CONTENUS DANS CE VOLUME
LE CdlQUIÈME DUfAlfCHE APRES PAQUES.
SUR LA PRIÈRE
Sdjet. Jésus parla de cette sorte à ses disciples : Je vous le dis en vérité, si votu demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous l'accordera. Vous n'avez encore rien demandé en mon nom; demandez, et vous recevrez.
Voilà une proineMe bien authentique et bien étendue : pourquoi n'en pro(itons>nou8 pas? Est-ce que nous n'ayons point encore appris à demander et à prier? Apprenons-le aujourd'hui.
Division. Il y a deux sortes d'oraisons ou de prières : l'oraison ordinaire qui est celle du commun des chrétiens , et Toraison extraordinaire qui est celle de certaines Ames plus élevées. L'indispensable nécessité de l'oraison ordinaire fondée sur les principes de la foi les plus évidents, première partie. L'abus de roraison extraordinaire reconnu et découvert par les règles de la foi les plus solides, deuxième partie.
PBEmÈRE PARTIE. L'indispcosable nécessité de la prière ou de l'oraison ordinaire. Ceci regarde , en général , l'action commune de prier. Or, cette nécessité de la prière est fondée sur la nécessité de la grftce. Point de salut sans la grâce ; donc point de salut sans la prière, puisque hors la première gr&ce qui est indépendante de la prière parce qu'elle est le principe de la prière même, il est de la foi que la prière est le moyen efficace et universel par où Dieu teut que nous obtenions ses grâces. Demandez , dit Jésus- Christ, et vous recevrez. Dieu ne nous doit rien par justice, et n'est-il pas convenable que nous lui adressions au moins nos prières, pour attirer sur nous les dons de sa miséricorde et dès grâces si précieuses? Ce n'est pas qu'indépendamment de nos prières il ne connaisse nos besoins, mais il n'y veut pourvoir qu'autant que nous avons recours à lui.
I . De là il s'ensuit que dans le cours de la vie chrétienne il nous peut arriver et qu'il nous arrive souvent de manquer, en effet , de certaines grâces pour accomplir le bien auquel nous sommes obligés, et pour éviter le mal que la loi de Dieu nous défend , sans que nous ayons droit d'alléguer notre impuissance pour excuse de nos désordres, sans que nous puissions prétexter devant Dieu nulle impossibililé d'obéir à ses commandements, et sans que sa loi dans ces occasions nous devienne impraticable : parce que l'obligation que Dieu s'est faite de nous exaucer autant de fois que nous le prierons utilement et saintement pour îe salut , est alors contre nous une raison invincible qui nous ferme la bouche et qui met à couvert sa providence. Nous avons toujours la grâce de la prière : cela suffit. 2. Il s'ensuit que le plus grand de tous les désordres et
en même temps dé tous les malheurs où poisse faH^r l'homme chrétien , c'est d'abandonner la prière ; parce qie c'est renoncer au plus essentiel et au plus irrépanUe dt tous les moyens du salut U prière est la denUèn ic»source qui nous reste : la quitter donc, c*est a*dler i soi-même toute ressource. Tel est néanmoiiis le désoHn du siècle.
3. Il s'ensuit que le comble do mallieor pour on dHétien est de perdre absohiment Tesprlt de la prière, ^t^ à^'re une certahie estime de la prière, uo eerlate laliment intérieur du besoin que nous en avons « et on tek dedisposilKMià remployer dans les rencontres. Car atair perdu cette estime, cette confiance, ee sentiineot, cette disposition secrète, c'est avoir perdu jusqu'aux primàpn les plus éloignés de la vie de Pâme.
Deuxième partie. Abus de Poraisoii extraordinaire. 0$ n'est pas à dire qu'il n'y ait une manière de prier on «i oraison extraordinaire et propre des âmes éteréesqii m soit très-sainte et très-louable : mais œue oraison csiptai sujette aux abus, et en voici surtout quatre dont noos afsns à nous préserver.
1. On confond l'oraison extraordinahne arec des dunes qui ne sont rien moins qu'oraison, et qui sous ce non spécieux déshonorent plutôt la religion. Car nous devosi regarder comme oraison chimérique celle que Jésos-CIrât et saint Paul ne nous ont point enseignée ; celle qui, léduite aux principes, ne se trouve pas à Téprenve d'us exacte tliéologie; celle qui choque le boo sens et conke laquelle la droite raison se révolte d'abord ; celle dont ks termes mêmes et les.expressions semblent n'être prapns qu'à décrier la piété et à la (aire tomber dans le méprii; enfin celle qui, de la manière dont on la propose, ert absolument inintelligible. Or, telles sont tant d'o différentes qu'on a voulu faire valoir dans ces siècles.
2. On préfère l'oraison extraordinaire à Foraison cooimune ; et cependant l'oraison la plus commune est ceBs dont Jésus-Christ nous a lui-même prescrit la lbnne;el cette oraison , quoique là plus commune, est sans contredit la plus parfaite et la, plus capable de sanctifier les 1w?m«— et de les rendre parfaits.
3. On entre dans la voie d'une oraison extraordiniire sans y être appelé de Dieu , et même contre Tordre de Dieu. On s'adonne d'abord à cette oraison , on se lemplit de spécieuses idées, et l'on s'occupe de belles imaginations, au lieu de travailler avant toute chose , avec le secours do l'oraison ordinaire et selon les vues de Dien , à mortifier ses passions et à corriger ses défauts.
4. Sous prétexte d'oraison extraordinaire, on mépiûe et on néglige les règles dont le Saint-Esprit nous a &it djs préceptes indispensables pour le saini exercice de la prière
ANALYSES DES SERMONS
On se présente deTant Dien sans nulle préparation , et Ton y demeure sans rien demander k Dieu. La conclusion est de nous défier communément des routes particulières qu'on Tondrait nous foire prendre , et de les bien examiner, afin de ne nous y pas égarer.