‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 45 sur 232 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Cest une doctrine communément reçue dads h théologie , que quelque moyen que nous poissioni employer pour l'expiation de nos crimes, quaod nous les avons une fois commis , il n'est point de lui-même capable de les effacer, si Dieu tie Tacoepte pour cela, et s'il n'y ajoute sa grâce, qui est la grâce de la rémission. Mais la même théologie reconnaît aussi que les moyens que Dieu veut bien accepter sont dans les règles ordinaires des moyens propo^ tionnés , et qui de leur nature ont déjà quelque vertu, pour contribuer à un effet si noble et si relevé. Voilà, chrétiens , les deux principes sur lesquels j'établis la proposition que j'ai avancée quand fai dit que la confession était un des remèdes les plus efficaces pour abolir le péché. Car si vous medeman* dez d'où elle tire celte vertu, je prétends que c^est premièrement de la volonté et du don de Dieu; secondement d'elle-même et de son propre fonds. De la volonté de Dieu , parce que Dieu l'a spécialemeot choisie et agréée pourcette fin ; de son proprefonds, parce qu'elle a tout ce qu'il faut pour faire entrer un pécheur, avec le secours de la grâce, dans l'esprit d'une parfaite pénitence. De la volonté Dieu, parce que Dieu semble lui avoir remis absolument le pardon du péché; de son propre fonds , parce qu'elle a des qualités merveilleuses pour convertir le péchei»*. et le ramener dans les voies de la justice, T^lxcfx^ sidérations auxquelles je réduis tout ^ qq^ i*^;^ ^ vous dire dans cette première partie. Dounons à l'une et à l'autre tout récl:,\rcissement qu'elles de* mandent.

Oui, chréti^'us, Dieu a voulu que la rémission du péché îiit attachée à la confession du péché; et ïa \o\ qu'il en a faite, quoique d'abord elle paraisse une loi de justice, est tellement une loi de miséricorde, qu'elle n'a pu venir que de la miséricorde

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même. Car quel excès et quel prodige de bonté, que pour être absous d*un erime qui m'exposait a une damnation éternelle, et qui la méritait, ce soit assez de m'en accuser moi-même; que Dieu se contente d*une telle déclaration, et qu'il me suffise, comme parle saint Augustin , de confesser ce que je suis pour devenir ce que je ne suis pas ! Ah ! mes frères , s'écrie là-dessus Zenon de Vérone , voici un jugement bien extraordinaire et bien nouveau. Si le criminel s'excuse, il est condamné, et s'il se reconnaît coupable, il est justifié : Novum judicii fienus , in quo reus , si excusaverU crimen, dam» naUir : absoloUvr, ti fatetur, (Zen. Veb.) Dans la justice des hommes , la procédure est bien difféleate : ils ne punissent que ce que l'on découvre; mais dans la justice divine, il n'y a de châtiment et de punition que pour ce que l'on cache. Si vous révélez votre péché , en le révélant vous le faites disparaître à mes yeux; et si vous vous rendez votre accusateur, je cesse d'être votre juge. Ce sont les belles paroles que Pierre de Blois attribue à Dieu , et qu'il lui met dans la bouche , pour inviter un pécheur a cet exercice si salutaire de la confession. De là vient, reprenait le grand évéque de Vérone dont j'ai déjà cité le témoignage , que notre confession , c'est-à-dire celle que nous faisons selon les lois du christianisme et au tribunal de la pénitence , n'est point une confession forcée , ni anachée par la crainte ou par la violence des tournents; mais une confession libre, volontaire, où nous nous expliquons de nous-mêmes et d'un plein gré, avec repentir, avec amour : pourquoi? parce que nous savons , dit-il , qu'elle ne nous peut être qu'avantageuse, et que si notre Dieu l'exige de nous, ce n'est point pour s'en prévaloir contre nous et à notre perte , mais pour avoir lieu de nous combler de ses faveurs les plus abondantes et les plus précieuses. De là vient, ajoute saint Chrysostôme, que nous confessons jusqu'à nos péchés les plus secrets. Prenez garde, chrétiens , à ce passage : il est important contre nos hérétiques, et je le tire de l'homélie quinzième sur la seconde épitre aux Corinthiens. Lesjuges de la terre, ditce saint docteur, ne prononcent que sur les faits dont il y a conviction , et qui sont devenus publics : mais poumons, qui suivons d'autres maximes , et qui faisons profession d'une discipline toute sainte, nous soumettons au tribunal de l'Église jusqu'à nos pensées. Et voici la raison qu'il en apporte : c'est que notre foi nous apprend que cette confession de nos propres pensées et de nos sentiments les plus intérieurs et les plus cachés, bien loin de nous attirer de la part de Dieu un arrêt de condamnation , prévient au contraire tous les arrêts que nous aurions à craindre de sa justice, et.nous en préserve.

Mystère, mes chers auditeurs , que David avait

si bien compris, lorsqu'après avoir demandé à Diea dans les termes les plus affectueux qu'il lui ftt grâce, qu'il versât sur lui ses miséricordes et ses plus grandes miséricordes, qu'il le purifiât de toutes les taches du péché, Amplius lava me ab iniquitate mea, et a peccato meo munda me ( FsaL 50) , ce roi pénitent ne se servait point d'autre motif pour l'y engager et pour le toucher en sa faveur, que de lui dire : Vous voyez , Seigneur, que je reconnais mon iniquité : Quoniam iniquitatem meam ego cognosco. (Ibid. 4. ) Quelle conséquence! Elle est trèsjuste « répond saint Chrysostôme; et David , parlant de la sorte, était parfaitement instruit des intentions de Dieu et de ses vues toutes miséricordieuses. Car c'est comme s'il lui eût dit : Il est vrai, Seigneur, cet; aveu que je fais de Toffense que j'ai |commise est une réparation très-légère ; mais puisque vous voulez bien l'agréer et vous en contenter, j'ose vous l'offrir, et j'espère par là me réconcilier avec vous. Vous me pardonnerez, mon Dieu, parce que je confesse mon péché : Et a peccato meo munda me y quoniam iniquitatem meam ego cognosco.

Voilà comment Dieu veut qu'on traite avec lui ; et cela, cbrétiens, fondé sur deux de ses divins attributs : l'un est sa grandeur, et l'autre sa bonté. Sa grandeur, parce que c est là quïl fait paraître ce qu'il est et ce qu'il peut , remettant le péché en souverain , et sans observer avec nous toutes les formalités d'une justice rigoureuse. Sur quoi je me rappelle un beau mot de saint Ambroise dans le panégyrique du grand Théodose. Il dit que ce prince prenait quelquefois plaisir à juger lui-même les criminels d'État , et qu'après les avoir convaincus et forcés d'avouer leur crime, au moment qu'ils attendaient une sentence de mort , et qu'ils redoutaient son juste courroux, il changeait tout à coup de vi-» sage pour leur faire ientendre qu'il leur rendait la vie, et que de sa pleine volonté il les renvoyait sans cliâtiment. Or il en usait ainsi , poursuit le même Père , parce qu'il ne voulait pas perdre ces malheureux , et qu'il se faisait une gloire de vaincre leur malice par sa clémence vraiment royale : Sincère enim votebat , non perdere, ( Amb. } Telle est, mes chers auditeurs, la conduite de Dieu envers nous. Outre qu'il y va de sa grandeur, sa bonté s'y trouve encore intéressée. Parce qu'il nous aime, il ne veut pas nous faire périr, mais il veut seulement avoir sur nous gain de cause. Or il l'a par notre confession; car c'est notre confession qui donne à sa justice tout l'avantage qu'elle peut avoir pour nous punir, et à sa miséricorde toute la gloire de nous pardonner.

C'est pourquoi le prophète royal disait encore à Dieu : Tibi soUpeccavi et malum coram te fecl, ut justijiceris in sermonibus tuls , et vîncas cum judicaris. ( Psal. 50.) J'ai yéchc , mon Dieu , et je

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le eonfesse : pourquoi ? afin que voub soyez glorifié dans ma personne, et que, dans le pardon que vous m'accorderez , on connaisse que votre miséricorde est au-dessus de toute la malignité de mon cœur, et qn*elle en a triomphé. Aussi est-ce toujours cette miséricorde victorieuse que le Saint-Esprit nous représente , quand il nous invite à la confession; et c'est en ce sens que saint Augustin explique ces paroles du psaume cent dix-septième, Cof\fÛeininiD(h mino quoniam bonus, (PsaL 50.) Hé ! mon frère, ditil en s*adressant à un pécheur, que craignez-vous de confesser votre péché à un Dieu si bon pour ceux qui le confessent sincèrement et sans déguisement ? Ne vaut-il pas mieux en le déclarant vous rendre votre Dieu propice, que de Tirriter en demeurant dans un silence criminel ? Quid Urnes cor^fiteri Domino y qui confitenti bonus est : Fac confitendo propitium quem negandofacis infensum.'i Auo.) Mais, dites- vous, ce n*est point seulement en la présence de Dieu que je dois reconnaître mon péché; c*est encore à un homme quil m*est enjoint de le déclarer. Ten conviens, mon cher auditeur; c'est à un homme, mais à un Iiomme autorisé de Dieu, tenant la place de Dîeu , le ministre des miséricordes de Dieu. Et quelle peine un chrétien peut-il avoir de confesser son péché à cet homme qui lui sert de médiateur auprès de Dieu? Tout honteux que je Timagine, ce péché, ou qu'il est en effet , quand il le faudrait confesser devant toute la terre et dans rassemblée de tous les justes, selon Fexpreanon du propliète. In concUlo Jusforum et conqregaUone {Ps. 110), votre grâce, ô mon Dieu, dépendant de là et m'étant promise à ce prix , devrais-je hésiter un moment? Devrais-je compter pour quelque diose une condition à laquelle il vous a plu d'attacher pour moi.un si grand bien? Ne devraisje pas être prêt à faire au moins par une obligation rigoureuse, et pour Tassurance de mon salut, ce que faisaient les premiers fidèles par une abondance et une ferveur de christianisme ? Craignaient-ils de confesser hautement leurs péchés, crafgnaient-ils de les révéler à la face de toute l'Ëglisc? Pourquoi n'aurais-je pas, dans la confession secrète, la même soumission, la même résolution , le même zèle , qu'ils avaient dans la pénitence et la confession publique ? Pourquoi ne ferais-je pas pour racheter mon âme , cette âme immortelle , ce que font tous les jours des criminels pour racheter une vie passagère et périssable ? Qu'un criminel ait obtenu du prince des lettres de grâce, refuse-t-il de se présenter aux juges commis pour les examiner et les vérifier ? Il s*y porte de lui-même , il y court. C'est néanmoins, par une déclaration authentique, souscrire à tous les chefs d'accusation formés contre loi ; c'est dans un jugement juridique et solennel se reconnaître coupable et digne de mort. Il n'importe.

l'avantage de rabsolotion' lui ftit oublier os luifait soutenir toute eonfusfon. Or la griee 4e mon Dieu que j'ai perdue, etquim'estofifertedaMiesaiiil tribunal , est^e un avantage moins estimable et qui me doive moins codter? Ai-je un degré de fol, si je ne vais pas enooreavee phis d'ardeur noeHiontRr aux prêtres, OstendUe vos saeerdotibuê; il Je as m'empresse pas de leur faire voir mon état , de leur découvrir mes mis^«8, d'implorer leur médiat loo et de recevoir de leur bouche une prompte et pleine rémission? suivons done, mes frères, suivoiii le conseil de l'apdtre, qui nous avertit cTapproito avec confiance de oe trône de grâce que Dieu aélibli dans son Église, et où sont assis sea miniatni pour répandre selon son gré ses bénédictions : ^dba* mus ergo cumftducia ad thronum gnUiSB, itf teniam consequamur, et gratiam inneniamus im tenh poreopporluno, (Hebr,, 4. ) Cest en leurs nurinsqull a déposé toute son autorité, et c'est en votre firreur qu'il leur a ordonné de l'employer. Cest à eux qu'il a dit : Tout ce que vous délierez sur la terre , je veux qu'il soit délié dans le ciel ; et tout ce que vous r^ mettrez, je veux qu'il soit remis. Ses promesses là* dessus sont les plus précises et les plus formelles, ses volontés les plus expresses; et ne sommes-noos pas bien ennemis de nous-mêmes, si noua ne prenons pas soin d'en profiter ?

Cependant , chrétiens , ne nous étonnons pas que Dieu ait, s'il m'est permis de parier ainsi, une telle déférence pour la confession du péché. Ce n*ett |«s sans fondement, puisque la confession du pédié a d'elle-même tout ce qui pept gagner le oceor de Dieu, et mettre l'homme dans l'ordre d*uoe pénitence parfaite. Autre principe, d'où je prétends qœ lui vient cette vertu si salutaire pour noua d A puissante. Car que fait la confession du péehé? trois choses : elle humilie le pécheur dans le vue de son péché; elle lui inspire la douleur et le repentir de son péché ; elle lui tient lieu d'une satisfaction pi^ sente et actuelle de son péché. Or par là elle détruit absolument en lui le péché. Prenez garde, ail vous plaît : en humiliant le pécheur, elle lui arraebe jusqu'à la racine du péché, qui est l'orgueil; en inspirant au pécheur le repentir et la contrition, elle efface la tadie du péché, qui est oe que les théologiens appellent la coulpe ; et en lui tenant lleo de satisfaction, elle expie même ou du moins commence à expier ce qu'attire après soi le péché, qui est la peine. De sorte qu'il n'y a rien dans le péché qui ne cède à son action et à son pouvoir. Tout ceci est remarquable , et mérite une réflexion particulière.

Je dis que la confession du péché humilie le pécheur : voilà son premier effet; et en cela, non-seulement elle met le pécheur dans Tordre de la pénitence, mais elle fait en lui la principale et la plus essentielle fonction de la pénitence Car dans ia

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pensée det Pères , qu'est-ce qae la pénitence? Tertallîen nous'en donne une excellente idée, savoir, que la pénitence est comme un art ou une science dont Dieu se sert pour humilier l'homme , et par où l'homme a lui-même appris de Dieu à s'humilier : Disciplina humilfficandi hominis. (Tbr- TULL. ) Or de toutes les leçons renfermées dans l'étendue de cettedivine science , il n'y en a pas une qui soit comparable à celle de confesser son péché : pourquoi ? parce qu'il est certain que rien n'humilie tant l'homme que la confession du péché. Je ne dis pas cette confession vague et indéterminée par où/ious protestons en général que nous sommes pécheurs, sans spécifier en quoi ni sur quoi nous le sommes : je ne dis pas cette confession mentale et tout intérieure qui se fait à Dieu du fond de l'âme, et qui ne consiste qu'à reconnaître devant lui ce qu'il sait assez et ce que nous ne pouvons lui déguiser; car, bien loin qu'il faille pour cela de grands sentiments et le grands efforts d'humilité , on s'en fait même honneur, et c'est une marque de pieté : mais je dis cette confession instituée par Jésus-Christ, et dont nous avons l'usage dans l'Église ; c'est-à-dire cette confession où nous descendons au détail des choses ; où nous ne nous contentons pas dire. J'ai péclié, mais où nous rendons contre nous-mêmes des témoignages particuliers de tel et tel péché : où nous disons, Voilà ce que j'ai pensé et ce que j'ai fait ; voilà la passion qui m'a emporté; voilà le motif, Fin-, térét qui m'a fait agir; voilà l'opprobre de ma vie , et c'est en ceci et en cela que j'ai trahi la cause de mon Dieu : enfin cette confession où nous faisons dans le tribunal de la pénitence ce que Dieu fera dans le jugement dernier, lorsqu'il ouvrira toutes les conleienoes des hommes, et qu'avec un rayon de sa lumière il ira fouiHer et pénétrer dans tous les replis de notre âme. Car c'est justement le modèle que notre confession se propose à imiter, comme c'est aussi dans cette vue distincte de nous-mêmes que notre esprit trouve son humiliation : Disciplina kwni^ficandi hominis. Je dis cette confession que nous ne faisons pas seulement à Dieu , mais à un homme que nous regardons comme l'envoyé de Dieu ; à un homme qui de lui-même ne nous peut conuattre, mais à qui nous exposons toutes nos faiblesses, toutes nos lâchetés , toutes nos hypocrisies , tout œ qu'il y a de gâté et de corrompu dans notre cœur; nous soumettant à écouter tout ce que le zèle lui dictera , à subir toutes les peines qu'il nous imposera , à observer toutes les règles de vie qu^il nous prescrira. Car qu'est-ce que tout cela, sinon un exercice héroïque de cette discipline humiliante dont parle Tertullien : Diciplina àumili' ficandi hominis ?

Et c'est ici, mes chers auditeurs, que vous pouvez remarquer avec moi la différence qui s'est ren-

contrée et qui se rencontre encore tous les jottn entre l'esprit de Ferreur et l'esprit de la vraie re» ligion. Car l'esprit d'erreur, qui est celui de l'hérésie, étant un esprit d'orgueil, il n'a pu souffrir de confession et de pénitence qui l'humiliât. Qu'at-il donc fait? il a secoué le joug de cette confession sacramentelle , qui oblige à déclarer le péché, et qui assujettit le pécheur aux ministres de TÉglise, et n'a retenu qu'une ombre de confession , qui n*a rien de difficile ni d'humiliant pour lui. Et quelle humilité en effet de s'appeler simplement pécheur, puisque les plus grands saints ont eux-mêmes tenu ce langage ? Quelle humilité de se confesser à Dieu , à vous. Seigneur, dit saint Augustin, qui ne pouvez rien ignora de tout ce que je suis , et aux yeux de qui vouloir me dérober ce serait une folie extrême, puisque si j'osais l'entreprendre , je mériterais que vous vous tinssiez éternellement caché pour moi', sans que je pusse jamais me cacher à vous : Nam et si confiteri tibi noluerim, te mihi absctm» dam, non me tibi ! ( Aua. .) Mais, par un esprit tout contraire , l'Église de Jésus-Christ s'est maintenue dans la pratique de cette confession , dont son divin Époux lui a fait comme un sacrement d'humilité ; et plus cette confession lui a paru humiliante pour les pécheurs, plus elle s'y est attachée, parce qu'elle lui a semblé d'autant plus propre à la fin pour laquelle elle ordonne que nou^ en usions : l'humilité et la pénitence se suivant toujours , et la vraie pénitence ne pouvant être ailleurs que là où se trouva l'humilité la plus parfaite.

Voilà , mes chers auditeurs , la grande maxime du christianisme ; et par cette maxime vous devez voir quel est l'égarement de ceux qui fuient la con^ fession , et qui s'en éloignent par la honte qu'ils trouvent à confesser leurs péchés. Raisonner ainsi et agir parce principe, c'estbien se tromper sm-même. Vous fuyez la confession et vous vous en dispensez, parce qu'elle porte avec soi^une certaine honte, etc'est justement pour cela qu'il £iudrait l'aimer : car cette honte qu'elle vous cause vous humilie devant Dieu ; et ce qui vous humilie devant Dieu, c'est ce que vous devez chercher dans la pénitence. Ce qui vous a perdn , mon frère, dit saint Chrysostôme , ee qui a été la source de votre malheur, c'est de n'avoir pas eu assez de honte. Vous vous êtes fait un front de prostituée, comme parle l'Écriture, pour commettre le péché. Il faut donc que ce soit la honte qui commence maintenant votre conversion , et que , pour retourner à Dieu, vous repreniez cette honte du péché que vous aviez perdue. Or vous ne la retrouverez jamais mieux que dans la confession du péché même. Quand j'entends les prédicateurs de l'Évangile faire des discours entiers pour adoucir aux pécheurs ou même pour leur ôter absolument la honte qu'ils peuvent avoir de s'accuser, je l'avoue ,

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dirétienne compagnie, quoique j*approuTe leur zèle, j*ai peine à ne les pas contredire. Car pourquoi, disje , ôter aux pécheurs ce qu'il faudrait plutôt leur donner s*ils ne Tavaient pas ? Un des grands abus de la confession est de voir s'y présenter certaines âmes sans nulle honte de leurs crimes, et de leurs crimes néaûmoins les plus honteux. Comme elles les ont hardiment commis, elles les déclarent avec la même assurance , et vous diriez , à les entendre , qu'elles ont droit de n'en pas rougir, parce qu'elles sont d'une Qualité et d'un état dans le monde où Ton ne doit point attendre autre chose d'elles. Les ministres de la pénitence savent combien cet abus est aujourd'hui commun. Or cet abus , qui va directement à exclure la honte du péché bien loin de faciliter la pénitence, est une impénitence manifeste, ou du moins en est un signe visible. C'est donc aux prédicateurs et aux confesseurs à y remédier; comment cela.' en inspirant eux-mêmes cette sainte honte à ceux qui ne l'ont pas , et en apprenant à ceux qui paraissent l'avoir, à en bien user; en leur faisant concevoir à tous que c'est l'une des grâces les plus précieuses qu'ils aient à ménager dans ce sacrement. Je sais que cette honte peut quelquefois aller trop loin ; mais je consens qu'ota la modère alors, et non pas qu'on la détruise. Je sais qu'elle peut fermer la bouche à un pécheur, et lui faire celer son péché ; mais pour le garantir d'une extrémité, il ne faut pas le faire tomber dans une autre : car si c'est un excès de cacher son crime par confusion , c'en est un autre encore plus dangereux peut-être de le déclarer sans humilité.

J'ai dit de plus que la confession a cela de propre , qu'elle excite en nous la douleur et la contrition du péché. La raison en est très-naturelle. Car la contrition, disent les théologiens, se forme dans nos ânres par une appréhension vive et une vue actuelle de la grièveté du péché et de sa malice. Or il est certain que nous ne comprenons jamais plus vivement cette malice du péché que quand nous en faisons la déclaration au tribunal de la pénitence. C'est alors que le péché se montre à nous dans toute sa difformité, c'est alors que notre esprit en est frappé, que notre cœur en est ému, et que nous pouvons dire avec le prophète royal : Non est pax ossibus meis a facie peccatorwn meorum. ( PscUm. 37. ) Hors de là nous n'y pensons qu'à demi ; et quoique ce péché soit un poids qui nous accable, les idées que nous en avons sont si légères, qu'elles ne nous en laissent presque aucun sentiment. Mais quand nous approchons du ministre qui nous doit juger, et aux pieds duquel nous venons nous accuser, vous le savez , mes chers auditeurs, et l'expérience vous l'aura fait connaître, ces idées si faibles auparavant se réveillent tout à coup , se fortifient , devieuLent sensibles, remuent le fond de nos pas-

sions , nous attendrissent pour Dieu , nous donnent une sainte horreur de nous-mêmes, nous tirent quelquefois les larmes des yeux. Or ces larmes, seioo saint Augustin , ces sentiments tendres, ces mouvements d'horreur contre le péché , sont les dispositions les plus efficaces et les grâces prochaines de te contrition.

Et voilà l'innocent et le divin secret qu'avait trouvé le saint roi Ézéchias pour renouveler dans son cœur l'esprit de pénitence. Que faisait-il? il parcourait toutes les années de sa vie , et il confessait à Dieu toutes ses infidélités. RecogUaho tibi wur nos meos in amaritudine aniniœ meœ. (Isai., 88.) Quoique la confession ne fût pas encore érigée eo sacrement comme elle l'est dans la loi de grâce, elle ne laissait pas d'opérer en lui et de le toucher. Cette revue exacte de tout le passé était suivie de l'amertume de son âme , et cette amertume était la véritable douleur qu'il cherchait. Recogitabo tiH in amaritudine. N'est-ce pas ce qui arrive encore tous les jours à tant de pécheurs.^ Leurs cœurs, qui semblaient être endurcis, commencent à s'amollir dès que leur langue commence à parler. Jusque-là on edt dit que ces cœurs étaient fermés, et impénétrables à tous les traits de la grâce; mais à peine se sont-ils ouverts par une déclaration fidèle et entière , qu'après s'être présentés à la pénitence comme une terre sèche et aride, ils s'en retournent tout pénétrés de la rosée du ciel : pourquoi? parce qu'ils ont ressenti l'efficace et la vertu de la confession. Tel est l'effet de cette parole si énergique, et dont les Pères de l'Église nous font tant d'éloges. Peccaviy j'ai péché : de cette parole qui fut la confession et le principe de la justification d'un des plus parfaits et des plus illustres pénitents. Voyez, mes frères, dit saint Ambroise, combien trois syllabes sont puissantes : Quantum très syUabm valent! (Ahb.) Cette parole seule changea le cœur de Dieu , parce que d'un Dieu courroucé elle en fit un Dieu propice; et le cœur de David, parce que d'un adultère et d'un homicide elle en fit un saint Or si elle a fait un saint de David , que peut-elle faire et que doit-elle faire de nous? Car cette courte parole, Peccavi, est maintenant bien plus efficace encore qu'elle n'était alors. Étant devenue une des parties les plus essentielles d'un sacrement auquel Jésus-Christ a attaché tous ses mérites, elle a une vertu toute divine qu'elle n'avait pas. D'où il s'ensuit qu'elle doit donc avoir dans la bouche d'un chrétien toute une autre force que dans celle de David. Je ne parle pas , au reste , selon le langage et l'expression des libertins, dont je ne ferai point ici difficulté de me servir; je ne parle pas de ce Peccavi présomptueux qu'ils se promettent dans l'avenir, et sur quoi ils fondent l'espérance d'une conversion imaginaire qu'ils n'ajccompliront jamais;

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|e ne parle pas de ce Peccavi superficiel , qui n'est que sur le bord des lèvres , et qui ne part point du cœur ; je ne parle pas de ce Peccavi contraint et forcée que la nécessité arrache à un moribond : car toat cela est réprouvé de Dieu. Mais je parle de ce Peccavi sincère et douloureux qui est le symbole de la confession des justes, et pour celui-là, je soutiens qu'il a un don particulier d'exciter en nous la contrition , et par conséquent d'effacer le péché.

Je vais encore plus avant, et je prétends enfin qoMI ne tient qu'à nous que la confession ne commence déjà à expier le peine du péché, et qu'elle ne nous serve de satisfaction pour le péché. Car puisque la confession du péché nous est pénible, puisque nous y ressentons une répugnance qui coûte à surmonter, puisque nous la regardons comme un des exercices du christianisme les plus laborieux, pourquoi ne nous en ferions- nous pas un mérite auprès de Dieu? et pourquoi ne pourrait-on pas dire de nous ce que saint Grégoire a dit de ce serviteur de l'Évaqgile,qui, se confessant insolvable aux pieds de son mattre, obtint une remise entière de toute sa dette? In confessione debiti invenit debiti solutionem. (Grec.)

C'est en ce sens que nous devons prendre ce que dit saint Ambroise, que la confession du péché est l'abrégé de toutes les peines que Dieu a ordonnées contre le péché : Omnium pœnarum compendium, ( Amb. ) Il semble d'abord que ce soit une exagération , mais c'est une vérité fondée sur les plus solides principes de la théologie. Comprenez-la; car il est certain que jamais la justice de Dieu ne perd rien de ses droits, et que de quelque fa^on que ce soit , ou dans l'autre vie, ou en celle-ci, elle tire la satisfaction et la vengeance qui lui est due pour le péché. Dr, il est de la foi que le péché mérite dans l'autre rie des peines éternelles , et il est encore de la foi ]ue ces peines éternelles sont acquittées en celle-ci par la confession. Il faut donc que la confession ait ]uelque chose en soi qui égale, dans l'estime de Dieu, cette éternité de peines, et que toutes ces peines de l'enfer soient, pour ainsi dire, abrégées ians la douleur intérieure d'une âme qui confesse Km péché : Omnium pœnarumcompendium. Après ^a , si nous n'avons pas perdu tout le zèle que nous levons avoir pour l'importante affaire de notre salut , >ouvons-nous ne pas aimer une pratique où nous trouvons de tels avantages?

Concluons donc avec le prophète, ou plutôt avec »int Agustin interprétant les paroles du prophète , slles appliquant au même sujet que moi : Con- ^tio et pulchritudo in conspectu ejus, (Ps. 95.) ^nez garde, dit saint Augustin : ces deux choses le se séparent point devant Dieu, la confession du léébéet la beauté de l'âme : Con/essioetpulchriudo. Et c'est dans ces paroles, mon frère, pour-

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suit le même saint docteur, que vous apprenez tout à la fois et à qui vous pouvez plaire , et par où vous lui pouvez plaire. A qui vous pouvez plaire , c'est à votre Dieu; par où vous lui pouvez plaire, c'est par la confession de votre péché : Audis oui placeas , etquomodo placeas. (Aug.) Par conséquent, si vous aimez votre âme, si vous voulez la rendre pure et agréable aux yeux de Dieu , faites-vous de la confession un exercice fréquent et ordinaire. Ama confessionem y si affectas decorcm. (Id.)

Ah! chrétiens, §i vous aviez autant de passion pour plaire à Dieu que vous en avez pour plaire à de faibles créatures; et vous, femmes du monde, si vous faisiez autant d'état de cette grâce inté» rieure, qui doit être le plus bel ornement de vos âmes, que vous en faites de cette grâce extérieure du corps, dont vous êtes si idolâtres, et qui devient le scandale du prochain, avec quelle assiduité et quelle ferveur vous verrait-on fréquenter le tribunal de la pénitence! Faudrait-il employer tant de sollicitations pour vous y attirer ? Dès que vous vous sentez coupables devant t)ieu , pourriez- vous demeurer un jour dans cette disposition criminelle? Surtout y pourriez-vous demeurer, comme il n'arrive que trop, les années entières? N'iriez-vous pas chercher le remède pour vous guérir de cette lèpre qui vous défigure ? N'iriez-vous pas à la sainte piscine, vous laver et vous purifier? Quoi qu'il en soit, nous avons vu comment, par rapport au passé , la confession efface le péché commis; et nous allons voir dbmment, par rapporta l'avenir, elle nous préserve des rechutes dans le péché. C'est la seconde partie.

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