PREMIÈRE PARTIE
Quand je dis que la médisance est un des vices les phis lâches et les plus odieux, ne pensez pas , «brétiens , que ce soit une morale détachée des règles et des maximes de la foi. Cest la morale du Saint- Esprit même, qui , dans le livre de Y Ecclésiastique eldans les Préverbes y s'est particulièrement servi de ce$ deux motift pour nous Inspirer l'horreur de ce péché. Comme nous sommes sensibles à l'honneur, il nous a pris par cet intérêt, en nous faisant voir que la médisance, qui est le péché dont nous nous préservons le moins et que nous voudrions le plus autoriser, de quelque manière que nous la considérions , porte un caractère de lâcheté dont on ne peut effacer Popprobre; et c'est ce que saint ChrysastÔQic prouve admirablement dans l^ne de ses ho-
SUR LA MÉDISANCE
mélies , par cette excellente démonstration qu*0 en donne , et qui va sans doute vous convaincre.
Car, pour commencer par la personne qui sert d'objet à la médisance, voici le raisonnement de ce Père. Ou celui de qui vous parlez est votre ennemi, ou c'est votre ami , ou c'est un homme indifférent à votre égard. S'il est votre ennemi , dès là c'est oo haine ou envie qui vous engage à en mal parler, et cela même parmi les hommes a toujours été traité de bassesse , et l'est encore. Quoi que tous puissiez alléguer, on est en droit de ne vous pas croire, et de dire que vous êtes piqué; que c'est la passion qur vous fait tenir ce langage ; quesi cet homme était dans vos intérêts, vous ne le décrieriez pas de te sorte , et que vous approuveriez dans lui ce que vous censurez maintenant avec tant de malignité. En effet, c'est ce qui sedit ; et les sages qui vous écoutent , témoins de votre emportement , bien loin d'en avoir moins d'estime pour votre ennemi , n'en conçoivent que du mépris pour vous et de la compassion pour votre faiblesse. Au contraire, ef clest votre ami (car à qui la médisance ne s'attaquet^lle pas? ) , quelle lâcheté de trahir ainsi la loi de l'amitié, de vous élever contre celui même dont vous devez être le défenseur ; de l'exposer à la risée dans une conversation , tandis que vous l'entretenex ailleurs de belles paroles; de le flatter d'une part, et de l'outrager de l'autre! Or il y en a, vous le savez, en qui l'intempérance de la langue va jusqu^à ce point d'infidélité, et qui n'épargneraient pas leur propre sang, leur propre père, quand il est question de railler et de médire. Mais je veux, conclut saint Chrysostôme, que cet homme vous soit indifférent, n'est-ce pas une autre espèce de lâcheté de lui porter des coups si sensibles? Puisque vous le regardez comme indifférent, pourquoi lentreprenez-vous? N'en ayant reçu nul mauvais offîee, pourquoi êtes-vous lepremier à hii en rendre? Qu*a-t-il fait pour s'attirer le venin de votre médisance? Vous n'avez rien, dites-vous, contre lui, et cependant vous l'offensez et vous le blessez : je vous demande s'il est rien de plus lâche qu'un tel procédé.
Mais reconnaissons-le encore plus clairement par la seconde circonstance. Quiconque médit attaque l'honneur d'autrui : c'est en quoi consiste l'essence de ce péché. Mais de quelles armes se sert-il pour l'attaquer? d'une sorte d'armes qui de tout temps ont passé pour avoir quelque chose de honteux, je veux dire des armes de la langue, selon l'expression même du Saint-Esprit. Car dans les termes de l'Écriture, c'est la langue qui fournit au médisant les flèches aiguës ou les paroles envenimées qu'il lance contre ceux qu'il a dessein de perdre : FUii komi^ nwn dentés eorum nrma et sagiU». ( PsaL 66. ) C*e6t h langue qui lui tient lieu d^épée à deux tran-
SUR LÀ MÉDISANCE
chants , dont il frappe sans égard et sans pitié : Lin- \ çua eorum gkuHus aeutus. (Psal. 56.) Et qui est^e j qui fut rinventeur de cette espèce d*armes , et qui les fabriqua? Le démon, répond saint Augustin, lorsque , Toutant combattre le premier homme dans le paradis terrestre, il s*arma d*une langue de serpent; ce qui ne lui réussit que trop bien : d*oii vient que le Fils de Dieu, dans l'Évangile, parlant de cet ennemi du genre humain, dit que dès le commencement du monde il fut homicide : lUe homicida erat ab iniUo ( Joân., 8) : or il est évident que le démon ne commit pas cet homicide avec le fer, mais avec la langue : Nonferro armatus, sedlingtta, ad kominem venU. ( Auo. )
Voilà la source et l'origine de la médisance. Aussi Jérémie ne croyait-il pas pouvoir mieux exprimer la malice de ses ennemis et Findignité de leur conduite, qu*en rapportant les discours qu'ils tenaient de lui et contre lui. bénite, et percutiamus eum Bngua. ( Jerbm. , 18. ) Allons, disaient ces hommes de8ang,8*excitant les uns les autres contre Jérémie, 00 plutdt contre Jésus-Christ, dont ce prophète était la figure; allons, et déclarons-lui une guerre ouverte; jetons-nous sur lui comme sur une proie qui nous est préparée ; déchirons- le et le mettons en pièces. Tout cela comment? par les traits et les coups de la langue, qui sera l'instrument général de tout ce que nous avons formé de desseins et d'entreprises contre sa personne : f^enite, percutiamus eum Ungua. Car voilà , chrétiens , de quelle manière en usent encore tous les jours ce qu'on appelle gens de parti, gens de faction et de cabale. Ils parlent, ils déclament, ils invectivent , ils calomnient; et je TOUS laisse à juger si c'est là le caractère des âmes généreuses et des cœurs droits.
Mais de plus, quel temps clioisit presque toujours le médisant pour frapper son coup? celui où l'on est moins en état de s'en défendre. Car ne croyez pas qu'il attaque son ennemi de front : il est trop circonspect dans son iniquité pour n'y pas apporter plus de précaution. Tandis qu'il vous ▼erra, il ne lui échappera pas une parole. Qu'il aperçoive seulement un ami disposé à soutenir vos intéréu, il n'en faut pas davantage pour lui fermer la bouche. Mais éloignez-vous, et qu'il se croie en sdreté, c'est alors qu'il donnera un cours libre à sa médisance, qu'il en fera couler le fiel le plus amer, quil se déchaînera, qu'il éclatera. Or quelle lâdieté dinsulter un bomme parce qu'il n'est pas en pouvoir de répondre! Cest néanmoins ce que font tous les médisants. Et voilà sur quoi particulièrement est établie l'obligation de ne les pas écouter. On vous a dit cent fois que cette obligation est essentielle au pcéeeptedela charité, et qu'il est de la foi que quiconque prêle Toreille à la médisance , dès là en deeompiiea;qiiei dans la pensée desaint Bernard,
ÎOS
il n'y a souvent pas moins de désordre à entendre la médisance qu'à la faire, et que selon saint Grégoire pape il y aura peut-être un jour plus de chrétiens condamnés de Dieu pour avoir ou! parler que pour avoir parlé contre le prochain. On vous a dit tout cela; mais vous demandez sur quoi l'obligation de tout cela peut être fondée , et moi je dis qu'elle est particulièrement fondée sur la lâcheté du médisent. Car comme c'est toujoursdes absents qu'il médit, il a été de la Providence que les absents fussent prémunis contre un mal si dangereux. Or c'est à quoi Dieu a sagement pourvu par cette loi delà charité qui nous oblige de ne point adhérer à la médisance; c'est-à* dire, ou de la condamner par notre silence, ou de la réfuter par nos paroles, ou de la réprimer par notre autorité : de sorte que si l'on s'échappe en ma présence à blesser l'honneur du procham, je dois me regarder comme un homme député de Dieu pour le défendre, et comme le tuteur de la réputation de mon frère. Telle est l'importante commission dont Dieu nous a chargés , et qu'il nous a signifiée dans l'Ecclésiastique, Mandavit ilUs unicuique de pro» xlmo suo, ( Eccles., 17.) Le médisant est lâche : il faut que vous ayez une fermeté chrétienne , et que la charité trouve en vous autant de protecteurs. Sans cela vous êtes responsables de tout le tort que votre prochain en souffrira.
Rien de plus formidable à la médisance , dit saint Ambroise, qu'un homme zélé pour la charité. Mais savez-vous, chrétiens, comment la médisance a coutumedes'en défendre? Par trois autres lâchetés encore plus insignes qu'elle commet. Premièrement, sur certains faits plus diffamants, elle ne parle presque jamais qu'en secret. Secondement, elle affecte de plaire et de se rendre agréable. Et en troisième lieu , elle tâche à se couvrir de mille prétextes qui semblent la justifier. Je m'explique. Si la médisance était réduite à ne se produire qu'en public et devant des témoins , à peine y aurait-il des médisants dans le monde; pourquoi? parce qu'il y aurait fort peu de gens qui pussent ou qui voulussent essuyer la tache que la médisance imprime à celui qui la fait. Mais aujourd'hui l'on en est quitte pour un peu de prudence et pour unediscrétion[apparente; avec cela on médit librement et impunément : d'où il arrive que les plus lâdies y deviennent les plus hardis. Peut-on mieux les dépeindre que le Saint-Esprit dans la Sagesse, quand il les compare à des serpents qui piquent sans faire de bruit : Si mordeai serpens in silentio, nihil eo minus habet, gui occulte detrahit. ( Eccles,, 10. ) Ils demandent le secret à tout le monde , et ils ne voient pas, dit saint Chrysostôme , que cela même les rend méprisables. Car demander à celui que j'ai fait le confident de ma médisance qu'il garide le secret, c'est proprement lui confesser mon injustice. Cest lui dire : Soyei:
plus sage et plus charitable que moi : je suis un médisant, ne le soyez pas ; en vous parlant de telle personne , je blesse la charité , ne suivez pas mon exenvpie. Aussi David , qui fut un prince si éclairé , n^avait point tant d'hotreur, à ce qu'il paraît, de la médisance, que du secret de la médisance. J'avais pitié, disait-il , de ceux que la chaleur et Femportement faisaient éclater en des médisances, quoique outrageantes et atroces ; mais si j'en voyais quelqu'un qui inspirât secrètement le poison de sa malignité , je me sentais animé de zèle et d'indignation, et il me semblait qu*il était de mon devoir de le persécuter et de le confondre : Delrahentem secreto proximo suo, hune persequebar. ( Psal. iOO. ) Ce n'est pas tout. D'où vient qu'aujourd'hui la médisance s'est rendue si agréable dans les entretiens et dans les conversations du monde? pourquoi emploie-t-elle tant d'artifices et cherche-t-elle tant de tours? Ces manières de s'insinuer, cet air enjouéqu'elle prend, ces bons mots qu'elle étudie, ces termes dont elle s'enveloppe, ces équivoques dont elle s'applaudit, ces louanges suivies de certaines restrictions et de certaines réserves , ces réflexions pleines d'une compassion cruelle, ces œillades qui parlent sans parler, et qui disent bien plus que les paroles mêmes : pourquoi tout cela? le prophète nous l'apprend : Os tuum abundavit malitia, et iingua tua concinnabat dobs (Ibid. 49) : Votre bouche était f emplie de malice, mais votre langue savait parfaitement l'art de déguiser cette malice et de l'embellir; car quand vous aviez des médisances à faire, c'était avec tant d'agrément , que l'on se sentait même charmé de les entendre : Etlingua tuaconcinnabat dolos. Quoiquece fusse communément des mensonges, ces mensonges , à force d'être parés et ornés, ne laissaient pas de plaire, et, par une funeste conséquence, de produire leurs pernicieux effets : Et Ungua fua concituuibat dolos. Or en quelle vue le médisant agit-il ainsi? Ah! mes frères, répond saint Chrysostome, parce qu'autrement la médisance n'aurait pas le front de se montrer ni de paraître. Étant d'elle-même aussi lâche qu'elle est, on n'aurait pour elle que du mépris si elle se faisait voir dans son naturel ; et voilà pourquoi elle se farde aux yeux des hommes , mais d'une manière qui la rend encore plus méprisable et plus criminelle aux yeux de Dieu.
Allons encore plus loin : ce qui met le comble à la lâcheté de ce vice, c'est que, non content de vouloir plaire et de s'ériger en censeur agréable, il veut même passer pour honnête, pour charitable, pour bien intentionné; car voilà l'un des abus les plus ordinaires. Permettez-moi de vous le faire observer, et d'entrer avec vous dans le détail de vos mœurs; puisqu'il est vrai de ce péché ce que saint Augustin disait des hérésies , qu'on ne les combat
SUR LA MÉDISANCE
jamais mieux qu'en les faisant oonnattre. Yoilà« dis-je, l'un des abus de notre siècle. On a trouvé le moyen de consacrer la médisance , de la changer eo vertu, et même dans une des plus saintes vectos, qui est le zèle de la gloire de Dieu ; c'es^à-dire ^'on a trouvé le moyen de déchirer et de noircir le prochain, non plus par haine ni par emportement de colère, mais par maxime de piété et pour l'intéfél de Dieu. Il faut humilier ces gens-là , ditK>n , et il eal du bien de l'Église de flétrir leur réputation et de diminuer leur crédit. Car cela s'établit comme un principe : là-dessus on se ait une conscîenoe, et Û n*y a rien que l'on ne se croie permis par un û beau motif. On invente, on exagère, on empoisonne kg choses , on ne les rapporte qu'à demi , on fait valoir ses préjugés cpmme des vérités incontestables « oa débite cent faussetés , on confond le général avec la particulier; ce qu'un a mal dit, on lofait dire à tons; et ce que plusieurs ont bien dit , on ne le fait dire à personne : et tout cela , encore une fois, pour k gloirede Dieu. Car cettedinection d'intention reotiie tout cela. Elle ne suffirait pas pour rectifier une équivoque : mais elle est plus que suffisante pour roeti« fier la calomnie, quand on est persuadé qu'D y va da service de Dieu.
Ah ! chrétiens , si Dieu , au moment que je parie, révélait ici toutes nos pensées comme il les révélera dans son jugement universel, et qu'il découvrit toutes les intentions que nous avons eues eo rabaissant celui-ci et celui-là, quelle honte n'auriona-nous pas de nous-mêmes? Ou si nous-mêmes « dans l'es» prit d'une sincère pénitence, nous voulions reeoiK naître la perversité de notre cœur, quelle oonfessioB n'en ferions-nous pas à Dieu? Non, Seigneur, loi dirions-nous, ce n'est rien moins que le motif de votre gloire qui me conduisait , et je suis un prévaricateur d'avoir voulu faire servir cette gloire divine n l'iniquité et au désordre de ma passion. Si je ne m'étais proposé que votre gloire , je n'aurais pas eu dans mon zèle tant d'aigreur : je n'aurais pas eu on plaisir si sensible à révéler les imperfections de mon prochain ; je ne me serais pas fait de son humiliation un avantage au préjudice de la charité; car la ' charité est inséparable de votre gloire. Si c'était l'intérêt de votre gloire qui m'eût touché , je n'aurais pas tant exagéré les choses , je n'y aurais rien ajouté de moi-même ; je n'aurais pas publié mes conjectures et mes soupçons pour des faits certains et indubi* tables , car le zèle de votre gloire suppose la vérité. Trouvant de quoi reprendre dans la conduite des autres, ou je vous en aurais laissé le jugement, ou, selon l'ordre de l'Évangile , je m'en serais éclairet entre eux et moi. Je n'en aurais point fait de confidences indiscrètes ; je ne l'aurais point déclaré k des personnes incapables d'y remédier, et capables de s'en scandaliser ; je n'en aurais point rafraîclii iou-
tilement la raémoîra ea mille oeeasions, et je ne serais pas tombé par noa médisance dans uu mal plus grand et plus inexcusable que celui que je condamnais. Il faut donc Favouer, 6 mon Dieu , et l'a- Toucr a ma con&ision : cequim'a mis dans la bouche tant d^amertume, ce sont de lâches passions dont mon eœiir s*est laissé préoccuper; c'est une antipathie naturelle que je ne me suis pas efforcé de Taincre; c*est une envie secrète que j'ai eue' de voir les autres mieux réussir que moi; c'est un intérêt partiealier que j'ai recherché dans l'abaissement de eehihci , c'est une vengeance que je me suis procurée aux dépens de celle-là ; c'est une aveugle prévention contre le mérite , en quelque sujet qu'il se rencontre. Telle a été , Seigneur^ la source de mes médisances , et j'en veux bien faire l'aveu devant vous, parce fw j'y veux apporter le remède. Si nous étions de boone foi avec Dieu , voilà comment nous parlerioDs : et de tout ceci je conclus toujours qu'entre 1m vîees la médisance est évidemment un des plus IMms.
Taî dit eneore que c'était un des plus odieux , et à qui? à Dieu et aux hommes. A Dieu, qui est enentiellement amour et charité , et qui par là mène doit avoir une opposition spéciale à la mé- (Unneet puisque la médisance est l'ennemi le plus flwrtel de la charité : Detractores , Deo ocUbiles. [Mom.f 1. ) Aux hommes, dont le médisant , selon Tonele da Saint-Esprit, est l'abomination : yébomimUobomimnndeiractor. (Prov., 24. ) Et je ne m'en étonne pas. Car qu'y a-t-il de plus odieux 40*00 hoauDe à la censure de qui chacun se trouve opoaé; dont il n*y a personne, de quelque condition qu'il sut, qui se puisse dire exempt; et de -qui lèi puissances mêmes ne peuvent éviter les traits ? QboI de plus odieux qu'un tribunal érigé d'une autorité particulière; où l'on décide souverainement du mérite des hommes ; où l'un est déclaré tel que Fou Tsul qu'il soit; où l'autre quelquefois est noté pour jamais , et flétri d'une manière à ne s'en pouvoir laver; où tous reçoivent leur arrêt, qui leur est prononcé sans distinction et sans compassion? C'est pour cela que l'Écriture, dans le portrait do médisant , nous le représente comme un homme terrilble et redoutable : TerribUU in civitate homo iingwftui, ( Eccies., 9. ) En effet, il est redoutable dans une vUle, redootabie dans une communauté, redoutable dans les maisons particulières, redoutable ehei les grands, redoutable parmi les petits. Dans ooe ville , parce qu'il y suscite des factions et des partis; dans une communauté , parce qu'il en trouble la paix et l'union ; dans une maison particulière, parce qu'il y entretient /des inimitiés et des froideurs; ches les grands, parce qu'il abuse de la créance qu'ils ont en lui , pour détruire auprès d'eux qui il lui platt ; parmi les petits, parce qu'il les anime
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es uns contre les autres : TerribUis homo Un^ guosus. Combien de familles divisées par une seule
rompues par une
médisance! combien d'amitiés raillerie! combien de cœurs aigris et envenimés par des rapports indiscrets! Qu'est ce qui forme tous les jours tant de querelles ouvertes et déclarées : n'est-ce pas un terme offensant dont on veut avoir raison? Qu'est-ce qui engage à ces combats singU'liers , si sagement défendus par les lois divines et humaines : est-ce autre chose souve nt qu'une parole piquante , qu'on ne croit pas, selon le faux honneur du monde , pouvoir laisser impunie ? Me serions-nous pas surpris si dans la suite de l'histoire on nous faisait voir des guerres sanglantes qui n'ont point eu d'autre principe que celui-là? On armait de toutes parts , on versait le sang des hommes , on désolait les provinces ; et de quoi s'agissait-il ? d'un mot peut-être , qui , comme une étincelle , excitait le plus violent et le plus affreux embrasement. Que ne fait point la médisance , lorsque pour se répan-* dre, et même, autant qu'il lui est possible, pour se perpétuer et s'éterniser, elle se produit dans des libelles, dans des ouvrages satiriques, dans des poésies scandaleuses ! Les siècles entiers sufQraientils pour fermer ces plaies? Après mille réconciliations, mille satisfactions, mille désaveux, la cicatrice n'en reste-t-elle pas toujours? Or Dieu qui est le protecteur de la charité, peut-il voir tout cela sans avoir en horreur le médisant? Vous-mêmes à qui je parle , chrétiens, rendez ici témoignage ( car vous le pouvez ) de tous les désordres où vous avez eu part, et que la médisance a causés , soit celle que vous avez faite, soit celle qu'on a faite de vous : je veux dire , de tous les chagrins que vous avez don-^ nés aux autres par vos médisances, et de tous les chagrins que la médisance des autres vous a donnés à vous-mêmes. Avez-vous pu supporter ce qu'on a dit de vous ? quels ressentiments n'en avez-vous pas fait paraître, et dans quels transports de colère cela ne vous a-t-il pas quelquefois jetés ! Or ce que vous avez dit des autres a dû produire dans les autres les mêmes effets. Voyez combied de disgrâces on vous aurait épargnées , si l'on n'avait jamais mal parlé de vous ; et combien de déplaisirs vous vous seriez épargnés vous-mêmes, si vous n'aviez jamais parlé mal d'autrui. Car enfin tous les mauvais pas de votre vie, toutes les rencontres fâcheuses, tous les embarras d'affaires que vous avez eus, sont peut-être arrivés d'avoir mal gouverné votro langue. Voilà ce qui vous a attiré des ennemis, voilà ce qui vous a fait perdre vos amis, voilà ce qui les a éloignés de votre personne, voilà ce qui vous a fait passer dans le monde pour un esprit dangereux. Tant il est vrai que la médisance est un vice odieux de sa nature.
Mais on se plaît à l'entendre, et, quoi qu'il en
toit, il n'y a rien dans la conversation de plus agréable et de plus divertissant. Ah ! chrétiens , c*est ici le prodige que je vous prie de remarquer : car saint Cbrysostôme ajoute fort bien que tout est monstrueux dans ce vice , et qu*il n*y a rien de naturel. On Taime et on Tabborre tout à la fois. Il plaît en même temps qu^il se faitbaîr; et vous, mon cher auditeur, qui vous en réjouissez , vous êtes le premier à le détester : pourquoi ? parce que si vous êtes sage , vous devez juger que le médisant ne vous ménagera pas dans Foccasion , quMI ne vous fera pas plus de grâce qu*aux autres, et qu'après vous avoir diverti à leurs dépens , il saura vous faire servir vousmême à leur divertissement. Car pourquoi vous excepterait-il? avez- vous quelque qualité qui vous rende invulnérable aux traits de la médisance? êtes- Tousun hommeparfait ? s*il n*a pas respecté un tel, aura-^il plus d'égard pour vous ?avez-vous fait un pacte avec lui , et quand vous Fauriez fait , espéreriez-vous qu*il l'observât ? le moyen qu'il vous garantisse une langue dont il n'est pas le maître? et comment pourrait-il vous en assurer, puisqu'il ne peut pas s'en assurer lui-même? Cependant, mes frères, reprend saint Chrysostôme, voilà notre indignité et l'indignité de ce vice. Nous aimons la médisance tandis qu'elle s'attaque aux autres ; mais du moment qu'elle vient à nous, nous en avons horreur. Que notre prochain en soit déchiré, nous le souffrons et nous l'agréons; que nous en ressentions la moindre atteinte, nous nous emportons.
Voilà donc les deux qualités de cette habitude criminelle : elle est lâche, et elle est odieuse. Après cela, n'est-il pas étrange que ce soit néanmoins aujourd'hui le vice le plus commun et le plus universel? Mais je me trompe : ce n'est pas seulement d'aujourd'hui que ce vice règne dans le monde , puisqu'il y règne dès le temps même de David , et que quand ce prophète voulait exprimer la corruption générale de toute la terre, c'était singulièrement ce désordre qu'il marquait. Omnes declinaverunt, simul inutiles facti sufU, non est qui/acieU honum , non est usque ad unum. ( Psal. 13) : Tous les hommes , disait-il , se sont égarés des voies de Dieu , et en même temps ils sont devenus des sujets inutiles. Car à quoi peut être utile une créature qui n'est plus à Dieu, et qui ne cherche plus Dieu ? il n'y en a pas un qui fasse le bien , pas un sans exception : Nonestusquead unum, lld.) Mais, dites-nous, grand roi , demande saint Augustin , quelle est donc cette contagion qui a infecté tout le monde , et en quoi est-ce que tous les hommes se sont éloignés si généralement des voies de Dieu ? Est-ce dans les excès de la débauche? est-ce dans les dérèglements de l'ambition? est-ce dans les convoitises de l'avarice? non. En quoi donc? dans les libertés de
SUR LA MÉDISANCE
la médisance : Sepulcnm patent est çuttmr eorum, linguis suis dolosoagebant;venemtma9pldum e^ labiis eorum (Psal. 18.) Oui , voilà en quoi Tm peut dire que tous les hommes se sont pervertis; c'est que leurs bouches sont comme des aëpalera ouverts , dont il ne sort rien que de corrompu; e*ert qu'ils ne se servent de leurs langues que pour tromper, que pour railler, que pour offenser, qœi calomnier; c'est qu'ils ont sur leurs lèvres i pire que celui de l'aspic , dont l'innocence et la y même ne peuvent se préserver. Encore une fois, disait ce prophète, voilà ce qui les a tous pcrdos, voilà la lèpre dont ils sont tous couverts; et je vois si peu de personnes dans le monde qui en soient exemptes, que j'aime mieux dire absolument :Ata est guifaeiat bonum , non est usque ad usatm.
En effet, chrétiens, quoique les autres viees se répandent présentement plus que jamais, encore y a-t-il certains états et certaines conditions qui s'en défendent , soit par grâce de vocation , soit pv effort de vertu , soit par éloignement des oocasiooii soit par une espèce de nécessité. L'avarice ne trouve guère d'entrée dans le cœur d'un religieux; à peioe l'ambition s'attache-t-elle à certaines professions basses et obscures; il y a des vierges dans le ehrittianisme qui triomphent presque sans peine du démon de la chair. Mais pour la médisance, elleexeree également son empire sur tous les hommes. Cest le vice des grands comme des petits , des souversios comme des peuples, des savants comme des ignorants ; le vice de la cour et de la ville , de l'homme de robe et de l'homme d'épée, des jeunes et des plus avancés en âge. Le dirai-je, et ne s'en formalisera-too point? non , mes frères ; car je le dirai avec tout le respect et toute la circonspection convenable. Cest le vice des prêtres aussi bien que des laïques, des religieux aussi bien que des séculiers, des spiritoeli et des dévots aussi bien et peut-être même plus que des libertins et des impies. Prenez garde : je ne dis pas que c'est le vice de la dévotion ; à Dieu ne plaise! La dévotion est toute pure, toute sainte, exempte de tout vice; et lui en attribuer un seul, ce serait faire outrage à Dieu même et décréditer son culte. Mais ceux qui professent la dévotion ont leur pédié propre comme les autres , et vous savez si le plus ordinaire n'est pas la médisance; péclié qui s'attache aux âmes d'ailleurs les plus pieuses; péché qui souvent fait mourir en elles tous les fruits de grâOB et de justice ; péché qui corrompt leurs esprits, pendant que leurs corps demeurent chastes ; péché qui leur fait faire un triste naufrage^ après qu'elles ont évité tous les écueils des plus criminelles et des plus dangereuses passions; enfin, péché qui perd bien des dévots, et qui déshonore la dévotion.
Ah ! mes frères , concluait saint Bernard , instrui*^ sant ses religieux sur la matière que je traite (éeou*
SUR LA MÉDISANCR.
tOQS-le, mes ehers auditeurs, vous qui faîtes nue profession parUeulière de piété, vous qui êtes engagés dans l*état ecclésiastique , vous qui êtes revêtus de riiabit de religieux , moi-même qui suis chargé tout à la fois de toutes ces obligations ; c^est à vous et à moi que ^adresse les paroles de ce grand saint) : ah! mes frères, s'écriait-il , si cela est, c'està-dire si nousdevions êtresujetscomme les hommes du siède à ce péché de médisance , pourquoi tant d'exerdoes pénibles et mortifiants que nous pratiquons tous les jours, et à quoi nous servent-ils? ^Uaeêtjfratres, ut qwd sine causa mortificamur Ma dief (Bern.) Pourquoi ces retraites, ces veilles, ces jeûnes, ces continuelles prières , si nous ne lainons pas avec cela de nous damner en ne retenant pas notre langue? Fallait-il nous donner tant de peine, pour nous perdre avec les autres? Ne pouvions-nous pas trouver une voie plus commode et plus supportable pour descendre dans Tenfer? Siccme ergo non inveniebalur nobis via tolérabiUor ad infemum? (Id.) Que ne marchions-nous dans le chemin large des plaisirs du monde, afin d'avoir au moins cette espèce de consolation , de passer de la joie à la souffrance, et non pas de la soofifrance à une autre souffrance? Cur non saltem Uiam qum ducit ad mortem latam oiam elegimus, ([mtenus de gaudio ad luctum, non de luctu adiudum iransiremusf (Id.) Qu'importe que ce soit par les vices de la diair ou par ceux de l'esprit que ootts tombions dans l'abtme; que te soit par l'im- ^<i pureté ou par la médisauce, puisque la médisance est sevle capable de nous y précipiter? Ainsi parlait saint Bernard , et de là je prends occasion de TOUS expliquer le second sujet de mon étonnement, safoûr, que la médisance étant de tous les péchés celui qui nous impose devant Dieu des engagements pb» rigoureux et plus étroits , on s'y porte néaniaoIds avec tant de facilité et si peu de précaution. Donnez , s'il vous plaît , à cette seconde partie une atteotioa toute nouvelle.
Ce n^esl pas sans raisoaque le Saint-Esprit , parlant do péché d'injustice, lui a donné pour compagne inséparable l'amertume et la douleur, et qu'il a voulu que le remords , le trouble , le ver de ooosdeoee , fussent les productions malheureuses de ee qu*ll appelle iniquité. Ecce partvriit injustitiam, eancepii dolorem et peperit iniquitalem, ( FêoL 7. ) En efifet , dit saint Augustin , tout péché est à Véganû de Dieu un funeste engagement de la eoDsdenee du pécheur; mais l'injustice ajoute à eehii-d d'être encore un engagement] à l'égard de rbomme; et quoique l'engagement à l'égard de rhomme paraisse léger en comparaison de celui qui regarde Dieu, il est néanmoins vrai qu'il a quelque
chose pour la conscience de plus inquiétant, de plusdouloureux,etd*une suite plus fâcheuse. Pour* quoi cela? parce qu'à remonter au principe, le droit de Dieu peut être violésans celui de l'homme, mais que le droit de l'homme ne le peut jamais être sans celui de Dieu. Quand je pèche contre Dieu , si je puis parler de la sorte, je n'ai affaire qu'à I>keu même; mais quand je fais tort à l'homme, je suis responsable et à Dieu et à l'homme; et ces deux intérêts sont si étroitement unis , que jamais Dieu ne relâchera du sien, si c«lui de l'homme n'est en* tièrement réparé. Or il est bien plus aisé de satis* fau*e à Dieu seul que de satisfaire tout à la fois à l'homme et à Dieu. Car, pour Dieu seul , la contrition du cœur suffit ; mais pour l'homme et pour Dieu tout ensemble , ou plutôt pour Dieu prenant la cause de l'homme , outre ce sacrifice du cœur, ce qu'il faut au delà est ce que le pécheur a coutume de craindre davantage, et ce qui forme en lui l'obstacle le plus difficile à vaincre pour sa conversion. Appliquez-vous, chrétiens, à cette vérité, et comprenez le plus essentiel de vos devoirs.
Toute injustice envers le prochain est d'une conséquence dangereuse pour le salut ; mais de toutes les espèces d'injustices, il n'y en a aucune dont l'engagement soit plus terrible devant Dieu que celui de la médisance. Premièrement, parce qu'il a pour terme la plus délicate et la plus importante réparation , qui est celle de Thonneur. Secondement, parce que c'est celui dont l'obligation souffre moins d'excuses, et est moins exposée aux vains prétextes de l'amour-propre. Enfin, parce qu'il s'étend communément à des suites infinies, dont il n'y a point de conscience, quelque libertinequ'elle puisse être, qui ne doive trembler. Trois caractères qui méritent toutes vos réflexions , et que vous n'avez peut-être jamais bien considérés.
Il faut réparer l'honneur, c'est le premier. Ah! chrétiens , l'étrange nécessité ! Vous avez ravi celui de votre frère, et il s'agit de le rétablir. Si vous re« teniez son bien , vous vous condamneriez à le rendre; et vous avouez que sans cela il n'y aurait nulle espérance de salut pour vous; or ce bien dont vous lui seriez redevable est de beaucoup au-dessous de son honneur. Il serait donc surprenant qu'ayant de l'équité pour l'un , vous en manquassiez pour l'autre ; et qu'étant religieux pour le vol , vous ne le fussiez pas pour la médisance. De savoir comment elle se répare , c'est ce que je n'entreprends pas de vous expliquer en détail, et je pourrais vous prescrire sur cela des règles contre lesquelles votre faiblesse se révolterait. Consultez ceux que Dieu a établis dans son Église pour être les pasteurs de vos âmes; mais souvenez-vous que , tout pasteurs qu*ils sont de vos âmes , Dieu ne leur donne nul pouvoir pour vous dispenser de cette réparation. Ils ont les
clefs du ciel «Dire les mains , et TÉglise en certains temps pkis solennels leur communique sans réserve toute sa juridiction. Mais ni la juridiction de l'Église ni les clefs du ciel ne vont point jusque-là; et cet homme, quoique ministre et lieutenant de Jésus- Christ, n*est pas plus capable de vous réconcilier avec Dieu , sans la condition dont je parle, que de vous rendre maître dePhonneur d*autrui , et de vous attribuer le domaine de ce qui ne vous appartient pas. ie vous le dis , chrétiens , parce que, dans le tribunal même de la pénitence, il peut arriver quelquefois , ou que vous dissimuliez avec lui, ou qu*il dissimuleavec vous ; que vous lui déguisiez les choses, ou qu'il vous déguise vos obligations : abus qui , bien loin de vous justifier, ne servirait qu'à augmenter la rigueur de votre jugement.
11 me sufSt donc en général de vous déclarer, qu'un honneur que la médisance a flétri ne peut être lavé de cette tache qu'aux dépens d'un autre honneur, comme un intérêt ne peut être compensé que par un autre intérêt. Vous avez blessé la réputation de cet homme , il est juste qu'il vous en coûte à proportion , de la vôtre , dans la satisfaction que vous lui ferez. Cette satisfiiction vous humiliera ; mais en cela même consiste le payement de la dette que vous avez contractée. Car payer en matière d'honneur, c'est s'humilier ; et il est autant impossible de réparer la médisance sans subir l'humiliation , que le larcin sans se dessaisir et se dépouiller de la possession. Vous essuierez par là un peu de honte : combien vos discours libres et piquants ont-ils causé de confusion à la personne que vous avez décriée? On rabattra de l'estime qu^on faisait de votre probité : cette estime de probité ne vous est plus due, mais vous la devez à ceux que vous avez offensés ; et l'ordre de Dieu est que vous leur en fassiez comme un sacriûce , en vous exposant , s'il est nécessaire , au mépris des hommes. Vous avancez une calomnie : il faudra expressément vous rétracter. Vous excédez dans un récit : il faudra reconnaître sans équivoque que vous avez exagéré. Vous empoisonnez par un air malin ce qui ne vous plaît pas : il faudra là-dessus, et surtout le reste, rendre justice et faire connaître la vérité. En mille conjectures cela est affligeant, j'en conviens; mais au moins, dit Guillaume de Paris , le pécheur y trouve-t-il un avantage plein de consolation pour lu!,'savoir, que ce qui lui parait afQigeant, s'il a le courage de s'y résoudre, est aussi la marque la plus évidente qu'il puisse avoir dans cette vie, et de l'efficace de sa contrition et de la validité de sa pénitence. Vous ne l'avez pas voulu, 6 mon Dieu, que ce secret nous fdlt infailliblement connu; et, pour nous tenir dans une dépendance plus étroite. Tordre de votre providence a été que, dans cet exil où nous vivons , nous ne puissions être certains si nous sommes dignes d'amour
SUR LA MÉDISANCK.
ou de haine. Mais quand je vois un dirétien touché de repentir, et non content de détester son crine, en faire une sérieuse réparation , en détruire ks impressions les plus légères, et pouroela ne se poim flatter soi-même, dire, I^on-seulement j'ai péehé contre la charité, mais contre la justice, mais même contre la droiture naturelle et la stncérité, en interprétant selon ma passion, en imaginant, en publiant le faux pour le vrai; quand j^eoteods sortir de sa bouche un tel aven, ahl Seigneur, quelque impénétrable que soit le mystère de votre grâce, je ne puis m'empêcher alors de croire que c'est un pécheur contrit, sanctifié, parftdtenMM réconcilié avec vous. Quoi qu'il en soit, mes chers auditeurs, sans cela point depéniteiioe«olide, et par conséquent point de miséricorde ni de pvdon de la part de Dieu.
Ajoutez que l'obligation de réparer llionoear m, de toutes la plus absolue, et, comme j'ai dit, la moins exposée aux prétextes de Famour-propre, qui pourraient l'affaiblir. Car en vain l'ameiir-propre nous suggère-t-îl des raisons et des exemes pour nous décharger d'un devoir aussi pressant que eehii là; ces excuses et ces raisons sont autant d'impostures de l'esprit du monde, qui se détruisent d^eîkimêmes, pour peu que nous voulions les examiner. En effet, quand on nous parle de restituer on km mal acquis, nous nous en défendons parle prélwle de l'impossibilité. Souvent cette impossibllilé eK chimérique, quelquefois elle est réelle; Dieu, qoi ne se peut tromper, en sera le juge. Mais quand il s'agit de l'honneur de nos frères , qu'avons-nous à alléguer? Nous nous flattons (car il en fiiut venir à l'induction, et ne pas craindre que cette moraledégénère de la dignité de la diaire, puisque en réfutait nos erreurs elle nous développera la loi de Dieu), nous nous flattons de n'être point obligés à réparer une médisance, parce que nous n'en sommes p«, disons- nous, les premiers auteurs, et que nous n'avons parlé que sur le rapport d'autnrî ; mab dans un sujet où la charité était blessée, le rapport d'antrui était-il pour nous une caution sûre? fellait-il déférer à ce rapport? voudrions-nous quesor la foi des autres on crût de nous indifféremment tout ce qui se dit ? un péché peut-il jamais servir d'exe» à un autre péché ; et le jugement téméraire, qui de lui-même est un désordre , dispenseraîl-îl de la léparation d'un second désordre , qui «rt k nédi* sance?
Nous prétendons que le bruit eOflumm iffiit rendu la chose publique. Mais n'est-ce pas, Tertullien, ce bruit commun qoi publie t les plus noirs mensonges , et qui les vépind'dMi'le monde avec le même succès que les phiÉ OMéMMMÉ vérités? n'est-ce pas le caractère de œ MuiKmi* mun , de ne subsister que pendaol qoll lB|M|ft^^
SUR LA MÉDISANCE
4 e s*évanouîr du moment quMl nimpose plus ? Nonne hmeest famx c<mdUio,idmm nisi cum mentiiur, ptfrser0rf^?( Tertull. )Cependant,poursuivait-îl, €*e8t ce bruit commun que Ton nous objecte continuellement, et dont on s'autorise pour ne nous rendre aucune justice : IIxc tamen proferhir in nos sola testU, (Id.) Or il serait bien étrange qu'une chose si frivole pût anéantir une obligation si sainte.
Je vais plus avant. Nous nous figurons en être quittes devant Dieu, parce que nous n*avons rien dit que de vrai; mais, pour être vrai, nous est-il permis de le révéler? N'est-ce pas assez qu*il fût secret pour devoir être respecté de nous? avonsnous droit sur toutes les vérités ? consentirions-nous que tout ce qui est vrai de nos personnes fût découvert et manifesté? ne compterions - nous pas cette entreprise pour une injure atroce dont il n'y a point de satisfaction que nous ne dussions attendre? et pourquoi, raisonnant ainsi pour nousmêmes , ne suivons-nous pas les mêmes principes en faveur des autres? Nous nous persuadons que la médisance qui nous est échappée n'a que légèrement intéressé le prochain ; mais en sommes-nous juges compétents? avons-nous bien pesé jusqu'où peut aller cet intérêt du prochain? le devons-nous mesurer selon les vues d'une raison telle qu'est la nôtre , toojours préoccupée, et toujours disposée à prendre le parti qui la favorise? si c'était notre intérêt propre, en formerions-nous le même jugement ? Ce n'a été , dit-on , qu'une raillerie; mais en faut-il souvent davantage pour causer un tort infini, et ne sontee pas les railleries qui font les plaies les plus vives , les plus cruelles et les plus sanglantes? Nous l'avons dit innocemment: mais quand on en conviendrait, en serions-nous plus à couvert? un honneur détruit , quoique innocemment , en est-il moins détruit ? et la loi naturelle ne veut-elle pas que nous guérissions les maux dont nous sommes même la cause innocente, comme elle nous oblige à restituer les biens que nous aurions innocemment «surpés?
Achevons, dirétiens, de renverser les vains fondements sur quoi notre iniquité s'appuie. Ce que j'ai dit an désavantage de celui-ci n'est qu'une confidence d*ami que j'ai cru pouvoir faire à celui-là. Voilà, mes frères, répond saint Ambroîse, l'écueil de la charité : c'est une confidence que j'ai faite, et je ne m'en suis ouvert qu'à mon ami ; comme s'il TOUS était libre de me ruiner de crédit et d'honneur auprès de votre ami; comme si, pour être votre ami , ce n'était un moindre outrage d'être diffamé dans son esprit; comme si cet homme que vous traites d*aaii n'avait pas lui-même d'autres amis à qui confier le même secret; comme n le secret d'une médisance, bien loin d'en diminuer la malignité*
lit
ne l'augmentait pas dans un sens, puisque c'est ce secret même qui m'ôte le moyen de me justifier devant cet ami. Tout cela est de saint Ambroîse ; et ce qu'il enseignait, chrétiens, il le pratiquait : car ayant un frère d'une prudence consommée , et qui lui était, comme l'on sait, uniquement cher, il ne laissait pas d'avoir fait pacte avec lui qu'ils ne se communiqueraient jamais l'un à l'autre aucun secret préjudiciable à l'honneur du prochain ; condition que ce frère si sage et si adroit accepta sans peine; et saint Ambroise, pour notre instruction , a bien voulu en faire un point de son éloge funèbre : Erant omnia communia, individuus spiritus, in" dlvidims affectus : unumkoc non erat commune, secretum (Ambr.) : Entre lui et moi tout était commun, inclinations, pensées, intérêts; notre seule réserve était sur ce qui touchait la réputation d'autrui ; ce que nous observions , dit-il , non pas par un principe de défiance , mais pour le respect de la charité : Non quo confitendi periculum vereremur, sed ut divin» charitatis tueremurfidem, ( Id. ) La règle donc inviolable pour lui était, sur cet article, de ne pas découvrir à son frère ce qu'il aurait celé à un étranger : Et hoc eratfidel indlcium, quod non esset extraneo proditum, id non fuisse cumfratre coilatum, (Id.) En effet, ce sont ces criminelles confidences qui rendent le péché que je combats non-seulement pernicieux , mais contagieux : car on a dans le monde un ami que l'on fait le dépositaire et le complice de sa médisance ; celui-ci en a un autre , duquel il a éprouvé la fidélité ; cet autre en a un troisième, dont il ne se tient pas moins sûr : ainsi, sous ombre de confidence, un homme est décrié dans toute une ville ; et vous qui êtes la première source de ce désordre , n'en devenez-vous pas solidairement responsable à Dieu ?
Car voici , mes chers auditeurs , le dernier caraotère de ce péché : c*est qu'outre l'honneur qu'il attaque et qu'il blesse directement, il a mille autres suites déplorables, qui sont, dans la doctrine des théologiens , autant de charges pesantes pour la conscience. L'ignorez-vous, et milleépreuves ne doivent-elles pas vous avoir appris quels dommages dans la société humaine la médisance peut causer, et de quels maux elle est suivie? Il était d'une importance extrême pour l'établissement de cette jeune personne que sa vertu fût hors de tout soupçon ; mais vous ne vous êtes pas contenté d'en donner certains soupçons, vous avez fait connaître toute sa faiblesse, et la chute malheureuse où l'a conduite une fatale occasion. Elle l'avait pleuréedevant Dieu, elle s'en était préservée avec sagesse en bien d'autres rencontres, elle mardiait dans un bon chemin, et gardait toutes les bienséances de son sexe ; mais parée que vous avez parlé, {la voilà honteusement I, et pour jamais liors d'état de prétendra
à rien dans le inonde. U n*était pas d'une moindre conséquence pour cet homme de se maintenir dans un crédit qui faisait valoir son négoce, et qui contribuait à Favancement de ses affaires ; mais parce que vous n'avez pas caché selon les règles de la charité chrétienne quelques fautes qui lui sont échappées , et qu'il avait peut-être pris soin de réparer, vous déconcertez toutes ses mesures , et vous rexposezàuneruine entière. Ce mari et cette femme vivaient bien ensemble, et par l'union des cœurs entretenaient dans leur famille la paix et l'ordre; mais un discours que vous avez tenu mal à propos a fait nattre dans l'esprit de l'un de fâcheuses idées contre l'autre; et de là le refroidissement, le trouble, une guerre intestine qui les a divisés, et qui va bientôt les porter à un divorce scandaleux. Je serais infini si j'entreprenais de produire ici tous les exemples que l'usage de la vie nous fournit. Que fera ce domestique dont vous avez rendu la fidélité douteuse, et où trouvera-t-il à se placer? de quel poids, pour réprimer la licence et pour administrer la justice , sera l'autorité de ce juge, après Jes bruits qui ont couru de lui et que vous avez partout semés? quelle créance aura-t-on en cet ecclésiastique, et avec quel fruit exercera-t-il sonmini.v tère, depuis les sinistres impressions qu'on en a prises sur une parole qu'on a entendue de vous, et qui ne servait qu'à en inspirer.du mépris ? Un homme est perdu sans ressource pour un mot dit par un grand, dit à un grand, dit devant un grand : car il est vrai , grands du monde, que si la médisance est à craindre partout, elle n'a jamais de plus hmestes effets que lorsqu'elle vient de vous, que lorsqu'elle se fait devant vous , que lorsqu'elle s'adresse avons. Par rapport aux grands, soit qu'ils parlent, soit qu'ils écoutent, il n'y a point de médisance simple : elles sont toutes compliquées ; c'està-dire qu'on ne médit guère en présence des grands, et qu'ils ne médisent point eux-mêmes sans ruiner, sans désoler, sans diviser, sans troubler et renverser. Parmi le peuple et dans les conditions médiocres, il y a bien des médisances qui tombent, et qui, toutes grièves qu'elles paraissent, sont presque sans conséquence; mais, de la part des grands et à l'égard des grands, rien qui ne porte coup, rien qui ne fasse de profondes blessures et qui ne soit capable de donner la mort. Or voilà ce qu'il faut réparer. Les grands ne sont pas plus dispensés de cette obligation que les autres : tout élevés qu'ils sont au-dessus de leurs sujets, ils leur doivent la justice ; et s'ils n'en rendent pas compte aux hommes, ils en rendront compte à Dieu.
^'ai-je donc pas toujours raison de m'étonner que la médisance étant si pr^udiciable aux nommes, on soit néanmoins si peu vigilant et si peu circonspect pour s'en abstenir ? Mais savez-vous, chrétiens ,
sua LA MÉDISANCE.
ce qui m'étonne encore plus? c'est que dans uo siècle tel que le nôtre, je veux dire dans un siècle où nous n'entendons parler que de réforme et de morale étroite, on voie des gens pleins de zèle, à ce qu'il semble , pour la discipline de l'Église et pour la sévérité de l'Évangile, suivre toutefois les pria* cipes les plus larges sur un des devoirs les plut rigoureux de la justice chrétienne, qui est la restitution de l'honneur et sa réparation. Un homme aura passé toute sa vie à décrier, non-seulement quelques particuliers , mais des sociétés entières; il aura employé ses soins à réveiller mille faits injurieux et calomnieux; et comme si ce n'était pas assez de les avoir débités de vive voix, et d'en avoic informé toute la terre, ou par lui-même, ou par d'autres animés de son esprit, il se sera servi de la plume pour les tracer sur le papier^ et pour en perpétuer la mémoire dans les âges futurs : cependant cet homme meurt , et sur tout cela l'on ne voit de a part nulle satisfaction , on ne pense pas même à entrer pour lui là-dessus en quelque scrupule ; et sans hésiter on dit : C'était un homme de bien , c'était un grand serviteur de Dieu; il est mort dans des sentiments de piété qui pénétraient les cœurs et qui ont édifié tout le monde. Je le veux, mes frères « et je ne rabattrai rien de l'opinion de sa bonne vie; mais après tout trois choses me font de la peine: l'une, qu'il est incontestablement chargé d'une multitude infinie de médisances , et de médisance! atroces ; l'autre, que toute médisance qui n^est pas réparée autant qu'elle pouvait et qu'elle devait Têtie devient dès lors au jugement de Dieu , et selon b doctrine la plus relâchée , un titre certain de condamnation ; et la troisième enfin , qu'il ne parait rien qui donne à connaître que ce mourant ait marqué quelque repentir de ses médisances passées, etquH ait pris quelques mesures pour les effacer. Voilà es que je vous laisse concilier avec la sainteté de la vie et la sainteté de la mort. C'est un mystère pour moi incompréhensible , et un secret que J'ignore.
A]i ! chrétiens , faisons mieux , et, sans juger per^ sonne, jugeons-nous nous-mêmes. Apprenons à nous taire quand la réputation du prochain y peut être intéressée; et apprenons à parler quand II est du même intérêt que nous lui rendions ce que notre médisance lui a ravi. Tout ce que j'ai dit estai conforme à la raison et à l'équité naturelle, qne des païens même s'en édifieraient et en profltenient : nous, éclairés des lumières de la foi; nous» inspirés de l'esprit de charité qui s'est répandu dans l*tglise et qui doit régner dans nos cœun ; nous, les disciples de Jésus-Christ , qui s'est déclaré le màM et le Dieu de la charité, qui nous a laissé pour héritage la charité, qui en a fait son précepte et ooaoe le précis de toute sa loi , serons-nous moins dwi* tables que des idolâtres, et moins équitables i
SUR LA CHARITÉ DU PROCHAIN
DOS frères? Vous vous scandalisez tant quelquefois, mon cher auditeur, de voir le monde si corrompu ; et , malgré tout votre zèle, le monde ne se scandalise pas moins devons voir si médisant. Vous TOUS plaignez tant et si hautement qu'il n'y a plus parmi les hommes ni innocence ni piété, et Ton se plaint avec plus de sujet encore que dans vos paroles et vos entretiens vous n'épargniez ni la piété ni f innocence. Retranchez ce vice, et faites-en devant Dieu la résolution. Voilà de tous les propos que TOUS pouvez former, et que vous devez exécuter, an des plus nécessaires. Car entre les dangers du salut, dit saint Grégoire, il n'y en a point de plus UDÎTersel^et de plus fréquent que la médisance : Hoc maximeviHopericUtcUurgenusIuonanum,{Gtii^Qj) Heureux qui s'en préserve et qui le prévient, en gouTemant sa langue et ne lui permettant jamais de s'échapper! heureux qui porte toujours la charité sur ses lèvres! il conservera la grâce dans son cœur, et il possédera la gloire dans l'éternité biene, que je vous souhaite, etc.
SERMON
point LE DOUZIÈME DIMANCHE
APRÈS LA PENTECOTE.
SUR LA CHARITÉ DU PROCHAES
SiWÊêrUamu» auiêtn quidam iter facienê , venit seeuê «nm, et videnê etim, mUsericordia moiut est : et appropiaru •Uifavitvulnera ejui, ir^fundetu oleum et vinum, et duxit t« UtJbmimm , et curam </t» egit.
Un tamarftain faliaot voyage se rencontra aaprës de lui , et le Yoyaot tl en ftat touché de compassion. Il aUa à lui et bioda ws plaies, après y avoir versé de ThuIIe et du vin, «mile U le conduisit dans une hôteUerie , et prit soin de lui. Suxt Lcc, diap. 10.
Tel est, chrétiens, le caractère de la charité, et tels sont les sentiments qu'elle inspire. Elle s'attendrit sur la misère du prochain , et, sans se borner à une stérile compassion , elle y joint de salutaires effets et be refuse aucun des secours qu'elle peut inroGorer. Ce charitable voyageur de notre évangile reneontre sur sa route un malheureux blessé nuntdlenieDtetcouchéparterre : àcespectacletoute sapîUé 8*émeut, et, suivant le premier mouvement de son cceur qui l'emporte , il court à ce misérable, Uîe ses plaies , le Conduit lui-même dans une maiiOQ, y passe tout un jour auprès de lui, et ne le 9>itte qu'après avoir fourni à toute la dépense nécessaire pour son soulagement. Charité sans doute fd mérite les plus grands éloges, et que nous ne pouvons assez élever. Mais savez-vous encore, mes 4ers auditeurs, ce qui en rehausse le prix, et ce ' ^' eo &it tout ensemble le sujet de notre admira-
MCBOALOOB. — T. D.
tion et de notre indignation? C'est un samaritain qui s'intéresse de la sorte pour un juif après que ce juif s'est vu impitoyablement abandonné par un autre juif, et même par un lévite; c'est, dis-je, un samaritain séparé des juifs et de mœurs et de religion : voilà ce que nous devons admirer. Et d'ailleurs qu'un juif, qu'un lévite aient été insensibles au malheur et au triste état de cet homme uni si étroitement à eux par la même créance et la même loi , qui peut y penser et n'en être pas justement indigné.? Rentrons en nous-mêmes, mes frères, et dites-moi si ce n'est pas là ce que nous voyons tous les jours dans le christianisme , où , malgré le même baptême, la même confession , la même foi qui nous lie tous d'un nœud si intime et si saint, tant de chrétiens manquent de charité pour d'autres chrétiens? N'est-il pas vrai que souvent il y aurait à attendre de la part des idolâtres et des païens plus de condescendance dans nos peines et plus d'assistance dans nos besoins ? Quoi qu'd en soit , je viens aujourd'hui vous entretenir de la charité du prochain, de cette charité que la nature nous commande, que Dieu nous ordonne, et qui dans la loi évangélique est encore un devoir plus particulier pour nous et plus indispensable. Adressons-nous à cette mère de miséricorde, dont la charité s'est répandue et se répand sans cesse sur les hommes , et demandons par son entremise la grûce et les lunifères du Saint- Esprit : j^ve.
Pour traiter solidement une matière aussi utile et aussi importante que celle que je me suis proposée , et pour vous donner d'abord une juste idée de cette charité qui fait la plénitude de la loi , et que Jésus-Christ nous recommande aujourd'hui si expressément dans l'Évangile, voici, chrétiens, en deux mots tout mon dessein. Je le réduis à deux vérités, que j'entreprends d'établir, et dont j'aurais droit de me promettre des fruits admirables pour la réformation de votre vie, si vous en étiez une fois bien persuadés. Concevez-les, je vous prie : elles vont faire le partage de ce discours. 11 y a , dit saint Chrysostôme, deux sortes d'intérêts qui ont rapport à la charité et qui doivent servir à régler toute la pratique de cette vertu; savoir, l'intérêt propre et l'intérêt d'autrui : l'intérêt propre, qui est le sujet ordinaire de nos plus ardentes passions: et l'intérêt d'autrui , dont nous sommes communément peu touchés : l'intérêt propre, que nous conservons avec tout le soin possible; et l'intérêt d'autrui , que nous négligeons et que nous ne craignons guère de blesser : l'un, je veux diie l'intérêt propre, qui est l'obstacle de la charité ; et l'autre, j'entends l'intérêt d'autrui, qui en est l'objet Or, suivant cet deux intérêts tout difiEérents, favanee deux |iroypg ^ sitions : la première, qaMI n'y ajobftdT' ' '~ pre, si grandquH puisioétn, Im
SUR LA CHARITÉ DU PROCHAIN
juiie, que nous ne devions être prêts de sacrifier pour la charité chrétienne; et la seconde, qu'il n'y a point d'intérêt d'autrui , si léger, que nous ne devions respecter et ménager pour l'entretien de la charité chrétienne : en effet , qu'est-ce qui trouble l'ordre de la charité parmi les hommes ? deux choses : l'amour du propre intérêt , et le peu d'égard à l'intérêt du prochain. II est question de remédier à l'un et à l'autre : mais comment? en vous apprenant à faire céder au bien de la charité tout intérêt propre, ce sera la première partie; et à respecter pour le bien de la charité tout intérêt du prochain , ce sera la seconde. Puissiez-vous profiter de ces leçons , et n'oublier jamais ces deux devoirs!