‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 44 sur 232 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

N'est-ce point un paradoxe dans notre religion , de dire que nous soyons obligés à respecter l'intérêt d'autrui, en même temps que Dieu nous ordonne de sacrifier notre intérêt propre, et que la charité nous fasse une loi d'avoir des égards pour tout ce qui touche le prochain , après nous avoir fait une autre loi de renoncer d'esprit et de cœur à ce qui nous touche nous-mêmes? Non, chrétiens, ce n'est point une vérité douteuse, ni qui puisse être contestée. C'est un principe de morale généralement reconnu, et il ne faut pas même avoir recours au christianisme pour en être persuadé. Le monde lui-même en convient; et quoique cette obligation soit une de celles qu'il viole plus impunément et plus hautement dans la pratique , il ne laisse pas en spéculation et en idée de s'en faire un devoir et une vertu. En effet, remarque saint Chr>'sostôme , tout homme à qui l'intérêt d'autrui est confié, par le seul motif de l'honneur se croit engagé à le ménager plus fidèlement que le sien ; et le reproche qu'on lui ferait d'avoir

SUR LA CHARITÉ DU PROCHAIN

trahi cet intérêt lui serait plus injurieux que s'il était accusé d'avoir négligé ses intérêts personDcls Or, si le monde , dans le dérèglement et la corruption où l'amour-propre l'a réduit, a encore des seotimeots si droits , quels doivent être les nôtres dans la profession que nous faisons d'être chrétiens? et à quoi ne devons-nous pas être préparés pour remplir ea cette matière, comme en toute autre , la mesure de perfection que l'Évangile exige de nous ?

Il était juste, dit saint Ambroise (et cette léflexion est solide), il était juste que Dieu établit cet ordre parmi les hommes , c'est-à-dire qu'il nous ordonnât d'avoir du zèle pour les intérêts de notre prochain , pendant qu'il nous oblige à un détachement sincère de tout intérêt propre : pourquoi? parce qu'il savait, ajoute ce saint docteur, que, quelque détachés que nous fussions de nos propres intérêts, il ne nous resterait toujours que trop d*attention et trop d'ardeur à les maintenir; et qu'au contraire, quelque zèle que nous eussions pour les intérêts d'autrui , à peine en aurions-nous jamais autant que la loi exacte d'une entière justice le dratianderait De là vient, poursuit le même Père, que parmi les préceptes de la charité exprimés dans le Décalogue, Dieu ne fit aucune mention de l'amour de nous* mêmes , quoique absolument un amour de nousmêmes honnête et réglé soit un précepte non-seu- I lement indispensable, mais de droit naturel et de ' droit divin. Dieu dit à son peuple, par le législateur Moïse : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu; voilà le premier commandement , auquel il joignit le second : Et ton prochain , que tu regarderas comme ton frère. Mais il en demeura là , et il n'ajouta point : Tu t'aimeras aussi toi-même de cet amour justeet légitime que la nature t'inspire. Car il aurait été inutile, reprend saint Ambroise, que Dieu par uoe loi particulière eût pourvu à l'observation de ce devoir. Il était sûr que l'homme ne s'oublierait pas; et dans cette vue , bien loin de nous exciter à avoir de l'amour pour nous-mêmes, il pensait dès lors à nous faire dans le loi de grâce ce grand commandement, de nous liaïr et de nous renoncer nousmêmes.

Quoi qu'il en soit, chrétiens, rien de plus constant que la proposition que j'ai avancée , qu'il n'j a point d'intérêt d'autrui, quelque léger qu'on le suppose , qui ne doive être respecté ; et en voici les raisons. Premièrement, parce que tout intérêt d'autrui est essentiellement l'objet de la charité qui est en moi ; or en cette qualité il me doit être non-seulement cher, mais , si j'ose ainsi dire, vénérable. Secondement , parce que cet intérêt d'autrui, qui me parait petit en lui-même , par rapport à la charité , est presque toujours important dans ses conséquences ; or c'est par ces conséquences que je dois l'envisager, pour bien juger les obligations qu'il m'im-

SUR LA CHARITÉ DU PROCHAIN

pose selon Dieu. Troisièaiement, parce gu'îl n'y a point d'intérêt d*autrui dont le mépris ou le peu de soin , par la seule faiblesse des hommes, ne puisse être pernicieux à la charité ; or dès là je suis inexcusable si je viens à le mépriser, et si dans le commerce de la vie je n'y apporte pas toute la circonspection que demande la prudence chrétienne. Trois raisons qui , pour être dignement traitées , demanderaient autant de discours, mais que je ne fais que vous proposer en peu de paroles, pour ne pas abuser de votre patience.

Oui, mes chers auditeurs, ce que nous appelons intérêt d'autrui est l'objet essentiel de la charité qui doit être en nous, et par conséquent la chose du monde pour laquelle, selon la foi de Dieu , nous devons avoir plus de ménagement et plus de zèle. Si c'était dans les vues de l'amitié qu'on regardât cet intérêt, avec quelle exactitude, disons mieux , avec quelle religiosité ne s'y comporterait-on pas? de quelle fidélité ne se piquerait-on pas pour témoigner combien l'intérêt d'un ami nous est précieux ? jusqu'à quel point de raffinement ne porterait-on pas ce respect et ce zèle ? Or voilà , dit saint Augustin , le désordre que nous avons à nous reprocher, ^ous nous faisons de l'amitié une espèce de religion ; et de la charité, qui est la plus sainte des vertus , un sujet de pro£ination. L'amitié nous rend circonspects, modérés, prévenants, généreux, fidèles; et la charité n'opère en nous rien de semblable. Cependant la foi nous apprend que si la charité n'est en nous plus forte et plus efficace que Tamitié , nous sommes non-seulement des hommes vains , mais réprouvés de Dieu. Que faut-il conclure de là? Mais revenons. Ce n'est donc point, à proprement parler, l'intérêt seul de l'homme que je respecte quand je crains, par exemple, de blesser Thonneur, d'attenter sur les droits , de contredire et de choquer les sentiments d'autrui ; mais j'ai un objet plus noble devant les yeux. Ces sentiments, ce droit, cet honneur d'autrui , se représentent à moi revêtus du caractère de la charité chrétienne , et cela ne suffit pour n'y donner jamais la moindre atteinte. Ce caractère de charité répandu sur toutes les .choses où le prochain a quelque intérêt me paraît comme une sauvegarde que Dieu y a mise ; et cette sauvegarde, si j'agis par l'esprit de la foi , est bien plus sûre et plus propre à me contenir que tout autre motif humain. Or c'est en cela que consiste l'exercice de la charité : car la charité, encore une fois, n'est point une vertu oisive ni abstraite; elle a un sujet qui l'occupe et auquel elle s'attache , et ce sujet est l'intérêt d'autrui dont nous parlons. Pîotre amour-propre forme des desseins contraires à cet intérêt : la charité s'y oppose. Cet intérêt est combattu par notre ambition ou par notre jalousie : la charité le défend. Nous blessons cet intérêt par

notre imprudence : la charité y remédie. Nous détruisons cet intérêt par notre injustice : la charité le répare et le réublit. Voilà quelle doit être en nous son action; car aimer le prochain et n'avoir pour lui ni déférence, ni condescendance, ni retenue, ni précaution, ni soin de l'épargner, ni crainte de lui nuire et de lui déplaire, c'est une charité que saint Paul n'a point connue , et qui passera toujours pour chimérique quand on voudra la comparer avec celle dont ce grand apôtre nous a fait l'excellente peinture. Il n'importe : c'est encore cette charité iihimérique et fausse que l'erreur et l'aveuglement du siècle voudrait soutenir. Comme on se figure une charité qui n'exclut point l'intérêt propre, et avec laquelle on prétend pouvoir accorder toute la corruption de l'intérêt propre, aussi en suppose-t-on une avec laquelle le mépris de l'intérêt d'autrui n'a rien qui ne soit compatible. J'entends une charité qui sait parfaitement se mettre au-dessus de l'intérêt du prochain, et qui, bien loin de s'en rendre esclave, croit être endroit de s'en faire, eommeil lui platt , un divertissement et un jeu. On a même trouvé le secret d'aimer ses frères dans le christianisme, et de leur donner tous les diagrins qu'on leur donnerait s'ils étaient nos eimemis les plus déclarés : et cela se fait d'autant plus dangereusement que l'on proteste alors plus hautement ne les point haïr. Car on les raille, on les choque, on les mortifie; on censure leurs actions, on traverse leurs desseins, on rabaisse leurs succès, et cependant on assure et on se flatte qu*on les aime, comme si tout cela était indifférent à la charité , et qu'elle n'y dût prendre aucune part. Or je vous demandes'il y a une plus grossière et plus déplorable illusion.

Mais ces intérêts d'autrui, me direz-vous, sont souvent trop peu de cliose pour imposer à la charité une obligation si sévère. Et moi (seconde raison) je soutiens qu'en matière de charité, mais encore plus de charité chrétienne, il n'y a rien de léger, et que par rapport à cette vertu, si nous raisonnons bien, tout doit être censé important. Pourquoi cela? non* seulement pour obvier au désordre de la prévention de notre esprit, qui fait que lorsqu'il s'agit de l'intérêt des autres, en étant aussi peu touchés que nous le sommes , nous n'en portons presque jamais un jugement équitable, et qu'autant que l'amourpropre est ingénieux à grossir dans notre idée les moindres offenses qui nous regardent , autant a-t-il de subtilité et d'artifice pour diminuer dans notre estime les offenses les plus grièves qui s'adressent au prochain (vérité que l'expérience nous rend sensible, et qui se rapporte à ce que le sage appelait abomination devant Dieu , quand il disait que nous avons deux poids et deux mesures : l'une pour nés propres injures , qui consiste à exagérer, à amplifier, à relever tout ; et l'autre pour celles d'autrui, qui con*

sîste à traiter[debagatelleet àcompter tout pour rien. Jt'muibtsetpondusabominatioestapudDeuTn {Prov.y 20 ) : non-seulement , dis-je, par cette raison qui est générale, mais par une autre plus essentielle, et dont on ne peot disconvenir; parce qu'en effet, dit saint Chrysostôme, ce qui est petit en soi est presque toujours, par rapport à la charité, important dans ses conséquences, et qu*il ne doit plus être mesuré selon les bornes étroites de l'injustice particulière qu'il renferme, mais selon l'étendue des maux presque infinis qu'il peut produire.

Ainsi, par exemple, mon cher auditeur, cette raillerie que vous avez faite, qui a paru fine et spirituelle, mais aux dépens de votre prochain, et qui peut-être a été applaudie de ceux qui n'y prenaient nul intérêt, du moment qu'elle reviendra à la personne dont vous avez parlé, quels mouvements de dépit et d'indignation n'excitera-t-elle pas dans son cœur? Cette obstination, souvent bizarre et capricieuse, que vous avez à contredire l'humeur de votre frère ; cette parole bnisque et hautaine qui vous est échappée traitant avec lui, ce défaut de complaisance dans une occasion où vous en deviez avoir; ce refus peu honnête et désobligeant d*un service qu'il attendait de vous , ne sont-ce pas là les principes de l'aversion qu'il vous témoigne en toutes rencontres ? Si vous aviez respecté la charité , si vous aviez été à l'égard de cet homme aussi réservé et aussi prudent que vous voulez qu'on soit pour vous , la paix, qui est le fruit de la charité, serait encore parfaite entre vous et lui. On n'aurait pas vu ces dissensions, ces emportements, ces vengeances qui ont éclaté. Cet incendie n'est venu que d'une étincelle, je l'avoue; mais c'est pour cela même que vous deviez l'éteindre dès sa naissance, et que vous êtes coupable de l'embrasement que cette étincelle a causé dans son progrès. En effet , nous voyons tous les jours que les plus grands troubles , que les inimitiés les plus violentes, que les plus scandaleux divorces, n'ont point eu d'autre origine que quelques petits intérêts du prochain , blessés d'abord par indiscrétion ; mais qui , dans la suite , ont porté à tous les excès de la passion et de l'animosité. Or qui peut douter que la charité ne soit responsable de ces suites? Et pourquoi ne le serait-elle pas, chrétiens , ou plutôt pourquoi n'en serions-nous pas responsables pour elle? Puisque ces suites sont aussi funestes que nous l'éprouvons, pourquoi ne serions-nous pas obligés à les prévoir, et, en les prévoyant , à les éviter? Ne connaissons-nous pas assez le monde pour être instruits de tout cela , et montrons-nous dans le reste de notre conduite que nous l'ignorons? Quand il est question de cultiver les bonnes grâces et la faveur d'un grand , négligeonsnous les plus petites choses ? Persuadés que notre fortune dépend de lui , ne craignons-nous point de

SUR LA CHARITÉ DO PROCHAIN

l'attrister, de le rebuter, de le contrarier? ne nous faisons-nous pas une loi de lui plaire en tout et de nous conformer à toutes ses inclinations? Or estce trop exiger de nous quand on veut que nous fassions pour l'intérêt de la charité ce que nous croyons nous-mêmes devoir faire pour un intérêt temporel?

On se tient bien justifié lorsqu'on dit. Je n*ai point attaqué l'honneur et la réputation de ceux qui se plaignent de moi ; je n'ai point touché des articles essentiels : mais on ne prend pas garde que c'est là une des plus vaines excuses dont la malignité du monde se couvre. Car ce qui détroit lâcha* rite parmi les hommes, ce n'est pas seulement , m même toujours ce que les hommes appellent dioses essentielles , en fiait de réputation et d'honneur; et tel ne s'offensera pas moins d'être raillé sur son ignorance et la grossièreté de son esprit , que d'être accusé de manquer de tour et de probité. Dites d'une femme mondaine qu'elle est ridicule dans ses manières et pitoyable dans sa figure , vous la piquerez plus vivement que si vous lui reprochiei un commerce de galanterie. Ce qui détruit parmi les hommes la charité , c'est , par rapport à chacun d'eux, ce qui les aigrit, ce qui les envenime, ce qui les remplit d'amertume; et quandje me donne la licence de les entreprendre sur l'un de ces points quel qu'il soit , je me charge devant Dieu de tout ee qui en peut arriver.

Enfin, mes frères, conclut saint Bernard, et c'est la dernière raison, nous devons bien nous convaincre que la charité étant la chose du monde la plus délicate, elle veut, pour ainsi parler, êtrechoyée, et qu*une partie du respect qui lui est dû consiste dans les égards que sa faiblesse même demande de nous. Car il ne faut pas, dit ce Père, que nous considérions cette vertu dans la pure abstraction de son être , ni telle qu'elle serait dans des créatures d'une autre espèce que celle qu'il a plu à Dieu de produire, ni même telle qu'il serait à désirer qu'elle fût absolument dans le prochain; mais telle en efifol qu'elle y est, et qu'elle y sera toujours. Or il est certain que la charité, quoique forte et robuste en elle-même, n'est pointcomraunémentdecette trempe dans ceux avec qui nous vivons. Au contraire, nous devons faire état qu'elle est faible dans leurs personnes , qu'elle est susceptible de toutes les impressions , aisée à choquer, et que les moindres Injures sont pour elle autant de plaies dangereuses et difieelles à guérir; d'où s'ensuit pour nous un devoir de conscience de nous étudier nous-mêmes , et d'agir toujours avec beaucoup de retenue et de douceur* Mais cette délicatesse de la charité ne vient que de l'imperfection des hommes. Hé bien! mon frère, répond saint Bernard , quelle conséquence pensez* vous pouvoir tirer de là? Les hommes sont nés imparfaits; donc il vous sera permis d'en user avec eux

SUR LA œNFESSION.

commes'lls ne Tétaient pas? Ils ont pour eux-mêmes et pour ee qui les oonecme une extrême sensibilité ; donc TOUS pourrez impunément les irriter et les ai^? La charité, dans leur cœur, est bien fragile ; donc vous n'aurez nul égard à sa fragilité ? £h quoi , poursuit ce saint docteur, est-ce ainsi que raisonnait saint Paul? sont-ce là les règles de christianisme qu'il donnait aux fidèles , lorsqu'il leur recommandait de respecter jusqu'à la faiblesse de leurs frères , de se garder avec soin de les scandaliser dans les* choses même innocentes et d'ailleurs permises, de craindre surtout que, parleur conduite peu discrète « une âmedâible, pour laquelle Jésus-Christ est mort, ne vtnt à périr? Et peribit it^rmus in tuasciaUia/rater, pro quo Christus mortuus est. (1. Cor., 8. ) Non, non, direz-vous, mon cher auditeur, si vous en jugez selon les maximes de notre religion, ce n*est point à moi de guérir la faiblesse des hommes , ni de corriger la délicatesse de leurs esprits et de leurs humeurs. C'est à moi de m'y acopmmoder, et comme chrétien , de les supporter ; et puisque les hommes sont sensibles à une parole et à une raillerie jusqu'à rompre la charité , cette raillerie, cette parole doit être pour moi quelque chose de grand. De tout temps les hommes ont été faibles et délicats. Voilà ce que je dois présupposer comme le fondementdetous mes devoirs en matière de charité. Car si , pour avoir de la charité , j'attendais que les hommes n'eussent plus d'imperfections nide faiblesses, comme il est certain qu'ils en auront toujours , je renoncerais pour toujours h cette vertu. Dieu me commande de les aimer faibles comme ils sont, et imparfaits comme ils sont; or cela ne se peut si je ne respecte en eux jusqu'aux moindres de leurs intérêts , et si je ne suis circonspect jusque dans les sujets les plus légers, dont ils ont coutume , quoique sans raison , de s'offenser. Taorai bien plus tôt fait de condescendre là-dessus à leur faiblesse que de prétendre qu'ils réforment leurs idées, et il me sera bien plus avantageux d'être h leur égard humble et patient , que de m'opiniâtrer à voulohr les rendre raisonnables.

Voilà, chrétiens, les sentiments avec lesquels je vous laisse; et je finis par la belle et salutaire leçon que faisait saint Pierre aux premiers fidèles : Deponeniet igitur omnem malUiam et omnem dolum, et êimvlationes , et itwidias et omnes detractionesy sicui modo geniti infantes^ rcUionabiles ^ sine doh lae eoneupiscite, (1. Pstb., 2.) Défaites-vous donc, mes frères , défaites-vous de cette malignité , de cette animosité, et de ces haines qui infectent votre coeur. N'usez plus de ces ruses et de ces artifices dont vous vous êtes servis pour vous surprendre les uns les autres. Quittez ces fausses apparences et n'ayez plus ces dissimulations qui , sous un visage Crofd et serein , cachent les plus vifs ressentiments

et les passions les plus animées. Étoufiisz ces envies secrètes et ces jalousies qui, du succès de vos frères, vous font un supplice. Ne vous laissez plus aller à ces médisances qui éteignent dans vos âmes la grâce et la charité, et qui souvent changent la société la plus sainte dans un enfer. Si quelque affaire vous a divisés, rapprochez-vousauplustôtet unissez-vous plus que jamais. Otez toutes ces formalités qui arrêtent tant de réconciliations ; mais, selon l'avis de saint Paul, prévenez-vous de part et d'autre : honore invicem prxvenientes. {Rom., 13.) Soyez en cola conunedes enfants, et souvenez-vous que la simplicité d'un enfant vaut mieux en mille conjonctures pour un chrétien que toute la sagesse du monde. Souvenez-vous qu'il est impossible d'être à Jésus- Christ, si l'on n'a l'esprit de Jésus-Christ; et que l'esprit de Jésus-Christ est un esprit de charité. Venez, divin Esprit, venez dans nos cœurs, pour y rétablir cette précieuse vertu. Si vous la faites revivre parmi nous , et si vous feites cesser tout ce qui l'altère, c'est bien alors que, par une espèce de création , vous aurez renouvelé la face de la terre : Et creabtmtur, et renovabis faàemterrx. (OXfic. Ecoles.) Opérez ce miracle, Seigneur, opérezle pour toute l'Église, votre épouse, mais en particulier pour cet auditoire qui m'écoute, afin que tous ceux qui le composent, unis dès maintenant par une sincère charité, le soient éternellement par une même félicité, que je leur souhaite, etc.

SERMON

POUR LETRl^ZIÈME DIMANCHE

APRÈS LA PENTECOTE.

SUR LA CONFESSION

Quos ut vidit, dixU : lU, oitendite vos tacerdoUbus.

Dés quHl eut aperça ces lépreux, U leur dit : Allez, faites vous voir aux prêtres. Saint Luc, chap. 17.

C*est Tordre que donne le Sauveur du monde à dix lépreux qui viennent implorer son secours pour être délivrés de cette honteuse et mortelle conta» gion qui les infectait; et c'est le puissant remède que TÉglise , au nom de Jésus-Christ, nous présente pour être purifiés d'une lèpre mille fois encore plus dangereuse , qui est le péché. Elle nous envoie aux prêtres comme aux médecins de nos âmes , et. elle nous ordonne de leur faire connaître notre état et nos maladies spirituelles : Ite, ostendite vos sacer" dotibus. Dans l'anciemie loi , remarque saint Chrysostôme, les prêtres n'attdent pas fo pouvoir do guérir la lèpre„ mais itorexa jugeaient sî.eilc était pai

SUR LA CONFESSION

la loi nouvelle, et que le sacrement de pénitence, où les ministresdu Seigneur, successeurs des apôtres, soient revêtus de l'autorité de Dieu même pour délier le pécheur, pour le réconcilier, pour l'absoudre , et lui remettre par une parole tous ses péchés. Cependant , chrétiens, voici ce qui nous doit paraître bien étrange, et ce que nous ne pouvons assez déplorer dans le christianisme : c'est que tant de pécheurs sachent si peu profiter du don de Dieu et du sacrement le plus salutaire : c'est qu'au lieu de se rendre aux pressantes invitations de Jésus- Christ, qui dans leur malheur leur a préparé cette ressource , et leur tend les bras pour répandre sur eux ses bénédictions, ils s'obstinent à se tenir éloignés de lui , et refusent d'approcher de son sacré ttibunal ; c'est que pouvant trouver dans une humble confession de leurs péchés la plus prompte et la plus parfaite guérison; comme des malades agités d'un violent transport, et insensibles à leurs maux, ils fuient le remède avec autant d'horreur qu'ils devraient marquer et avoir d'ardeur pour le rechercher. J'entreprends aujourd'hui de corriger ce désordre, et de vous représenter pour cela les avantages de la confession. On prêche assez aux chrétiens l'affreux danger et le crime d'une confession sacrilège : mais peut-être ne leur fait-on point assez voir combien d'ailleurs une bonne confession leur peut être utile pour la réformation de leur vie et pour leur avancement dans les voies de Dieu. On leur parle assez des dispositions nécessaires qu'ils y doivent apporter : mais peut-être leur parle-t-on trop peu des fruits précieux et des biens inesti niables qui Is en doivent espérer. Je prétends donc, mes chers auditeurs, pour vous engager à un fréquent usage du sacrement de pénitence, vous en montrer dans ce discours l'excellence et la vertu. Demandons les lumières du Saint-Esprit par l'intercession de Marie : Ave.

Ce n'est pas mon dessein d'établir par de longues preuves l'obligation indispensable et la nécessité (le la confession. Dès que nous sommes enfants de i'Kglise , nous sommes soumis à ses décisions , et nous ne pouvons ignorer un de ses préceptes les plus authentiques et les plus formels ; précepte fondé sur In parole de Jésus-Christ même ; précepte autorisé parla tradition, confirmé par les conciles, reçu dans tous les siècles, et observé de tout le peuple fidèle. Je sais néanmoins comment l'ont regardé nos héréti(iues : qu'il leur a paru un joug insupportable, et ([u'ils l'ont rejeté comme une loi trop dure et trop pesante : mais sans vouloir m'engager dans une controverse peu convenable et au temps et au lieu où je parle, j'avance, mes chers auditeurs, et je vais vous en convaincre , que de toutes les pratiques chrétiennes, une des plus avantageuses pour nous, et où Dieu a eu plus d*égard à nos véritables iotér^t^ ,

c'est la confession. Pour en être persuadés, nous pouvons nous considérer en deux états dîfTéreots : ou dans l'état du péché , ou dans l'état de la grâce. Dans l'état du péché , nous avons besoin de remède pour nous guérir; et dans l'état de la grâce, nous avons besoin de force pour nous soutenir. Or, cela posé , écoutez deux propositions qui vont foire tout le sujet de votre attention. Je dis que la confessioB est le moyen le plus efficace et le plus puissant qut la Providence nous ait fourni pour effacer le pédié: ce sera la première partie. J'ajoute que la confession est encore le préservatif le plus infaillible et le plus souverain pour nous garantir des rechutes dans le péché : ce sera la seconde partie. De Tune et da Pautre vous apprendrez de quelle conséquence flert donc pour nous d'avoir souvent recours au sacrement de la pénitence; et ce sera Ta conclusioD. Écoutez-moi ^ s'il vous plaît.

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