‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 190 sur 232 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Saint Paul écrivant aux Corinthiens, leur fait en IB de paroles le portrait et l'éloge d'un homme lOftoUque, quand il leur dit que c'est le ministre I Jésus-Cbrtst et le dispensateur des mystères de \Ba:Sicnos exisUmet homo ut ministros ChrUti dispm$ator€M mysteriorwn Dei. (1. Cor., 4.) !5, vous savez, mes frères , ajoute ce grand apôtre ie, lorsqu'il a'agit d'un dispensateur, la première ooe qu'on attend de lui , c*est la fidélité à son mal- I : Hic Jam quxritur inter dispensatoret , ut !eUs quU inveniaiur. (Ibid.) Selon qu'il a plus ou jins été fidèle, nous le jugerons plus ou moins pie de louanges et des récompenses attachées à B ministère- Prenons nous-mêmes cette règle, mes mn auditeurs, pour nous former une juste idée i mérite et de la gloire de saint Ignace. Il fut apié à cette excellente fonction de ministre du Dieu tant pour la défense de l'Église et pour le salut ss peuples. Voyons donc si , dans la discussion de 1 vie, il se trouvera tel que le veut saint Paul , ou

car

plutôt que Dieu lui-même le demandait : Utfidelit quU inveniatur. Car il ne suffisait pas que Dieu parût fidèle envers lui, il fallait qu'il répondît à Dieu, qu'il remplît la vocation de Dieu, et qu'il fût ainsi fidèle à Dieu. Fidélité tellement nécessaire, que Dieu , tout puissant qu'il est , n'en pouvait fieiire sans cela un parfait ministre de l'Evangile : comprenez, s'il.vous plaît, ma pensée. Dieu sans cela en pouvait faire un prophète et un homme de prodiges : c'est-à-dire que Dieu sans cela pouvait lui donner la connaissance de l'avenir, et lui faire voir dans le futur les événements les plus éloignés , qu'il a vus , en effet, et prédits plus d'une fois; que Dieu pouvait le rendre terrible aux démons , qu'il a mis en fuite d'une seule parole et chassés des corps; que Dieu pouvait répandre sur son visage une splendeur toute miraculeuse, et semblable à celle des bienheureux, état où saint Philippe de Néri témoigna l'avoir aperçu ; que Dieu pouvait lui conférer la grôce des guérisons qu'il a souvent opérées pendant sa vie, et qu'il opère encore après sa mort : enfin, que Dieu pouvait lui communiquer même la vertu et le pouvoir de ressusciter les morts , témoin celui de Barcelone, dont il est parlé dans la bulle de sa canonisation. Pour tout cela, il ne fallait que la seule fidélité de Dieu, parce qu'Ignace proprement ne contribuait en rien atout cela ; mais tous ces avantages et toutes ces grâces n'étaient point assez pour former un ouvrier évangélique , et un digne ministre du Seigneur. U lui fallait quelque chose de plus ; et quoi? Ah! chrétiens, il fallait surtout que ce fût un homme mort à lui-même; un honune crucifié au monde et à sa chair; un homme zélé pour la gloire de Dieu, et prêt à tout entreprendre et à tout sacrifier pour elle ; un homme à qui le salut des âmes fût plus cher que toutes les choses de la terre , que son repos, que sa santé, que sa vie même. Voilà comment la fidélité du serviteur devait seconder la fidélité du maître qui l'employait, et comment elle ra secondée en effet. Ten ai les preuves que je tire de rhistoire de ce grand saint, et que je vous prie de bien écouter.

En quoi consiste le vrai caractère d'un ministre et d'un dispensateur fidèle? En deux choses, répond saint Jean-Chrysostôme, interprétant les paroles de saint Paul : savoir, dans le soin quMl prend d'ac* quérir toutes les dispositions que requiert son ministère, et des^en rendre eapable, c'est la première; et dans le zèle qu'il fait paraître à s'acquitter de son ministère et à ne rien épargner pour en remplir toute la mesure, c'est la seconde. Quiconque en use de la sorte dans l'administration des dons de la grâce qui lui ont été confiés, peut être regardé comme un véritable dispensateur de la maison de Dieu. Or, si cela est, j'ose dire que jamais homme ne mérita cette éminente et glorieuse qualité avec plus de jui-

POUB LA FÊTE DE SAINT IGNACE DE LOYOLA

Ahl gardons-nous de tirer cette conséquence si opposée aux principes de notre foi; autrement, il fiiudrait dire que Dieu n'a pas même été fidèle à son Fils, et que de tous les saints qui jouissent de la gloire, il n*y en a pas un qui ne pût former contre la providence de Dieu la même plainte. Non , mes cfaers auditeurs, ne raisonnons point de la sorte. Dites plutôt avec moi que les persécutions furent pour saint Ignace les plus évidents et les plus illustres témoignages de la fidélité de son Dieu , et vous parlerez en chrétiens.

Car pourquoi ce grand saint a-t-il souffert tant de contradictions et de violences , a-t-il essuyé tant d'outrages , a-t-il été noirci de tant de calomnies? ne vous l'ai-je pas dit d'abord? Ce fut pour l'intérêt de Dieu et pour sa justice. L'eût-on déféré à Barcelone comme un visionnaire et un illuminé, s'il n'eût pas embrasé tous les cœurs par ses exhortations ferventes et pathétiques? L'eût-on confiné à Alcala dans un cachot obscur, s'il n'eût pas réduit des femmes très-qualifiées aux saintes rigueurs de la pénitence, en les ramenant de leurs desordres? Lui eût-on préparé dans Paris le traitement le plus indigne, s'il n'eût pas gagné à Dieu des hommes apostoliques pour être les compagnons de son lèle? N'est-ce pas en haine de la conversion de François Xavier, qu'on attenta sur sa personne? D*où lui vint cette tempête qui se forma contre lui à Rome par un parti nombreux et puissant, sinon parce qu'il s'était hautement déclaré contre un prédicateur qui prêchait le luthéranisme? Mille autres semblables sujets, n'est-ce pas ce qui lui a suscité tant de persécutions ? Or je vous demande, souffrir de la sorte , était-ce une marque que Dieu lui fût infidèle, puisque les persécutions sont les grâces les plus exquises dans l'ordre de la prédestination des saints y puisque leurs souffrances sont regardées dans le christianisme conune une béatitude, puisqu'il est certain que dans tout l'Ëvangile Jésus-Christ les a spécialement promises à ceux qui seraient les hérauts de sa gloire? Dites-moi , mes chers auditeurs , si c'était abandonner Ignace, que de le faire participer au sort des apôtres et des élus ? Mais d'ailleurs quand Dieu ajoute à tout cela une protection visible et éclatante, et que par des ressorts Inconnus aux hommes, mais infedllibles , il fait tourner la persécution à la gloire de ce saint homme; quand Dieu lui donne la grâce, comme à un autre Joseph, de régner, pour ainsi dire, dans sa prison, d'y attirer les peuples, d'y enseigner, d'y exhorter, d'y convertir les âmes; quand on dit publiquement à Alcala , que pour voir saint Paul dans les chaînes, il n'y a qu'à voir Ignace dans les fers; quand il sort des cachots de Salamanque avec une approbation juridique de sa doctrine, ce qui lui gagné un nombre infini de sectateurs; quand

Dieu change en un moment le cœur de cen fl|i'^>^ prétendaient le déshonorer dans l'université éellfvroi ris, et qu'au lieu de le traiter aussi qu*ite se l'étaient proposé, ils se jettent k sa publient son innocence et font un éloge étûfià a vertu; quand ses persécuteurs dans Romesoit ftf !^ » nis de Dieu par des châtiments exemplaires; mille autres traits de la Providence donnei demment à connaître avec quelle attentioiliÉ >Boèd veillait sur lui et le soutenait dans les tmcai, F » peut-on dire qu'il en eût été délaiasé : et per conséquence toute contraire , ne fout-il pas ra»!^ naître que Dieu jamais ne fut plus fidèle k ^MH^l'^ que.dans les croix et les afiDîctions? FldekiDmJik ^ perquemvocaae$iUin$oeietatemIesuaMVÎ^

Or, pour tirer de cette première partie . instruction dont nous puissions profiter, vodà,îilK9C cfaers auditeurs, comment Dieu nous sera Hnk^ à nous-mêmes dans les conditioDS où II nouiif pelle, et où nous entrons par les ordres et sovhlio conduite de son adorable providence. PreneigHèiUë

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s'il vous plaît : je ne dis pas que Dieu fidèle dans les conditions où nous nous gagés de nous-mêmes sans le consulter et «i égard à ses desseins : je ne dis pas qa*il nous «n fidèle dans ces états et dans ces ministères où nm nous serons ingérés , non selon son gré , mais wêm le nôtre , selon le caprice qui nous guide , selon Retérêt qui nous attire, selon TamblUon qui bni pousse, selon le plaisir qui nous flatte : surtout ji ne dis pas qu'il nous sera fidèle dans ces occasioDS dangereuses où la seule passion nous conduit, et où la seule passion nous retient. Car de quelle fdélité nous peut-il être redevable, lorsqu'il nenov a rien promis , c'est trop peu , lorsqu'il nous a méoe expressément menacés de retirer son secours, etde nous en priver? Je dis donc seulement qu'il ooos sera fidèle, quand ce sera lui qui nous aura dmisis , et que nous nous conformerons à son cboli; quand ce sera lui qui nous aura envoyés, et qv nous aurons ses divines volontés à exécuter; quasi ce sera lui qui nous aura appelés, et que noos ne suivrons point d'autre vocation que la sieoae. Oui, chrétiens, c'est alors que notre Dieu DO0 sera fidèle , qu'il fera descendre sur nous Faboadance de ses grâces, qu'il nous éclairera de ses Inmières, qu'il nous revêtira de sa force, qu'il aoos garantira du péril, qu'il nous consolera dans Mt peines, qu'il fera tout réussir à sa gloire et pour notre salut : car voilà ce qu'il ne nous peut icÂiier sans blesser tout à la fois et sa bonté , et sa sagesee, et sa justice, sans manquer à la parole qu'il nous as solennellement donnée, et que tant d'exemples oot confirmée. Cependant observez bien encore h promesse que je vous fais de sa part , et prenes-en Un le sens. Jene prétends pas qu'il fiera toujours réoisir

POUR LA FÊTE DK SAINT IGNACE DE LOYOLA

dioMS selon nos idées hammnes, et que nous

point de combats à livrer, point d*obsta-

à sonnonter, point même de mauvais succès ,

le monde, à supporter. Ce n*est point là ce

nu a voulu nous foire entendre , en nous assurant

il serait avec nous, et que nous pourrions ton-

compter sur son assistance.

3ùÛ8 je prétends que, soit que nos entreprises t selon nos vues , ou qu'elles échouent , soit nous soyons dans Festime publique ou dans le , quoi qu*il arrive, il saura tirer de tout sa , et fjEiire tout servir à notre avancement et à sanctification ; mais une telle fidélité de la part Diea n'est pas ce que nous demandons. Nous vou- IBS qu'il nous fût fidèle pour nous élever, pour distinguer, pour nous faire en tout parïdtre éclat. La moindre difficulté qui nous arrête, moindre disgrâce qui nous humilie , le moindre qui nous dérange , c'est assez pour troubler foi et pour nous faire accuser la providence âjlia Seigneur. Si le saint patriarche dont je fais l'éloge $4a eût jugé comme nous, il eût bientôt abandonné ^^Sréovrage qu'il avait entrepris et commencé; il eût ^ÇiVru devoir céder à tant d'orages et à de si rudes teml'WUrïï dont il se vit assailli : mais au plus fort de la r -«persécution, H espéra', comme Abraham , contre ç Tespérance même ; car il savait que Dieu a des voies . aeerètes qu'il n'est pas obligé de nous révéler, et }' ifoe quand il paraît plus éloigné de nous c'est sout ^ent alors qu'il en est plus près. Agissons donc ^ «rec confiance; et sûrs que Dieu nous sera fidèle f «oinme à Ignace, soyons nous-mêmes, conune . • Ignaee, fidèles à Dieu : c'«st le sujet de la seconde i -pwrtie.

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