‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 213 sur 232 · LE QUINZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE QUINZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

SUR LA CRAINTE DE LA MORT

Sujet. Lorsque Jésus- Christ était près delà ville y on portait en terre un mort, fils unique d'une femme veuve, et cette femme était accompagnée d'une grande quantité de personnes de la ville. Jésus l'ayant vue, il en fut touché, et dit : Ne pleurez point.

La seule image de la mort nous centriste et nous effraye, mais nous devons combattre ou du moins régler cette crainte.

Division. Rien de plus funeste que l'état de l'impie et du libertin qui craint la mort parce qu'il est tombé dans la désordre de l'infidélité : première partie. Rien de plus déplorable que l'état du mondain qui craint la mort parce qu'il est attaché au monde : seconde partie. Rien de plus déraisonnable que l'état de tout homme , je dis en particulier de tout homme chrétien, qui craint la mort, parce qu'il ne fait, pour s'affermir contre cette crainte naturelle, nul usage de sa religion : troisième partie. De là nous aurons lieu de parler, en concluant, à ceux mêmes qui craignent

ANALYSES DES SERMONS

la moii par ane tmp vf? e apprébensinn des jngemeots de Dieu.

Peemièrb partie. RieD de plas funeste qae Tétat de rimpie et du libertin, qui craint la mort parce qu'il est tdtobé dans le désordre de l'infidélité. Dès qu'il ne croit point de Tie future , il en est plus attaché à la YÎe présente, et quoi qu'il en dise , ce doit être un objet bien affineux pour lui que la mort considérée comme une entière destruction de lui-même. Le juste Tenyisageavec consolation^ la Toyant suivie d'une bienheureuse immortalité.

La condition de l'impie est d'autant plus mallieurense» que son infidélité , en lui foisant rejeter la créance d'une autre vie , n'exclut point de son esprit cette cruelle hicertitude qui lui reste malgré lui , s'il y a une autre rie, ou s'il n> en a point. Car il a beau faire , il n'a rien là-dessus qui lui paraisse certain , et il est forcé de craindre ce qu'il fait profession de ne pas croh-e. Ainsi la mort ne se présente à ses yeux que sous deux images bien terribles : ou comme une ruine totale de son être , ou comme un passage h une damnation étemelle. Craignons la mort ; mais, selon la belle maxime de l'apôtre, en la craignant, soutenonsnous par respérance de l'avenir. Disons avec le saint homme Job : Je sais que f ai un Rédempteur vivant dans le ciel, et que je ressusciterai du sein de la terre. Disons avec David : Seigneur, la mort à laquelle vous nous condamnez , n'est pomt une véritable mort, ce n'est qu'une ombre de la mort. Armons-nous de cette pensée contre toutes lesattemtes du libertinage et de l'incrédulité.

DeuxIèmb partie. Rien de plus déplorable que l'état du mondain qui craint la mort, parce qu'il est attaché au monde. Ce ne sont point précisément les riches ni les grands qui craignent plus la mort , mais les riches attachés à leurs richesses et les grands attachés à leurs grandeurs. Qu'il est triste en effet à un homme qui avait établi sa paix et sa félicité dans les biens temporels et dans les grandeurs humaines , de se voir condamné à les perdre ! C'est ainsi que le Saint-Esprit s'en est lui-même expliqué dans la Sa-

L'état du mondain n'est pas seulement déplorable parce qu'étant attaché aux biens de cette vie il appréhende la morti, mais parce qu'envisageant la mort, il a été assez aveugle pour s'attacher à des biens qui passent si vile, et que la nécessité de mourir ne l'en détache pas. S'il devait toujours vivre sur la terre , ou du moins s'il y devait vivre autant que les anciens patriarches , son attachement lui pourrait être plus pardonnable; mais notre vie se trouvant i)ornée à un si petit nombre de jours , n'y a-t-il pas de la folie à compter sur le vain bonheur du monde et à y vouloir mettre son repos? C'est ce que nous devons sans cesse nous représenter à nous-mêmes , mais c'est à quoi nous ne pensons guère. Quel spectacle qu'un riche mondain aux prises avec la mort , et dont toutes les vues et tous les projets vont être renversés! Quelles agitations et quels combats ! Mourons dès maintenant et de bonne heure en esprit, pour ne plus tant craindre de mourir en effet.

Troisième partie. Rien de plus déraisonnable que l'état de tout homme , je dis en particulier de tout homme chrétieu, qui craint la mort, parce qu'il ne fait, pour s'afTeriiiir contre cette crainte naturelle, nul usage de sa religion. Les sages môme du paganisme ont trouvé ou cru trouver dans leur philosophie de quoi s'aflermir contre la crainte de la juorl. 11 n'y a qu'à lire ce qu'ils en ont écrit. Or la reli-

gion que nous professons nous fournit encore âm naSk bien plus puissants ponrnoiisadoudr la mort, et nooilittf considérer d^ oeil tranquIHe et assmné. Ces motift loil: 1 . la vue de Jésus-Christ mourant; 2. fattenle darafSHM de Dieu. 3. l'exemple des saints et de tant de justes; 4. les trésor» mfinis de grâces dont la mort peut êlrecnricfaie. Quelle impression peuvent ftûre toutes ces coosidécalfoBi! Mais nous ne nous en servons pas.

Je ne crains pas la mort en eUe-même » dira-t-en, mis je la crains à cause de ses suites ; ca^Je ne aais quelle «n ma destinée étemelle , dont elle doit décider. Il ftot c m'r qu'elle est en effet à craindre par là ; mais d'à DAodérée, mais d'une crainte mêlée d'amour et de ^'^mlitnff De sorte qu'il en est, selon la pensée de saint Angnslk, de la mort comme de Dieu même. Dieo est tout à la tt terrible et aimable; et tont terrible qu'û est, fl doit cnem être plus aûné que craint Amsi , quoique d'une ptrt mm devions craindre la mort , nous devons de Faotre » dans kr vues de la foi, encore plus l'aimer et la désirer. de saint Paul , de David, de saint Jérdme. Ayons I la mort devant les yeux , et occupons-nous Tokintiers et cette pensée , puisqu'il n'en est point de pins efficsœ, loil pour nous préserver du péché si nous ysonunes exposés, ou pour nous en retirer si nous y somn^es tombés.

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