‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 30 sur 232 · POUR LE HUITIÈME DIMANCHE · texte numérisé non relu

POUR LE HUITIÈME DIMANCHE

APRÈS LA PENTECOTE

SUR L'AUMONE

Et ego dico vobit : FaciU vobit atnicot de nwmmana iniquUaHi, ut cum d^eceritis recipiant not i» œtema ta' bemacula.

Et moi Je voos dis de même : Faites-^oos des amis de vos richesses, afin que quand vous serez réduits à rextrémité ils TOUS reçoiveDt dans les demeures élemeUes. $4UIT Luc, chap. 16.

Cest la conclusion que tire aujourd'hui le Fils de Dieu de la parabole de l'Évangile, et c'est de tous les conseils de Jésus-Christ, ou plutôt de tous les préceptes de la sainte loi que ce Sauveur de nos âmes est venu nous enseigner, un des plus salutaires et des plus indispensables. Est-il rien de plus avantageux et de plus à souhaiter pour nous que d'avoir de fldèles amis et de puissants intercesseurs qui prennent en main nos intérêts , qui défendent auprès de Dieu notre cause, qui fléchissent en notre faveur ce sou verain juge , et qui, par l'efiBcaoe de leur médiation, nous ouvrent ce royaume céleste où noua aspirons , et nous fassent entrer avec eux dans la gloire ? Mais, afln de parvenir à cet heureux terme

SUR L AUMONE

et de nouft en assurer la possession /estril rien en même temps de plus nécessaire et d*ane obligation plus étroite que de nous enrichir de mérites et de trésors spirituels, de nous purifier devant Dieu, d*aequitter nos dettes « et d'aroir même de quoi acheter cette terre promise qui doit être le centre de notre repos et notre éternelle béatitude ? Or c'est à cela , mes chers auditeurs, que vous peuvent servir ces biens temporels dont vous jouissez dans la vie; voilà remploi que vous en devez faire. Ce sont des richesses dlniquité, selon la parole de mon texte, c'est-à-dire des richesses qui nous rendent communément injustes : mamnuma isUquUoHt. Mais ces richesses d'iniquité et de damnation deviendront, par rexercice de la charité chrétienne , des richesses de justice, si je puis parler de la sorte, des richessesde salut et de prédestination. Je viens donc , mes frères , vous entretenir de Taumôme , matière , dit saint Chrysostôme, qu'un ministre évangéiique ne peut omettre sans manquer à l'un des devoirs les plus essentiels de son ministère : et il est bien remarquable que de tant de prédications et d'exliortations que fit à son peuple ce saint évéque , il n*y en a presque pas une où l'aumône ne soit expressément recommandée, comme si toute la morale du christianisme se réduisait là , et que c'en fût le point capital. Je n'ai ni la pénétration ni l'éloquence de cet incomparable prédicateur ; mais votre grâce, Seigneur, me soutiendra, et je la demande par l'intercession de Marie : Ave.

Cest unequestiondonttout homme chrétien peut être édifié , et qui parut autrefois à saint Chrysostôme assez importante pour en frire le sujet d'une de ses homélies, savoir qui des deux est le plus redevable à la providence de Dieu de la conduite qu'elle a tenue en établissant le précepte de l'aumône, ou le riche qui est dans Tobligatton de la donner, ou le pauvre qui est dans la nécessité de la recevoir. A en juger par les apparences , on croirait d'abord , dit ce saint docteur, que cette loi de l'aumône est bien plus favorable au pauvre qu'au riche , puisqu elle a pour On de soulager la misère du pauvre, et qu'au contraire elle impose au riche un devoir onéreux dont il ne peut se dispenser. Mais d'ailleurs le riche tire de raccomplissement môme de cette loi de tels avantages qu'il y a raison de douter s'il n'est pas encore plus de son intérêt que de celui du pauvre qu'elle subsiste. Décidons cette question, chrétiens, et, pour y observer quelque ordre, distinguons deux choses dans la matière que nous traitons , je veux dire le précepte de l'aumône , et l'officace de l'aumône. Le précepte de l'aumône peu connu, et l'efficace de l'aumône souvent trèsmal entendu; le précepte que l'on néglige , et l'efficace dont on ne profite pas. Car de là, mes chers auditeurs, dépend l'éclaircissement de la question

que je me suis proposée, et le voici : Je éîs qwi dans l'établissement de l'aumône , la providence de notre Dieu s'est montrée également hienfiiauile envers le pauvre et envers le riche. Bienftisaate envers le pauvre , d'avoir pourvu, par une loi pv* ticulière, au soulagement de sa pauvreté; ce sera la première partie. Bienfaisante envers le rksM , de lui avoir donné un moyen aussi infaillible que eelul de l'aumône pour apaiser Dieu dans Tétat de son iniquité ; ce sera la seconde partie. Érigeant raumôneen précepte , Dieu a considéré le pauvre ; et, en attribuant à l'aumône une vertu aussi souveraine qu'elle Ta, Dieu a eu égard an riche : deux poînls dfk»truction que je vais développer selon les priactpee de la plus exacte théologie. Dans le premier, ¥0«8 pourrez recoonattre à quoi le devoir de Ta engage un riche chrétien , et dans le second, jei ferai voir de quelle ressource et de quelle eoiieolation la pratique de l'aumône est pour on riehe pécheur. L'un et l'autre méritent une atleiilioB toute particulière.

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