LE TROISIÈME DIMANCHE APRÈS LA PEXIECOTE
SUR LA SéVÉRITé CHRÉTrERNE.
Sujet. Des publicainset des pécheurs venaient à Jéxtx pour Ventendre ; mais les pharisiens et les scribes a murmuraient, disant : Cet homme reçoit les pécheurs, et il mange avec eux.
Fausse sévérité des pharisiens qni ne voulaient pas qÊt Jésus-Christ reçût les pécheurs. Voyons par raifort à chacun de nous les caractères de la vraie sévérité.
Division. La sévérité chrétienne consiste surtout en den choses : dans la docilité de l'esprit pour en soumettre ks jugements, première partie; et dans la noortificatk» di cœur pour en vaincre les passions, deuxième partie.
Première partie. Dans la docilité de l'esprit pour ea soumettre les jugements. Il n'y a rien à quoi nous ayijes plus de répugnance, et par conséquent il n'y a rien où nm nous fassions plus de violence, ni où nous soyons plus sévères envers nous-mêmes. Sévérité d'autant plusdirétinBe qu'elle humilie plus Thomme; sévérité qui retient toujours riioniiuc dans les bornes de la religion ; sévérité qui arrtie les contestations et qui entretient la charité. Ce n'est poiat ainsi que les pharisiens étaient sévères ; mais au contraire leur sévérité n'était qu'une sévérité présomptueuse. Auli» de tant d'abstmences, déjeunes, d'aumônes , ils auraiot été bien plus solidement sévères , s'ils avaient appris à fléchir leur jugement propre, qui se roidissait contre les Térites les plus claires et les plus saintes que leur annonçait le Sauveur du monde.
Cependant de cette présomption, qu'on joint à une fausse sévérité , suivent deux grands désordres ; l'un , qu'abandonné à ses propres idées , on porte la sévérité jusqu'à fer reur; l'autre, qu'on se sert môme de la sévérité pour accréditer et ])our appuyer l'erreur.
I . On j)ortc la sévérité jusqu'à l'erreur. La sévérité a s« bornes , mais ou va jusqu'à une sévérité outrée. Exemples de tant de sectes d'abstinents , de pénitents , de flagellants; mêmes exemples de Tertullien, des Pélagiens, des Vaadois. Voilà l'un des plus subtils stratagèmes de l'emieni de notre salut. Il ne sait pas moins pervertir les âmes pw l'apparence de l'austérité que par les charmes de la volupté, comme s'il voulait avoir, parmi les chrétiens mêmes, se* confesseurs et ses mariyrs. Or, qui sont-ils, siceoe'$<»i
pas ces esprits entiers et rebelles dont il est ici question?
2. On se sert même de la séTcrité pour accréditer et pour appuyer l'erreur. C'est le secret dont les hérétiques ont usé de tout temps , et c'est ce qu'on a yu dans rhé> résie du siècle passé, qui s'est introduite sous le nom spécieux de réforme. Si ceux qui se laissaient séduire par les apparences trompeuses de cette prétendue réforme eussent bien examiné le caractère des faux réformateurs qui la prêchaient, ne trou?ant dans eux que de l'opiniâtreté, ils Buraient bientôt découYert l'illusion de leur séYérité. Soyons séYères; mais pour l'être solidement, soyons crf)éissant8 et soumis, surtout aux décisions de l'Église.
Deuxième partie. Dans la mortification du cœur pour en Yaincreles liassions, la sérérité que i'ÉYangile nous demande est de renoncer à nous-mêmes. Or, qu'est-ce que renoncer à soi-même , si ce n'est renoncer à ses passions , à ses inclinations, à ses aversions? Car qu'est-ce que nous-mêmes dans le langage de l'Écriture, sinon tout cela?
Aussi , pour prendre la choise dans son fond , qui dit sévérité dit opposition à une volonté propre, laquelle prétendrait se satisHiire , et qu'on fait plier sous le joug d'une autre volonté qui la contredit. Et voilà, selon saint Chrysostôme , ce qui nous distingue et ce qui fait le mérite de notre religion. 11 y a eu des religions aussi sévères et même plus sévères que la religion clu-étienne sur ce qui regarde la mortification du corps ; mais elles abandonnaient le cœur à toutes les saillies de ses passions , au lieu que la loi évangélique s'attache particulièrement aies dompter. En quoi elle est d'autant plus rigoureuse que cette Yictoire des passions est plus difficile.
De là nous ne dcYons point être surpris que le Fils de Dieu 8e soit tant déclaré contre la sévérité des pjiarisiens, puisque sous ce Yoile de sévérité ils cachaient les passions les plus animées et les plus violentes , et qu'ils employaient mêm^ leur sévérité à les entretenir et à les contenter. Telle est ODCore la sévérité de bien des gens, qui croient même rendre en cela serYice à Dieu et à l'Église ; mais l'Église serait sans doute mieux servie, si elle était mieux édifiée; et elle serait beaucoup mieux édifiée , si elle était remplie de chrétiens mortifiés dans le cœur et modérés dans leurs passions. Appliquons-nous l'avertissement du prophète; ne déchirons point nos habits, mais brisons nos cœurs. Réprimons nos passions , toutes nos passions , surtout la passion qui domine en nous. C'est ainsi que nous marcherons dans la voie étroite du salut.
liE QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS LA PEiNTECOTE.
SUR LES OEUVRES UE LA FOI
Sujet. Pierre lui répondit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit et nous n'avons rien pris : mais sur votre parole je jetterai encore le filet.
Voulons-nous travailler utilement, appelons à nous Jésus-Christ, et travaillons sous ses ordres et en sou nom. Agissons selon la foi et par la foi.
Division. La foi se perd par le relâchement dans la pratique des bonnes œuvres, première partie. Elle se réiablit par la ferveur dans la pratique des bonnes œuvres, deuxième partie.
Première partie. La foi se perd par le relâchement dans la pratique des bonnes œuvres. La perte de la fol ne peut venir que de deux priucii)es, do Dieu et de nous-mê-
mes. De nous-mêmes, qui ne conservons pas avec som le précieux trésor de la foi. De Dieu, qui retire de nous les grâces et les lumières de la foi. Or l'un et l'autre n'arrive que par notre relâchement dans la pratique des bonnes œuvres, qui sont les fruits de la foi.
1 . De nous-mêmes nous perdons la foi , parce que nous n'en pratiquons pas les œuvres; car ce qui la fait vivre, ce sont les œuvres. Quand donc les œuvres cessent , elle s'altère, elle devient languissante, et, selon l'expression de saint Jacques, elle meurt. Il e^t vrai qu'il n'y a que le péché d'infidélité qui puisse absolument la détruire; mais on en vient peu à peu à ce péché. Car dès que la foi n'agit plus en nous, mille ennemis commencent à s'éleYer dans nousmêmes pour agir contre elle , nos passions, l'orgueil , l'amour de la liberté , le monde, la chair; et comment se défendra-t-eJle , si elle n'a plus de mouvement ni d'action ? Ce serait une espèce de prodige, que , dans une Yie déréglée , on conservât une foi sainte et pure. Mais dépend-il de nous de croire et d'avoû* la foi ? oui , chrétiens, avec le secours de la grâce.
2. De la part de Dieu , nous perdons la fol, parce que, Yoyant que nous n'en pratiquons pas les œuYres, il retire de nous les gr&ces et les lumières de la foi. Rien de plus marqué dans l'Écriture. Et n'esMl pas bien naturel que la foi ne nous étant donnée que pour agir, Dieu la laisse détruire lorsqu'elle n'opère rien en nous et que nous ne faisons rien avec elle? C'est ainsi que des esprits sublimes, des esprits forts, pénétrants, éclairés , selon le monde , sont tombés et tombent encore dans des avenglemeotsqui font horreur.
Deuxième partie. La foi se rétablit par la ferrenr dans la pratique des bonnes œuYres; car c'est par les bonnes œuYres fidèlement et sincèrement pratiquées que l'on parvient à la perfection de la foi. Il est vrai que la foi au moins commencée est le principe nécessaire du bien que nous faisons pour Dieu ; mais il n'est pas moins vrai que c'est le bien que nous faisons pour Dieu qui nous conduit à celte foi parfaite et achevée dont dépend notre sainteté. Ainsi le centenier Corneille , d'une foi obscure et confbse qu'il avait des mystères de Dieu , parvint à cette foi clabe et distincte qui lui fit connaître Jésus-Christ, et embrasser sa foi. Dieu eut égard aux œuvres de piété et de miséricorde où il s'exerçait continuellement, selon qu'il est rapporté dans les Actes des apôtres. De là vient que dans le langage des Pères, ces bonnes œuvres sont appelées œuvres édifiantes. De là vient que saint Paul exhortait si fortement son disciple TimoUtée à ressusciter dans lui-même, par de saintes œuvres, la grâce qu'il avait reçue, et c'est à quoi l'on ne peut trop exhorter tant de chrétiens faibles et chancelants. Pour trouver Dieu, il faut le chercher, et pour le chercher, il faut agir.
Vous me direz que pour pratiquer ces bonnes œuYres , par ou l'on parvient à la perfection de la foi, vous n'avez pas encore assez de foi. Faux prétexte. En quelque désordre que nous 'puissions être , non-seulement il nous reste assez de foi pour faire ces œuvres qui doivent rétablir notre foi, mais nous avons à craindre qu'il ne nous en reste trop pour servir à notre condamnation, si nous ne les faisons pas. Quand nous n'aurions que la foi d'un Dieu et de ses adorables attributs , en faudrait-il davantage pour nous ]K)rteràtout le biçn qu'on exige de nous? Corneille le centenier en avait-il d'abord une autre? Jésus-Christ disait
ANALYSES DES SERMONS
aax Juifs : Marches pendant ^ue wnu avez la lumière ; «t leur fofiDéanmoiiisétait alondans'aon déclin. Un homme da monde, un pécheur, quoique sa foi soit presque éteinte, a toujours malgré lui certains retours intérieurs, certaines ▼ues dont il ne tient qu'à lui de profiter. Prière à Dieu.