‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 51 sur 232 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Je le sais , chrétiens , et je n'en puis disconvenir; c'est un sentiment que la nature a de tout temps imprimé dans le cœur des hommes , sans en excepter même les sages ni les chrétiens , de craindre la mort et de la regarder avec frayeur : mais je sais aussi que de tout temps les sages ont trouvé moyen de corriger sur ce point la nature par la nature même, et qu'ils se sont rassurés par leur propre raison contre toutes les raisons qui formaient en eux ces craintes involontaires dont ils voulaient se délivrer. Or ne sommes-nous pas bien dignes de compassion si nous ne faisons pas , avec les secours de la grâcejBt les lumières du christianisme, ce que ces philosophes ont fait par la seule lumière naturelle, et si nous avons moins de force dans la vraie religion qu'ils; n'en ont témoigné dans l'idolâtrie et la superstition?

Car je suis surpris, et vous devez l'être comme moi , en considérant ce que ces païens ont pensé et ce qu'ils ont pratiqué sur le sujet de la mort ; les excellentes idées qu'ils en ont conçues, et les généreux efforts de magnanimité et de constance par où ils les ont soutenues. Tantôt ils prétendaient que c'était pour nous une crainte ridicule que celle delà mort, étant déjà morts tant de fois, et mourant tous les jours : Nos mortem ridicule iimemus totiesjam mortuiet morientes. (Senec. ) Qu'est-ce à dire, morts tant de fois? c'est qu'autant d'années que nous avons vécu , et qui ne reviendront jamais, ce sont autant de portions retranchées de notre vie , et comme autant de morts par où nous avons passé; et qu'est-ce à dire, mourant tous les jours? c'est que chaque moment qui nous échappe sans retour est une épreuve continuelle de la mort : Totiesjam mortui et morientes. Tantôt ils s'étonnaient comment on pouvait craindre si longtemps ce qui devait durer si peu, et comment ce point de la mort, qui est presque imperceptible, pouvait altérer et troubler toute la paix de notre âme : Çuomodoquod tam citojity timetwr diuf Tantôt ils posaient pour principe que la mort rendant justice à tout le monde, et faisant raison à un chacun des injures qu'il prétend avoir souffertes, on avait tort de se plaindre d'elle : Quid mortem quererisf mors solajus œquumgeneris humani. En effet , ces inégalités si odieuses de la fortune, ces discernements si aveugles de la faveur, ces rabaissements du mérite et de la vertu , ces élévations des plus vils sujets, enfin ces iniquités du siècle qui nous irri^

SUR LA CBAINTE DE LA MOBT.

tent et qui exciteat notre indignatioD , tout cela doit cesser à la mort, et c'est uniquemeat de la mort que nous devons espérer de voir la fin de tout cela. Or cette espérance est une des plus douces consolations dans les disgrâces de la vie : l\fors sola jus œquum generis htmiani. Tantôt ils démontraient que la mort , qui est le terme commun où tendent tous les hommes , servait de remède à plusieurs, était le souhait de quelques-uns, faisait le bonheur et la félicité des autres, et qu'au reste elle ne devait jamais être mieux reçue que quand elle venait avant qu'on fût réduit à la nécessité de la désirer : Mors omnibusfiniSj muUis renie' dium, quibusdam votum, de ruUlis melius etnerifa, quant de his ad quos venit antequam invocetur. Et ils avaient raison; car qui fera bien attention à toutes les misères dont la mort nous dégage, et à toutes les peines qui accompagnent la caducité d'une longue vie, conclura aisément que la brièveté de nos jours est une des grâces dont nous sommes redevables à la Providence. Que dirai-je encore? Tantôt ils concevaient la mort comme un heureux élargissement après une triste captivité, tantôt comme le retour d'un fâcheux exil, tantôt comme l'affranchissement d'une mi lice laborieuse, tantôt comme une prompte et parfaite guérison : car c'est ainsi qu'ils se la représentaient, et qu'ils nous en ont fait la peinture. Mais tout cela , me répondrez-vous, ce n'étaient que des spéculations et de pompeuses paroles, qui n'empêchaient pas ces sages de la gentilité d'avoir la mort en horreur et de la fuir. Vous vous trompez , chrétiens ; ce n'étaient ni de vaines paroles , ni de sèches spéculations. C'étaient pour eux des raisons efficaces qui les persuadaient, et qui môme les persuadaient souvent jusqu'à l'excès, puisqu'ils en sont bien des fois venus jusqu'à se rendre homicides d'eux-mêmes, et à s'en faire un honneur, un plaisir, une vertu. C'était une erreur du paganisme : mais notre confusion est que ces païens , ayant eu assez de grandeur d'âme et de fermeté pour aimer la mort et pour la rechercher, nous qui sommes chrétiens , nous en ayons trop peu pour ne la pas craindre.

Je dis qu'en cela consiste et paraît notre faiblesse : pourquoi? parce que la religion que nous professons nous fournit des motifs bien plus puissants pour nous adoucir la mort, et pour nous la faire considérer d'un œil tranquille et assuré. Car prenez garde, s'il vous plaît : tout ce qu'en ont dit ces infidèles, et tout ce que je viens de tirer de leur morale, n'étaient que des productions de l'esprit humain , que des raisonnements . et que des sophismes dont leur orgueil se flattait; mais dans le christianisme nous avons les raisons les plus solides , les raisons les plus essentielles, les raisons les plus ca-

pables de pénétrer nos esprits et de répandre dans nos cœurs une onction de grâce , en faveur de la mort et à l'avantage de la mort. Vous me les demandez, et les voici telles que la foi nous les propose, et que nous devons nous les proposer à nousmêmes : la vue de Jésus-Clirist mourant, Tattente du royaume de Dieu, l'exemple des saints et de tant de justes, les trésors Infinis de grâce dont la mort peut être enrichie. A quoi serons-nous sensibles, si rien de tout cela ne fait impression sur nous? Reprenons.

La vue de Jésus-Christ mourant , de ce Dieu qui, immortel de sa nature, ne s'est revêtu de notre chair, selon la théologie de saint Paul et selon son expression, que pour goûter la mort, et en la goûtant lui ôter toute son amertume : Ut ffraUa DH pro omnibus gustaret mortem. ( Ilebr., 2.) Cepradant, chrétien faible et lâche, cette mort vous paraît encore amère. Jésu^-Christ l'a goûtée pour vous, et il vous semble dur de la goûter pour lui et après lui . Quelque soin qu'il ait pris d'y répandre une douceur divine, vous la rejetez comme un calice plein de fiel et d'absinthe. L'apôtre a beau se féliciter de ce que la mort a été comme absorbée et dépouillée par le triomphe de cet Homme-Dieu sur elle, jébsorpta est mors in Victoria (i. Cor,^ 15); il a beau la défier, et, par une espèce d'insulte qui n'a rien de présomptueux, lui demander :0 mort, où est ta victoire? où est ton aiguillon? Vbi est mors Victoria tuai ubi est mors stimulus tuus ( Ibid. )? tout cela ne nous touche point. La mort est toujours victorieuse de notre faiblesse, elle a toujours à notre égard la n)ême force , toujours le même aiguillon, et Ton dirait que la vertu de la croix et de la mort du Rédempteur est en quelque sorte anéantie. Le privilège des chrétiens unis à Jésus-Christ est de mourir, et de ne pas sentir le tourment ni l'affliction de la mort , Et non tanget illos tormentwn mortis, (Sap., 3.) Mais nous renonçons à ce privilège; et, par une pusillanimité indigne de notre foi , non-seulement nous sentons ce tourment de la mort, mais nous l'anticipons , mais nous l'augmentons.

Ce n'est pas assez : l'attente du royaume de Dieu, de ce royaume du ciel, où nous savons que nous ne pouvons entrer qu'après la mort, puisque Dieu luimême nous l'a déclaré, Nemo videbit me, et vivet. Pï'est-il pas étonnant que parmi les demandes que nous faisons à Dieu , une des premières et des plus importantes soit que son règne arrive pour nous, Adveniat regnum tuutn ( Matth. , 6 ) ; et qu*en même temps , par une visible contradiction , nous souhaitions avec tant d'ardeur de retarder le plos qu'il nous est possible l'avènement de ce règnef I^'est-il pas étrange que ce règne de Dieu devant

SUR LA CRAINTE DE LA MORT

lât

tre notre souverain bien , nous en redoutions les pprochcs comme notre souverain mal ? Quand le atrîarche Jacob, dans une extrême vieillesse, vit yseph son fils comblé d'honneur et de gloire , et dolinant sur toute FÉgypte, TÉcriture nous apprend s'il fut transporté d*un mouvement de joie, et i*il s'écria : Ah ! mon fils , c'est désormais que je lourraî content , puisque je vous revois : Jam lœtus ioriar, quia vidifaciem tuam, {Gènes., 46. ) Eh Doi ! mes frères , dit saint Bernard , la mort palissait douce à ce père, parce qu'il voyait pour un koment le visage de son fils bien-aimé : et nous à ni la mort doit procurer le bonheur éternel de ontempler Dieu même, nous h qui elle doit révéler I gloire de Dieu, nous à qui elle doit découvrir cet bjet de béatitude que Pœil n'a point vu , et que le oeur de l'homme n'a jamais compris; nous qui, lans cette'espérance , devrions dire : Ah ! Seigneur, e mourrai sans peine et je mourrai même avec joie, raisque c'est par là que je dois jouir de votre divine présence. Jam Imtus moriar, quia visurussum fàdem tuam (Bebn. ) : au lieu de parler de la sorte et de le penser, nous sommes consternés à la seule idée de la mort, et nous frémissons au moindre péril qui nous en approche, ou qui l'approche de nous.

Ce n'est pas tout encore : l'exemple des saints et de tant de justes. N'avons-nous pas les mêmes secours pour nous affermir contre la mort , et d'où vient donc que nous tenons à toute heure un langage si différent et même si contraire à celui des serviteurs de Dieu? Écoutez David dans l'ancienne loi : Heu mihi , quia incolatus meus prolongatus est (Ps, 119)! hélas! que mon exil est long, et quand ûnm't'W? Multum incola fuit anima mea (Ibid.); je languis d'ennui sur la terre, parce que c'eçt une terre étrangère pour moi. Quando vefUam, etappareho ante/aciem Dei mei! heureux moment où je paraîtrai devant mon Dieu ! je l'attends, je le désire, je le demande. Ainsi ce prophète et ce saint roi s'en expliquait-il , et combien d'autres dans la loi nouvelle ont eu les mêmes sentiments , et se sont servis , pour les exprimer, des mêmes paroles! Mais nous, bien autrement dispolés , nous trouvons que notre exil dure trop peu ; DOUSTOudrions demeurer éternellement en ce monde pt en faire notre patrie; nous gémissons d'être forcés d^en partir ; et ce départ qui nous désole , nous Tonnons pour le différer les vœux les plus vifs et les plus ardents.

Enfin les trésors de mérites dont la mort peut toe. enrichie. Car quelles vertus la mort ne nous imine-t-elle pas occasion da pratiquer !j C'est en me de la mort que nous faisons à Dieu le sacrifice e plus héroïque, qui est celui de notre vie , et que ■0118 devenons, en quelque manière, semblables m mar^. C'est par une libre acceptation de

la mort, que nous témoignons à Dieu la soumission la plus généreuse , et que nous lui rendons le devoir de l'obéissance la plus parfaite , puisqu'elle va jusqu'à la destruction de nous-mêmes. C'est au milieu des douleurs de la mort que nous commençons à nous acquitter auprès de la justice de Dieu, recevant l'arrêt de notre mort en esprit de pénitence, lui offrant notre mort non-seulement comme une satisfaction générale et commune du péché de nos premiers parents, mais comme une satisfaction particulière et personnelle de nos propres péchés ; consentant, pour la réparation de notre avare cupidité, à être dénués de tout dans le sein de la terre; pour la réparation de nos vanités et de notre orgueil , à être ensevelis dans les ombres et la poussière du tombeau; pour la réparation de nos sensualités et de nos plaisirs criminels, à devenir la pâture des vers. C'est par une sainte union de notre mort avec la mort de Jésus-Christ , que nous entrons en participation des grâces surabondantes que ce Dieu sauveur a renfermées dans sa croix comme dans une source inépuisable : et qui peut dire de quelles richesses spirituelles un mourant se sent quelquefois comblé ; ou sans attendre l'heure de sa mort, qui peut dire de quelles impressions secrètes un chrétien est pénétré, de quels mouvements intérieurs il est animé, lorsque anticipant son dernier jour, il se met à certains jours et en esprit au lit de la mort, et qu'il se présente à Dieu comme une victime qui lui est destinée et qui lui doit être immolée? Or ce qui nous est si salutaire, si méritoire auprès de Dieu quand nous en savons bien user, par quel renversement devient-il le sujet de notre aversion? Il n'y a qu'une chose qui semble pouvoir, par la religion même et par les vues de la foi, justifier cette crainte excessive de la mort, savoir la crainte des jugements de Dieu; mais là-dessus je vais vous satisfaire, et j'en fais la courte conclusion de ce discours.

Je dois donc en convenir, chrétiens auditeurs : puisque la mort est suivie d'une éternité bienheureuse ou malheureuse; puisque c'est la mort qui décide pour jamais de notre destinée dans cette éternité; puisqu'au moment de la mort nous devons être présentés devant le souverain juge, pour lui rendre un compte exact de toute notre vie , et pour en recevoir, par un dernier arrêt, ou la récompense ou le châtiment , toutes ces pensées , qui sont comme les points fondamentaux de notre foi, vivement retracées dans nos esprits et bien méditées, ont de quoi nous faire trembler et nous saisir d'une juste frayeur. Mais après tout, ma proposition ne laisse pas de subsister; et je prétends toujours que si cette crainte de la mort prédomine en nous, que si c'est une crainte toute pure, sans mélange de consolation. et qui n'ait pas ce tempérament de grâce que lui doit

SUR LA CRAINTE DE LA MORT

donner Tespéranee chrétienne, même dans la personne des pécheurs ; quelque sainte qu^elle paraisse , nous sommes encore dignes de compassion : pourquoi cela? parce qu'étant chrétiens, la foi nous fait trouver dans la mort même de quoi nous tenir lieu de ressource, si j'ose m'exprimer ainsi , contre ces jugements de Dieu si formidables. Or ce qu'il y a de pitoyable en nous, c'est que tout cela se trouvant dans la mort , nous ne l'y trouvions néanmoins jamais , et que nous n'écoutions la foi qu'a demi , sur un sujet où nous pouvons la faire servir de correctif à elle-même, en opposant aux vérités effrayantes qu'elle nous enseigne d'autres vérités consolantes qu'elle y ajoute. Expliquons-nous.

C'est une belle réflexion de saint Augustin, lorsqu'il nous dît que nous devons avoir par proportion les mêmes sentiments et les mêmes affections pour la mort, que nous avons pour Dieu. Dieu, remarque ce saint docteur, est tout ensemble et aimable et terrible. Il est aimable, parce que c'est un Dieu de miséricorde et de bonté ; et il est terrible, parce que c'est un Dieu de justice, et, selon l'expression de l'Écriture, le Dieu des vengeances. Comme terrible, il veut être craint; et comme aimable, il veut être aimé. De même, reprend ce Père , la mort a deux visages tout différents. Elle est redoutable d'une part, et désirable de l'autre. Redoutable, parce qu'elle peut être pour nous le commencement d'un malheur éternel; mais désirable, parce que, selon les vues de Dieu, elle nous doit mettre en possession de l'immortalité et de la gloire. Il faut donc que nous la craignions, et que nous l'aimions tout à la fois : c'est-à-dire que nous la craignions d'une crainte mêlée d'amour, et que nous l'aimions d'un amour accompagné de crainte. Il y a plus, ajoute saint Augustin : car comme Dieu, qui est aimable et terrible, veut absolument parlant, être plus aimé des hommes que redouté, aussi devons-nous plus aimer la mort que la craindre : et comme Dieu ne se tiendrait pas honoré de nous autant qu'il le veut être, si nous le craignions plus que nous ne l'aimons ; ainsi peut-on dire que nous ne sommes pas dans une disposition parfaitement chrétienne si nous craignons plus la mort que nous ne l'espérons, parce que notre crainte et notre amour par rapport à elle doivent suivre la mesure de notre amour et de notre crainte à l'égard de Dieu. Il faut donc craindre la mort par esprit de foi ; mais il faut encore plus l'espérer et la désirer en esprit de foi. Tel est le raisonnement de saint Augustin.

Ce n'est pas que les saints n'aient craint la mort.

dans les mains du Dietf vivant : Hwremêum e$i iiicidere in manus Dei viveniis. {Hdfr., 10.) Et le même David, qui demandait si instamment de voir Dieu , ne laissait pas de chercher un asile où il pdt se mettre à couvert de sa colère : Quo a/ade tm /uqiamf{Ps.y 138.) Cependant, quelque partagés qu'ils parussent entre ces divers mooyements d'amour et de crainte, le désir l'emportait , et ils ne pouvaient se défendre de souhaiter la mort en oonsidérant que c'était la voie pour aller h Dieu. De là vient que saint Jérôme, qui fut peut-être de tout les saints le plus touché des jugements de Dieu, fiit néanmoins un de ceux qui soupirèrent davantage après la fin de cette vie mortelle. Cest une cboee admirable de voir comment il la demandait , et ea quels termes il l'appelait. Nous le lisons encore dans une épître d'Eusèbe au pape Damase, qw nous conservons comme un des plus beaux ments de l'antiquité, renit arnica mea, mea, sponsa (IIiebon.) : Venez, disait ce grand saint , parlant à la mort, venez , vous que je chéris comme ma bien-aimée , comme ma sœur, coniiDe mon épouse. Indica mîhi quem diligU anima mea (Ibid.) : Conduisez-moi à l'unique trésor de mon âme. Car il n'y a que vous qui puissiez me rendre ce bon offîce , et me montrer le lieu où il repose: Ostende mihi ubi cubât Chrisfus meus. (Ibid.) Vcos êtes tout environnée de ténèbres, poursuivait es même Père ; mais ces ténèbres me découvriront la } lumière éternelle, et c^est ce qui vous donne pour . moi tant de charmes : NigraeSy sed Jormosam (Ibid.) Vous êtes terrible aux rois de la terre et à ces mondains qui bornent toutes leurs espérances à cette vie : Terribilis apud reges ferrss (Ibid.); mais vous me devenez d'autant plus agréable quo j'ai moins de prétentions en ce monde et pour en monde. Ainsi s'expliquait saint Jérôme; ainsi crai* gnait-il la mort ; et pour peu que nous ayons de foi, ainsi devons-nous la craindre, ou pluttt ainsi devons-nous la désirer.

IMais vous me dites que vous craignez la mort, parce que vous êtes pécheur ; que vous la craignez, parce que vous êtes actuellement dans le désordre du péché et dans l'inimitié de Dieu ; que vous la craignez , parce qu'étant fragile , vous pouvez pe^ dre à tout moment la grâce; que vous la craignez, parce que vous êtes exposé à des occasions dangereuses et à toute la corruption du monde; qoe vous la craignez, parce que, quelque bien que vous puissiez faire , vous êtes toujours incertain de totre état devant Dieu , et que vous ne sares si toos êtes digne de haine ou d'amour. Car Yoilà toutes les au plutôt les suites de la mort. Car le même saint i dispositions où la crainte de la mort pourrait tee, Paul, qui témoignait tant d'empressement de voir I avec plus de prétexte, autorisée par la foi. Et moi la prison de son corps détruite , reconnaissait néan- je réponds qu'en toutes ces dispositions , à qam^ moins que c'était une chose terrible de tomber ' que veut consulter la foi et agir selon la ftirb^ut

SUR L AlfBrnON.

lort doit encore être aimable, et que nous y rons toujours des sources fécondes d*espéît de confiance , pour modérer i^exoès de nos s. En effet , je suis pécheur, me dis-Je d'àmoi-même, et voiià justement pourquoi la la mort me doit être douce : parce que la la mort est le plus sûr moyeu de me préser* péché, et de résister aux tentations du pé- ; dois donc la regarder non-seulement comme flce, mais comme une des grâces les plus ef- , comme un effet de la bonté toute misériuse de Dieu envers moi , comme un remède Qt et presque infaillible dont il a bieu voulu urvoir. Ah! Seigneur, que deviendrais-je si ue touchante de la mort, qui me règle et qui uverue, venait jamais à m'abandonner? En léréglements irais-je me précipiter, et où me ait ma passion ? Je suis dans le désordre du , et c'est pour cela même que je dois envisager it la mort. Quelle conséquence? elle est très- >lle. Parce que s'il y a quelque chose qui soit i à me convertir et à me faire sortir de Tafétat où je suis tombé, c*est la mort bien ene et bien considérée. Car c'est le souvenir mort , ou, pour mieux dire, la grâce attachée Duvenir de la mort, qui a opéré de tout temps e christianisme les plus grandes conversions. la mort fortement représentée dans l'esprit, humilié l'orgueil des âmes les plus fières; qui des cœurs les plus inflexibles et les plus durs, curs contrits ; qui a soumis au joug de la pète les pécheurs les plus indociles. Par où un ur de ce caractère a-t-il coutume d'être ébranlé ? vue de la mort ; et si je dois jamais revenir s égarements et me rapprocher de Dieu , n'est- ; par là même. Pourquoi donc ne m'occupe- ; pas volontiers de cette vue de la mort , et |uoi n'en ferais-je pas ma plus solide conso- ? Je suis fragile, et je puis perdre à chaque înt la grâce : mais que s'ensuit-il de là? que s donc m'entretenir sans cesse de la vue de la , puisque ce sera le soutien de ma fragilité; e portant ce précieux trésor de la grâce dans ise de terre, il n'y a que la vue de la mort qui e affermir mes pas, et me mettre en quelque é. Cest donc être bien ennemi de moi-même mon salut si je fuis cette vue , et si je la crains ne un sujet de tristesse et d'abattement. Je exposé à mille dangers; et les scandales du le, qui m'environnent de toutes parts, sont aufécueils que je ne saurais éviter. Erreur, si je dis ainsi. Je les éviterai, ces écueils, par la le la mort; et cette vue salutaire me sauvera I déluge d'iniquité qui inonde aujourd'hui le I. Soit donc que j'aie «t^aid à l'intérêt de Dieu , IMjeiok feniibte « aiai,,li.^nNrl ne doit

être, sous l'un et l'autre rapport, un avantage. Pour l'intérêt de Dieu , parce qu'elle nous fait entrer dans un état où nous ne sommes plus capables del'ofifenser. Pour le mien, parce que dans cet état le monde n'est plus capable de nous corrompre. Et pourquoi Salomou nous apprend-il que le juste a été souvent enlevé du monde dès ses premières années , si ce n'est aûn que la malice du siècle perverti ne l'infectât pas de son venin , et qu'il ne fdt pas séduit par l'éclat trompeur de la vanité ? Raptus est ne tnaiUia mutaret hUellectmn ejus y aut ne fictio deciperet animam illius, (Sap,y4.) Mais après tout, nous ne savons si nous sommes dignes d'amour ou de haine. Vous l'avez voulu de la sorte, ô mon Dieu ! pour nous tenir dans une plus grande dépendance de votre grâce : mais du reste, au milieu de cette incertitude, la vue de la mort nous fait trouver tout le repos que nous pouvons avoir en cette vie , puisqu'elle nous fait prendre toutes les mesures nécessaires pour nous maintenir en Tamour de Dieu. En deux mots, ou nous sommes pécheurs , ou nous sommes justes. Si nous sommes pécheurs, la vue de la mort nous ramène dans les voies de Dieu; et si nous sommes justes, la vue de la mort nous conûrme dans les voies de Dieu. Si nous sommes pécheurs , la vue de la mort nous excite à la pénitence; et si nous sommes justes, la vue de la mort nous assure le don de la persévérance. Si nous sommes pécheurs , la vue de la mort nous fait devenir justes; et si nous sommes justes, la vue de la mort nous empêche de devenir pécheurs. Ainsi nous marcherons sûrement et tranquillement. Nous craindrons la mort sans faiblesse , et nous la désirerons sans présomption. Nous trouverons de quoi bénir Dieu jusque dans les effets de sa justice, et nous nous en ferons un moyen de sanctiflcation en ce monde pour obtenir en l'autre la félicité éternelle où nous conduise , etc.

SERMON

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