, que la science du catéchisme avait été celle des apôtres , que l'Évangile n'avait été d'abord annoncé que par le catéchisme, que, s'ils voulaient donc se rendre utiles à l'Église de Dieu, ils devaient négliger toute autre fonction plutôt que celle du catéchisme , et se souvenir que , selon la parole du Fils de Dieu même , une des preuves de la mission de Jésus-Christ fut d'évangéliser les pauvres : PauperesevangeUzarUur. (Matth., 1 1 .) C'est pour cela qu'il a voulu que toute sa compagnie se fît un devoir particulier de l'instruction de la jeunesse. L'hérésie avait pris pour maxime de commencer par là et de s'emparer des jeunes âmes, afin de les corrompre plus aisément; Ignace lui en ôte le moyen et lui enlève cet avantage. En effet, il y avait déjà dans l'Église chrétienne de grands et de florissants ordres institués pour prêcher la parole de Dieu. Saint François et saint Dominique en avaient établi deux dont le succès remplissait toute la terre ; mais il n'y en avait point encore qui , par profession*, fût engagé à ce divin emploi de former la jeunesse et de la sanctifier. Or, c'est le secours que Dieu, par un effet de sa fidélité, préparait à son Église dans la personne d'Ignace; tellement que ce saint fondateur pouvait dire, après le Sauveur du monde : SinUe parmUos venire ad me ( Mabc, 10) : Laissez venir à moi ces âmes innocentes , puisque Dieu m'a fait l'honneur de me choisir pour \e^ cultiver. Enfin , c'est pour cdê que Dieu donna ordre à Ignace de
fonder des collèges et des écoles publiques, non point précisément pour y enseigner les sciences profanes , il était trop rempli de celle des saints ; non point pour des intérêts temporels, il y avait renooeé en quittant le monde; mais pour nourrir dans la vertu de jeunes enfants plus suseeptibles , à cet âge tendre, des saintes impressions qu'ils reçoivent, et pour leur faire sucer de bonne heure le lait de la piété. Ah ! chrétiens , quels fruits de grâce cette divine institution n'a-t-elle pas produits? eombîea d'âmes ont été garanties de l'enfer? combien de villes et de provinces ont été maintenues dans rintégrité de la foi ? combien d'États ont été préservés de la contagion de l'hérésie? Car il est remarquable que dans tous les lieux du monde où cette institution a été reçue, jamais l'hérésie n'a dominé, et qu'elle y est bientôt tombée en décadence; d'où je conclus que Dieu, en appelant saint Ignace, s'ert montré fidèle, non-seulement à toute l'Église en général , mais à toutes les parties qui la composent: fidèle à tous les royaumes de la chrétienté, fidèle à toutes les nations de la terre , fidèle à tous les ordres de la république, fidèle à tous les âges et à toutes les conditions des hommes, puisqu'il n'y a pas une condition ni un âge, pas une nation ni us empire , à qui ce grand saint , en conséquence de sa vocation , n'ait consacré son travail et ses services : FideUs Deus , per quem vocati esUs in sodetatm Filii ^us Jesu ChHsU Domini nostri.
Mais allons plus avant, et voyons de la part de Dieu une autre espèce de fidélité à l'égard même d'Ignace. Quel mystère, mes chers auditeurs, et quelle conduite! Ignace est appelé de Dieu, mais à quoi? à une fin dont il paraît absolument incapable; à une entreprise pour laquelle il n'a ni talent, ni ouverture, ni disposition d'esprit. Il est destiné à diriger les âmes, et c'est un soldat élevé dans les exercices de la guerre et sans usage des choses divines. Il est question d'instruire les peuples, et Dieu prend un homme sans lettres et sans études. Il s'agit d'instituer un grand ordre, et de former un corps de religion qui se répande dans tout l'univers; mais Ignace est seul, destitué de crédit et de forces, réduit à une pauvreté extrême, qui l'a dépouillé de tout ce qu'il était selon le monde. Hé! Seigneur, pouvait-il dire aussi bien que Jérémie, où m'envoyez- vous, et qui suis-je? je ne fais qae de naître à votre grâce. A peine ai-je ouvert les yeux pour vous connaître : je ne suis encore qu'on enfant; et quand il faut parler de vous, je ne sais pas prononcer une parole. Comment donc me eoafiez-vous un tel ouvrage? Tu l'entreprendras, hû répond le Seigneur, et tu en viendras à bout. lie dis point que tu es un enfant : NoH dicere, puer stmi ( Jbbbm., 1 }; car il est de ma fidélité, après t'avoir choisi , de te donner tous les moyens aéces-
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pour raccomplissement de ce grand dessein. , chrétiens, n'est-ce pas un miracle que tout e le Seigneur opère dans Ignace presque au nt de sa conversion, pour en faire un instrupropre à avancer la gloire divine et h proeusalut des âmes? Ignace n'est pas plutôt entré «tte solitude où il fut d*abord conduit par it de Dieu , que le voilà comme transformé m autre homme. Il a passé toute sa vie dans irras de la cour et le bruit des armes : et dans itant il est rempli de doos extraprdinaires; il la grâce d'une oraison sublime; les jours et its suffisent à peine pour contenter le goût trouve. Il y emploie les semaines entières, sans aliment ni autre soutien : tant il est absorbé B saint exercice. Ce ne sont que ravissements , ases , où son corps parait élevé de terre; Dieu ouvre à lui par les communications les plus !S; il voit sensiblement Jésus-Christ dans le ce de Tautel ; il traite avec la reine des anpénètre jusque dans le sanctuaire pour y conir Dieu même, et la trinité de ses personamais cet adorable mystère ne fut révélé à un e mortel plus clairement qu'à Ignace; il sem- 3 ce soit un saint Paul transporté dans le ciel , îssant déjà de la vision bienheureuse. Luiproteste qu'après ce qu'il a vu, il est prêt à r pour la foi, quand il n'y aurait plus d'É- 3, ni de tradition. D'où vient ce changement, 3ns? C'est qu'Ignace, pour remplir sa vocaloit être un homme de Dieu; et parce qu'il a >qu'à présent tout autre, il faut que Dieu en m homme nouveau. Or, il le fait par cette ion de lumières et de grâces; et c'est en cela que consiste la fidélité de Dieu envers ce saint rche.
s ce n'est point assez qu'Ignace soit éclairé ui-même : il faut encore qu'il le soit pour les , et Dieu en a-t-il pris soin ? Lisez, mes chers urs, lisez ce livre admirable des Exercices I saint solitaire composa dans sa retraite; ce ui a reçu tant d'éloges dans i'Ëglise de Dieu; e dont les souverains pontifes ont voulu être irobateurs, à qui le saint-siége a donné des et des privilèges si authentiques; ce livre usage a produit tant de conversions et de illes dans le monde; ce livre dont les fruits Qoore aujourd'hui si abondants, et dont l'exe méthode se pratique avec tant de succès i christianisme. Voyez s'il y a rien de plus so- )ur la conduite des âmes, rien de plus prudent es règles de la foi , rien de plus certain pour emement des esprits , rien de plus relevé pour iximes du salut. Qui fut l'auteur de cet ou- * Ignace. Mais quel Ignace? permettez-moi de ainsi. Est-ce Ignace consommé dans la vie spi-
rituelle, après plusieurs années depuis sa pénitence? non ; mais Ignace sortant du monde, mais Ignace un mois après avoir quitté l'épée et s'être donné à Dieu. Cela ne tient^il pas du prodige? mais ce prodige, c'est une fidélité que Dieu croit devoir à la personne de son serviteur. Il l'a choisi pour l'instruction des peuples : dès là sa providence Toblige à lui donner toutes les connaissances des plus grands mattres : FideUs Deus, per quem vocati esHs.
11 y a pins : Ignace est un étranger, c'est un mendiant, c'est un inconnu; il n*a ni accès dans Rome ni pouvoir. Il n'Importe : Va, lui dit Dieu, va dans cette capitale de l'univers; c'est là que j'ai bâti mon Église; etc'est laque tuformerasunecompagniedont je serai spécialement le chef. Ne mesure point l'en* treprise par tes forces : plus tu es faible , mieux elle réussira. Toutes les puissances s'y opposeront, celles de l'enfer et celles de la terre , la sagesse des politiques, la passion des intéressés, le zèle des uns, la malice des autres ; on te rejettera comme un miserable, on t'accusera comme un novateur, on te condamnera commeun ambitieux; mais je te serai fidèle : Ego iibi Romx propUius ero.
Ce sont ici, chrétiens, les propres paroles que saint Ignace entendit de la bouche de Jésus-Christ même, quand ce Dieu sauveur se fit vohr à lui dans cette oélèbre apparition dont il l'honora pour l'animer à poursuivre constamment la fondation de son ordre. Paroles que des esprits profanes ont voulu corrompre par une licence qui approche de l'impiété; mais paroles éternellement glorieuses à ce saint instituteur, qui reçut une assurance de la protection divine pour le lieu même où Dieu l'avait d'abord donnée à saint Pierre et à toute son Église : c'était un oracle que ces paroles, et vous en savez l'issue. Jamais ordre ne fut plus combattu que celui d'Ignace dans son institution, et jamais ordre ne fut approuvé avec des marques plus sensibles de la Providence. Les cardinaux s'assemblent pour l'examiner, et tousse sentent divinement émus et comme forcés à l'autoriser. L'un d'eux, tout déclaré qu'il était contre le dessein d'Ignace, avoue enfin qu'il n'y peut plus résister, et qu'il y reconnaît malgré lui le doigt de Dieu. On fait paraître ce pauvre, ce nouveau venu : il est admis honorablement par le pape , on le reçoit au nombre des fondateurs et des patriarches de l'Église, on lui expédie des bulles , on lui donne des pouvoirs , sa compagnie prend naissance : et qu'est-ce que cela, si ce n'est pas toujours un effet de l'inviolable fidélité de Dieu? Fidelis Deus, per quem vocati estis.
Mais Dieu souffre qu'Ignace soit persécuté : voilà ce que l'incrédulité de tout temps a produit contre la Providence sur les âmes justes. Hé bienl chrétiens, que concluez-vous de là? Ignace a vécu dans la persécution : donc Dieo ne M^f^ ^^ ^4^
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Ahl gardons-nous de tirer cette conséquence si opposée aux principes de notre foi; autrement, il fiiudrait dire que Dieu n*a pas même été fidèle à son Fils, et que de tous les saints qui jouissent de la gloire, il n*y en a pas-un qui ne pût former contre la proTÎdence de Dieu la même plainte. Non, mes chers auditeurs, ne raisonnons point de la sorte. Dites plutôt avec moi que les persécutions furent pour saint Ignace les plus éridents et les plus illustres témoignages de la fidélité de son Dieu , et Yous parierez en dirétiens.
Car pourquoi ce grand saint a-t-il souffert tant de contradictions et de violences , a-t-il essuyé tant d*oatrages, a-t-il été noird de tant de calomnies? ne vous l'ai^je pas dit d'abord? Ce fut pour Tintérét de Dieu et pour sa justice. L'eût-on déféré à Baroeloae comme un visionnaire et un Illuminé, s'y n'eût pas embrasé tous les cœurs par ses exhortations ferventes et pathétiques? L'eût-on confiné à Alcala dans un cachot obscur, s'il n'eût pas réduit des fenunes très-qualifiées aux saintes rigueurs de la pénitence, en les ramenant de leurs desordres? Lui eût-on préparé dans Paris le traitement le plus indigne, s'il n'eût pas gagné à Dieu des hommes apostoliques pour être les compagnons de son lèle? N'est-ce pas en haine de la conversion de François Xavier, qu'on attenta sur sa personne? D'où lui vint cette tempête qui se forma contre lui à Rome par un parti nombreux et puissant, sinon parce qu'il s'était hautement déclaré contre un prédicateur qui prêchait le luthéranisme ? Mille autres semblables sujets, n'est-ce pas ce qui lui a suscité tant de persécutions? Or je vous demande, souffrir de la sorte , était-ce une marque que Dieu lui fût infidèle, puisque les persécutions sont les grâces les plus exquises dans l'ordre de la prédestination des saints, puisque leurs souffrances sont regardées dans le christianisme conune une béatitude, puisqu'il est certain que dans tout l'Ëvangile Jésus-Christ les a spécialement promises à ceux qui seraient les hérauts de sa gloire? Dites-moi , mes chers auditeurs , si c'était abandonner Ignace, que de le faire participer au sort des apôtres etdes élus ? Mais d'ailleurs quand Dieu ajoute à tout cela une protection visible et éclatante, et que par des ressorts inconnus aux hommes, mais infaillibles, il fait tourner la persécution à la gloire de ce saint homme; quand Dieu lui donne la grâce, comme à un autre Joseph, de régner, pour ainsi dire, dans sa prison, d*y attirer les peuples, d'y enseigner, d'y exhorter, d'y convertir les âmes; quand on dit publiquement à Alcala , que pour voir saint Paul dans les chaînes, il n'y a qu'à voir Ignace dans les fers; quand il sort des cachots de Salamanque avec une approbation juridique de sa doctrine, ce qui iiff gagoê un nombre infini de «ecuteurs; quand
Dieu change en un moment le cœur de c prétendaient le déshonorer dans l'unlverrit m , et qu'au lieu de le traiter aussi rigoora qu*ite se l'étaient proposé, ils se jettent k sei publient son innocence et font un âo| vertu ; quand ses persécuteurs dans Rome: nis de Dieu par des châtiments exempimi mille autres traits de la Providence dons demment à connaître avec quelle attentk veillait sur lui et le soutenait dans ki tr peut-on dire qu'il en eût été délaissé : et conséquence toute contraire , ne fouMI pi naître que Dieu jamais ne fut phis fidèle ; que.dans les croix et les afiDictions? FIM per quem vocaU esUt in soeietatem Jenti Or, pour tirer de cette première partie instruction dont nous puissions profita, it chers auditeurs, comment Dieu nous se à nous-mêmes dans les conditions où il i pelle, et où nous entrons par les ordres el conduite de son adorable providence. Prenc s'il vous plah : je ne dis pas que Dieun fidèle dans les conditions où nous nous se gagés de nous-mêmes sans le consulter égard à ses desseins : je ne dis pas qu'il d fidèle dans ces états et dans ces ministères nous serons ingérés, non selon son gré, m le nôtre, selon le caprice qui nous guide, si térét qui nous attire, selon l'ambition c pousse, selon le plaisir qui nous flatte : si ne dis pas qu'il nous sera fidèle dans ces o dangereuses où la seule passion nous eon où la seule passion nous retient. Car de ( délité nous peut-il être redevable, lorsqu'il a rien promis , c*est trop peu , lorsqu*il nous expressément menacés de retirer son secoi nous en priver? Je dis donc seulement q sera fidèle, quand ce sera lui qui nous ai sis , et que nous nous conformerons à se quand ce sera lui qui nous aura envoyés nous aurons ses divines volontés à exécuti ce sera lui qui nous aura appelés, et c ne suivrons point d'autre vocation que \ Oui, chrétiens, c'est alors que notre 0 sera fidèle , qu'il fera descendre sur noi dance de ses grâces, qu'il nous éclairera mières, qu'il nous revêtira de sa force, < garantira du péril, qu'il nous consolera peines, qu'il fera tout réussir à sa gloir notre salut : car voilà ce qu'il ne nous pe sans blesser tout à la fois et sa bonté , et s: et sa justice, sans manquer à la parole qu'i solennellement donnée, et que tantd'exe confirmée. Cependant observez bien encc messe que je vous fais de sa part , et prem le sens. Je ne prétends pas qu'il fera toujoc
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«hoses selon nos idées humaines, et que nous urons point de combats à livrer, point d*obstai à surmonter, point même de mauvais succès , Ml le monde, à supporter. Ce n*e8t point là ce U a voulu nous faire entendre, en nous assurant 'il serait avec nous, et que nous pourrions touurs compter sur son assistance.
Hais je prétends que, soit que nos entreprises Deèdent selon nos vues , ou qu'elles échouent , soit m nous soyons dans Festime publique ou dans le Ipris, quoi qu*il arrive, il saura tirer de tout sa lire, et faire tout servir à notre avancement et à lue sanctification ; mais une telle fidélité de la part IMea n'est pas ce que nous demandons. Nous vou- OBS qu'il nous fût fidèle pour nous élever, pour is distinguer, pour nous faire en tout paraître c éclat. La moindre difficulté qui nous arrête, Qonidre disgrâce qui nous humilie, le moindre en qui nous dérange , c'est assez pour troubler K« foi et pour nous fieiire accuser la providence S&etgneur. Si ie saint patriarche dont je fais Téloge eût jugé comme nous , il eût bientôt abandonné avrage qu'il avait entrepris et commencé; il eût : devoir céder à tant d'orages et à de si rudes tem- «» dont il se vit assailli : mais au plus fort de la *«écution, ^ espéra', comme Abraham, contre fcférance même; car il savait que Dieu a des voies Kvètes qu'il n'est pas obligé de nous révéler, et e quand il paraît plus éloigné de nous c*est soust alors qu'il en est plus près. Agissons donc fie confiance; et sûrs que Dieu nous sera fidèle inme à Ignace, soyons nous-mêmes, comme laee, fidèles à Dieu : c'«st le sujet de la seconde nie.