LE QUATORZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE
SUR L^ÉLOlGNEMEin ET LA FDITE DU MONDE.
Sujet. Jésus dit à ses disciples : Nul ne peut servir deux maîtres. Cary ou H haxra Vun et aimera l'autre; ou il s'attacher a à celui-là et méprisera celui-ci.
]>ieu et le monde sont ces deux maîtres. Pour être à Diea , il faut renoncer au monde.
DiTisioif . Le monde nous distrait ou même nous corrompt. Or les occupations et les soins du monde ne peu- Tent Jamais dispenser un homme chrétien de s*éioigner au moins quelquefois du monde qui le distrait, et d'avoir dans la vie des temps spécialement consacrés à Taflaire de son salut : première partie. Tous les engagements du mbnde ne justifieront jamais devant Dieu un homme pécheur, de n'avoir pas fui, même absolument, le monde qui le corrompait, et de n*y avoir pas renoncé pour jamais, afin de mettre en assurance rafiaire de son salut : deuxième partie.
Preuèrb partie. Les occupations et les soins du monde ne fteuvent jamais dispenser un homme chrétien de s'éloigner au moius quelquefois du monde qui le distrait , et d'avoir dans la vie des temps spécialement consacrés à Taflàire de son salut. Car sans cet éloignement du monde à certains temps et sims celte retraite, il n'est pas moralement possible de connaître tous ses devoirs , de remarquer toutes les fautes qu'on y commet , et de se prémunir contre tous les dangers où l'on se trouve exposé , c'est-à-dire qu'il n'est pas moralement possible de se sauver. Or, quand U s'agit du salut, l'imporlance de celte affaire doit évidemment l'emporter sur toutes les autres affaires. C'est ce que le Fils de Dieu fit si bien entendre à Marthe , lorsqu'il lui dit : Marthe , vous vous embarrassez de beaucoup de choses , mais il n*y a qu'une seule chose nécessaire. Cependant nous sommes assez aveugles pour vouloir justifier notre négligence à l'égard d'une telle affaire par l'attention qne demandent les afîTaires du monde.
On dit qu'on est accablé d'occupations ; mais c'est en cela même qu'est le désordre. Dieu ne veut pas que vous TOUS en laissiez telleraenl accabler au préjudice de votre salut. Déchargez-vous d'une partie de ces occupations, si elles ne peuvenl compatir avec le premier soin qui vous doit occuper. Belles maximes de saint Bernard écrivant làdessus au pape Eugène. Le remède , c'est d'avoir cerlains temps de retraite où l'on rentre en soi-même.
Mais on ajoute : Je ne suis pas le mattrc dans ma condition de me relirer ainsi. Trois réponses : I. Quittez cette condition ; il n'est pas nécessaire que vous y soyez, mais il est nécessaire que vous vous sauviez. 2. D'autres que vous , dans les mêmes conditions que vous, ou dans des conditions plus exposées que la vôtre aux embarras du monde, ont su trouver du temps pour p siser à eux-mêmes et à leur sanctification. David, saint Louis. 3. Ces soins, que vous faites tant valoir, ne vous empôch(^nt pas de ménager des temps de retraite pour votre santé , pour votre intérêt j pour vos divertissements. Il faut bien distinguer dans nos conditions deux sortes de soins : ceux que Dieu y a attachés,
BOURDALOUB. — T. II.
et ceux que nous y ajoutons nous-mêmes. Si nous noat es tenions aux premiers, ils nous laisseraient tout le loisir au«i demande le soin de notre Ame et de notre avancement dans les voies de Dieu. Reconnaissons notre injustice , et corrigeons-la«
Deuxième partie. Tous les engagements du monde ne justifieront jamais devant Dieu un homme pécheur, de n'a* vov pas fui même absolument le monde qui le corrompait , et de n'y avoir pas renoncé pour jamaiS| afin de mettre en assurance l'affaire de son salut. Rien de plus contagieux que le monde ; nous en convenons nous-mêmes. La conséquence^ c'est donc de renoncer au monde , afin de nous préserver de sa contagion, surtout lorsque nous remarquons qu'elle agit plus fortement sur nous. Voilà le préservatif nécessaire ; et sans cela ne complus point sur les grâces de Diea. Mais nous nous excusons sur les engagements qui nous attachent au monde, et voici quelques réflexions qui détruisent ce prétexte et qui paraissent convaincantes.
1. De quelque nature que puissent être les engagements qui vous arrêtent , l'intérêt de votre salut, conune on l'a déjà dit, est un engagement supérieur qui doit prévaloir. Nous raisonnons ainsi au regard de la vie du corps , et à plus forte raison devons-nous raisonner de même au legard de la vie de l'&me. Mais je suis résolu de me soutem'r dans les dangers où m'engage le monde : vous le dites, mais fausse résolution, ou du moins résolution meflicaoe. Le passé doit vous l'apprendre, et l'avenir achèvera de vous le faire connaître.
2. Si vous voulez bien examiner ces engagements qui vous retiennent dans le monde, vous trouverez que la plupart ne sont point des engagements nécessaires , mais des engagements de passion , d'ambition , de curiosité , de sensualité , de mondanité. Or de tels engagements doivent-ils vous arrêter ? Le monde parlera de votre divorce avec lui : hé bien , vous laisserez parler le monde. Ne le laissez-vous pas parler sur mille autres sujets, sans vous mettre en peine de ses discours ? Fuyons donc le monde, et sortons de cette Babylone. Ce n'est pas après tout qu'il n'y ait un certain monde dont la société peut être innocente, et avec qui nous pouvons» converser.