LE DOUZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE
son LA CH4RrrÉ nu prochaoc
Sujet. Un samaritain faisant voyage se rencontra au» près de lui; et le voyant, il en fut touché de compassion, n alla à lui et banda ses plaies, après y avoir versé de l'huile et du vin. Ensuite il le conduisu dans une hôtellerie, et prit soin de lui,
Cest la charité qu'exerce un samaritain à l'égard d^ juif, et telle est à plus juste titre celle que nous devons exercer dans le christianisme les uns envers les antres.
Division. Point d'intérêt propre que nous ne devinas ftire eéder à la charité du prochain, première partie. Point d'intécêt du prochain que nous ne devions respecter poar le bien de la diarité, deuxième partie.
Première partie. Point d'intérêt que nous ne devions faire céder à la charité du prochain. Sans cela il est impossible de conserver la diarité , et cette maxime est fondée sur quatre preuves.
1. Sur la nature même de la charité en général. Car la charité est une union des cœurs et des volontés. Or l'intérêt propre nous renferme au dedans de nous-mêmes , et par conséquent empêche cette union avec le prochain. C'est donc une illusion de dire, ce qu'on dit néanmoins tous les jours : J'aime cette personne parce que Dieu me le commande, mais du reste je ne veux avoir avec elle ni habitude ni sodété ; qu'elle se tienne de son côté et moi du mien. Comme si toute la charité se réduisait à ne point vouloir de mal et à n'en point faire, et qu'elle ne dût pas aller jusqu'à entrer dans les intérêts du prochain , sans se resserrer tout entier dans les siens propres. C'est ainsi que la loi de Dieu nous le dicte. Il veut que nous n'ayons tous qu'un même cœur ; et parce que rien ne divise plus les cœurs que l'attachement au propre intérêt, il veut qne pour l'entretien de la charité nous nous nous dépouillions de cet intérêt et nous y renoncions.
2. Sur les qualités particulières de la charité chrétienne. Toute charité n'est pas charité chrétienne ; et le caractère de la charité , telle que Jésus-Christ nous l'ordonne par son précepte, a quelque ciiose de singulier. Il prétend que nous nous aimions les uns les autres comme il nous a aimés. Voilà son commandement. Or il nous a aimés Jusqu'à sacrifier tous ses intérêts pour nous ; et cTest à cette charité désintéressée qu'il veut qu'on reconnaisse ses disciples , comme en effet on les y reconnaissait autrefois , et comme on ne peut plus présentement les y reconnaître.
3. Sur les obligations rigoureuses qu'impose la charité sdon les différents états et les diverses conditions. Car il y a des occasions oh elle nous oblige indispensMement de renoncer même à notre vie, de renoncer à l'honneur
ANALYSES DES SERMONS
du monde et à notre réputation , de renoncer à nos biens et à nos droits. Morale sur le procès.
4. Sar les désordres qui , sans ce désintéressement , ruinent tous les jours , dans le commei-ce de la vie , et anéantissent la cliarilé. Pourquoi se bait-on, se déchire-t-on , se détruit-on les uns les autres? pour Tintérél. Otez Tintérèt propre, on peut alors répondre de la charité des hommes : mais laissez cet iutérèt ; plus que divisions dans les familles, que factions dans les États, que schismes dans TÉglise.
Deuxième partie. Point d'intérêt du prochain que nous ne devions respecter pour le bien de la charité : pourquoi ? Trois raisons.
1. Parce que tout intérêt d^autrui est essentiellement Tobjet de la charité qui est en nous , ou qui y doit être. Or en cette qualité il nous doit donc devenir, non-seulement cher, mais , pour ainsi dire , vénérable.
2. Parce que cet intérêt d*autrui , quelque petit qu*il nous paraisse en lui-même, par rapport à la charité est presque toujours important dans ses conséquences. Or c'est par ces conséquences que nous devons l'envisager, pour bien juger des obligations qu'il nous impose selon Dieu.
3. Parce qu'il n'y a point d'intérêt d'autrui dont le mépris ou le peu de soin , par la seule faiblesse des hommes , ne puisse être pernicieux à la charité. Or dès là nous tommes inexcusables, si nous venons à le mépriser et si nous n'y apportons pas toute la circonspection que demande la prudence chrétienne. Plus notre procham est faible , plus devons-nous avoir d'égards pour ne le pas blesser.