‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 79 sur 232 · PRÉFÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PRÉFÈRE PARTIE

C'est une chose étonnante, et qui sert même encore aujourd'hui de prétexte à Tinfidélité, que les miracles du Sauveur du monde ayant été aussi éclatants et aussi publics que nous l'apprenons de l'Évangile, il se soit trouvé, non-seulement des hommes, mais des sages et des savants, tels qu'étaient les pharisiens , qui n'en aient pas été persuadés et qui se soient aveuglés jusqu^à ce point que de n'en vouloir pas reconnaître l'auteur, de lui disputer sa mission et de s'opposer à sa prédication. Car enGn , me direz- vous , dans une juste surprise, quel aveuglement, quelque affecté et quelque obstiné qu'on le suppose , pouvait résister à la conviction sensible de tant de prodiges que cet Homme-Diea faisait dans la Judée, à la vue d'un million de témoins? Mais en un mot, chrétiens, j*ai répondu à cette difliculté par la proposition que j'ai avancée, quand j'ai dit que l'intérêt dont les pharisiens étaient préoccupés, et qui fut leur passion dominante, avait été la source de ce désordre. Car si la prévention de l'intérêt propre peut bien aveugler les hommes dans les choses mêmes qui tombent sons les sens , et qui n'excèdent pas la raison humaine, comme nous le voyons tous les jours, que ne peutelle point dans celles qui sont du ressort de la foi, tel qu'était en particulier le discernement du véritable Messie; c'est-à-dire dans celles où, la raison ne sufûsant pas, il faut que la grâce agisse; où le mystère de la prédestination s'accomplit; oà,paf un secret jugement, Dieu a droit de retirer ses lumières, et où le châtiment le plus commun dont il

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an

i la doctrine des Pères, surtout de saint

est de répandre des ténèbres sur les cuastes de notre cœur ? Spargens panales super micitas cupiditates. (August.) rétienne compagnie, ce qui a fait méîux pharisiens la lumière même, je veux rbe envoyé de Dieu , et ce qui a produit 'égard de Jésus-Christ cet aveuglement nais volontaire, que nous avons peine r. C'étaient des esprits intéressés, pleins heureuse amhition qui les possédait , jalutorité qu'ils s'étaient acquise, ou pluivaient usurpée sur les peuples; et, parce iraient selon le monde de grands avantaminés à tout pour la maintenir. Dès que ist parut, ils le regardèrent comme un ntraire à leurs desseins, comme Tennemi pocrisie, comme le destructeur de leur le là vient qu'ils se flrent un intérêt de le le le perdre. Car c'est pour cela , dit l'é- , qu'ils avaient conspiré, et résolu que

le reconnaîtrait pour le Christ serait a synagogue : Jam enim conspiraverant, ' eum confiteretur esse Christum , extra n fieret (Joan., 9.) Cet intérêt qu'ils vaut les yeux , cette politique à laquelle

conduite se rapportait, cette envie de t de régner, voilà ce qui les aveugla , voilà 'où procéda la malice et l'iniquité de tous mts qu'ils formèrent , soit de la personne ir, soit de ses miracles. Commençons par le; et, dans un exemple aussi authentielui-ci , apprenons combien il est dangeivre en aveugle le mouvement d'une paséjudice de la vérité.

it du Fils de Dieu était incommode aux , et se trouvait opposé à leurs intérêts, lait pas davantage pour le décrier dans 16 , et pour leur faire croire de lui tout ersion la plus violente et la haine la plus ! fut capable de leur suggérer. En effet, ist passait pour un prophète, pour un 3 Dieu; et ils étaient convaincus que

pécheur : Nos scimus quia hic homo st. (Idem. ) Nous le savons, disaient-ils, )mme est un méchant et un hypocrite, ince que nous en avons nous oblige à témoignage contre lui. Mais cet homme, |uait-on , est exaucé de Dieu , mais cet it des miracles , mais cet homme est irible dans ses mœurs : il n'importe, c'est ir et nous le savons , Nos scimus. Mais e savaient-ils? parce qu'ils voulaient que t qu'il était de leur intérêt qu'on le crût e. Or en ceci leur intérêt était la règle gement, et ce qu'ils voulaient était uni-

quement ce qui les persuadait. Si lé Sauveur du monde se fût déclaré pour eux, s'il eût été de leur parti, s'il se fût conformé à leurs maximes, il eût eu leur approbation; et, sans être ni plus juste ni plus saint qu'il l'était, ils l'auraient canonisé. Mais parce qu'il condamnait leurs erreurs, mais parce qu'il révélait le mystère de leur fausse piété, mais parce qu'il désabusait le peuple séduit par l'apparence de leur religion et par leur pernicieuse doctrine, quoi qu'il Ht, c'était un pécheur et un homme de mauvaise vie : Nos scimus quia hic homopeccator est.

Excellente idée, chrétiens, de la malignité de l'esprit du monde. Qu'est-ce qui nous aveugle pour l'ordinaire dans nos opinions et dans nos préjugés contre le prochain? Je vous l'ai dit, l'intérêt qui nous domine. Nous jugeons des hommes, non point par le mérite qui est en eux, mais par l'intérêt qui est en nous; non point sur le pied de ce qu'ils sont, mais de ce qu'ils nous sont; non point pour les qualités bonnes ou mauvaises qui leur conviennent , mais par le bien ou le mal qui nous en revient. Car de là naissent les injustices énormes que nous commettons à l'égard de leurs personnes. De là , les entêtements en faveur des uns ; de là, les déchaînements bizarres contre les autres; de là, les censures odieuses des plus dignes 'sujets; de là, les louanges outrées des sujets les plus médiocres ; de là , les préférences iniques de ceux-ci et les exclusions de ceux-là; de là, ces abus presque infinis que déplorait David, et qui lui faisaient conclure que les enfants des hommes n'é« talent que vanité; que leurs balances, c'est-à-dire celles de leur estime ou de leur blâme, étaient des balances trompeuses , et qu'eux-mêmes., par leurs désirs et leurs prétentions intéressées, ils travaillaient sans cesse à s'aveugler et à se tromper : f^erumtamen vaniftlU hominumy mendaces filii hominum in stateris , ut decipiant ipsi de vanifate in idipsum. {Ps, 61.)

Rien de plus vrai, chrétiens, et c'est ce que notre expérience propre nous découvre tous les jours. Qu'un homme soit dans nos intérêts ou que nogs ayons intérêt à le faire valoir, dès là nous nous Cgurons qu'il vaut beaucoup : sans autre titre que celui-là , il est , dans l'étendue de notre idée , propre à tout et capable de tout. Au contraire, que l'intérêt nous aliène de lui, si nous nous en croyons, il n'est plus rien et ne peut plus rien. Cette passion d'intérêt nous le dépeint tel que nous le voulons, nous le contrefait, nous le déguise, nous cache les défauts qu'il a ou nous fait voir ceux qu'il n'a pas, nous diminue ses perfections ou nous les augmente, nous le représente sous autant de caractères différents qu'il y a de différentes faces dans l'intérêt qui nous fait agir. Pourquoi un Qèc«.

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tombe-t-il dans Taveuglement le plus grossier sur le sujet de ses enfants? parce que son grand et essentiel intérêt est dans ses enfants. Pourquoi n*a perçoit-il pas en eux ce qui les rend ou méprisables ou insupportables à tout le monde? parce qu'il a lui seul un intérêt en eux que tout le monde n'a pas. Pourquoi approuve-t-il jusqu'à leurs folies et à leurs extravagances ? parce que leurs extravagances et leurs folies ont du rapport à son intérêt. Cest ainsi que l'intérêt corrompt et affaiblit la raison.

Mais cet affuiblissement et cette corruption de la raison par l'intérêt, parait encore bien plus dans l'opposition de deux intérêts contraires. Car que ne peut point l'aliénation des esprits et des cœurs pour nous prévenir des erreurs les plus visibles au désavantage d'un ennemi ; et dans quelle disposition ne nous met-elle pas de ne pouvoir plus lui rendre justice, parce que nous sommes déterminés à le désapprouver et à le condamner? Il s'est attiré notre disgrâce, cela sufQt. Avec cela, en vain ferait-il des miracles, ses miracles mêmes nous le feraient paraître odieux : en vain posséderait- il toutes les vertus ; !«:« vertus les plus sincères prennent dans notre imagination la couleur et la teinture des vices les plus honteux. S'il est dévot, nous le regardons comme un séducteur ; s'il est honnête et obligeant, nous le traitons de lâche et de flatteur; s'il est réservé , nous l'accusons de dissimulation et de fourberie; s'il est ouvert, c'est, à ce qu'il nous sejnble , imprudence et inconsidération. Il a beau se distinguer par le mérite de ses actions, cet intérêt au travers duquel nous l'envisageons nous défigure et noircit à nos yeux les actions les plus saintes. Les autres ont beau lui donner des louanges, cet intérêt qui nous préoccupe nous fait juger que tous les autres se trompent et qu'il n'y a que nous qui le connaissions. En même temps qu'on lui applaudit , comme les femmes d'Israël applaudissaient à David, cet intérêt dont nous sommes dominés nous envenime contre lui de même qu'il envenima Saul.

Et voilà , chrétiens , encore une fois , le caractère de tous les esprits ambitieux , surtout de ceux qui, selon l'expression de saint Ambroise, se sentent piqués de l'aiguillon de l'envie. Quitus ambitioms stimulus invidiaest. (Ambb.) Comme l'ambition et l'envie ont pour objet le plus délicat de tous les intérêts, qui est la gloire, aussi ont-elles une malignité plus subtile pour aveugler l'homme dans toutes les occasions où cet intérêt d'honneur et de gloire se trouve en compromis. De là vient que par une fatalité ou plutôt par une indignité que nous ne pouvons nous reprocher assez , il ne nous est pesque pas possible de conserver des sentiments équitables pour ceux qui prétendent avoir mêmes

rangs que nous , pour ceux qui sont en état de nom les disputer, beaucoup moins pour ceux qui les obtiennent et qu'on nous préfère. Pourquoi eeb? parce que l'intérêt est comme un nuage eotre eux et nous , que notre raison n'a pas la force de dissiper. Nous jugeons sainement de tout ce qui est au-dessus ou au-dessous de notre sphère , j^eotends de ceux qui , par leur élévation ou par leur obsearite , ne peuvent être des obstacles à nos entreprises ; mais de ceux que la concurrence des méoMS honneurs et la poursuite des mêmes droits nôos suscite pour adversaires, nous en jugeons d'une manière pitoyable et la plus déraisonnable.

Caractère non-seulement des esprits ambitieux, mais des esprits factieux, auprès de qui, comme remarque Tertullien , être de leurs a4hérent8, c'est i le souverain mérite; n'en être pas, c'est le souve* rain décri : Ubi ipsum illic esse, promereri; nos esse, detnereri est, (Tebt.) Si vous êtes dérooés à leur parti , ne vous mettez plus en peine d'acquérir de la capacité, de la probité, de la piété : Totre dévouement vous tiendra lieu de tout le reste. Ciractère particulier de l'hérésie, dont le propre, selon l'observation de saint Augustin, a toujoofi été d'élever jusqu'au ciel ses fauteurs et ses sectateurs, et d'abaisser jusqu'au néant ceux à qui Dica inspirait le zèle de Fattaquer et de la combattre. Et ce caractère est admirablement exprimé dans les pharisiens de notre évangile, qui, tout corrompus qu'ils étaient, ne parlaient d'eux-mêmes qu'ea termes honorables; et tout éclairé, tout sanctifié qu'était ce pauvre qui les contredisait, n'avaient pour lui que du mépris. Car pour nous , lui disaieoL ils, nous observons inviolablement la loi, nous sommes les véritables disciples de Moïse, noos maintenons les traditions dans leur pureté : Nos Moysi discipuli sumus. ( Joan., 9. ) Mais vous , vous êtes un misérable chargé de péchés , et qd , bien loin de pouvoir nous instruire , n'êtes pas digne de recevoir nos leçons : Inpeccatis nattues totus , et tu doces nos, ( Id. ) Or ils ne le méprisaient de la sorte , et il n'était un misérable dans leur opinion , que parce qu'il ne parlait pas comme ils voulaient et comme il était de leur intérêt qu'il parlât. Voilà , dit saint Augustin , ce qui arrivait dans les schismes qui se sont formés entre les fidèles , et qui ont divisé l'Ëglise de Dieu. La manière des hérésiarques était de s'ériger eux-mêmes pr^ mièrement, et puis leurs partisans et leurs associés, en hommes rares et extraordinaires. Tout ce qui s'attachait à eux devenait grand , et ce seul titre d'être dans les intérêts du parti était un él(^ achevé. Il n'y avait parmi eux , à les entendre , que des génies sublimes, que des prodiges de science et de vertu. Ils s'appelaient , sans hésiter , les vrais disciples des premiers Pères de l'Église , et étaient

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uls en droit de dire : Nos Moyti discipuU sumus. était chez eux que se trouvait la ferveur de incieone discipline , et la solidité de Tesprit chréen. Hors de diez eux , ils ne voyaient rien qui d leur fît pitié. Les plus intelligents et les plus abnes du parti catholique leur paraissaient des ommes faibles et ignorants ; tout ce qui ne les iTorisait pas n'était que relâchement et que déordre; n'être pas dans leurs sentiments, c'était tre abandonné de Dieu et réprouvé. En effet , ils e croyaient ainsi ; et quoique tout cela fût auaot d'illusions et de chimères, à force de souhaiter !t de vouloir que ces chimères et ces illusions ussent des vérités, ils s'en faisaient des vérités il en triomphaient. Tant il est vrai que du mènent que le ressort de l'intérêt joue , la raison ne uge plus qu'au gré de la volonté aveuglée et pasîionnée.

Non, chrétiens, plus d'équité quand une fois l'intérêt prévaut ; et cela est si constant , que les tiomiDes qui sont nés pour la société, et dont tout le conmierce roule sur une bonne foi réciproque , ne reconnaissent plus cette bonne foi et n'ont plus lie créance les uns pour les autres, dès qu'ils aperçoivent dans les affaires qui se traitent entre eux le moindre mélange d'intérêt. Quelque probité qu'ait un juge , s'il est intéressé dans une cause, on se croit bien fondé à le récuser, et l'on ne croit point lui faire tort d'en appeler à un autre jugement que le sien. Quelque irréprochable d'ailleurs que soit un témoin, si son intérêt se trouve joint à son témoignage, son témoignage passe pour nul. Comme si les hommes, d'un commun accord, se rendaient à eux-mêmes cette justice , de confesser que quand leur intérêt est de la partie ils ne sont plus capables de garder les règles de la justice. Il ne faut donc pas s'étonner que les pharisiens, s'étant fait un intérêt contraire à Jésus- Christ , s'aveuglassent sur le sujet de sa personne : car c'était une conséquence naturelle, et il y eût eu du miracle si cet aveuglement n'avait pas été reffet de cet intérêt. Mais il faut s'étonner de ce que la personne de Jésus-Christ étant aussi sainte et aussi accomplie qu'elle Tétait , les pharisiens se faisaient un intérêt de lui être contraire. Car voilà^ mes chers auditeurs, ce qui les perdit et ce qui nous perd. !Nous nous faisons des intérêts qui vont premièrement à nous aveugler , et puis , par un engagement infaillible, à nous choquer, à nous aigrir, à nous emporter contre des gens dignes de notre estime , et avec qui la charité chrétienne nous devrait unir. O intérêt, que tu as perverti de jugements au préjudice de cette divine charité , et |ue tu as fait de plaies à cette vertu , par tes funestes impressions dans les esprits des hommes !

Mais voyous encore ceci plus clairement dans la

suite de notre évangile; et de l'aveuglement des pharisiens touchant la personne du Sauveur, passons à celui qui eut pour objet Taction particulière de cet Homme-Dieu et le miracle qu'il venait d'opérer. Car c'est ici que la malignité de l'intérêt achève de se produire, et qu'elle se découvre tout entière. Prenez garde, chrétiens : Jésus-Christ a miraculeusement guéri un aveugle-né, et ce miracle est opposé à l'intérêt de ses ennemis. Que font-ils? quelque éclatant que soit ce miracle, ils le contestent et le désavouent. Obligés enfin d'en convenir, ils nient au moins que Jésus-Christ en soit l'auteur. Ils le nient, dis-je; sans raison, et contre toute apparence de raison , parce qu'ils ont intérêt à le nier. Si ce miracle les accommodait, quelque incroyable qu'il leur parût, ils le croiraient; mais parce que ce miracle les déconcerte, quelque authentique qu'il puisse être, c'est dans leur idée un miracle supposé. De là, ce soin avec lequel ils l'examinent, non-seulement dans la rigueur, mais d'une manière pleine de malice. Car de quels artifices n'usent-ils pas, et quelles enquêtes ne font-ils pas? De là, cette détermination à écouter avec joie tout ce qui semble être favorable à leur incrédulité, et à ne supporter qu'avec chagrin tout ce qui la com* bat et qui la convainc. De là , cet esprit de censure qui 4es porte à condamner ce que l'évidence de le chose ne leur permet plus de révoquer en doute. De là , cette fausse régularité , qui les fait chicaner sur la circonstance du jour , ne voulant pas qu'un malade puisse être guéri lejour du sabbat, ni que ce sabbat soit un jour de miracles. De là , cette extrémité où le désespoir les réduit, leur faisant attribuer plutôt au démon ce qui est visiblement Tœuvre de Dieu , que de les forcer , s'ils reconnaissaient que c'est l'œuvre de Dieu, de rendre honneur à Jésus-Christ. De là , cette conduite violente qu'ils tiennent avec l'aveugle même et ses parents, les traitant avec hauteur, et les intimidant pour leur fermer la bouche et leur imposer .silence. Tout cela, parce que l'intérêt les possède, et que jusque dans les faits publics , qui devraient être naturellement moins contestés, le caractère de l'intérêt est de nous faire voir les choses, non pas comme elles sont, et comme elles se passent, mais comme il nous serait expédient, selon nos vues, qu'elles fussent et qu'elles se passassent en effet. Or, dans cette disposition de cœur, le moyen que les pharisiens avouassent sincèrement et de bonne foi le miracle de Jésus Christ; et la justice elle-même, toute lumineuse qu'elle est, était-elle assez perçante pour entrer dans des esprits infectés d'une telle contagion? Ceci vous surprend , et doit vous donner de Thorreur pour l'esprit d'intérêt.

Mais achevons, chrétiens , de nous appliquer cette morale, et rougissons de ce nu'au milieu du chris-

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tianisme , cet esprit intéressé produit encore aujourd'hui les mêmes effets ou les mêmes erreurs , non plus sur ce qui regarde simplement les miracles du Fils de Dieu , mais généralement sur les points les plus essentiels et les plus incontestables de la religion; mais sur les devoirs de la conscience les plus naturels et les mieux établis; mais, ce qui paraîtrait presque impossible, sur les faits les plus évidents qui ont rapport et à la justice et à la charité envers le prochain. Confondons-nous de ce que tout chrétiens que nous sommes, l'intérêt sur tout cela nous rend plus aveugles que jamais les pharisiens ne l'ont été. Je dis sur les points les plus essentiels de la religion : car pourquoi le libertinage va-t-il à douter de tout, et à n'être convaincu ni touché de rien? pourquoi se fait-on secrètement des systèmes de créance , ou , pour mieux dire d'impiété et d'infidélité, selon lesquels on vit, sinon parce qu'il serait de l'Intérêt du libertin que la religion fût éteinte, et qu'il n'y eût rien de vrai que ce qui le flatte et que ce qui lui platt? Nous ne comprenons pas quelquefois comment les païens pouvaient être si grossiers que d'adorer des dieux infâmes, incestueux , adultères ; et saint Augustin nous assure qu'il le comprend bien : C'est, dit-il , qu'ils étaient intéressés à avoir des dieux comme ceux-là, et qu'il leur était avantageux , dans le moment qu'ils succombaient à une passion honteuse, de pouvoir s'autoriser d'un tel exen)ple. Voilà tout le fond de l'idolâtrie et du paganisme. Mais nous n'avons pas besoin de remonter si haut , et il ne faut ici que nous consulter nous-mêmes. Car, quelque obstiné que soit un libertin du siècle, il ne désavouera pas, s1l veut répondre sans déguisement, qu'il n'a commencé à douter de l'autre vie que quand il a été de son intérêt que tout se terminât à celle-ci , que l'enfer ne lui a paru une erreur populaire que quand il a été de son intérêt qu'il n'y edt plus d'enfer; qu'il n'a traité le péché de bagatelle et de galanterie que quand il a été de son intérêt que le péché ne fût plus péché ; et que s'il en est venu, comme l'athée, jusqu'à conclure dans son cœur qu'il n'y a point de Dieu , ce n'est que quand il a été de son intérêt que l'être de Dieu fût anéanti.

Je dis sur les devoirs de la conscience les plus importants et les mieux établis. Car comment et par où se forment tous les jours tant de consciences erronées? par l'intérêt. Proposez à quelque homme que ce soit une affaire à traiter, une question à décider, un point de conscience à résoudre , et cachez-lui l'intérêt qu'il peut y avoir, pour peu qu'il soit versé en ces sortes de matières, il vous donnera la décision la plus équitable et la plus juste, il vous convaincra par les raisons les plus sensibles et les plus palpables , il vous prescrira les règles les plus droites et même les plus étroites, il répondra à toutes

vos difficultés et vous mettra devant les yeux la vérité dans toute son évidence. Mais tirez en même temps le voile , et découvrez-lui dans cette même affaire, dans ce même point de conscience et cette même décision quelque intérêt particulier qui le regarde , c'est alors que les objets commenceront à changer pour lui de face , et qu'ils lui paraîtront tout autres qu'il ne les avait considérés. Ces maximes , sur lesquelles II s'appuyait , et qu'il croyait indubitables, ne lui sembleront plus si certaines. Ces objections qu'on lui faisait et qu'il rejetait comme insoutenables , ne seront plus , à son sens , si fn> voles. Il examinera, il raisonnera, il subtilisera ; et à force de subtilités et de raisonnements que l'amonrpropre ne manquera pas de lui suggérer, il eo viendra souvent à autoriser ce qu'il condamnait d'une première vue lorsqu'il n'y voyait point son intérêt engagé. Et n'est-ce pas ainsi que tant de gens' dans k christianisme, sages du reste, consciencieux et même dévots, ou passant pour l'être, ne se font nul scrupule de mille choses dont le public se scandalise et a raison de se scandaliser ? On demande comment ils peuvent accorder ceci ou cela avec la piété et avec la sévérité de leur morale sur tous les autres sujets. On ne le comprend pas ; mais eux , ils le comprennent parfaitement, ou pensent le bien comprendre. Ce qui troublerait les plus relâchés, et ce qui les ferait trembler, ne leur cause pas le moindre remords. Ils ont leurs principes qu'ils suivent sans inquiétude ; et à la faveur de ces principes, ils demeurent tranquilles et ne réforment rien de leur conduite ordinaire. De quelque manière que le monde puisse parler , ils se tiennent en assurance du côté de Dieu : ils vont à l'autel, ils célèbrent les saints mystères, ils participent aux sacrements. Ce8^ à-dire qu'ils ont leurs intérêts qui leur fascinent les yeux de l'âme , et qui éteignent toutes les lumières de leur esprit, parce qu'il est infaillible que partout où l'intérêt entre , il attire après soi l'aveuglement et l'erreur.

Je dis sur les faits les plus sensibles qui ont rapport et à la justice et à la charité envers le prochain. Et en effet pourquoi nous entêtons-nous de mille fausses suppositions que nous voulons soutenir pour vraies, et pourquoi nous appuyons-nous sur une infinité de jugements vains et téméraires ? pourquoi nous Ggurons-nous que ce qui n'a jamais été pensé a été dit, et que ce qui a été fait évidemment ne Papas été ? Pourquoi comptons-nous sur nos imaginations comme sur dés choses réelles, ce qui est la souret malheureuse de la plupart de nos aversions, de nos inimitiés, de nos vengeances ?Cest qu'il y a dans nous des intérêts qui, occupant toute la capacité de notic cœur, ne laissent à notre esprit aucun exerdoe de réflexion et de raisou. Il faut donc, mes chers auditeurs , si vous voulez être des enfants de Imnlèn

flOMËLlË.

V à cet iatérét qui nous empêche de connaîa, qui nous ôte la connaissance de nousquinous rend incapables de ce discernement naire du bien et du mal, qui nous caciie la tion de nos désirs, qui nous déguise nos )iis, qui nous fait ignorer nos obligations , pour la conduite de la vie, nous jette dans mes d'obscurités plus déplorables et plus fuque celles de Tenfer. £t voilà, dit saint Beree qui nous doit donner de l'horreur pour rit intéressé, quand nous venons à en coules suites par rapport au jugement de Dieu, tout cela qu'aurons-nous à répondre à Dieu ? isdences erronées nous justifieront-elles dei ? ces préoccupations et ces préventions nous nt-elles d'excuses? ces idées fausses sur les- Dous avons agi diminueront-elles l'injustice ilice de nos actions? Dieu n'aura- t-il pas touroit de nous ramener au principe, et de dire in de nous : Il est vrai , tu as été aveuglé , ipé , trompé; mais tu n'as été tout cela que [ue tu as été intéressé ; tu n'as jugé fausset désavantageusement de ton frère que quand t t'a divisé de lui ; tu n'as ignoré tes propres ; que quand l'intérêt t'a dominé. Or de vouniser un péché, par un autre péché, c'est une iption insoutenable et pleine de folie. C'est dis-je, que le Fils de Dieu condamnait les ens dans notre évangile , et c'est ainsi qu'il Midamnera si nous nous trouvons coupables ne désordre. !Nous ne pouvons mieux l'éviter ipposant aux ténèbres de Terreur les lumières li , et en confondant le mensonge, comme l'ade notre évangile , par une sainte confession érité. Cest le sujet de la seconde partie.

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