‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 226 sur 232 · Dans sa perfection. Perfection de leur foi : arriTés à · texte numérisé non relu

Dans sa perfection. Perfection de leur foi : arriTés à

ANALYSES DES SESMONS.

nss

Bethléem, ils trouvent Jésas-Christ dans une élableet dans une crèche ; et , malgré Tétat misérable où il est , ils le reconnaissent pour leur souverain. Perfection de leur foi : non contents de Thonorer comme le souverain monarque du monde f ils l'adorent comme leur Dieu. Perfection de leur foi : ils lui font des offrandes mystérieuses qui eipriroenf sa divinité, son humanité , sa souveraineté ; car voilà ce que signifient Tencens , la myrrhe , et l'or qu'ils lui présentent C'est ainsi que des étrangers vinrent chercher Jésns<;hri8t dans la Judée , tandis que les Juils, au milieu de qui il était né , le renonçaient : et qui sait si Dieu ne nous enlèvera pas à nous-mêmes le talent de la foi dont nous ne profitons pas, pour le transporter à des mfidèles?

Deuxième partie. Idée de l'aveugle sagesse des répiou- Tés et des impies , dans la conduite d'Hérode qui persécute Jésus-Christ. Cette fausse sagesse 1 . est ennemie de Dieu , voilà son désordre ; et 2. Dieu est son eimemi, voilà son malheur. Nous voyons l'un et l'autre dans Hérode.

1.. Sagesse ennemie de Dieu , qui l'attaque et qui s'élève contre lui. Que ne fit pointHérode pour perdre Jésus-Christ ? Or, tout ce qu'il fit, ce fut une feusse politique qui le lui inspira : et combien y a-t-il encore de ces sages mondains aussi impies qu'Hérode, aussi opposés à Jésus-Christ, aussi intéressés et aussi hypocrites?

2. Sagesse dont Dieu est ennemi, et qu'il réprouve. Que fait de sa part Jésus-Christ naissant pour confondre la politique d'Hérode? 1. Il la trouble : Hérode est combattu de mille soupçons el de mille frayeurs ; et rien, ajoute samt Chrysostôme, n'est plus capable de troubler la paix d'un mondain que la pensée d'un Dieu pauvre et humble. 2. 11 la rend odieuse : Hérode , en voulant satisfaire son ambition , est devenu l'horreur du genre humain : et qu'y a-t-il encore maintenant de plus odieux qu'un mondain qui sacrifie tout à sa fortune et à son intérêt? 3. Il la rend vaine et inutile : Hérode a beau faire massacrer tous les enfants cjui sont aux environs de Bethléem , Jésus-Christ échappe à sa fureur; et le mondain, avec sa prétendue sagesse, a beau vouloir se rendre heureux , il ne l'est jamais. 4. Il la fait même servir malgré elle aux desseins de Dieu : Hérode veut éteindre le nom du nouveau roi d'Israël qui vient de naître ; et par les mesures qu'il prend , il contribue, au contraire , à le faire connaître davantage. Combien de fois l'impie a-t-il vu de la sorte, par une secrète disposition de la Providence, retomber sur luison impiété même ? Renonçons donc pour jamais à la sagesse du monde, qui est une sagesse réprouvée , et suivons la sainte sagesse de l'Évangile » pour aller à Dieu et pour le trouver.

V SUR LA PASSION hE JÉSUS-CHRIST.

SvjET. Or, il était sttivi d'une grande multitude de peuple, et de femmes qui se frappaient la poitrine et qui pleuraient. Et Jésus se tournant vers elles , leur dit : Filles de Jérusalem , ne pleurez point sur moi , m^is pleurez sur vous-mêmes et sur vos f nfants.

Au lieu de pleurer Jésus-Christ, pleurons ce qui a fait pleurer Jésus-Christ ; c'est ainsi que nous sanctifierons au- )ourd'hui nos larmes , et que nous nous les rendrons salutaires.

Division. Passion de Jésus-Christ causée par le péché , première partie ; renouvelée par le péché, deuxième partie ;

rendue inutile par le péché, troisième partie. Voilà ce roi mérite toutes 006 lannes.

PREnèRE PARTIE. Passiou de Jésus-Christ cansée par le péché : car cette passion est la pénitence pobliqae du péché , et nous devons ici considérer Jésus-Christ comme on Dieu pénitent Or, la pénitence renferme deux choses, la contrition et la satisfaction. Ainsi, nous allons voir, 1. Jésas- Christ dans le jardin, contrit et ressentant toute l'amertume du péché; 2. Jésus-Christ au Calvaire, expirant et portant sur soh corps toute la peine du péché.

1 . Jésus-Christ dans le jardm , contrit et ressentant toute l'amertunae du péché. C'est là qu'il s'attriste, qu'il est saisi de frayeur, qu'U est accablé d'ennui, qu'il pleure : pourquoi ? pour les péchés de tous les hommes , dont son Père l'a chargé , selon la parole du prophète. Est-ce ainsi que nous pleurons nous-mêmes nos péchés? nous les envisageons avec des sentiments tout contraires ; ou , si nous en concevons quelque douleur, ce n'est qu'une contrition langm'ssante, une contrition superficielle, une contrition imaginaire, qui nous rend encore plus coupables devant Dieu.

2. Jésus-Christ au Calvaire , expirant et portant sur son corps toute la peine du péché. Cela nous étonne : mais notre erreur est de considérer Jésus-Christ , parce qu'il est en soi infinUnent saint et le Saint des saints : et nous ne prenons pas garde qu'il ne parut au Calvaire qde comme la victime du péché, et qu'en cet état il n'y avait point de supplice qui ne lui fàt dû. Aussi est-ce dans cette vue que le Père étemel prononce contre lui un arrêt de mort Car, dit saint Pierre , c'est par un ordre exprès de Dieu qu'il a été livré , et les Jui& n'ont été que les exécuteurs de la sentence portée dans le ciel. Dieu ne se contente pas de le frapper; il semble vouloir le réprouver en le délaissant. Ce délaissement est en quelque sorte la peine du dam, qu'il fallait que Jésus-Christ éprouvât pour nous tous , comme dit saint Paul. Voilà ce que le péché a coûté à lui Dieu; mais n'estce pas le plus déplorable renversement, que nous, pécheurs, nous nous épargnions , tandis que le juste fait une si sévère pénitence?

Deuxième partie. Passion de Jésus-Christ renouvelée par le péché. Que voyons-nous dans cette passion? 1. un Dieu trahi et abandonnéipar de lâches disciples ; 2. un Dieu mortellemcut persécuté par des pontifes et des prêtres hypocrites ; 3. un Dieu raillé et moqué dans le palais d'Hérode par des courtisans impies ; 4. un Dieu mis en parallèle avec Barabbas , et à qui Barabbas est préféré par un peuple aveugle et inconstant; 5. un Dieu exposé aux insultes, et traité de roi chimérique par une troupe de faux adorateurs ; 6. un Dieu crucifié par d'impitoyables bourreaux. Or voilà ce qui se renouvelle tous les jours dans le christianisme.

1 . Un Dieu trahi et abandonné par de lâches disciples. Combien de chrétiens l'abandonnent de la sorte?

2. Un Dieu mortellement persécuté par des pontifes et des prêtres hypocrites. Ne voit-on pas encore de mauvais prêtres qui le persécutent par une vie scandaleuse ? ennemis de Jésus-Christ encore plus dangereux , lorsqu'ils se couvrent du voile de l'hypocrisie.

3. Un Dieu raillé et moqué dans le palais d'Hérode par des courtisans impies. Comment est-il traité dans les cours des princes, et même des princes chrétiens? comment sa doctrine, ses maximes, et la vertu y sont-elles regardées?

ANALYSES DES SERMONS

4. UtiDien mis ea panDèle arec Barabbis, et à qniBarabbas est préféré par un peuple aveo^e et ineonstant Combien de fois lui aTonHHNia préféré nou84Dème8 ane passion honteuse et un plaisir criminel?

5. Un Dieu exposé aux insultes et traité de roi chimérique par une troupe de fiuix adorateurs. N'allons-nous pas l'insulter jusqu'à ses autels , en présence de son sacrement et dans la célébration des di?ins mystères?

6. Un Dieu crucifié par d'impitoyables bourreaux. Ne le crucifions-nous pas par nos péchés ?

TR(»siiME PARTIE. Passion de Jésus-Christ rendue inutile par le péché. C'est selon la pensée d'Amould de Chartres , de quoi il se plaignit sur la croix , en disant à son Père : Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé? Il fut tou* ché de la plus iri?e douleur à la Tue de tant de réprouvés pour qui ses souffrances ne seraient de nul effet.

Encore si le péché nous rendait sa passion seulement inutile : mais au moment qu'elle nous devient inutile, elle nous est préjudiciable; car c'est un titre de condamnation contre nous. Que faisons-nous donc quand nous consentons à un péché contre lequel notre conscience réclame? Sans y penser et sans le vouloir expressément , nous prononçons contre nous le même arrêt de mort que les Juife prononcèrent contre eux-mêmes devant Pilate, lorsqu'ils lui durent : Que son sang retombe sur nous. Entrons dans le sentiment de saint Bernard ; Intne, non super me ; Ah ! Seigneur, que votre sang tombe dans moi pour me sanctifier, et non sur moi pour me réprouver.

n* SUR LA PASSION DE JÉSCS-CHRIST.

Sujet. C'est aujourd'hui le jugement du monde ; c'est maintenant que le prince du monde va être chassé : et quand on m'aura élevé de la terre , j'attirerai tout à moi. Ce qu'il disait pour marquer de quel genre de mort il devait mourir.

Le jugement du monde, dans la passion de Jésus-Christ, c'est le mystère que nous avons à considérer.

Division. Jésus-Christ jugé par le monde, première paitie. Le monde jugé par Jésus-Christ , deuxième partie.

Page 1