‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 197 sur 232 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Ce n'est pas d'aujourd'hui que les mondains ont eu, sur le sujet de la piété et de la sainteté chrétienne, les plus injustes et les plus malignes idées; et c'est de tout temps qu'il s'en est trouvé d'assez aveugles ,

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ou plutôt d*as8ez pervertis , pour prétendre que la perfection évangélique , par les liaisons essentielles qu'elle a avec Thumilité , rendait les hommes incapables des grandes choses, qu'elle leur abattait le courage, qu'elle détruisait en eux les sentiments d'une noble et honnête émulation , qu'elle y affaiblissait les lumières de la prudence; en un mot, qu'en suivant ses lois ets'attachant à ses principes, il était impossible de prospérer dans le monde. Erreur renouvelée par un faux sage de ces derniers siècles, et tentation dangereuse dont l'esprit de mensonge s'est prévalu pour étouffer dans les âmes faibles les semences de la religion, etpour faire, sous le prétendu nom de politique, un nombre infini de libertins et d'impies. Il ne fallait pas une moindre autorité que celle de saint Paul, pour renverser une doctrine si pernicieuse : et ce grand apôtre ne pouvait pas mieux la confondre, qu'en lui opposant la maxime contradictoire, et soutenant que la piété, sans avoir des vues basses et intéressées, est utile à tout , Fietas ad omnia utilis (1 . Tim. , 4) , et que c'est à elle que les avantages de la vie présente , aussi bien que ceux de la vie future, ont été promis : Proniissionem habens vit» qux nunc est et/uturœ, ( Ibid. ) Mais saint Paul, avec toute son autorité, aurait eu peut-être de la peine à nous persuader cette vérité, si Dieu n'avait pris soin de nous la rendre sensible en d'illustres exemples. Et c'est, mes chers auditeurs, ce que vousallez voir encore dans l'exemple de saint Louis, qui, tout saint roi qu'il était selon l'Évangile , n'a pas laissé d'être, selon le monde, non-seulement un grand roi, mais sans contestation un des plus grands rois qui jamais aient porté le sceptre. Je dis, grand dans tous les états où la grandeur d'un souverain peut et doit être considérée : car il a été grand dans la guerre, il a été grand dans la paix; il a été grand dans la prospérité, il a été grand dans l'adversité; il a été grand dans le gou- Tcmement de son royaume, grand dans sa conduite avec les étrangers , grand dans l'estime de ses ennemis mêmes ; et tout cela par cette sainteté de vie qui reluisait dans sa personne, et qui , malgré la politique du monde, est le caractère de distinction qui l'a élevé au-dessus de tous les rois de la terre. J'ai donc droit de dire de lui , prenant la chose dans le second sens de la proposition que j'ai avancée, qu'il a été magnifique dans la sainteté : Magnificus in sanctitate. Encore un moment de votre attention.

Saint Louis, par une alliance rare, et qui ne conyient qu'aux héros , a été tout à la fois un roi guerrier, et un roi pacifique ; et comme tel il a encore paru entre les forts , semblable à celui qui s'appelle dans l'Écriture , tantôt le Dieu de la paix , et tantôt le Dieu des armées : Quis similis tui in fortibus , Domina? Mais parce que saint Louis était un héros nhrétien et formé sur le modèle de Dieu , il n'a été

guerrier et pacifique qu*en saint et en homme de Dieu : c'est-à-dire, il n'a point aimé la paix pour vivre dans l'oisiveté et dans la mollesse; et 0 n'a point fait laguerre pour chercher une fausse gloire, ni pour satisfaire une inquiète et vaine ambitioo. lia fait la guerre pour réprimer la rébellion et pour pacifier ses ÉtaU, et il à entretenu la paix dans ses ÉUts pour aller déclarer la guerre aux ennemis de Dieu. Or, par là, dans l'un et dans l'autre, il s'est acquis la réputation du plus grand roi de la chrétienté. En effet, quand je lis dans nos annales ees mémorables expéditions de saint Louis contre les princes infidèles , et ces exploits de guerre dans l'Orient, si approchants du miracle; quand je me représente ce monarque à la tête de l'armée française, forçant le port de Damiette, fusant sur un nngB ennemi la plus hardie descente qui fut jamais, et à la vue de vingt mille combattants qui s'y opposaient, se rendant , malgré toute leur résistance, maître de la place; quand je me l'imagine aux prises aveeles Turcs et avec les Sarrasins, dans ces trois fameuses batailles qu'il leur livra, et où , comme parle uo de nos historiens, il disait tout ensemble la fonetioa de soldat , de capitaine , et de général , inspirant au siens par sa pr^ence toute l'ardeur de son courage, se dégageant lui seul d'un gros d'ennemis qui le tenaient enveloppé, et sortant de là victorieux sans autre secours que celui de sa propre valeur : quand je compare tout cela avec ce qu'on nous vante des siècles profanes, je ne crains point d'exagérer, en disant que ni la Grèce , ni l'ancienne Rome n'ont jamais rien produit de plus héroïque. Mais quand je viens d'ailleurs à penser, que ce qui rendait ce grand roi si intrépide, si fier, si invincible, c'était le zèle de la cause de Dieu pour laquelle il combattait, et l'intérêt de la vraie religion qu'il défendait; ah ! chrétiens , je conclus qu'il n'est donc pas vrai que la sainteté affaiblisse le courage des hommes, et je conçois au contraire que le vrai courage et celai is parfaits héros ne peut être inspiré aux hommes qpa par la vraie sainteté.

Je sais que saint Louis , au milieu de ses glorieux succès, a eu des disgrâces et des adversités à essuyer, puisqu'il fut fait prisonnier dans le premier de ses voyages, et qu'il mourut dans le second. Mais c'est justement dans ses adversités et ses disgrâces, qu'il me paraît encore plus grand et plus supérieur à lui-même. Car je ne m'étonne pas que malgré les prodiges de sa valeur, un prince aussi généreux que lui soit tombé, dans la dialeur du combat, entre les mains de ses ennemis : ç'aété le sort des pk» grands capitaines. Mais qu'ayant été pris dans le combat, il ait soutenu sa captivité aussi dignement et aussi héroïquement qu'il la soutint; mais que dans sa prison, ces infidèles même l'aient honoré jusqu'à vouloir se soumettre à lui, jusqu'à vouloir le choisir

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ponrleur souverain; mais qu'en recoQTrant sa liberté, il ait recouvré en même temps toute sa puissance, comme nous l'apprenons de son histoire; mais qu'avant que de i^itter la terre sainte > il ait rétabli et mis en état de défense toutes les places qu'il y avait conquises; mais qu'au lit même de la mort , il ait obligé le roi de Tunis à acheter la paix à des conditions aussi glorieuses pour la France, qu'elles lui étaient avantageuses et utiles, c'est ce qui pourrait vous surprendre aussi bien que moi, si je n'aioutais que ce furent là les merveilleux effets de la piété de saint Louis et de son éminente ▼ertu : car, ce que je vous prie de bien remarquer, là les Sarrasins délibérèrent, tout prisonnier qu'il était, d'en faire leur roi, ce ne fut, dit Joinville, que parce qu'en traitant avec lui , ils ne purent se défendra d'avoir pour lui une vénération secrète ; que parce qu'en l'observant de près , il leur parut vn homme divin ; que parce qu'ils se sentirent tou- <âiés, ou, pour mieux dire, charmés de la sainteté de sa vie. Voulez-vous encore bien connaître quelle impression son édifiante et magnanime sainteté fit dans les esprits et dans les oœuc3 de ces barbares? éeonteE-le parler dans les conférences qu'il eut avec •ux : il est en leur puissance, et il s'explique devant I eux avec autant de liberté que s'il était leur mattre. I Us le tiennent captif, et c'est lui qui leur fait la loi ; r Ils lui demandent sa rançon , et il leur répond qu'il I n'y a point de rançon pour les rois ; qu'il ne refuse f pas de payer celle de ses soldats , mais que sa per- I «onne sacrée ne doit être mise à nul prix. Le sultan f «8t frappé de cette grandeur d'âme, et en passe par I où il veut. Avant que de l'élargir, on demande qu'il y s'oblige , par un serment solennel, à renoncer à sa f religion, s'il manque à sa parole ; et il déclare qu'un 1^ roi chrétien ne connaît point d'autre serment que i aa parole même , et qu'il ne sait ce que c'est que de ^ mettre sa religion en compromis sous quelque con- ^ ditioa que ce puisse être. Sur cela sa parole seule ^ est acceptée. On lui rapporte, avec effroi, que les propres sujets du sultan viennent de l'assassiner, ^ et que dans une pareille conjoncture tout est àcrain- ^ dre pour lui ; mais il demeure ferme et intrépide. il Cdui des conjurés qui a fait le coup, lui demande

0 une récompense pour l'avoir délivré de son ennemi ;

1 mais Louis, imitant la piété de David, et sans se r mettre en peine du danger où il s'expose, reproche

h ee parricide sa perfidie. Or, il n'y avait que la sainteté qui pût le soutenir de la sorte, et lui inspirer ces sentiments d'une droiture et d'une générosité toute royale. D'autres auraient du moins dissimulé : mais lui, jusque dans ses fers, il est libre; et l'esprit de Dieu qui le possède l'élève au-dessus de toutes les considérations et de tous les ménagements bomains.

Un roi si grand dans l'adversité ne devait pas

moins l'être dans la prospérité : aussi , selon le rap. port des auteurs contemporains, n'était-il rien de plus magnifique et de plus auguste que la cour de saint Louis; rien de plus pompeux que l'appareil où il se faisait voir aux jours de cérémonie. Ne surpassaitMl pas en cela tous les rois ses prédécesseurs, parce qu'il se croyait obligé de représenter en ces occasions la majesté royale dans tout son lustre, et de paraître aux yeux de son peuple comme la vive image de Dieu? Jamais, depuis l'établissement de la monarchie, la France n'avait été si florissante, si abondante , si opulente ; jamais on n'y avait vu les sciences aussi bien cultivées , les lois aussi bien observées, la justice aussi bien rendue, les charges exercées aussi dignement et avec autant d'honneur, le commerce établi aussi sûrement et avec autant do tranquillité. En un mot, jamais le nom firançais no s'était trouvé dans un si haut crédit : et d'où venait cela ? de la piété de saint Louis , qui , comme roi , se faisait une religion d'appuyer et d'autoriser tout ce qui contribuait à la félicité de son peuple; persuadé qu'il n'était roi que pour rendre son peuple heureux : c'est cela même qui le rendit si grand dans la conduite et le gouvernement de ses États; jaloux d'y maintenir le bon ordre, il sut se faire obéir, se faire craindre et se faire aimer. Vous savez de quelle manière il ramena les princes ses vassaux aux devoirs de la soumission qui lui était due. Le comte de la Marche avait osé en secouer le joug : vous savei son malheureux sort, et comme il apprit à ses dépens, dans la journée de Taillebourg, quelle était la force de saint Louis et ce qu'il pouvait. Le duc de firetagnese fit le chef d'une autre ligue; vous saves ce qu'il lui en coûta, et combien lui fut inutile la jonction de l'Anglais et sa protection contre la justice de saint Louis. La cour de Rome, par des entreprises nouvelles, voulut donner quelque atteinte aux droits de sa couronne : vous savez avec quelle vigueur saint Louis agit pour les défendre ; nous en avons dans son histoire des preuves authentiques : mais du reste, comment les défendait-il? avec un merveilleux tempérament d'autorité et de piété, c'est-à-dire qu'il soutenait les droits de sa couronne en roi et en fils aîné de l'Église : en roi , avec autorité, et en fils aîné de l'Église, avec un esprit de religion et de piété; montrant bien qu'en qualité de roi il ne reconnaissait point de supérieur sur la terre et ne voulait dépendre que de Dieu seul , quoique en qualité de fils aîné de l'Église il fût toujours prêt à écouter l'Église comme sa mère et à l'honorer. Jamais roi n'eut des sujets plus souples, ni ne fut mieux obéi : pourquoi? parce que jamais roi n'eut dans un plus haut degré toutes les vertus qui font respecter et estimer les souverains, et qui leur gagnent les cœurs des peuples.

Aussi dans quelle estime était-il, non-s

parmi ses sujets, mais chez les étrangers! c'était dans le monde chrétien le pacificateur et le médiateur de tous les différends qui naissaient entre les têtes couronnées : honneur, selon la règle de saint Paul , qu'il ne s'attribuait pas et qu'il ne cherchait pas, mais qui lui était déféré par un libre consentement de tous les princes ses voisins; et sur quoi ce consentement était-il fondé? sur l'opinion qu'ils avaient de sa probité, de son équité, de son incorruptible intégrité; en sorte qu'ils avaient tous recours à lui, comme à un arbitre suprême, dont les jugements étaient pour eux autant d'oracles et d'arrêts définitifs. Eu effet, le pape et l'empereur Frédéric ontils sur leurs droits réciproques des contestations qui les divisent; saint Louis est choisi par l'un et par l'autre, pour en être le juge. Henri, roi d'Angleterre, est-il mal content de ses sujets, et sur le point de leur faire sentir son indignation et sa vengeance : saint Louis l'apaise; et par ses bons offices, il arrête la guerre civile, dont l'Angleterre était menacée. Le duc de Bretagne et le roi de Navarre vivent-ils dans une inimitié mortelle; saint Louis, par un mariage, les réconcilie : un autre que lui, bien loin d'entrer dans ce^ querelles pou" les terminer, les eût fomentées pour en profiter, et c'est ce jue lui suggéraient les ministres de son conseil ; .nais ce grand roi avait au dedans de lui-même un 'Conseil secret, et ce conseil était sa conscience, qu'il consultait en toutes choses, ou plutôt à laquelle il rapportait tous les autres conseils : conseil d'État, conseil de guerre, conseil de finances, il écoutait tout cela ; mais de tout cela, il en appelait à ce conseil intérieur, où il délibérait seul avec Dieu , et où seul avec Dieu 11 décidait. Non, non. Seigneur, disait-il, qu'il ne m'arrive jamais de me faire une politique essentiellement opposée à votre Évangile : vous avez dit que , bienheureux étaient les pacifiques ; malheur à moi, si, renonçant à cette béatitude, je m'employais à souffler le feu de la division et de la guerre ! Peut-être dans l'idée des enfants du siècle, en seraisje plus fort; mais je ne veux point, ô mon Dieu! d'autre force que cellequi est selon toute la droiture de votre loi; et peu m'importe que ma conduite soit au gré des sages du monde, pourvu qu'en qualité de pacifique , je sois au nombre de vos enfants. Voilà comment parlait saint Louis : et dans ce langage, il y avait un fonds de grandeur que le monde même était forcé de reconnaître : mais il ne se contentait pas de parler ainsi; ce qu'il disait il le pratiquait. Le pape Grégoire IX lui offre , pour son frère le comte d'Artois, la couronne impériale, après avoir excommunié Frédéric ; saint Louis , insensible à son intérêt, mais encore plus incapable de faire servir son intérêt à la passion d'aotrui , refuse sans balancer l'offre qui lui est faite; et quoiqu'il eût contre Frédéric de légitimes sujets de plainte, il ne

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veut ni consentir h sa dégradation , ni avoir part à sa dépouille : il répond au pape qu'il suffit au comte d'Artois d'être son frère et prince de son sang; que ce seul avantage, joint aux prétentions que lui donne son mérite et sa naissance, valent mieux pour lui queTempire, dans les circonstances où Fempire lui est présenté ; et cette réponse aussi solide que désintéressée, remplit d'admiration toute TEurope. L'empereur et le pape même en conçoivent pour saint Louis un profond respect; et désormais saint Louis passe pour l'exemple et le modèle des princes généreux : à quoi est-il redevable de cette gloire? à sa sainteté.

En faut-il davantage, mes chers auditeurs, pour nous détromper aujourd'hui de cette damnabk erreur des libertins et des mondains, qu'en s'assujettissant aux règles de la sainteté évangélique , on ne peut jamais réussir dans le monde? Ah! Seigneur, quand cette maxime serait aussi vraie qu'elle est fausse et insoutenable, je ne devrais pas pour cela balancer sur le parti que j'aurais à prendre. Supposé même ce principe, je devrais sans hésiter, renoncer d'esprit et de cœiv à tous les avantages, à tous les succès , à toutes les fortunes du monde. Je dis plus : je devrais compter pour rien tout ce qui s'appelle prudence du monde, sagesse du monde, et même perfection selon le monde, pour m'attacher à la sainteté, qui est le véritable caractère de vos élus. Dans l'impuissance où je serais d'accorder l'un et l'autre ensemble, cette saintetéseule devrait me suffire ; et content de la posséder , je devrais être prêt à fouler aux pieds tout le reste, pour pouvoir dire comme le sage : Et divitias nihil esse duxi in cornparatione illius. (Sap. , 7. ) Mais votre providence, ô mon Dieu! ne nous réduit pas à cette nécessité, et vous n'avez pas mis notre vertu à une si forte épreuve. Ce qui nous rend inejccusables devant vous, c'est qu'au contraire il est certain qu'en nous éloignant des voies de la sainteté, nous nous éloignons de cequi peut uniquement nous rendre, même selon le monde, solidement parfaits, et dignes de l'estime et de l'approbation des hommes : c'est qu'en abandonnant la sainteté, nous devenons , dans l'opinion même du monde, des hommes vains, des hommes frivoles, des hommes trompeurs et pleins d'injustice. Il n'y a en effet que la sainteté qui puisse nous donner une solide perfection. Otez la sainteté chrétienne, il n'y a dans le monde qu'apparence de vertu, que dissimulation, que mensonge, qu'illusion et hypocrisie. Que faut-il donc faire pour arriver à cette perfection solide, dans les conditions où nous nous trouvons engagés? Retenez bien ceci , chrétiens, et que cette instruction soit pour jamais la règle de votre conduite. C'est qu'il faut une bonne fois nous résoudre à imiter l'exemple de saint Louis, et àsaoclifier comme lui notre condition par l'esprit de notre

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religion. Je m'explique. La sainteté a fait de saint Louis un grand roi ; cette même sainteté , dans les divers états de vie que vous avez embrassés , fera de vous des hommes sans taches et sans reproche, des hommes au-dessus de toute censure, des hommes d'une réputation que le libertinage respectera. Vous avez dans le monde des emplois a exercer : ayez comme saint Louis de la religion , vous les exercerez avec honneur. Vous avez des affaires à régler, des intérêts à ménager, des différends à terminer : faites tout cela comme saint) Louis dans Tesprit d'une exacte religion, Dieu y donnera sa bénédiction. Par là vous vous attirerez non-seulement Festime, mais la confiance de ceux avec qui Dieu vous a liés. Sans cela, quelque talent que vous ayez d'ailleurs selon le monde, jamais le monde ne fera fond sur vous, ni ne se confiera en vous. Cette morale convient à tous; mais c'est particulièrement à vous , âmes chrétiennes, que je prétends aujourd'hui rappliquer; à vous que la Providence a choisies pour être élevées dans cette sainte maison (Saînt-Cyr); à vous que je puis bien appeler les élues de votre sexe , puisque Dieu par sa miséricorde vous a prédestinées entre mille autres, pour être admises dans ce séjour de de la vertu; c'est à vous , dis-je, que je parle : c'est pour vous que Dieu a excité la piété du plus grand monarque du monde; pour vous que le successeur de saint Louis, l'héritier de son zèle aussi bien que de sa couronne , a formé l'important dessein de votre établissement; pour vous qu'il a entrepris ce grand ouvrage, qui sera un monument éternel de sa religion, autant que de sa magnificence et de sa gloire. La piété de saint Louis semblait avoir pourvu à tout le reste : le soin de pourvoir à vos personnes était réservé à Louis le Grand. La France était pleine de ■laisons de charité que saint Louis avait érigées pour cent autres besoins : mais ses vues n'avaient point été à en fonder une où la jeune noblesse de votre sexe trouvât un favorable asile; et vous le trouvez ici. Cest pour l'accomplissement de cet oeuvre inspiré du ciel , que Dieu vous a suscité une seconde mère , à qui vous êtes encore plus redevables qu'à celles dont vous avez reçu la vie ; une mère selon l'esprit, dont la vue pleine de sagesse a été de vous procurer une éducation digne de votre naissance , dont l'attention et le premier soin est de vous former à tout ce qu'il y a dans le christianisme de plus parfait et de plus pur, dont toute la joie est de voir chaque jour en vous les merveilleux fruits

d'une si salutaire institution. C'est à vous , encore une fois, que j'ai prétendu faire une application particulière de ce discours, qui se réduit enfin à bien comprendre que vous ne réussirez jamais dans nulle condition du monde, si vous n'y agissez et ne vous y comportez selon les maximes de la piété chrétienne; que, quelque parti que vous preniez, et à quelque vocation que Dieu vous destine , vous n'y serez jamais ce que vous y devez être , si vous ne travaillez solidement à vous sanctifier : voilà en quoi consiste la science des saints, et voilà en quoi doit consister toute la votre. Grand roi , dont nous honorons aujourd'hui l'éminente et magnifique sainteté; grand saint, dont les vertus et les mérites relèvent si hautement la souveraineté et la majesté , faites, par votre puissante intercession' auprès de Dieu, que toutes les personnes qui m'écoutent soient persuadées et touchées des vérités importantes que je viens de leur annoncer. Regardez-nous du haut du ciel , ô saint monarque! et dans cette félicité éternelle que vous possédez, soyez sensible à nos misères : toutjindignes que nous sommes de votre secours ne nous le refusez pas. Jetez les yeux sur cette maison qui vous est dévouée , sur ces vierges qui sont vos filles , et qui , rassemblées dans ce saint lieu, vous invoquent comme leur père. Regardez d'un œil favorable ce royaume que vous avez si sagement gouverné , et si tendrement aimé. Si , [kht la corruption des vices qui s'y sont introduits depuis votre règne, la face vous en paraît défigurée, qjue cela même soit un motif pour vous intéresser comme son roi , à le renouveler : si vous y voyez des scandales , aidez-nous à les retrancher. Étendez surtout votre protection sur iiotne auguste monarque. C'est votre fils , c'est le chef de votre maison , c'est l'imitateur de vos vertus , c'est la vive image de vos héroïques et royales qualités ; car il a comme vous le zèle de Dieu , il est comme vous le protecteur de la vraie religion, le restaurateur des autels, l'extermiuateur de l'hérésie. Que n*a-l-il pas fait pour mériter tous ces titres? avec quelle force n'at-il pus combattu les ennemis de la foi, et avec quel succès ne les a-t-il pas vaincus? Obtenez-lui les grâces et les lumières dont il a besoin pour achever les grands desseins que Dieu lui inspire; que cet esprit de sainteté qm vous a dirigé dans toutes vos voies, vienne reposer sur lui: qu'il nous anime nous-mêmes, et qu'il nous conduise tous à Féternité bienheureuse , etc.

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