‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 58 sur 232 · POUR LE DIX-NEUVIÉME DIMANCHE · texte numérisé non relu

POUR LE DIX-NEUVIÉME DIMANCHE

APRÈS LA PENTECOTE.

SUR L'ÉTERNITÉ MALHEUREUSE

Tune dixit rex minittris : Ligatis manihuM et pedihu* fju», mitHU eum in ienebras txieriores, Ibi erit fietus et êtridor dentiwn.

Alors le roi dit à ses oCliciers : Jetez-le dans les ténèbres pieds et mains liés. Cest là quil y aura des pleurs et des grincements de dents. SAiirr Matth., chap. 2a.

Cest Tarrét que prononce un roi de la terre, contre un indigne sujet dont il se tient offensé, et c'est ainsi qu'il punit la témérité de cet homme , qui , sans égard à la majesté du prince et au respect qui lui est dû, s'est présenté à son festin, et n'y a pas apporté la robe de noces. Mais, chrétiens, ce roi de la terre, tout rigoureux qu'il paraît, n'est qu'une image bien imparfaite de ce Roi du ciel, qui doit un jour nous appeler à son tribunal pour y être jugés, et pour y entendre le formidable arrêt de notre réprobation, si nous avons eu le malheur d'encourir sa disgrâce et de tomber dans les mains de sa justice. Les plus puissants rois de la terre , dans la plus grande sévérité de leurs châtiments, n'ont, après tout, de pouvoir et n'exercent leur rigueur que sur les corps , sur ces corps déjà périssables par euxmêmes et mortels, Ligatis manihus et pedibus : mais d'étendre ses vengeances jusques à l'âme, de faire sentir à l'âme tout le poids de sa colère, de la réprouver et de la perdre , et par le même anathème de l'envelopper avec le corps dans la même damnation , c'est l'essentielle et terrible différence qui distingue ce juge redoutable, dont le bras vengeur s'appesantit si rudement sur ses ennemis , et les poursuit dans les ombres de la mort et les profonds abtmes de l'enfer. Le dirai-je néanmoins, mes chers auditeurs? ce n'est point précisément par là, ce n'est point par la peine actuelle et présente qu'il fait ressentir au pécheur réprouvé, que ce souverain maître me semble plus à craindre : c'est par la durée infinie de cette peine , c'est par son éternité. Si ce n'était pas une peine étemelle, il y aurait une fln à espérer ; et cette espérance, dans l'extrémité même de la douleur, serait un soulagement et un soutien. Mais une peine sans fin, sans espoir, sans remède, voilà ce que je viens vous proposer comme le comble de la misère et l'état le plus accablant. Voilà la source de ces larmes intarissables, et la cause de ces grincements de dents dont il est parlé dans notre évangile : Ibi eritfletus et stridordentiuni. Vous voyez, clirétiens, l'importante matière que j'entreprends aujourd'hui de traiter. Je veux vous entretenir de l'éternité malheureuse;

et parce que c'est une de ces vérités capitales qm» soutiennent par elles-mêmes, je veux, sans ait et sans étude, vous en donner les idées les plus eon munes. Il ne me faut que le secours de votre grke, ô mon Dieu, et je vous le demande par rinteieasion de Marie, en lui disant : j4ve.

C'est dans tous les siècles, depuis rétablInenMBt de l'Église, qu'on a raisonné sur rétemité mallMOreuse; et qu'outre les impies et les libwtiiis rés qui ont refusé de souscrire à cet artide mental , il s'est trouvé , comme il s'en trouve tons la jours au milieu même du christianisme , des duetiens faibles et chancelants, qui se sont laissé trou* bler de certains doutes au styet de cette étemîlé, et que leur trouble , par une conséquence nataidki a refroidis dans tous les exercices de la refigioi. Car dès que ce point de foi commence à i*ébrattkr dans une âme, c'est une suite immanquable, qm, perdant la crainte des jugements de Diea , die sen* lâche à proportion dans la pratique de ses defàta et qu'elle vienne enfin à les abandonner. H est done, mes chers auditeurs, d*une nécessité abtohiede vous affermir contre des incertitudes et des doites qui peuvent, quoique souvent involontaim, avoir des effets si pernicieux; et il me suflSra pov les détruire de leur opposer les prindpes mêmes de la foi que nous professons. Mais afin de donner à mon sujet plus d'étendue, je prétends aussi dansée discours attaquer un autre désordre, non moiosM'' dinaîre ni moins condamnable. Cest de croire nae éternité malheureuse , ou de se flatter au mmos de la croire d'une foi ferme, d'une foi parfaite qauil à la soumission de l'esprit; et cependant de n*eii tirer nulle résolution , je dis nulle résolution eflieiee pour le règlement de sa vie, et pour s'appliquer afec plus de fidélité et plus de zèle aux œuvres chrétiennes; car n'est-ce pas là une des contradictions les plus insoutenables? Ainsi, mes frères, pour vov proposer en deux mots tout mon dessein, Jetais vous faire voir comment la foi doit nous confirmer dans la créance de l'éternité malheureuse : ce stta la première partie; et comment la créance de réla^ nité malheureuse, par le plus juste retour, doit no» exciter à la pratique des œuvres de la foi : ce scn la seconde partie. L'ime et l'autre méritent une attention particulière.

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