POUR LE CINQUIÈME DIMANCHE
APRÈS LA PENTECOTE.
SUR LA VRAIE ET LA FAUSSE PIÉTÉ
Amen dico vobis : Nisi abundaverit Juttitia vêtira pluêquam Mcribarum et pkaritœarmm, non intrabUU in rfmm cœlorum.
Je vwa dis en vérité : Si votre Jastlce D*est ta-des0iu de celle des scribes et des pliarisieos , voas D*eotrerei point dans le royaume des cieoz. Saint Luc, cbap. 3.
C'est la haute idée que Jésus-Christ nous donne de la loi évangélique et de la perfection qu'elle renferme. Vous savez, mes chers auditeurs, ce qu'étaient les pharisiens parmi les Juifs : des hommes solitaires et retirés, éloignés de la multitude et séparés du commerce du peuple; des hommes regardés comme des saints , également respectés des petits et des grands, et dont la vie exemplaire faisait tout ensemble et l'admiration et l'édification publique. Mais qui l'eût cru? malgré toute leur sainteté, le Fils de Dieu nous déclare aujourd'hui dans son lîivangîle, et nous l'assure même avec serment, amen dico vobis, que si notre piété ne surpasse encore celle de ces dévots deU synagogue, nous ne serons jamais reçus dans le royaume céleste; que la plus éminente vertu où ils paraissaient élevés ne suffît pas pour le premier degré de la perfection d*un chrétien ; et que de s'en tenir là, ce ne serait ni satisfaire à nos devoirs, ni remplir notre vocation. Parole du Fils de Dieu, qui devrait , ce semble, nous jeter dans le découragement, et nous inspirer un secret désespoir. Mais ce n'est point, mes frères, le dessein que s'est proposé le Sauveur du monde. S'il prononce des arrêts, c'est pour nous instruire, et non pour nous perdre ; s'il parle , c'est en mattre, non en juge; et s'il nous met devant les yeux l'exemple des pharisiens , c'est seulenient pour nous faire connattre quels désordres peuvent corrompre la plus apparente dévotion , et pour nous apprendre à les éviter. Sujet d'une conséquence infinie; et de tous ceux que j'ai traités dans cette chaire, ou que j'y dois traiter, voilà peut-être le plus moral et le plus utile. Nous ne sommes tous sur la terre que pour servir Dieu; c'est au service de Dieu que notre salut est attaché, c'est de là que dépend notre éternité bienheureuse ou malheureuse. Mais dans ce service de Dieu il y a deà écueils à craindre; et combien donc nous est-il important d'en avoir une pleine connaissance, afin de nous en préserver! Demandons les lumières du Saint-Esprit, et pour les obtenir adressons-nous à Marie : jive.
L*or le plus brillant n'est pas toujours le plus pur, et la piété la plus éclatante n'est pas toujours b
BCtnDALOCE. — T. II.
SUR LA VRAIE ET LA FAUSSE PIETE
plus solide ni la plus parfaite. En pouvons-nous souhaiter un témoignage plus authentique et plus sensible que celui des pharisiens et des docteurs de la loi? Leurs œuvres les plus saintes en apparence ne leur étaient pas seulement inutiles devant Dieu , mais c'étaient des œuvres expressément réprouvées de Dieu : pourquoi cela? Par trois grands désordres que nous y pouvons remarquer, et que j'entreprends de combattre dans les trois parties de ce discours. En effet, qu'était-ce que cette piété pharisienne? Une |Hété hypocrite, une piété fausse et vicieuse, premièrement dans son sujet, secondement dans sa fin, troisièmement dans sa forme. Prenez garde, s'il vous plaît : vicieuse dans son sujet , parce qu'elle alTectait une régularité scrupuleuse sur les moindres observances, tandis qu'elle négligeait les devoirs les plus essentiels. Videuse dans sa fin, parce qu'elle n'agissait qu'en vue de ses propres avantages et que pour des intérêts tout humains. Enfin vicieuse dans sa forme, parce qu'elle était tout extérieure, et qu'elle ne consistait qu'en certains dehors. Voilà pourquoi le Fils de Dieu l'a si hautement attaquée, et pourquoi il l'a si souvent frappée de ses anathèmes. Mais voulons-nous , mes frères, par une piété sincère et véritable, assurer auprès de Dieu notre salut, et nous rendre agréables à ses yeux? appliquons-nous à corriger dans nous-mêmes ces trois défauts; c'est-à-dire que notre piété soit entière, qu'elle soit désintéressée , et qu'elle soit intérieure. Entière , pour embrasser tout ce qui concerne le service de Dieu , soit grandes ou petites choses , et surtout pour ne pas préférer le conseil au précepte; désintéressée, pour ne chercher que Dieu et le royaume de Dieu , sans égard à tout ce que nous en pourrions d'ailleurs espérer par rapport au monde , et aux affaires du monde; intérieure, pour résider dans le cœur et pour partir du cœur. Si , par ces trois caractères , nous ne nous élevons au-dessus des pharisiens , si nous ne donnons à notre piété plus d'étendue, si nous ne lui proposons une fin plus noble, si elle n'a son principe dans le secret et le fond de l'âme, ne nous flattons pas qu'elle nous fasse jamais trouver grâce devant Dieu : Nisi abundaverit justitia vestra plusquam scribarum et pharUxorum, rumintrabitis in regnumcodorum. C'est de quoi je vais vous convaincre par ordre , et ce que je vous prie d'écouter avec attention.