‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 209 sur 232 · LE ONZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE ONZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

SUR LA MéniSAKCE.

ScjCT. On lui amena un homme qui était sourd et muet , et on le pria de mettre les mains sur lui pour le guérir.

Jésus-Christ (ait parler un muet : mais souvent nous est-il plus difficile et plus expédient de nous taire.

Division. Entre les péchés il n'en est point de plus lâche ni de plus odieux que la médisance : premlèie partie. Entre les péchés, il n*en est point qui engage plus la conscience, ni qui lui impose des obligations plus Ttganreuses que la médisance : deuxième partie.

Première parths. Point de péché plus làcbe ni plas odieux que la médisance. Deux motifs dont le Salai>E8pnt s'est souvent servi lui-même pour nous inspirer an général l'horreur du péché.

1 . Point de péché plus lâche que la médisance. Cehn dont vous parlez est, ou votre ennemi, ou votre ami, oa

«B homme indifférent .^ Totre égard. Si c'est Totre ennemi , dès là c'est haine <ra envie qui tous engage à en mal parler, et cela mémea toujours été traité de bassesse. Si c'est YOtre ami , qoelle lAcheté de trahir ainsi la loi de Tamitié! Et si c'est un homme indiCTérent, pourquoi l'entreprenez- Toos P n ne TOUS a point offensé , et vous l'offensez. 2. Le médisant attaque l'honneur d'autrui, et de quelles armes •e sert-il? d'une sorte d'armes qui de tout temps a passé ■ afoir quelque chose de honteux; ce sont les armes la langue. 3. Quel temps choisit-il pour frapper son »? celui où l'on est moins en état de se défendre, et o^ la personne dont il médit est absente. 4. La médisance, afin d'agir plus sûrement, commet encore trois autres lAchetés. Sur certains fiiits elle ne parle presque jamais qu'en secret Elle affecte de plaire et de se rendre agréable. Et ^le tâche de se couvrir de mille prétextes qui semblent la justifier.

2. Point de péché plus odieux , et h Dieu et aux hommes : h Dieu, qui est amour et charité; aux hommes, que le médisant attaque avec tant de liberté. Aussi l'Écri* tare nous le représente comme un homme terrible et redoutable par les maux infinis qu'il cause partout. Mais, dites- vous, on se plaît à l'entendre. J'en conviens : mais en même temps qu'il plaît et qu'on aime h l'entendre , on le hait et on rabhorre. Car si l'on prend plaisir à l'écouter lorsqu'il s'agit des autres , on le cramt pour soi-même , et Ton juge assez qu'on n'en sera pas mieux traité dans l'occasion.

Après cela n'est-il pas étrange que la médisance soit un péché si commun et si universel? C'a été le vice de tous kss temps. C'est encore le vice de tous les états et de toutes les professions.

Deuxième partie. Point de péché qui engage plus la conscience, ni qui lui impose des obligations plus rigoureuses. C'est un péché contre la justice. Toute injustice à l'égard du prochain est d'une conséquence dangereuse pour le salut ; mais de toutes les espèces d'ii^ustices , il n'y en a aucune dont l'engagement soit plus étroit et plus terrible devant Dieu que celui de la médisance , et cela pour trois raisons.

1. Parce qu'il a pour terme la plus délicate et la plus importante réparation, qui est ceUe de l'honneur. Car il faut le réparer, cet honneur que vous avez ravi à votre frère , et nulle puissance ne vous en peut dispenser. Il faut le réparer d'autant plus nécessairement que c'est un bien plus précieux et plus excellent. Il faut le réparer aux dépens même de votre propre honneur. Or on sait combien il est difficile de se résoudre à subir cette confusion.

2. Parce que c'est l'engagement dont l'obligation souffre moins d'excuse, et est moins exposée aux vams prétextes de l'amour-propre. Quand on nous parle de restituer un bien mal acquis , nous pouvons quelquefois nous en défendre par la raison de l'impossibilité absolue; mais quand il s'agit de l'honneur, qu'avons-nous à alléguer? Détail de divers prétextes dont on vent Ikussement s'autoriser.

3. Parce que c'est un engagement qui s'étend à des suites infinies , dont il n'y a point de conscience qui ne doive trembler. Outre l'honneur que blesse la médisance, elle cause encore d'autres dommages. Cette jeune personne, par exemple, n'est plus en état de penser à un établissement dans le monde , depuis que vous l'avez décriée. Toute la fortune d'un homme est perdue, pour un mot que vous

avez dit de hii. Or voilà ce qne tous êtes obligé de réparer. IiTestil donc pas toujours bien surprenant qu'on se garde si peu d'un péché qui traîne après soi de telles obligations? Et ce qui doit surtout nous surprendre , c'est que des gens qui du reste font profession de la morale la plus sévère suivent les principes les plus larges sur un point aussi essentiel que l'est la restitution de Thonneur. Apprenons h nous taire quand la réputation du procham y est intéressée, et apprenons à parler quand fl est du même Intéi^t que nous lui rendions ce qne nous lui avons enlevé.

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