‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 52 sur 232 · POUR LE SEIZIÈME DIMANCHE · texte numérisé non relu

POUR LE SEIZIÈME DIMANCHE

APRÈS LA PENTECOTE.

SUR L'AMBITION

Dicebat auiem et ad invitatos parabolam, inUndens quomodo primas accubUus eligerenL

Il adressa ensuite aux conviés une parabole, prenant garde comment ils choisissaient les premières places. Skmr Loc, cbap. 14.

G*est ainsi que le Sauveur du monde proOtait de toute occasion, et ne négligeait rien de tout ce qui s'oflrait à ses yeux , pour en tirer de salutaires enseignements , et pour expliquer sa divine mo-

SUR L'AMBITION

raie. Dans un repas où il avait été convié, et où se trouvait avec lui une nombreuse assemblée de pharisiens, il est témoin de leur orgueil, et remarque leur affectation à s*attribuer tous les honneurs et à se placer eux-mêmes aux premiers rangs. Car ce fut toujours Fesprit de ces faux docteurs de la loi , de vouloir partout se distinguer, partout dominer, et d*étre souverainement jaloux d'une vaine supériorité dont ils se flattaient et dont se repaissait leur ambition. Mais, pour rabattre ces hautes idées et cette enflure de cœur, que fait le Fils de Dieu? dans un exemple particulier, il leur trace une leçon générale, et dans la parabole de ce festin de noces où il veut qu'une modestie humble et retenue leur fasse chercher les dernières places , il comprend tous les états , tous les temps , toutes les conjonc^ tures de la vie, où Thumilité doit réprimer nos désirs ambitieux , et nous inspirer une réserve sage et chrétienne. Cum invitcUus fueris ad nuptiasy recumhe in novUsimo loco. Maxime qui ne dut guère être du goût de ces hommes superbes et orgueilleux que Jésus-Christ se proposait dMnstruire, et maxime qui, de nos jours, n*est guère mieux suivie dans le christianisme , ni mieux pratiquée. Depuis les grands jusqu'aux petits , et depuis le trône jusqu'à la plus vile condition , il n'y a personne, ou presque personne, qui, plus ou moins, selon son état , n'ait en vue de s'élever, et qui ne dise comme cet ange qui s'évanouit dans ses pensées , Je monterai, Mcendam. Or qui pourrait exprimer de quels désordres cette damnabie passion a été jusqu'à présent le principe, et quels maux elle produit encore tous les jours dans la société humaine? C'est donc ce qui m'engage à la combattre; et c'est pour la déraciner de vos cœurs et la détruire que je dois employer toute la force de la parole de Dieu. Vierge sainte , vous qui, par votre humilité, conçûtes dans vos chastes flancs le Verbe niêine de Dieu, vous m'accorderez votre secours, et j'obtiendrai , par votre puissante médiation , les grâces qui me sont nécessaires, et que je demande, en vous disant : j4ve.

Pour bien connaître la passion que j'attaque, et pour en concevoir la juste horreur qui lui est due, il en faut considérer les caractères, que je réduis à trois, savoir, l'aveuglement, la présomption, et l'envie qu'elle excite ou la haine publique qu'elle nous attire. Trois choses que je trouve marquées dans l'évangile de ce jour, et dont je vais faire d'abord le partage de ce discours. Car cet homme qui, dans un festin de noces, sans examiner si quelque autre plus digne et d'un ordre supérieur y a été convié , va se mettre à la première place, nous représente tout à la fois l'aveuglement et la présomption de l'ambitieux; et l'affront qu'il reçoit du maître qui le fait retirer est une image naturelle '

de rindignation avec laquelle nouB Tegardousc munément l'ambitieux , et de la jalousie dont i nous sentons intérieurement piqués contre Im. Quoi qu'il en soit, mes chers auditeurs, et à parler de l'ambition en général, j'y découvre trois grands désordres, selon trois rapports sons lesquels je l'envisage. Elle est aveugle dans ses recherches, elle est présomptueuse dans ses sentiments, et eUe estodieuse dans siès suites. Mais à cela quel remède? point d'autre que cette sainte humilité qui nous est aujourd'hui si fortement recommandée, et qui, seule, est le correctif des pernicieux effets d'un désir déréglé de paraître et de s'agrandir. Car si Panh bition , par un premier caractère , est aveugle dans ses recherches , c'est l'humilité qui en doit rectifier les vues fausses et trompeuses. Si l'ambition, par un second caractère , est présomptueuse dans ses sentiments, c*est l'humilité qui doit rabaisser cette haute estime de nous-mêmes et de nos prétendues qualités. EnGn , si l'ambition , par un dernier caractère , est odieuse dans ses suites, c'est l'humilité qui les doit prévenir, et c'est elle, à quelque état que nous soyons élevés , qui nous tiendra toujours unis de cœur avec le prochain. Voilà en trois mots tout le sujet de votre attention.

Il n'y a point de passion qui n'aveugle l'homme, et qui ne lui fasse voir les choses dans un £aux jour, où elles lui paraissent tout ce qu'elles ne sont pas, et ne lui paraissent rien de ce qu'elles sont. Mais on peut dire , chrétiens , et il est vrai , que ce caractère convient particulièrement à l'ambition. Comme la science du bien et du mal fut le premier fruit que riiomme rechercha, et qu*il osa se promettre quand il se laissa emporter à la vanité de ses désirs; aussi rignorance et l'erreur est la première peine qu'il éprouva, et à quoi Dieu le condamna pour punir son orgueil et pour le confondre. Il voulut, en s'élevant au-dessus de lui-même, connaître les choses comme Dieu , Erifis sicut Du, scientes bomun et maium. (Gènes,, 3.) Et Dieu l'humilia en lui dtant même les connaissances salutaires qu'il avait comme homme. Livré à son ambition, il devint, dans sa prétendue sagesse, moins sage qu'un enfant, dépourvu de sens et de conduite ; et il sembla que toutes les lumières de sa raison s'étaient éclipsées dès qu'il conçut le dessein de monter à un degré plus haut que celui où Dieu l'avait placé. Voilà, mes chers auditeurs, le point de morale que notre religion nous propose comme un point de foi , et qui est si incontestable que les philosophes païens l'ont reconnu. Quelque ambitieux qu'aient été ces sages du monde , ils ont confessé qu'en cela même ils étaient aveugles ; et jamais ils n'ont paru ni plus judicieux ni plus éloquents que quand ils se sont

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es, ainsi que nous le voyons dan& leurs ouà développer les ténèbres sensibles que Tam- Doutume de répandre dans un esprit. C'était ordinaire où ils triomphaient.

fet , à considérer la chose en elle-même, etr iminer ce qu'en a pensé la philosophie hu- |uel aveuglement pour un homme, qui, dans gine, est la bassesse même, de vouloir à rce se faire grand , ou, dans le désespoir de le le vouloir au moins paraître et d'en affec- Bhorsetla figure! Quel aveuglement de déjjours ce qu'il n'a pas, et de ne se contenter le ce qu'il a; de faire consister sa félicité à qu'il n'est pas encore|, et souvent ce qu'il jamais , et de vivre dans un perpétuel dé- »ur ce qu'il est ; de cliercher toute sa vie

ne trouve point et ce qu'il est incapable rer, savoir, le repos et la paix du cœur,

autant quMl est essentiel à un ambitieux r à être content, autant est-il certain que I n'y parviendra; de prendre plaisir à se de soins, de peines, de fatigues, et à s'en jusqu'à s'accabler s'il pouvait , et à se faire re de cet accablement : ce qui est la grande aboutit l'ambition, et le terme où elle vise ! ; pas assez. Quel aveuglement, et même spèce d'enchantement, de s'engager en tant es pour un fantôme d'honneur qui n'a rien e, qui ne donne point le mérite, ni com- «t ne le suppose point; qui plutôt contri- \ faire perdre , qui ne subsiste que dans

quelques hommes trompés , qui devient

du caprice et de l'inconstance, et qui, plus, ne peut s'étendre qu'à une vie courte, paraître bientôt à la mort, et pour s'évanouir, une fumée !

linsi qu'en a parlé Salomon, le plus éclairé les rois , et c'est ainsi qu'il l'avait connu expérience propre. Voilà ce qu'il nous a si présenté, et ce qu'il a compris en deux pa- )rsque, déplorant ses erreurs passées. J'ai it-il, me satisfaire, et je n'y ai rien épargné. i de superbes palais , j'ai entassé trésors sur fai fait éclater la puissance et la magnifi- 3 mon règne , j'ai tout employé à relever deur ; mais , sous de si belles apparences , je ivé qu'affliction d'esprit et que vanité : Et versa vanitas etafflictio spiritus, {Eccles., lez garde, chrétiens : afQiction d'esprit et c'est à quoi se réduisent toutes les recherl'ambition , et ce qui en fait le double aveu- . Car, pour reprendre plus en détail ce que lî seulement marqué d'abord en général , et 38 en donner une intelligence plus parfaite, ue Fambition est doublement aveugle dans erehes, et voici comment. En premier lieu.

parce qu'elle s'y propose un prétendu bonheur, et qu'elle n'y trouve que des chagrins, des croix, tout ce que nous appelons afQictions d'esprit, Jfflictio spiritus. En second lieu, parce qu'elle s'y propose une véritable grandeur, et qu'elle n'y trouve qu'une grandeur vaine, et souvent même que sa honte et son humiliation , Universa vanitas. Or n'est-ce pas le dernier aveuglement d'agir par des principes si chimériques, et d'être conduit par des idées si contraires à la vérité? Écoutez-moi, et détrompez-vous.

C'était pour saint Bernard un sujet d'étonnement dont il avait peine à revenir, lorsque, repassant d'une part en lui-même et considérant tout ce que l'ambition attire d'inquiétudes ^ d'alarmes , de troubles, d'agitations, de douleurs intérieures et de désespoir, il voyait néanmoins d'ailleurs tant d'ambitieux, et le monde rempli de gens possédés d'une passion si cruelle à ceux mêmes qui l'entre* tiennent et qui la nourrissent dans leur sein. O ambition, s'écriait ce Père, par quel charme arrivet-il qu'étant le supplice d'un cœur où tu as pris naissance , et où tu exerces ton empire , il n'y a personne toutefois à qui tu ne plaises , et qui ne se laisse surprendre à l'attrait flatteur que tu lui présentes.' O ambiiio, quomodo, omnes torquens, omibus places ? (BbrnjlRd.) N'en cherchons point d'autre cause que l'aveuglement où elle jette l'ambitieux. Elle lui montre, pour terme de ses poursuites, un état florissant où il n'aura plus rien à désirer, parce que ses vœux seront accomplis; où il goûtera le plaisir le plus doux pour lui et dont il est le plus sensiblement touché, savoir, de dominer, d'ordonner, d'être l'arbitre des affaires et le dispensateur des grâces, de briller dans un ministère, dans une dignité éclatante, d'y recevoir l'encens du public et ses soumissions, de s'y faire craindre, honorer, respecter. Tout cela , rassemblé dans un point de vue, lui trace l'idée la plus agréable, et peint à son imagination l'objet le plus conforme aux vœux de son cœur. Mais, dans le fond, ce n'est qu'une peinture, ce n'est qu'une idée; et voici ce qu'il y a de réel. C'est que , pour atteindre jusque-là, il y a une route à tenir, pleine d'épines et de difficultés : mais de quelles épines et de quelles difficultés? Comprenez-le.

C'est que, pour parvenir à cet état où l'ambition se figure tant d'agréments, il faut prendre mille mesures toutes également gênantes, et toutes contraires à ses inclinations; qu'il faut se miner de réflexions et d'étude , rouler pensées sur pensées , desseins sur desseins, compter toutes ses paroles, composer toutes ses démarches , avoir une attention perpétuelle et sans relâche, soit sur soi-même, soit sur les autres. C'est que pour contenter une seule passion, qui est de s'élever à cet état , il faut s'exposer à devenir la proie de toutes les passions;

SUR UAMBmON.

car y en a-t-il une en nous que rambition ne sus- , cite contre nous; et n'est-ce pas elle qui , selon les différentes conjonctures et les divers sentiments dont elle est émue, tantôt nous aigrit des dépits les plus amers, tantôt nous envenime des plus ; mortelles inimitiés, tantôt nous enflamme des plus | violentes colères , tantôt nous accable des plus profondes tristesses , tantôt nous dessèche des mélancolies les plus noires , tantôt nous dévore des plus cruelles jalousies; qui fait souffrir à une âme comme une espèce d*enfer, et qui la déchire par mille bourreaux intérieurs et domestiques? C'est que pour se pousser a cet état, et pour se faire jour au travers de tous les obstacles qui nous en ferment les avenues, il faut entrer en guerre avec des compétiteurs , qui y prétendent aussi bien que nous, qui nous éclairent dans nos intrigues, qui nous dérangent dans nos projets, qui nous arrêtent dans nos voies ; qu'il faut opposer crédit à crédit, patron à patron, et pour cela s'assujettir aux plus ennuyeuses assiduités , essuyer mille rebuts, digérer mille dégoiUs, se donner mille mouvements, n'être plus à soi et vivre dans le tumulte et la confusion. C'est que dans l'attente de cet état, où l'on n'arrive pas tout d'un coup , il faut supporter des retardements capables , non-seulement d* exercer, mais d'épuiser toute la patience; que durant de longues années il faut languir dans l'incertitude du succès, toujours flottant entre l'espérance et la crainte, et souvent, après des délais presque inlinis, ayant encore l'affreux déboire de voir toutes srs prétentions échouer, et ne remportant, pour récompense de tant de pas malheureusement perdus, que la rage dans le cœur et la honte devant les hommes. Je dis plus : c'est que cet état, si Ton est enfin assez heureux pour s'y ingérer, bien loin de mettre des bornes à l'ambition et d'en éteindre le feu, ne sert au contraire qu'à la piquer davantage et qu'à l'allumer ; que d*un degré on tend bientôt à un autre : tellement qu'il n'y a rien où Ton ne se porte, ni rien où l'on se fixe; rien que Ton ne veuille avoir, ni rien dont on jouisse; que ce n'est qu'une perpétuelle succession de vues , de désirs, d'entreprises, et, par une suite nécessaire, qu'un perpétuel tourment. C'est que , pour troubler toute la douceur de cet état , il ne faut souvent que la moindre circonstance et le sujet le plus léger, qu'un esprit ambitieux grossit et dont il se fait un monstre. Car tel est le caractère de l'ambition , de rendre un homme sensible à l'excès, délicat sur tout et se défiant de tout. Voyez Aman : que lui manquait-il ? c'était le favori du prince , c'était de toute la cour d'Assuérus le plus opulent et le plus puissant; mais Mardochée à la porte du palais ne le salue pas; et par le ressentiment qu'il en conçoit, il devient malheureux nu milieu de tout ce qui peut

faire la félicité humaine. C'est qu^autant qu'il en a coûté pour s'établir dans cet état , autant en doit^l coûter pour s'y maintenir. Combien de piégei i éviter! combien d'artifices, de trahisons, de mauvais coups à prévenir! combien de revers à craindre! Je vais encore plus loin, et j'ajoute : c'est qna cet état, au lieu d'être par lui-même un état de repos , est un engagement au travail , est une charge, est un fardeau et un fardeau très-pesant si l'on ea veut remplir les devoirs, qui sont d'autant phn étendus et plus onéreux que l'état est plus honorable; un fardeau auquel on ne peut quelquefoii suffire, et sous lequel on succombe : d'où vienneot tant de plaintes qu'on a a soutenir, tant de mur* mures, de reproches, de mépris. Voilà, di»je, ea cet état où l'ambitieux croyait trouver un boohear imaginaire, ce qu'il y a de vrai , ce qu'il y a deeer* tain, ce qu'il y a d'inévitable.

Or c'est ce que son ambition lui cache, ou à quoi elle l'empêche de penser. Du moins s'il y pense, c'est ce que son ambition lui déguise, comme li tout cela n'était rien en comparaison du bien où i aspire. Que je meure (Agbippine) , disait cette mère ambitieuse à qui l'on annonçait que son filf posséderait l'empire, mais que, placé sur le trône, il se tournerait contre elle et lui donnerait la mort; Que je meure pourvu quHl règne! Parce qu'on ne regarde encore les choses que de loin et sans es être venu à l'épreuve, on n'est touché que de ce qu'il y a de spécieux et de brillant dans ce nog d'honneur et dans cette prééminence; mais la pn* tique et l'usage ne découvre que trop évidemmeot l'erreur, et n'est-ce pas de quoi tant de mondaini sont forcés de convenir ? Ne sont-ils pas les premiers à déplorer leur folie, lorsqu'ils se sont laissé infatuer d'un fantôme qui les trompait? Nos bue»' satL {Sap.y 5.) Ne sont-ils pas les premiers à se plaindre qu'ils ont marché par des voies bien difficiles pour arriver à un terme qui ne les a pas ma dans une situation moins laborieuse ni plus tranquille ? Jmbulavimus vias difficiles. (Ibid.) Ne lei entendons-nous pas regretter le c^lme et la paii d'une condition médiocre et privée , où l'on a tout ce qu'on souhaite, parce qu'on sait se contenter de ce que l'on a , et qu'on ne souhaite rien davantage? En quelles amertumes les voyons-nous plongés! et si l'on était témoin de tout ce qui se passe dani le secret de leur vie et de tout ce qu'ils ressentent dans le fond de leur cœur, quelle que soit leur fo^ tune, qui la demanderait à ce prix, et qui la votP drait acheter?

Surtout si l'on y ajoute une seconde considération , et que l'on vienne à bien comprendre un an* tre aveuglement de l'ambitieux; c'est qu'il se propose pour fruit de ses recherches une véritable grandeur, et que toute cette grandeur n'est que vi-

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rsa vanitas. Comment cela? Appliquezrs. Vanité par elle-même et en elle-même. ye que cette grandeur dont on est ido-

quoi la fait-on consister ? Du moins si

un mérite réel , si c'était dans une vi- ; éclairée, dans un travail plus constant, mplissement de toutes ses obligations , aurait-il là quelque chose de solide ; mais d par la prédilection du prince et la fai se trouve auprès de lui , par les respects !urs qu*on reçoit du public , par l'autorité \e et dont on abuse , par les privilèges et ité du poste qu'on occupe et qu'on ne i, par l'étendue de ses domaines, par la le ses dépenses , par un faste immodéré ans mesure ; c'est-à-dire qu'on est grand qui ne vient pas de nous et qui est hors t qu'on ne l'est ni dans sa personne ni onne. Vanité dans les moyens qu'on est iployer à ce faux agrandissement, soit issir d'abord , soit ensuite pour s'y afmiinons bien sur quels fondements sont s plus hautes fortunes, et nous verrons nt point eu d'autres principes et qu'elles

encore d'autre soutien que les flatteries >ses , que les complaisances les plus serl'esclavage et la dépendance : tellement me n'est jamais plus petit que lorsqu'il

grand , et qu'il a , par exemple , dans lutant de maîtres dont il dépend qu'il y le toute condition, dont il espère d'être u dont il craint d'être desservi. Vanité ée de cette grandeur mortelle et passalUu bien des années et presque des siè- •âtir ce superbe édifice ; mais pour le démd en comble, que faut-il? un moment, plus. Moment inévitable, puisque c'est mort , à quoi toute la grandeur ne peut nent d'autant plus prochain , qu'il s'est de temps avant qu'on ait pu venir à bout eins ambitieux ; moment qui bientôt efseulement tout l'éclat de la grandeur, l'à la mémoire du grand , et l'ensevelit smel oubli. Enfin , vanité par les changes tristes révolutions où dès la vie même, ndre la mort , cette grandeur est sujette, le grands ont survécu et survivent en rte à eux-mêmes en survivant à leur granibien ont entendu cette parole de notre n désolante pour une âme ambitieuse :

Ktim (Luc, 14); donnez la place à c«t retirez-vous! De quel œil alors ont-ils ute la fortune du siècle; et combien de lUS sages , mais trop tard et à leurs pro- 18 , se sont-ils écriés : £t ecce uniotrsa l est vrai que ces décadences ne sont pas

universelles; mais elles ont été assez fréquentes et assez surprenantes pour ne pouvoir être là-dessus en assurance : et qu'est-ce que de vivre dans une pareille incertitude , toujours exposé aux caprices de l'un ou aux intrigues de l'autre , et toujours sur le penchant d'une ruine affreuse?

Or l'aveuglement de l'ambitieux est encore de ne faire à tout cela nulle attention , ou de n*en tenir nul compte, pourvu qu'il espère fournir la carrière qu'il s'est tracée et aller jusqu'au but qu'il a en vue. En vain le monde lui offre-t-il mille exemples de ce que je dis; en vain lui vient-il à l'esprit mille réflexions sur ce qui se passe devant lui et autour de lui ; en vain entend-il parler et raisonner lies plus sensés : il n'écoute que son ambition , qui l'étourdit à force de lui crier sans cesse, mais dans un autre sens que celui de l'Évangile, Àscende superius (Luc, 14) , fois ton chemin et ne demeure pas. Telle place est-elle vacante par un accident qui devrait l'instruire et le refroidir; c'est ce qui l'aveugle plus que jamais , et ce qui l'anime d'une ardeur toute nouvelle. L'expérience de celui-ci ni le malheur de celui-là ne sont point une règle pour lui ; il semble qu'il ait des gages certains de sa destinée, et qu'il doive être privilégié. Du moins il en veut faire l'épreuve , et il n'y a rien qu'il ne soit en disposition de tenter. Laissons-le donc à son gré courir dans la route où il s'engage, et s'y égarer. Pour nous, mes chers auditeurs, suivant les lumières de la raison, et plus encore de la religion , profitons du divki enseignement que nous donne notre adorable maître : Discite a me quia mitis svm et humilis cordç, (Matth., 11.) Voilà ce que nous devons apprendre de lui : à être humbles , et humbles de cœur. L'humilité rectifiera toutes nos idées. Elle nous fera chercher le repos où il est, je veux dire dans le mépris de tous les honneurs du siècle et dans une sainte retraite : Et invenietis requiem anitnabus vestris, (Id.) Elle nous établira dans une grandeur solide, en nous élevant, par un renoncement chrétien , au-dessus de toute grandeur périssable. Ainsi elle corrigera l'aveuglement de notre esprit, et nous préservera encore d'un autre désordre de l'ambition , qui est d'être présomptueuse dans ses sentiments. Renouvelez votre attention pour cette seconde partie.

Je trouve la réflexion de saint Ambroise trèssolide et pleine d'un grand sens, quand il dit qu'un homme ambitieux et qui agit par le mouvement de cette passion dont il est dominé , doit être nécessairement ou bien Injuste ou bien présomptueux. Bien injuste, s'il recherche des honneurs et des emplois dont il se Teeoimatt loi^néme indigne; ou bien présomptueui, lil tetoiproeimdaiis la par-

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suasion qu'il en est digne. Or il arrive très-peu, ajoute ce saint docteur, que nous nous rendions sincèrement à nous-mêmes cette justice , d*étre persuadés et de convenir avec nous-mêmes de notre propre indignité. D'où il conclut que le grand principe sur lequel roule Tambition de la plupart des hommes est communément la présomption ou Tidée secrète qu*ils se forment de leur capacité : et de là, chrétiens, je tire la preuve de la seconde proposition que j*ai avancée. Car remarquez , s'il vous plaît , toutes les conséquences qui s'ensuivent de ce raisonnement, et que je vais développer. Uambitieux aspire à tout et prétend a tout : donc il se croit capable de tout. Il ne met point de bornes à sa fortune et à ses désirs : il n*en met donc point à Topinion quMl a de son mérite et de sa personne. Je m'explique. Qu'est-ce qu'un ambitieux? C'est un homme, répond saint Chrysostôme, rempli de lui-même, qui se flatte de pouvoir soutenir tout ce qu'il croit le pouvoir élever; qui , selon les différents états où il est engagé , présume avoir assez de force pour se charger des soins les plus importants, assez de lumière pour conduire les affaires les plus délicates, assez d'intégrité pour juger des intérêts publics, assez de zèle et de perfection pour gouverner l'Église, assez de génie et de politique pour entrer, s'il y était appelé , dans le conseil des rois; qui ne voit point de fonction au-dessus de lui, point de récompense qui ne lui soit due, point de faveur qu'il ne méritât; en un mot, qui ne renonce à rien , ni ne s'exclut de rien.

Demandez-lui si dans cette charge dont l'éclat l'éblouit, il pourra s'acquitter de tous les devoirs qui y sont attachés ; s'il aura toute la pénétration d'esprit, toute la droiture de cœur, toute l'assiduité nécessaire; c'est-à-dire , s'il sera assez éclairé pour faire le juste discernement du bon droit et de l'innocence; s'il sera assez inflexible pour ne rien accorder au crédit contre l'équité et la justice ; s'il sera assez laborieux pour fournir à tous les soins et à toutes les^aires qui se présenteront; s'il aura l'âme assez grande pour s'élever au-dessus du respect humain , au-dessus de la flatterie, au-dessus de la louange et de la censure; faisant ce qu'il verra devoir être blâmé , et ne faisant pas ce qu'il verra devoir être approuvé , quand sa conscience lui dictera d'en user de la sorte ; si, après s'être défendu des autres, il pourra se défendre de soi-même, n'ayant point d'égard à ses avantages particuliers, ne profanant point sa dignité par des intérêts sordides et mercenaires ; n'employant point l'autorité conmie un bien dont il est le maître, mais la ménageant comme un dépôt dont il est responsable , et n'envisageant ce qu'il peut que pour satisfaire à ce qu'il doit. Proposez- lui tout cela, et, après lui en avoir fait comprendre la difGculté extrême, interrogez-le pour savoir s'il

pourra tout cela et si il le voudra promet tout de lui-même , Il vous répondr hésiter, ainsi que ces deux enfants de Zébédé Il est parlé dans l'évangile de saint Matthieu sumus (Matth., 20) : oui, je le puis, et je le Mais moi, chrétiens, je conclus de là mém ne le fera pas : pourquoi ? parce que sa seul somption est un obstacle à le faire, et encore le bien faire. En effet , nous voyons ces hom sûrs de leur devoir hors de l'occasion élre k miers à se laisser corrompre quand Ils sonte à la tentation. A qui faut-il se confler ? demand Augustin. A celui qui se défle de soi-même; déûance qu'il a de soi-même est ce qui m'as* lui. Or cette déûance est essentiellement opp la conduite et aux sentiments d'une âme ambil

Ajoutez à cela que les sujets du monde le incapables sont ordinairement ceux en qui c prit de présomption abonde le plus , et par u» naturelle , ceux qui deviennent les plus ard se pousser et à s'élever. Car à peine entendes jamais un homme sensé et d'un mérite sol rendre à soi-même ce témoignage avantagea puis ceci , j'ai droit à cela, cet emploi n'excède mes forces, j'ai les qualités qu'il faut pour n cette place. Ce langage ne convient qu'à un léger et frivole. De là vient que la modestie comme l'a fort bien remarqué le philosopbi vrait être naturellement la vertu des impai est au contraire celle des parfaits , et que le présomptueux selon Dieu et selon le monde ci jours été ceux qui devaient moins l'être. Et que l'avancement des hommes dans les cood et dans les rangs d'honneur dépend au mol partie de ce que chacun y contribue pour i des démarches qu'on fait pour s'insinuer el s'établir, de là vient encore, par un funest versement , que les premiers postes sont se occupés par les plus indignes^ par les plus igno par les plus vicieux , pendant que les sages , ^ intelligents, que les gens de bien , demeuren l'obscurité et dans l'oubli. Car il n*est rien d hardi que l'ignorance et que le vice, pour pi avec impunité l'ascendant partout. C'est œ q sait autrefois gémir saint Bernard , et ce se serait encore maintenant plus universel s'il n'; un certain jugement public , et incomiptibl s'oppose aux entreprises de ces esprits valm qu'à ce que le jugement de Dieu en punisse les dont il n'est pas possible que sa providence i offensôe.

Déplus, n'est-il pas étrange qu'un ambiti croie capable des plus grandes choses , sans auparavant éprouvé, et sans avoir fait aucui de sou esprit, de ses talents , de son naturel n'est rien de plus commun que ce désordre, i

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trouver aujourd'hui de ces prétendants aux bouneurs du siècle , qui , avant que de faire les recherches où les engage leur ambition , aient soin de rentrer en eux-mêmes pour se connaître , et qui , dans la vue de leur condition future , se forment de bonne heure à ce qu'ils doivent être un jour ou à ce qu'ils veulent devenir? C'est assez qu'on ait de quoi acheter cette charge , pour croire qu'on est en état de la posséder et de l'exercer. Cest assez qu'il soit de l'intérêt d'une famille de tenir un tel rang , pour ne pas douter que Pou n'y soit propre. Cet intérêt de famille , ce bien tiennent lieu de toutes les qualités imaginables , et suffisent pour autoriser toutes les poursuites. Si les lois prescrivent quelque chose de plus, c'est-à-dire si elles exigent quelques épreuves pour la connaissance des sujets, on subit ces épreuves par cérémonie; et par la comparaison que l'on fait de soi-même avec tant d'autres qui y ont passé , on s'estime encore trop fort pour en sortir avec honneur. Si ceux à qui il appartient de corriger ces abus font des ordonnances pour les régler, on regarde ces ordonnances comme des vexations. On peut tout sans s'être jamais disposé à rien : sauf à faire ensuite des expériences aux dépens d'autrui et aux dépens de son emploi même, et à s'instruire des choses par les ignorances et les fautes infinies qu'on y commettra. Saint Paul ne voulait pas qu'un néophyte fût tout d'un coup élevé à certaines distinctions , et jugeait qu'il y avait des degrés par où l'humilité devait conduire les mérites les plus solides et les plus éclatants. Mais ces règles de saint Paul ne sont pas faites pour l'ambitieux. Du plus bas rang , si l'on s'en rapporte à lui et selon ce qu'il croit valoir, il peut monter au plus haut; et sans passer par aucun milieu , il a de quoi parvenir au fuite. L'ordre de la Providence est que les dignités soient partagées, et il y en a même qui sont formellement incompatibles; mais l'ambitieux est au-dessus de cet ordre, et ce qui est incompatible pour les autres ne Test pas pour lui. Ce que ne feraient pas plusieurs autres plos habiles que lui , il le fera seul. Il peut tout et tout à la fois; et parce que pour tant de fonctions réunies, il faudrait être au même temps en divers lieux, par un miracle dont il est redevable à son ambition, il peut être tout ensemble ici et là; ou sans sortir d'une place , faire ici ce qui ne se doit faire que là.

I^ croiriez- vous , chrétiens , si je ne vous le faisais remarquer, et si , à force de le voir, vous n'étiez pas accoutumés à ne vous en étonner phis; le croiriez- vous, que l'ambition des hommes eilt dû les porter jusqu'à cliercherdcs honneurs pour lesquels, selon le témoignage du Saint-Esprit mrnie, la première condition requise est d'être irrépréhensible? Voilà néanmoins ce qu'a produit l'esprit du monde dans le christianisme et dans l'Église de

Dieu. Il faut donc, conclut saint Grégoire pape, ou que l'ambitieux se juge en effet irrépréhensible , ou qu'il ne se mette pas en peine de contredire visiblement au Saint-Esprit. Or tant s'en fout qu'il considère son procédé comme un péché contre le Saint-Esprit, qu'il ne s'en fait pas même un scrupule : marque évidente que c'est donc la présomption qui le fait agir; et que, dans l'opim'on qu'il a de lui-même, il ne craint pas de se compter parmi les irrépréhensibles et les parfaits. Car la témérité des ambitieux du siècle va jusque-là , quand elle n'est pas réprimée par la conscience ni gouvernée par la religion.

Mais enfin, disent-ils, et cela et tout le reste, nous le pouvons aussi bien que d'autres. Et je leur réponds avec saint Bernard ; Quelle conséquence tirez- vous de là? Si mille autres, sans mérite et sans les conditions convenables, se sont élevés à tel ministère , en êtes-vous plus capables parce qu'ils n'en sont pas plus dignes que vous? le pouvoir soutenir comme d'autres qui ne l'ont pas pu, n'est-ce pas même la conviction de votre insuffisance? Mais si chacun se jugeait dans cette sévérité, qui remplirait donc les charges et les emplois? Ah! chrétiens , ne nous inquiétons point de ce qui arriverait; pensons à nous-mêmes, et laissons à Dieu le soin de conduire le monde : le monde, pour le gouverner, ne manquera jamais de sujets que Dieu par sa providence y a destinés. Si l'on se jugeait dans cette rigueur, dès là plusieurs qui ne sont pas dignes des places qu'ils occupent, commenceraient à le devenir; et si plusieurs qui en sont indignes se faisaient la justice de s'en éloigner, dès là le mérite y aurait un libre et facile accès, et, quelque rare qu'il soit, on en trouverait toujours assez pour œ qu'il y aurait d'emplois et d'honneurs vacants.

Or, ces principes supposés, quel parti y auraitil donc à prendre pour un chrétien , je dis pour un chrétien engagé à vivre dans le monde par profession et par étatj? Quel parti , mes chers auditeurs? point d'autre que celui où la prudence chrétienne, qui est l'unique et véritable sagesse, le réduira toujours : savoir, de présumer peu de soi , ou plutôt de n'en point présumer du tout; de n'être point si persuadé ni si aisé à persuader des qualités avaptageuses de sa personne; de tenir sur cela bien des témoignages pour suspects , et presque toutes les louanges des hommes pour vaines; d'en rabattre toujours beaucoup, et de faire état qu'on s'en attribuera encore trop ; de ne point désirer l'honneur, et de ne se le point attirer; d'attendre pour cela la vocation du ciel sans la prévenir ; de la suivre avec crainte et tremi)iemcnt quand elle est évidente , et , pour peu qu elle soit douteuse, de s'en défier; de n'accepter point les emplois honorables pour lesquels on aurait reçu de Dieu quelques talents, que l'on

SUR L'AMBITION

ne Toie de bonne foi qu'on y est contraint; et, si Ton est convaincu de son incapacité, de ne céder pas même à cette contrainte : car c'est ainsi que s'en explique saint Grégoire pape : L't virtutibus pollens, invitas ad regimen veniat; virtutibus vacuus, necoaclus quidem accédât, (Gbeg.) Et ce grand liomme avait droit sans doute de parler de la sorte , après les efforts héroïques que son humilité avait faits pour refuser la première dignité de FËglise. Je sais que tout cela est bien opposé aux idées et à la pratique du monde; mais je ne suis pas ici , chrétiens , pour vous instruire selon les idées et la pratique du monde. J'y suis pour vous proposer les idées de l'Évangile, et pour vous convaincre au moins de 1 ur solidité et de leur nécessité. Si le monde se conduisait selon ces maximes «ivangéliques, Tambition en serait bannie et rhumilité y régnerait : avec cette humilité on deviendrait raisonnable, on se sanctiGerait devant Dieu, et souvent même on réussirait mieux auprès des hommes, parce qu'on en aurait l'estime et la confiance ; mais sans cette humilité, outre que l'ambition est aveugle dans ses recherches et présomptueuse dans ses desseins,; elle est encore odieuse dans ses suites, et c'est ce qui va faire le sujet de la troisième partie.

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