‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 33 sur 232 · POUR LE NEUVIÈME DIMANCHE · texte numérisé non relu

POUR LE NEUVIÈME DIMANCHE

APRÈS LA PENTECOTE,

SUR LES REMORDS DE LA CONSCIENCE

Cum appropinquaret Jésus Jérusalem , videns civiiaiem JUvit super illam , dicens : Quia si cognovisses et tu, et guiéem im hoc die tua , ftw ad pacem tibif

Lonqne Jésus fut proche de Jérasalem , Toyant oetle Tille , Il Tena des larmes de oomfMssion pour elle, et il dit : O si du BMiIns eo ce Jour, qui est pour toi, tu avais counn ce qui pouvait te donner la paix! SAiirr tcc, chap. 19.

Ce jour où le Fils de Dieu, accompagné de ses disciples, entra dans Jérusalem < avec tant de solennité et au milieu des acclamations publiques; ce jour de la visite du Seigneur, c^était, mes frères, selon l'expression de Jésus-Christ même, le jour de cette ville incrédule, parce que c'était en ce jour de grâce que le Sauveur des hommes venait répandre sur elle iw nouveau rayon de sa lumière, et faire un dernier effort pour l'éclairer et la convertir. 11 prévoyait de quels malheurs TinGdélité de ce peuple serait suivie, le profond aveuglement où il tomberait, les désolantes extrémités où l'ennemi le réduirait, le ravageaffreux qui le ruinerait de fond an comble et le détruirait , la haine de toutes les nations qu'il encourrait. Tristes, mais immanquables effets de son opiniâtre résistance à la voix du ciel •t aux pressantes recherches de la divine miséricorde : voilà , dis-je , ce qu'il avait en vue, ce rédempteur dlsraël, et ce qu*il eût voulu prévenir en amollissant la dureté de ces cœurs jusque-là toujours rebelles , et les fouchaot par sa présence. Belle figure, chrétiens, de la conduite de Dieu à l'égard de tant de pécheurs : car le pécheur, tout pédieur qu'il est , a néanmoins encore , aussi bien que Jérusalem , dans l'état même de son péché , des jours de salut , où Dieu le prévient, où Dieu lui parle , où II le rappelle. Il voudrait, ce pasteur si vigilant et si compatissant , sauver cette brebis égarée qui va se précipiter dans l'abîme ; il voudrait fléchir cette âme endurcie , et la ramener dans ses voies pour la préserver de ses vengeances. Cest pour cela qu'il s'adresse à elle , qu'il la poursuit et qu'il la sollicite : comment ? non pas toujours d'une manière sensible, ni par la voie de ses ministres , mais secrètement. et par lui-même; je veux dire par certaines réflexions qu'il lui inspire et qui la frappent, par certains reproclies intérieurs qui la piquent et qui la troublent. Ah! mon cher auditeur, que ne connaissez-vous alors le don de Dieu , et que ne profitez-vous de ce trouble salutaire qui n'a point d'autre fin que de vous conduire à la paix ! Si cogriovisses et tu, et qtddem in hac die tua, quœ ad

pacem tibi! Il est donc d'une conséquence infinie de vous faire voir tout le fruit que vous en pouvez tirer, et de vous exhorter fortement à ne le pas perdre. Cest aussi ce que je me propose dans ce discours, où je viens vous entretenir des remords de la conscience, après que nous aurons invoqué le Sain^Esp^it, qui en est le principe, et que nous aurons fait à Marie la prière ordinaire, en la saluant avec les paroles de l'ange : Jve,

Intimider le pécheur par d'effrayantes menaces, et lui donner après son péché de continuelles alarmes ; lui retracer sans cesse l'image de son désordre, et lui en représenter toute la difformité; ne lui accorder aucun repos , et sans relâche Hnquiéter, l'agiter, le tourmenter, n'est-ce pas là, chrétiens, selon les apparences , le traiter en enoeni et le vouloir perdre ? Mais, par une règle toute contraire , je prétends, moi, et je vais vous en convaincre , que Dieu , quoique offensé et irrité , ne peut donner h l'homme criminel un plus solide téoMignage de son amour qu'en excitant au fond de son cœur ces remords secrets ; d'où je veux en même temps conclure que l'homme aussi de sa part ne se rend jamais plus coupable ni plus malheureux , que lorsqu'il résiste à Dieu dans cette sainte guerre que Dieu lui fait , et qu'il ne se laisse pas vaincre par l'infinie bonté du Maître qui ne le blesse que pour le guérir, et qui ne l'abat que pour le relever. En deux mots, mes chers auditeurs, voici tout mon dessein : je dis que le remords du péché est une des grâces de Dieu les plus efficaces et les plus précieuses ; et j'infère de là , que de ne pas écoutor ce remords et de ne le pas suivre, c'est dans l'homme pécheur un des plus grands désordres et un des plus justes sujets de sa réprobation. Jamais Dieu n'agit plus favorablement à l'égard du pécheur que lorsqu'il le presse par les reproches de sa conscience; et jamais le pécheur n'outrage plus sensiblement Dieu que lorsqu'il ferme l'oreille à ces reproches, et quil refuse de les entendre. La miséricorde de Dieu, ea nous accordant cette grâce qui fait le remords du péché, ce sera la première partie ; la malice et le malheur de l'homme qui s'obstine contre cette grâce pour persévérer dans le péché, ce sera la seconde partie : deux points qui demandent toute votre atte» tion. Si dans cet auditoire , comme je n*ai que trop lieu de le penser, il y a de ces pécheurs actuellemeni combattus par leur propre conscience , et combattant eux-mêmes contre elle, c'est à eux aujourd*bui que je parle; et, par tout l'intérêt que je prends et qu'ils doivent prendre encore plus que moi au salot de leur âme, je les conjure de s'appliquer à une matière qui les regarde spécialement , et à laquelle il a plu peut-être à Dieu d'attacher leur conversion et leur bonheur étemel.

SUB LES REMORDS DE LA GONSOENCE

Page 1