Première partie. Jésus -Christ jugé par le monde
1 . au tribunal de Caïphe , qui fut le tribunal de la passion ;
2. au tribunal d'Hérode , qui fut le tribunal du libertinage;
3. au tribunal de Pilate, qui fut le tribunal de la politique.
1 . Au tribunal de Caïphe , qui fut le tribunal de la passion : pourquoi ? 1 . parce que ce fut la passion seule qui présida à ce premier jugement; car ce furent les ennemis de Jésus- Christ , les pontifes , les scribes , les pharisiens , qui , contre toutes les lois de l'équité, se déclarèrent alors ses juges;
2. parce que, dans ce premier jugement , on n'observa point d'autres procédures que celles que la passion suggéra ; savoir, la violence, l'imposture, la calomnie; 3. parce que la passion seule exécuta ce jugement si inique. A peine le grand prêtre a-t-il prononcé que Jésus-Christ est digne de mort , que ses juges mêmes se mettent à l'iosulter et à l'outrager. Ils font plus : ils persuadent au peuple de demander à Pilate qu'il délivre Barabbas, plutôt que Jésus-Christ. Tel est encore tous les jours le jugement du monde, jugement de passion.
2. Au tribunal d'Hérode, qui fut le tribunal du libertinage; car ce fut là que Jésus-Christ fut méprisé, comme il l'est encore présentement de tant d'impies. Quatre caractères de l'impiété. 1. Ciunosité : llérode, homme sans reli-
gion , ayant entende parler des miracles de Jtet^Mrt, voulut lui en vohr foire quelqu'un. 2. Ignoranoe : Ht» Christ, sans foire ancnn des miracles qii*Hérode attenàiit, en fait d'antres qui sont des miracles dlramllilé, de pstience, de douceur; mais Hérode ne les oonoatt point 3. Mépris des choses de Dieu : Hérode ne tronrant poiH dans Jésus-Christ de quoi contenter sa corioallé, fl Isbii^ prise. 4. Esprit railleur : Hérode, par dériskm» foltooovrir Jésus-Christ d'une robe blanche » el le renvoie oeome m fou. Idée parfaite do libertfaiage.
3. Au tribunal de Pilate, qui fut le tribonai de la poffilque. 1 . Politique timide et foible pour les Intérêts de Dlea: Pilate devait user d'autorité pour maintenir le bon droit ée Jésus-Christ ; mais U n'ose le foire. 2. PoUtique lélée pm les intérêts du monde ; dès qu'il entend parler de Céar et du rapport que cette cause pouvait avoir avec la perio— de ce prince , il témoigne de l'empressement et de Faidev. 3. Politique subtile'et artificieuse pour acoorder les iMérftli de Dieu avec ceux du monde; il condamne Jésoa-Christiaae sanglante flagellation , espérant par là d'une part loi saover la vie, et d'autre part satisfoire les Juifs. 4. Politiqaed^ terminée à tout pour son intérêt propre : preaaé par lesJiMi qui le menacent de l'empereur, il consent à font ce qA demandent , et leur abandonne JésusK^hrist. Pelntare afaeé* gée , mais nien naturelle , de la politique dn siècle.
Deuxiève partie. Le monde jugé par Jésn»Cliiist Lei mêmes signes qui paraîtront au jugement dermer, parmea à kl mort de Jésus-Christ. Le ciel s'éclipsa, la terre tremMi, les morts ressuscitèrent, pou r marquer qoe le FQs de Dies, dès ce moment-là même, commençait à Joger Je monde. C'est aussi pour cda qu'il fut proclamé roi snr la croix : Jésus Nazarenus rex , comme fl est qualifié de roi daai la description du jugement universel. Et dans ce jugemat universel, que ferait-il autre chose que ce qu'A foJsaitea publiant an monde son Évangile, et en prononçant contre les mondains ces fameux anathèmes! Vœ vobis .' Màïtiem à vous ! Or, c'est sur la croix , reprend saint Jérôme , qo*0 les a fulminés solennellement et authentiqaeniait,noo per ses paroles , mais par son exemple : Malheur à vous , ri' ches! malheur à vous qui cherchez votre consolation en ce monde ! etc.
Trois circonstances essentielles servent de preareà oetle vérité. 1. Au jugement dernier, le signe de la croix parallri dans le ciel. Or, tout ce qu'elle aura alors de pins terrible et de plus convaincant contre les pécheurs , ne l'a^t-elle pas dès aujourd'hui? 2. Selon le témoignage de saint Jean, le désespoir des damnés sera de voir le Dieu qu'ils aoront oatragé et crucifié. Or, dès ce jour, les réprouvés du siècle et les mondains n'ont-ils pas à soutenir cette Tue et les remords qu'elle excite dans leurs cœurs? 3. Les prophètes nous ap* prennent que le jour du jugement doit être singulièremeot, et par excellence , le jour des vengeances du Seigneur. Or, il est d'ailleurs évident que jamais Dieu n'a bien oommenoé à se venger que dans la passion de Jesus-Christ , et par la passion de Jésus-Christ. D'où il s'ensuit, selon la parole d'Isaïe, que le jour de la rédemption est le joor de le vengeance , et par conséquent celui du jugement do monde.
Voulez- vous quelques effets particulière de ce jugement, Les voici. Jésus-Christ meurt en réprouvant les uns , et ea sauvant les autres; en réprouvant Judas, les Juifs, oa criminel crucifié à ses côtés, jugement de rigueor ; et, « sauvant un autre criminel pénitent, en convertissant ërf
ANALYSES DES SERMONS
Gcntfls et pliisieiira même de ceux qui IVmt crucifié, jugement de fiiyear. Tâchons à mériter nonà-mèmes on jugement fiiToraUe.
m* SUR Là PASSION DE JÉSUS-CHRIST.
SojR. Cestlui qui a porté nos péchés en son corps sur la croix, afin que , étant morts pour le péché, nous vivions pour la justice.
n s'agit de oonoevoir sajourdlmi combien Dieu a en horreur le péché, et combien nous derons le haïr nousmêmes.
Dnrisioif . Le péché a Tait mourir Jésus-Christ , première partie; et Jésus-Christ a fait mourir le péché, deuxième partie.
PREMitRE PARTIE. Lc péché R fait mourir Jésus-Christ Six sortes de péchés ont contribué à cette mort : l'un qui a conspiré la mort du Fils de Dieu , l'autre qui l'a trahi et Tendu, un autre qui l'a accusé, un autre qui l'a abandonné , un autre qui l'a condamné , enfin un dernier qui a exécuté l'arrêt porté contre lui.
1. Le péché qui a conspiré la mort de Jésus-Christ, c'est reuTie des scribes et des pharisiens. Envie, 1. formée en cabale; 2. animée d'une maligne émulation; 3. colorée du prétexte de la piété ; 4. Yiolente et emportée jusqu'à la fureur. Tels sont les caractères ordinaires et les désordres de l'enf ie , surtout à la cour.
2. Le péché qui a trahi et vendu Jésus^lhrist, c'est l'a- Tarice de Judas. Avarice , 1 . la plus in£^e dans son entreprise; 2. la plus aveugle dans son commerce; 3. Ul plus endurcie dans sa résolution; 4. la plus désespérée dans aoD issue. Voilà les effets que produit tous les jours dans nous une insatiable convoitise. Combien de gens disent oonune Judas et dans le même sens que Judas : QuevouleZ'Vous me donner f
3. Le péché qui a accusé Jésus-Christ , c'est la calomnie des témoins qui déposèrent contre lui. Calomnie, l. hardie à avancer les plus grossières impostures ; 2. fiiible pour les soutenir; 3. artificieuse pour séduire et corrompi-e les esprits. Nous ne voudrions pas communément être les auteurs de la calomnie , mais nous autorisons les calomniateurs en les fusant parler, en les excitant , en les écoutant avec plaisir, eu leur applaudissant; péché très-commun aux grands. Du reste, conduite admirable de Jésus-Christ , qui ne répond rien et qui se tait.
4. Le péché qui a abandonné Jésus-Christ, c'est l'inconstance et la légèreté du peuple juif. Inconstance , 1 . la plus subite dans son changement; 2. la plus outrée dans les extrémités à laquelle elle se porte. Les Juifs , six jours après avoir proclamé le Fils de Dieu roi d'Israël , poursuivent sa mort jusqu'à lui préférer un insigne voleur. Voilà le monde, voilà ses légèretés et ses perfidies; voilà nos inconstances criminelles dans le service de Dieu.
5. Le péché qui a condamné Jésus-Christ, c'est la politique de Pilate. Il livre le Fils de Dieu aux Juifs : pourquoi? parce qu'il craint César, dont il est menacé. Rendons aux maîtres qui nous gouvernent tous les hommages qui leur sont dus ; mais que ce ne soit jamais aux dépens de Dieu ni de notre conscience.
6. Le péché qui a exécuté l'arrêt porté contre Jésus- Christ , c'est la cruauté de ses bourreaux. Ils le déchirent de coups par une sanglante flagellation, ils le comblent d'opprobres, ils lui mettent sur la tôte une couronne d'é-
phies. Examinons bien notre conduite , et nous trouverons que nous avons nûUe fois ainsi traité ce roi de gloûv.
Deuxième partie. Jésus^îhrista fait mourir le péché, I . dans le corps de l'homme , 2. dans l'esprit de l'homme , 3. dans la volonté de Thomme, 4. dans les passions de rhomme.
1. Dans le corps de l'homme, en nous inspirant, par son exemple , la mortification contre la sensualité et la mollesse, n n'y a qu'à présenter à un sensuel ce Dieu pénitent dans l'état où Pilate le fit voir aux Jmft, en leur disant : Voilà l'homme, A la vue de ce corps meurtri et ensanglanté, qui ne se confondra pas de ses délicatesses?
2. Dans l'esprit de rhomme , en nous hispirant , par son exemple , l'humilité contre l'orgueil. Il veut être rassasié, comme dit le prophète, d'outrages et d'affronts. Après cela, un chrétien peut-il chercher à s'élever ?
3. Dans la volonté de l'homme, en nous inspii^t, par son exemple, la soumission contre l'amour de l'mdépendance. C'est par obéissance à son Père qu'il meurt : car, dit saint Paul, il s'est fait obéissant jusqu'à la mort. D'où nous apprenons deux choses : i. la nécessité de l'obéissance, puisque c'est par elle que s'accomplit aujourd'hui notre salut; 2. la mesure de l'obéissance, qui doit s'étendre à tout, puisque un Dieu obéit jusqu'à donner sa vie et à mourir sur une croix.
4. Dans les passions de l'homme, surtout dans la phis violente de toutes, qui est la vengeance, en nous apprenant, par son exemple, à pardonner : il prie pour ses bourreaux. ITa-t-il donc pas bien droit de nous faire cette loi : Aimer, vos ennemis.
Voilà le péché détruit : mais, hélas! combien de fois Tavons-nous ressuscité , et combien de fois l'allons-noos faû% revivre? Le péché est l'ennemi de Dieu, c'est mon propre ennemi, cela ne suffit-il pas pour me le fah« détester?
1*' SUR LA résurrection DE JÉSUS- CmUST.
Sujet. V ange dit aux femmes : Ne craignes^ point, vous cherchez Jésus de Nazareth qui a été crucifié : il est ressuscité, il n'estplus ici; voici le lieu où on l'avait mis.
Sainte et merveilleuse résurrection, qui doit servhr de fondement à la foi et à l'espérance chrétiennes.
Division. Le Fils de Dieu , dit saint Augustin , nous présente tout à la fois, dans sa résurrection , et un grand miracle , et un grand exemple. Miracle de la résurrection d^ Jésus-Christ, preuve mcontestable de sa divinité; c^est par là qu'il confirme notre foi : première partie. Exemple de la résurrection de Jé8us<lhrist , gage assuré de notre résurrection future ; c'est par là qu'Oanime notre espérance : deuxième partie.
Première partie. Bfirade de la résurrection de Jésns- Christ, preuve hicontestable de sa divinité. Pourquoi la révélation de la divinité de Jésus-Christ était-elle surtout attachée à sa résurrection? 1. parce que sa résurrection était la preuve que cet Homme-Dieu devait expressément donner aux Juifs pour leur faire connaître sa divinité; 2. parce que cette preuve était en effet la plus naturelle et la plus convaincante de sa divinité ; 3. parce que, de tous les miracles de Jésus- Christ faits par la vertu de sa divinité, il n'y en a point eu de si avéré que la résurrection de son corps; 4. parce que c'est celui de toiis qui a le plus
ANALYSES DES SERMONS
servira la propagation de la foi et à rétablissement de TÉvangile, dont la substance et le capital est de croire en Jésus-Christ , et de confesser sa divinité.
1. La résurrection de Jésus-Christ était la preave que cet Homme-Dieu devait expressément donner aux Juifs pour leur faire connaître sa divinité. Car, pendant sa vie, il leur avait toujours donné cette preuve préférablement à toute autre : marque évidente, dit saint Cbrysostôme, que , dans le dessein de Dieu , la résurrection de Jésus- Christ avait été ordonnée comme le signe de sa filiation divine. De là dépendait la foi de tout le reste : qu'eussent dit les Juifs et ses propres disciples, s'il ne fût pas ressuscité , après avoir prédit tant de fois qu*il ressusciterait?
2. La résurrection de Jésus-Christ était en eflet la preuve la plus naturelle et la plus convaincante de sa divinité; car quel miracle, que de se ressusciter soi-même?
3. La résurrection de Jésus-Christ est , de tous les miracles , le plus avéré. Les Juifs mêmes contribuèrent à le confirmer, en demandant à Pilate qu'il mit des gardes autour du sépulcre ; car on ne peut pas dire que ses disciples aient enlevé son corps : les gardes Fauraient-ils permis? De plus, à quel dessein ses disciples auraient-ils enlevé sou corps , et pourquoi se seraient-ils tant intéressés pour un homme dont ils eussent reconnu Timposture , si tout ce qu'il leur avait dit de sa résurrection se fût trouvé feux ?
4. La résurrection de Jésus-Christ est, de tous les miracles, celui qui a le plus servi à la propagation de la foi et à rétablissement de l'Évangile , dont la substance et le capital est de croire en Jésus-Christ et de confesser sa divinité. Avec quel zèle les apôlres ont-ils publié par toute la terre cette résurrection du Fils de Dieu , et qui ne sait pas quel a été le succès de leur prédication ? Disons donc à Jésus-Christ , comme saint Thomas : Vous éte^ mon Seigneur et mon Dieu. Servons-nous de la foi de sa résurrection et de sa divinité pour vaincre le monde : car, disait saint Jean : Quel est celui qui triomphe du monde, sinon celui qui croit que Jésus-Christ est Dieu?
Deuxième partie. Exemple de la résurrection de Jésus- Christ, gage assuré de noire résurrection future. Nous trouvons tout à la fois dans cette rc^surrection, 1. le principe, ?.. le motif, 3. le modèle de la n6lre.
1 . Le principe par où Dieu peut nous ressusciter : car la résurrection miraculeuse de Jésus-Christ est l'effet d'une force souveraine et toute-puissante. Or, s'il a pu , par sa toute-puissance, se ressusciter lui-même, pourquoi ne pourra-t-il pas nous ressusciter? Ainsi raisonnaient saint Paul et le saint homme Job.
2. Le motif qui engage Dieu à nous ressusciter : car il est naturel que les membres soient unis au chef, et quand le chef se ressuscite lui-même, n'est-ce pas une suite, qu'il doit ressusciter ses membres avec lui? Or, notre chef, c'est Jésus-Christ, et nous sommes tous les membres de Jésus-Christ.
3. Le modèle sur lequel Dieu veut nous ressusciter. Car, ' selon le témoignage de saint Paul , quand Dieu ressuscitera nos corps , ce sera pour les conformer au divin exemplaire qui nous est proposé dans la résurrection de Jésus- Christ, en sorte que nous aurons, pour ainsi parler, la même incorruptibilité, la même impassibilité, la même immortalité, la même clarté, etc.
Les grandes vérités I Malheur au libertin qui ne les croit pas, malheur au chrétien qui les croit, et qui vit comme
R'il ne les croyait pas ! mais heureux le fid^e qm , m content de les croire, en lait la règle de sa vie et en Un de puissants motifs pour animer sa ferveur! Compliment au roi.