‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 224 sur 232 · LE VINGT-QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE VINGT-QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

SUR LE JUGEMENT DE DIEU

Sujet. Ils verront le Fils de V Homme venir sur les nues avec une grande puissance et dans une grande majesté,

L'Église commence et finit son année évangéliqne par la peinture du jugement de Dieu, parce qu'il n'y a point de pensée qui puisse plus utilement nous occuper.

Division. La vérité infaillible du jugement de Dieu opposée à nos erreurs et à nos hypocrisies , première partie. L'équité inflexible du jugement de Dieu opposée à nos faiblesses et.à nos relâchements, deuxième partie.

Première partie. La vérité infaillible du jugement de Dieu opposée à nos erreurs et à nos hypocrisies. Nous nous trompons nous-mêmes et ne voulons point nous connaître , Toilà nos erreurs. Nous trompons le public et ne voulons point en être connus; voilà nos hypocrisies. Mais Dieu, aTec les lumières de sa vérité , nous détrompera de nos erreurs, et dévoilera nos hypocrisies.

1. Il nous détrompera de nos erreurs, et il nous fera connaître nous-mêmes à nous-mêmes. Qonnaissance qui nous sera insupportable et qui nous consternera. Venons au détail. Nous avons deux sortes d'erreurs en ce qui regarde Dieu et le salut : erreurs de fait, et erreurs de droit. Erreurs de fait qui nous 6tent la connaissance de nos propres actions; mais Dieu nous les remettra toutes devant les yeux. Combien de péchés qui nous sont présentement inconnus , soit que nous ne les ayons jamais remarqués, •oit que nous les ayons oubliés? Si nous les connaissons, combien y a-t-il , dans ces mêmes péchés , de circonstan-

ces, de dépendances, de conséquences, dVRets à quoi nous ne faisons nulle attention.' Or, rien de tout cela n'échappe à Dieu ; et c'est ce qu'il noos retraoera avec àes caractères si sensibles , que nous le verrons malgré nous dans toute son étendue et dans toute sa difformité. Erreurs de droit qui nous font ignorer nos plus essentielles obUgations : mais que fera Dieu ? Il renversera tous les faux principes que nous aurous suivis ; et ces consciences que nous nous faisions, dont nous nous tenions assurés et sur lesquelles nous nous reposions, il nous les fera paraître pleines d'injustice , de préoccupation , de mauvaise foi. Quelle sera notre surprise , et qu'aurons-nous à dire pour notre justificalion?

2. Il dévoilera nos hypocrisies, et nous fera connaître au monde que nous avions ti-umpé par de spécieux dehors. C'est l'expresse menace qu'il nous fait par son prophète : Je découvrirai à toute la terre ton opprobre : c'est-à-dire tes artifices , tes fraudes, tes impostures, tes cabales , tes abominations. Tel se croirait perdu sans ressource, et serait accablé de honte et de confusion , si ce qu'il cache avec tant de soin venait à être su , non pas du public, mais seulement de celte personne en particulier ou de cette autre : que sera-ce lorsqu'il faudra être connu du monde entier et donné en spectacle à tout l'univers ! Soyons présentement de bonne foi avec nous-mêmes , pour travailler à nous bien connaître; et soyons-le avec les autres , pour vouloir aussi sincèrement nous faire connaître à qui noos le devons , je veux dire aux ministres de la pénitence. Voilà le meilleur préservatif et le remède le plus certain dont nous puissions user.

Deuxième partie. L'inflexible équilé du jugement de Dieu opposée à nos faiblesses et à nos relâchements. Trois relâchements lors même que nous semblons nous condamner. Car nous nous condamnons , mais en même temps nous nous faisons grâce et nous voulons qu'on nous ménage jusque dans le tribunal de la pénitence. Nous nous reconnaissons pécheurs devant Dieu, mais en même temps nous considérons ce que nous sommes selon le monde , et nous prétendons qu'on ait égard à la qualité de noi» personnes. Noi^s nous avouons coupables et punissables, mais en même temps nous exigeons qu'on ait pour notre faiblesse ou plutôt pour notre délicatesse, de la condescendance et de la douceur. Or Dieu nous jugera sans nous faire giâce, il nous jugera sans distinguer nos qualités et les employant même contre nous , il nous jugera sans consulter notre délicatesse, et il en fera même le sujet princiital de son jugement.

1 . 11 nous jugera sans nous faire grâce : pourquoi? parce que ce sera sa seule justice alors qui agira ; et que nons serviront devant lui toutes ces grâces prétendues, que nous aurons extorquées des ministres de Jésus-Christ.

2. Il nous jugera sans distinguer nos qualités, car II n'a acception de personne. Que disje! il distinguera les conditions, mais pour juger et pour punir les grands aTec plus de sévérité que les autres. Ainsi nous le foit-il entendre dans l'Écriture.

3. 11 nous jugera sans consulter notre délicatesse; ou plutùt c'est sur notre déUcatessc même qu'il nous jugera , en nous reprochant , ce qui n'est que trop réel et que trop vrai, que c'était une délicatesse affectée, une délicatesse outrée, et par conséquent une délicatesse criminelle. Aimons-nous nous^nêines : mais almoiiMaoïis d'un amov

ANALYSES DES SERMONS

•oKde, nous traitant avec toute la sérérité éfangéUque^ afin d'expier nos péchés. Voilà par où nous obtiendrons miséricorde y et ooounent nous engagerons Dieu à noas traiter a? ec toute sa bonté paternelle.

HOMÉLIE

SUR L*ÉYÂ1IGILB DB L*ATECGLE-RÉ.

Sum ET mvisioif . Jésus passant , vit un homme qui était aveugle depuis sa naissance,

Jésus-Christ guérit cet aveugle; mais les pharisiens, mtéressés à rabaisser les œuvres du Fils de Dieu , oontesteOt la vérité de ce miracle. L'aveugle néanmoins d*ailleurs la soutient et en rend Iiautement témoignage. De là nous comprendrons d'abord en quel aveuglement l'intérêt propre est capable de nous plonger et nous plonge tous les jours comme les pharisiens, première partie : et nous apprendrons ensuite du témoignage de l'aveugle, à dissiper par les lumières de la foi les ténèbres de l'erreur, et à confondre le mensonge par une sainte confession de la vérité, deuiième partie.

Première partie. En quel aveuglement l'mtérèt propre est capable de nous plonger et nous plonge tous les jours comme les pliarisiens? Cette passion de l'intérêt propre aveugla les pharisiens , 1. sur la personne de Jésus-Christ, 2. sur ses miracles.

1. Sur la personne de Jésus^Hirist. Comme il était opposé aux pharisiens et que son crédit lear donnait de l'ombrage, c'était assez pour le décrier dans leur estime. Ils le traitent de pécheur, et quoi qu'on puisse leur dire, ils le croient tel et le veulent croire , Nos scimus quia hic homo peccator est. Excellente idée de la malignité de l'esprit du monde. Qu'est-ce qui nous aveugle pour l'ordinaire dans nos opinions et dans nos préjugés contre le prochain? l'mtérèt qui nous domine. Que ne peut point l'aliénation des esprits et des cœurs, pour nous prévenir des erreurs les plus visibles au désavantage d'un ennemi? Pouvonsnous conserver des sentiments équitables à l'égard de ceux qui prétendent aux mêmes rangs que nous? Qu'un homme soit dans notre parii , son dévouement à nos intérêts lui tient lieu auprès de nous de tout mérite; mais qu*il soit dans un parti contraire , c'est dès lors , selon nous , le dernier des liomraes. Plus donc d'équité , quand une fois l'iutérêt prévaut ; et c'est pour cela même que dans une cause nous avons droit de récuser un juge ou un témoin , s'ils sont convaincus d'y avoir quelque intérêt particulier.

2. Sur les miracles de Jésus-Christ. Quelque éclatant que soit le miracle de cette guérison opérée dans la personne de Tavcugle-né, les pharisiens ne le veulent pas reconnaître ,4 et obligés enfin d'en convenir, ils nient au moins que Jésus-Christ en soit l'auteur. Ils le nient, dis-je, sans raison, et contre toute apparence de raison, parce qu'ils ontmtérét à le nier. Cet esprit intéressé ne produitil pas encore aujourd'hui les mêmes effets ou les mêmes erreurs , non plus sur ce qui regarde simplement les miracles du Fils de Dieu , mais généralement, 1 . Sur les points les plus esscnQelset les plus incontestables de la religion. Un liberiin ne veut rien croire, parce qu'il trouve, à ne rien croire , de quoi s'affermir dans sa vie déréglée et corrompue. 2. Sur les devoirs de la conscience les plus naturels et les mieux établis. Un homme raisonnera trèsjuste sur une question que vous lui proposerez, tant qu'il p' 7 sera point personnellement engagé; il vous donnera '

même une décision très-sévère. Mais qu'il ykutt à y » trevoir qoelqoe intérêt pour loi, il rabattra béai de e* sévérité, et tronvera des raisons poor douter de ce ^U semblait auparavant indubitable. 3. Sur les UHm les fia évidents qui.ont rapport et à la justice et à lacharitécMin le prochain. Pourquoi nous entètonsnious de mii^ îmsm suppositions, que nous voulons soutenir pour Tiaiee, et pourquoi nous appuyons-nous sur un infinité dejnymi vains et téméraires, c'est qu'il y a dans nous des w(**^ qui , occupant toute la capacité de notre cœur, ne faîMCit à notre esprit nul exercice de réflexion et de raison.

Deuxièbe partie. Comment le témoignage de Têm^ guéri nous apprend à dissiper par les Inmlèies de kM les ténèbres de l'erreur, et à confondre le mcnsoi^pv une sahkte confession de la vérité. Son témo^^y^ es ft veur de Jésus-Christ eut quatre qualités. H Ait aiseèR, pour confondre tous les artifices de la duplicité des phnsiens; généreux , pour confondre l'orgueil de leur piélaidue autorité; convaincant , pour confondre la Ikibleaeii leur vame science; et constant, pour confondre h de leur obstination.

f. Témoignage shicère. La sincérité de Vwe^ Jusqu'à la naïveté , comme on le voit par la se de l'Évangile, et c'est ce qui déconcertait les Ils eurent beau le questionner et Fintentiger : parce qse h vérité ne se dément jamais et qu'elle est toujours la w^m^ ils ne purent l'embsjrasser ni le foire tomber en soeai contradiction. Que pouvaient-ils donc dire, et quepe» vaientils faire pour éluder la force d'un témoignage a simple et si fidèle ? Voilà ce qui confond encore aiqouidlBi l'aveuglement des libertins du siècle; voilà ce qui lesdé> sespère : le récit de certains miracles, qui même bumiiMment doivent être crus, et que la prudence la plusiailsée et la moins crédule est forcée de reconnaître.

2. Témoignage généreux. En vain les pharisiens ssest de menaces envers ce pauvre. Ils peuvent intimider ses pereiits ; mais pour lui , il ne craint rien et continue toojoan à tenir le même langage. Générosité qui humiliait ceser prits superbes, mais quicondanme encore bien davaatagr la faiblesse d'un million de chrétiens , persuadés de la W* rite, et néanmoins lâches et timides quand il s'agit deb défendre et de l'appuyer.

3. Témoignage convaincant. Cest une chose di^M d^* miration qu'un pauvre sans étude et sans roinmiwiTf raisonn&t contre des docteurs d'une manière à leur ktmn la bouche. Les plus savants théologiens n'auraient pssftit de réponses plus solides qu'il en fit à tout ce qu'on ïmtkjecta. Telle est la victoire de la foi, et c'est ainsi qu'dfea triomphé et qu'elle triomphe de toute la sagesse du monde.

4. Témoignage constant. Il persiste toujours à gkrito son bienfaiteur, et à pubher le bienfait qu'il en a reça. Les pharisiens le chassent enfin avec ignominie de la syss* gogue; mais il n'en est que plus attaché à JésusChrisLH l'adore comme son Dieu et embrasse sa loi. S'il n'eût pti été plus ferme que nous , il eût bientôt démenti, par bm honteuse et criminelle inconstance, ce qu'il Tenait d'afirmer par une juste confession. Nous cédons aux moiadrei diflicullés, et nous laissons notre foi se troubler. U nouveauté nous entraîne, et nous séduit par le Tain édil dont elle sépare. Tenons-nous-en à la foi de Jéeus<?hrist; tenons-nous-en à son Église , puisque la foi de JésnsCbrid n'est nulle part ailleurs que dans son Église.

ANALYSES DES SERMONS

Km LA NÀTimi DE JÉBIM-CHRIST.

SojBT. Voici la marque à çuoi vous connaîtrez le Sauveur qui vous est né : c'est que vous trouvères un en- /ant emmailloté et couché dans une crèche.

Quel sigue poar connaître un Diea Saurear ! une étable , nue crèche , do pauvres langes I c'est néanmoins le signe le plus opnTenable, comme on le verra dans ce discours : Et hoe vobis signum.

DiTisioif. Signe le plus convenable, parce que c'est le •Igpe le plus naturel et le plus efficace. Le plus naturel , poisqu'il nous marque parfaitement que le Sauveur est né , •'Si pourquoi il est né; première partie. Le plus efficace, puisqu'il commence déjà à produire dans les esprits et dans les cœurs les merveilleux effets pour" lesquels le Sauveur ait né ; deuxième partie.

pKEWÉaE PARTIE. Signe le plus naturel, puisqu'il nous ■nrque parfaitement que le Sauveur est né, et pourquoi il est wL Ce Dieu Sauveur devait faire deux choses : 1. expier le péché ; 2. réformer Thomme pécheur. Or, pour nousmarqpia qu'il venait accomplir l'un et l'autre , il ne pouvait dioisir un signe plus propre que la pauvreté et l'obscurité de ta naissance.

1. U devait expier le péché et satisfaire à la justice de eoD Vert. Voilà ce qu'il fait dans la crèche, et à quoi lui ser- YCDt les misères et les humiliations de la crèche. Que nous approid donc autre chose cet état pauvre, cet état humble, cet étal souffrant où il naît, sinon qu'il vient faire pénitence pour nous , et nous apprendre à la faire .' Mystère adorable , et capable d'exciter dans nos cœurs les sentiments de la plus ▼iTe oootrition. Cet enfant Dieu pleure dans sa crèche ; et ses larmes , dit saint Bernard , me causent tout à la fois et de la douleur, el de la honte : de la honte , quand je considèfe que le Fils unique de Dieu a pleuré mes péchés, et que Je M les pleure pas moi-même ; de la douleur, quand je pense qu'après avoir fait pleurer Jésus<)hrist, je lui en donne tous les jours de nouveaux sujets.

2. Il devait réformer l'homme pécheur. Ce qui perdait inbomme et ce qui le perd encore , c'est l'attachement aux honneurs, aux richesses, el aux plaisirs du siècle. Mais que fait Jésus-Christ.' 11 vient au monde avec le signe de rimmilité , pour l'opposer à notre ambition ; avec le signe de la pauvreté , pour l'opposer à notre avare convoitise ; «Tee le signe de la mortification, pour l'opposer à notre sensualité. Pouvait-il mieux nous faire entendre qu'il est ce Stoveur par excellence qui doit délivrer son peuple de la nenrUade du péché , et guérir toutes les blessures de notre âme? Raisonnons tant qu'il nous plaira , ce signe deji'humililé d'nn Dieu confondra toujours l'orgueU du monde; ce signe de la pauvreté d'un Dieu confondra toujours l'aveuli cupidité du monde; ce signe de la mortification d'un Dieu confondra toujours la mollesse du monde.

DeuxièifE FABTiE. Signe le plus efficace ; puisqu'il commence déjà à produire dans les esprits et dans les cœurs les mervdlleux effets pour lesquels le Sauveur est né. C'est ee qui parait, 1. dans les pasteurs qui furent appelés à la crtehe de Jésus^lhrist; 2. dans les Blages qui vinrent adorer Jésus-Christ.

1. Dans les pasteurs. Celaient des simples et des ignorants, cTétaienl des pauvres , c'étaient des hommes mépriaaUes selon le monde par leur condition : mais tout à coup, àla vue de ce signe de la crèche , œs ignorants sont éclai-

rés el remplis de la science de Dieu ; ces pauvres oonmiencent à connaître le prix de leur pauvreté et à l'aimer; ces hommes , si vils et si méprisables selon le monde , deviennent les premiers apôtres de Jésus-Christ, et l'annoncent de toutes parts. C'est ce même signe qui , dans la suite des temps, a encore formé au milieu de l'Église tant de saints pauvres ; et voilà ce qui doit consoler les petits et faire trembler les grands.

2. Dans les Mages. Car si l'exemple des pasteurs doit foire trembler les grands, l'exemple des Mages les doit rassurer. C'étaient des grands du monde, des sages du monde, des riches du monde : mais par la vertu de ce signe, ces grands s'abaissent devant Jésus-Christ; ces sages se soumettent à la simplicité de la foi ; ces riches se détachent de leurs richesses, et se font au moins pauvres de cœur. Changement d'autant plus miraculeux, que la grandeur du siècle est plus opposée à l'humilite chrétienne, la sagesse du siècle à la docilité clirétienne , et les richesses du siècle à la pauvreté chrétienne. Voilà ce qu'a pu opérer le signe de la crèche, et ce qu'il doit encore opérer dans chacun de nous, si nous voulons que ce soit pour nous un signe de salut

Compliment au roi.

SDB LA CmOONCISION DE JÉStJS-CmtlST.

Sujet. Lorsque le huitième jour fut arrivé où Vei^fant devait être circoncis , on le nomma Jésus , ainsi que Vange V avait marqué avant qu'il eût été conçu dans le sein de Marie , sa mère.

Pourquoi attend-on que l'enfant soit circoncis pour lui donner le nom de Jésus , c'est-à-dire de Sauveur? et quel rapport le nom de Sauveur peut-il avoir avec la circoncision du Fils de Dieu? Importante question qui servira de fond à ce discours.

Divisioif . 11 fallait que Jésns<Airist , pour être parfaitement Sauveur, non-seulement en fit lui-même la fonction , mais qu'il nous apprit quelle devait être, pour l'accomplissèment de ce grand ouvrage, notre coopération. Or, dans ce mystère il s'est admU-ablement acquitte de ces deux devoirs. 11 a commencé à nous sauver par l'obéissance qu'il a rendue à la loi de l'ancienne circoncision , qui était la circoncision de la cliair ; première partie : el il nous a donne un moyen sûr pour nous aider nous-mêmes à nous sauver, par la loi qu'il a établie de la circoncision nouvelle, qui est la circoncision du cœur ; deuxième partie.

Première partie. Jésus-Christ a commencé à nous sauver par l'obéissance qu'il a rendue à la loi de l'ancienne circoncision : car au moment qu'il fut circoncis, 1. il se trouva dans la disposition prochaine el nécessaire pour pouvoir être la victime du péché ; 2. il offrit à Dieu les prémices de son sang adorable, qui devait être le remède da péché ; 3. il s'engagea à répandre ce même sang plus abondanunenl sur la croix, pour la réparation entière du péché.

1. Au moment qu'il tù% elroonds, il se trouva dans la disposition prochaine et nécessaire pour pouvoir être la victime du péché, et par conséquent pour être parlUtement Sauveur : car pour sauver des pécheurs et des coupables, il Allait un Juste; mats un Juste, dit saint Ai^nftln y qnl pAtsatisfefreàDiea dans tonte la T%aeor de nlnrtlcf»ejl pour cela même VDjoileaQr qdpttlQiBbtrk I

ANALYSES DES SERMONS

que traîne après soi le péché elle ch&timentqui loi est dû. Ce juste, c'était Jésu*<3hri8t. Il ne devait pas être pécheur : comme un pécheur, U eût été rejeté de Dieu. Il ne suffisait pas qu'il fût juste : comme juste, il n'aurait pu ôtrcTobjet des vengeances de Dieu. Mais en qualité de médiateur, il devait , quoique exempt du péché et impeccable mémo, tenir une espèce de milieu entre l'innocence et le péché, ajoute saint Augustin; c'était qu'il eût la marque du péché. Or, où a-t-il pris la marque du péché? dans sa circoncision.

2. Au moment qu'il fut circoncis , il offrit à Dieu les prémices de son sang adorable qui devait être le remède du péché. La moindre action du Fils de Dieu pouvait suffire pour nous racheter , mais dans l'ordre des décrets divins et de cette rigide satisfaction à laquelle il s'était soumis, il fallaitqu'il lui en coûtât du sang , et c'est aujourd'hui qu'il commence à accomplir celte condition. Bien différent des prêtres de Baal , qui , pour honorer leur Dieu , se faisaient de douloureuses mcisions , jusqu'à ce qu'ils fussent tout couverts de sang > c'est pour sauver son peuple , que , tout Dieu qu'il est, il endure une sanglante opération.

3. Au moment qu'il fut circoncis , il s'engagea à répandre son sang plus abondamment sur la croix pour la réparation entière du péché. Car, selon saint Paul , tout homme qui se faisait cU'concire , se chargeait d'accomplir toute la loi. Or, l'accomplissement de la loi , dit saint Jérôme , par rapport à Jésus-Christ , c'était la mort de Jésus-Christ même ; puisqu*il était la An de la loi, et qu'il n'eu devait être la fin que par la consommation du sacrifice de son humanité sainte.

Ce n'est donc pas sans raison que le nom de Jésus lui est donné dans ce mystère : et le sang qu'il verse pour nous sauver, nous fait bien voir de quel prix est notre salut , et quelle estime nous en devons faire.

Deuxième partie. Jésus-Christ nous a donné un moyen sûr pour nous aider nous-mêmes à nous sauver, par la loi qu'il a établie de la cu*concision nouvelle. Cette nouvelle circoncision est la circoncision du cœur. 1 . Il nous en fait une loi ; 2. il nousen explique le précepte ; 3. il nous en facilite Tusage.

1. H nous propose la circoncision du cœur, et il nous en fait une loi : car il n'abolit l'ancienne circoncision, ou plutôt l'ancienne circoncision ne finit en lui, que parce qu'il établit la nouvelle. Circoncision du cœur, c'est-à-dire retranchement de tous les désirs criminels et de toutes les passions déréglées. Circoncision nécessaire pour le salut , puisque la source de tous nos péchés , ce sont nos désirs et nos passions. Circoncision entière, qui s'étend à tout et qui n'excepte rien : il ne faut qu'une passion pour nous damner.

2. Il nous explique le précepte de cette circoncision nouvelle ; comment ? par son exemple : car dans sa circoncision nous trouvons les quatre passions les plus dominantes et les plus difficiles à vaincre, parfaitement sanctifiées et soumises à Dieu : celle de la liberté, par l'obéissance qu'il rend à une loi qui ne l'obligeait point; celle de l'intérêt, par le dépouillement et le dénûment où il veut paraître; celle de l'honneur, par ce caractère ignominieux du péché dont il consent à subir toute la honte ; et celle du plaisir, par cette opération douloureuse qu'il souffre. Voilà surtout les quatre passions que nous devons nous-mêmes déraciner de notre cœur.

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