‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 63 sur 232 · SUR LE ZÈLE POUR L'HONNEUR DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

SUR LE ZÈLE POUR L'HONNEUR DE LA RELIGION

CniUtt ipte, et domua ^ua iota.

Ilcnit en Jéiiift-Christ, et toate sa maison erut comme loi. SuniBAii, cbap. 4.

Cett d'un père de famille que l'Évangile nous piodiiit aujourd'hui l'exemple. Touché du miracle foe le Sauveur du monde venait d*opérer en sa fawor, et ayant embrassé la loi de cet Homme-Dieu , îl la &it encore embrasser à ses domestiques , et ne ooitpai pouvoir mieux employer son pouvoir qu'à W soumettre toute sa maison : CredidU ipse, et imu tjut Ma. Ce n'est pas qu'il use de violence , nqw dhine autorité absolue il entraîne des esprits nkUes, et arrache d'eux, pour ainsi parler, une ftî contrainte et forcée. En matière de i^igion tout Mt élre libre et pleinement volontaire, et Dieu i^iNiieiah on culte où le cœur n'aurait point de l*t Si donc cette beoreose famille s'attache désor- ■iîiiJésat-Ghrist et en suit fidèlement la doctrine , Attqa*eile y eit engagée par l'exemple de son dief , Att qn'elle y est animée par ses sages remontran- —léVit que le témoignage de oenoQfeaadnéaen M une imtnielioo pour elle qai l'éelafn» qni h -T. n.

convainc , et que de Thonneur qu'il rend à la foi elle apprend elle-même à Thonorer. Car ce fut là sans doute , mes chers auditeurs , la grâce prévenante et extérieure dont Dieu se servit, tandis qu'il agissait intérieurement dans les âmes, et qu'il y répandait les rayons de sa lumière. Si ce maître n'eût pas cru , ou si , dissimulant sa foi , il n'eût pas eu l'assurance de s'en déclarer, tant de sujets soumis à son obéissance et témoins de sa conduite seraient demeurés dans les ténèbres de l'infidélité; mais parce qu'il ne se contenta pas de croire, et qu'il parla selon sa créance, qu'il s'expliqua hautement , qu'il confessa Jésus-Christ de bouche et par œuvres, sa conversion seule fut le principe de toutes les autres conversions : CredidU ipse, et dormis ^'ustota. Or voilà le zèle que je voudrais allumer dans vos cœurs. Voilà, dirétiens, par où je .voudrais corriger mille scan dales que nous causons à notre religion et qui la déshonorent. Je vais vous faire comprendre ma pensée ; mais pour vous la bien développer j'ai besoin de l'assistance du Saint-Esprit, et je la demande par l'intercession de Marie ; disons-lui , Jve.

Nous avons tous une obligation indispensable et naturelle d'honorer notre religion, comme nous en avons une d'honorer notre Dieu. Ces deux obligations sont fondées sur le même principe, et l'une est une suite nécessaire de l'autre. Dieu et la religion, dit saint Thomas, ne se peuvent séparer. Car Dieu est la fin dernière que nous cherchons , et la religion est le moyen qui nous lie à cette fin. Comme il est donc impossible d'aimer la fin sans aimer le moyen, aussi est-il impossible d'honorer Dieu sans honorer la religion. Voilà le plus noble zèle que nous puissions jamais concevoir, et celui de tous auquel nous sommes le plus étroitement engagés. Cest le plus excellent et le plus noble , parce que faire honneur à la religion , c'est le faire à Dieu même. Or quel avantage pour une créature, qu'elle soit capable de faire honneur à son Dieu ! C'est celui auquel nous sommes le plus étroitement engagés, parce que le premier de tous les devoirs , comme les païens mêmes l'ont reconnu, regarde la Divinité et la religion. L'amour de la patrie, la foi conjugale, la piété des enfants envers leurs pères, le lien des amitiés les plus'intimes, tout cela est fort et ce sont de grandes obligations : mais tout cela doit céder à l'obligation dont je parle; et plutôt que d'y manquer, il faut être prêt de renoncer à tout le reste.

Qu'est-ce que notre religion? C'est un précieux héritage que nous avons reçu de nos ancêtres, comme ils l'avaient eux-mêmes reçu de Dieu. Cest à nous de le conserver et de le maintenir avec hon- , ^osoé et les autres conducteurs du daDIeai poaviient tout sur lui quand ils considération. Allons , , e^est pour le Dieu u

SUR LE ZELE, etc.

d* Abraham qu'il faut combattre; e'est le Dieu d'Isaac et de Jacob qui vous commande de marcher ; c*est le Dieu de vos pères qui nous envoie pour vous témoigner combien il se tient offensé de vos superstitions. A cette parole de Dieu de leurs pères, ils se sentaient émus, ils obéissaient sans réplique, ils brisaient leurs idoles, les armées entières se mettaient sur pied et se présentaient à Tennemi. Quoi donc, demande saint Chrysostôme, est-ce que Dieu était pour eux quelque chose de plus parce qu*il avait été le Dieu d'Abraham, ou que leur religion était plus sainte, parce qu'elle avait été celle de leurs pères.' Mon, répond ce saint docteur; mais cependant cette vue du Dieu de leurs pères réveillait en eux les plus purs sentiments de leur foi. Se regardant comme les successeurs d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, ils avaient honte d'avoir dégénéré de leur piété, et ce seul motif leur inspirait le zèle de ces grands patriarches, je veux dire le zèle de la vraie religion.

Je ne suis , chrétiens, ni un Moïse, ni un Josué, pour prétendre la même autorité sur vous : mais j'en ai une autre en vertu de mon ministère, qui ne m'autorise pas moins à vous parler de la part de Dieu; et c'est par un mouvement particulier de son esprit que je viens vous solliciter pour les intérêts de votre religion et de la mienne : me promettant au reste bien plus de vous que jamais Moïse n'eut droit d'attendre du peuple juif. Car c'était un peuple grossier et incrédule , un peuple insensible aux bienfaits de Dieu , un peuple léger et inconstant : et moi j'espère trouver en vous un peuple docile, qui sera touché des scandales dont la religion de Jésus-Christ est déshonorée , et qui conspirera avec moi pour les retrancher du royaume de Dieu et de son Église : Et coHigent de regno ejus omnia scandata. ( Matth. , 13. ) Il ne s'agit ici que des scandales qui attaquent spécialement la religion , et voici le dessein de ce discours. Je suppose deux qualités essentielles dont je vous ai déjà entretenus et que nous reconnaissons, comme chrétiens , dans notre religion, savoir, la vérité et la sainteté. La vérité de sa doctrine, et la sainteté de sa morale. Or, de là je tire deux conséquences qui vont partager ce discours. Notre religion est vraie; donc nous devons tous l'honorer par la profession de notre foi : c'est la première partie. Notre religion est sainte; donc nous devons tous Thonorer par la pureté de nos mœurs : c'est la seconde partie. Voilà où se réduit ce zèle dont j'ai entrepris de vous entretenir, et ce qui me donnera lieu de combattre bien des désordres , que nous ne pouvons assez déplorer dans le christianisme. Donnez-moi votre attention.

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