‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 80 sur 232 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

: à la foi, chrétiens, de confondre par ses lu- Taveuglement volontaire des hommes; et elle d'opposer le zèle de sa confession à ce ^e de l'intérêt dont les esprits mondains se ipcnt pour résister à la vérité. Credimus, e grand apôtre , propter quod et loquimur, r. , 4. ) Nous croyons , et c'est pour cela que irions, afin que le témoignage de notre bouleoordant avec la persuasion intérieure de esprit, l'infidélité même soit obligée de se . Voilà, mes chers auditeurs, la règle qu'a 'aveugle-né de notre évangile pour honorer le miracle fait dans sa personne, c'est-à-dire dede sa guérison et le miracle de sa conver- 1 a cru , et il a parlé. Il a cru en Jésus-Christ , }Oiifessé Jésus-Christ. Et je trouve que le zèle montré dans cette confession a eu quatre I admirables pour confondre l'aveuglement irisiens. Car il a été sincère , pour confondre

tous les artifices de leur duplicité; généreux, pour confondre l'orgueil de leur prétendue autorité; convaincant, pour confondre la faiblesse de leur vaine science, ou, pour mieux dire, de leur ignorance; et constant , pour confondre la dureté de leur obstination. Appliquez- vous , et dans l'exposition succincte que je vais vous faire de la victoire et du triomphe de notre foi , apprenez ce qu'elle doit faire en vous et ce que vous devez faire avec elle.

L'aveugle guéri par le Fils de Dieu fut sincère jusqu'à la naïveté, dans le témoignage qu'il rendit du miracle dont il venait lui-même d'être le sujet; et c'est ce qui jeta les pharisiens dans la confusion. Car ils eurent beau l'interroger et le questionner pour tâcher de le surprendre dans ses paroles, il persista toujours à soutenir ce qu'ils ne voulaient pas entendre; et par la simplicité de sa déposition il rendit inutiles toutes les ruses dont leur esprit double et artificieux se servait pour obscurcir la gloire du Sauveur. Oui, leur déclara-t-il jusqu'à plusieurs fois, c'est moi qui suis cet aveugle de naissance que vous aviez vu mendier dans la place publique. Je vous l'ai dit, et je vous le dis encore : cet homme que vous appelez Jésus est celui qui a opéré dans n)oi cette merveille; et puisqu'il faut pleinement vous en éclaircir , voici la manière et les circonstances qu'il y a observées. Il a pris un peu de boue , il me l'a mise sur les yeux; il m'a commandé d'aller à la piscine de Siloé et de m'y laver. J'ai obéi à son ordre, et vous en voyez l'effet. Si ce qu'il leur disait eût été un mensonge et une imposture , à force de le presser et d'exiger de lui à plusieurs reprises un compte exact de la chose , ils l'auraient embarrassé ; il se serait coupé dans ses réponses, et à peine aurait-il pu éviter de tomber en quelque contradiction. Mais parce qu'il confesse la vérité et que la véj-ité est toujours la même , il ne se dément point et n'a qu'un même témoignage toujours uniforme : Lutum mihi posait super oculos etlavi, et video. (JoAN., 9.) Mais cet homme est un pécheur : s'il est pécheur, comme vous dites, c'est ce que j'ignore; tout ce que je sais, c'est qu'étant aveugle comme j'étais , je ne le suis plus : Si peccator est , nescio : unum scio , quia cxcus cum essem, modo video. (Id.) Or ce témoignage, encore une fois, rendait les pharisiens d'autant plus confus qu'il était plus simple et plus naïf. Car que pouvaient-ils faire pour l'éluder? Il s'agissait d'un fait qui portait en soi son éclaircissement et sa preuve. C'était un miracle subsistant dans la personne de ce pauvre. Ce pauvre parlait et se produisait. Que pouvaient la finesse et l'intrigue contre une semblable sincérité?

Et voilà, chrétienne compagnie, ce qui confond encore aujourd'hui l'aveuglement de certains libertins du monde , qui , dans le progrès malheureux do

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leur vie déréglée, ea sont venus jusqu'à ne plus rien croire et à renoncer leur foi. Voilà ce qui les désespère : le récit de certains miracles , qui même humai nenient doivent être crus, et que la prudence la plus raffinée, la plus défiante et la moins crédule, est forcée de reconnaître : le rapport d*un homme, non-seulement irréprochable et digne de créance, mais di^ne même de respect, qui dit, Je Fai vu, c'est à moi que la chose est arrivée , et j'en parle par mon expérience propre. Car de prétendre que tous ceux qui ont jamais tenu ce langage aient été des imposteurs ou des visionnaires ; que parce quMI y en a eu quelques-uns ou même plusieurs, il faille ainsi juger de tous les autres, et que, sans discussion ni discernement, il n'y ait qu'à s^inscrireen faux contre tous ces témoignages , c'est une voie bien courte pour maintenir IMmpiétéet l'irréligion, mais encore plus courte pour autoriser Textravagance et la témérité. J'avoue qu'en matière de miracles il y a eu des hommes trompés , et je veux bien même avouer qu'il y en a eu qui , de dessein formé , ont entrepris de tromper les autres. Dieu Ta permis de la sorte , dit Tertullien , pour Tépreuve de ses élus. Mais de se mettre en tête , que tous ont été, sans exception, de l'un ou l'autre de ces deux caractères ; et que d*un si grand nombre de gens éclairés, de sages , de saints qui rapportent ces effets extraordinaires de la puissance de Dieu , et qui assurent les avoir vus, il n'y en pas un seul qui ait dit la vérité, c'est un sentiment, selon le chancelier Gerson , qui tient de l'impudence , et qu'un homme qui a quelque reste de raison et de modestie ne peut pas avancer sans rougir. En effet , quand saint Augustin , dans Texcellent traité de la Cité de Dieu , raconte les miracles qui se faisaient de sou temps à Carthage , quand il dit qu'il y était présent avec tout le clergé de la ville, quand il en décrit jusques aux moindres particularités , il n'y a point d'esprit solide et bien sensé qui s'avise de lui en donner le démenti , et il n'y a point d'esprit libertin qui ne soit déconcerté dans son libertinage. Car de dire que saint Augustin s'imaginait voir ce qu'il ne voyait pas, ou de le soupçonner de mauvaise foi, comme s'il avait pris plaisir à imposer au monde et à répandre des faussetés dans une matière aussi essentielle que c«lle-là , c'est ce que le désespoir seul de se défendre contre la vérité peut suggérer à une âme infidèle. Cependant c'est à quoi l'impie en est réduit. Or, en être réduit là, c'est ce que j'appelle la confusion de l'impiété.

Mais passons plus avant. Si l'aveugle de notre évangile fut sincère dans son témoignage^en faveur de Jésus-Christ , il ne fut pas moins génëirenx. Car Il n'eut point pour les pharisiens ces lâches égards qu'il aurait eus infailliblement s'il eût consulté la prudence humaine. Il ne se fit point esclave de cette

autorité impérieuse qu*ils s'arrogcaieot parmi li peuple, et qui empêchait la plupart des Jni&deie d»> clarer pour le vrai Messie. Il n'examina point siioi procédé pourrait les choquer et leur déplaire, et sachant bien même qu'ils s'en offenseraient, il neenit pas pour cela devoir parler moins librement Se sentant redevable à Jésus-Christ d'une grâce anss spéciale que celle qu'il en avait reçue, il méprisa tout , pour publier sa gloire : et le seandale mène des pharisiens lui fut un motif pour ne les pas ménager. Ses parents , et ceux à qui il appartenait, n'eu usèrentpas ainsi. Comme ils voulaient se oonsenrer, ils respectèrent la synagogue ; et , par une vaine politique , ils dissimulèrent l'obligation quUla avaient au Sauveur du monde , pour ne pas s'attirer la haine du peuple. Mous confessons , dirent-ils , que c'est là notre fils, et qu'il est né aveugle; mais de savoir comment il voit maintenant, et quel est celui qui lui a rendu la vue, c'est ce qui nous est inconno: interrogez-le, il peut bien lui-même répondre. Or c'était la crainte , ajoute l'évangéliste, qui les fidsait parler de la sorte : Hœc dixertnU parentes 9», quoniam timebant. ( Joan. , 9. ) Mais pour Taveagle sanctifié et éclairé de la lumière de la grâce, cette crainte n'est point capable d'affaiblir son zèle. Sa bouche parle de la plénitude de son cœur. Les pharisiens lui demandent, en le menaçant, quel est donc enfin cet homme qui lui a ouvert les yeux ; et lui , avec une sainte liberté , proteste que ce doit être au moins un prophète et un homme de Dieu. Quia propheta est. ( Id. ) Us se scandalisent de cet éloge , et lui leur soutient que cet éloge est justement dû à Jé^us- Christ. Ils veulent encore une fois savoir pourquoi : Mais à quoi bon tant de discours? reprend ce pauvre, ne me suis-je pas déjà assez expliqué , et ne devez-vous pas être plus que satisfaits sur ce point } Est-ce que vous voulez aussi devenir ses disciples .' Numquid et vos vultis disdclptUi ejus fieril ( Id. ) Cela les aigrissait, et, piqués de ces paroles , ils s'emportaient contre lui jusqu'aux injures ; mais lui ne se soudait ni de leur aigreur ni de leurs injures , et il ne comptait pour rien d'être chargé de leurs malédictions , pourvu qu'il honorât celui qui l'avait favorisé d'une si efficace et si salutaire bénédiction. Générosité dit saint Augustin , qui humiliait ces esprits superbes , accoutumés à dominer et à n'être jamais contredits dans leurs plus grandes erreurs. Mais générosité qui condamne encore bien davantage la faiblesse d'un million de chrétiens, persuadés de la vérité, et néanmoins lâches et timides quand il s'agit de la soutenir.

Car voilà, mes chers auditeurs , avouons-le ici à notre honte, voilà le désordre du christianisme. On veut plaire à tout le monde ; on ne veut choquer personne. Quoiqu'il s'agisse des intérêts de Dieu«

de la religion , de la piété, on se fait un intérêt de son peu de zèle; ou ne parle qu*à demi , on observe des mesures, on ménage les esprits. Cependant le libertinage prévaut , cependant le vice s'autorise , cependant Tabus et le dérèglement passent en usage et en coutume, cependant Terreur prend tous les jours de nouvelles forces. S'il y avait un esprit généreux et déterminé à mépriser tout ce qui s'appelle respect humain, rien de tout cela ne tiendrait contre lui. Mais parce qu'on ne veut pas défendre la cause de Dieu à ses dépens ; mais parce qu'on considère celui-ci , et qu'on appréhende celui-là, de là vient que la justice et la vérité sont opprimées par le mensonge. Qu'est-ce qui fermait la bouche à tant de catholiques dans la naissance des hérésies , et qu'estce qui les faisait parler d'une manière à douter presque s'ils n'en étaient pas les fauteurs? vous le savez , la crainte du parti. Ils ne voulaient pas, non plus que le père et la mère de l'aveugle-né , avoir la synagogue contre eux ; et ils aimaient mieux paraître moins zélés pour leur foi , que de s'exposer à la haine d'une faction considérable. Qu'est-ce qui a fait de tout temps des chrétiens prévaricateurs de leur propre zèle et des sentiments que Dieu leur inspirait .> la crainte de s'attirer les impies en s'élevant contre l'impiété. Et d'où vient encore aujourd'hui que les derniers scandales, non-seulement sont soufferts avec impunité, mais sont proposés pour modèles et pour règles de conduite? c'est qu'on craint de se faire des ennemis en les combattant. Il faudrait, pour rendre témoignage à la vérité contre les erreurs qui régnent dans chaque condition, encourir la haine de toutes les conditions. Il faudrait se résoudre à déplaire aux ecclésiastiques, en leur faisant sur leurs devoirs des leçons odieuses , qu'ils ne veulent jamais écouter; aux juges , en leur découvrant mille injustices dans leur justice même ; à toute une cour, en reprochant à ceux qui la composent leurs mœurs corrompues et leurs débordements. Il faudrait, dis-je, des hommes du caractère de notre aveugle ; assez désintéressés pour vouloir bien se sacrifier à la défense de la vérité , et assez intrépides pour aller contre le torrent de la corruption , quelque autorisée qu'elle puisse être. Or où trouve-t-on des âmes de cette trempe ? C'est à vous. Seigneur, à les susciter dans le monde , et dans votre Iilglise. Outre que le témoignage de l'aveugle-né fut sincère et généreux , j'ajoute que ce fut un témoignage convaincant. Car admirez, chrétiens, le pouvoir et la vertu de la foi , quand Dieu entreprend de la faire agir dans le sujet même le plus faible! Tout ignorant qu'est cet aveugle , il réfute les pharisiens par leurs propres principes; et des mêmes choses qu'ils avancent pour justifier leur incrédulité, il tire autantde preuves pour les convaincre. Nous savons, disent les pharisiens, que Dieu a parlé à Moïse,

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maïs pour cet homme que vous nommez Jésus , nous ne savons pas même d'où il est : Hune antUm nesci' mus unde sit. ( Joan. , 9. ) Ah! reprend le pauvre , animé et rempli de l'esprit de Dieu , c'est ce qu'il y a de bien étonnant, que vous ne sachiez pas d'où il est, et que ce soit lui néanmoins qui m'ait ouvert les yeux : comme leur disant que ce miracle de Jésus- Christ parlait assez hautement pour lui; comme leur reprochant que s'ils ne le reconnaissaient à cette marque, ils n'avaient aucune connaissance des choses de Dieu ; comme les forçant d'avouer qu'après un prodige aussi visible que celui-là , leur ignorance ne pouvait plus être que volontaire et affectée : In hoc mirabUe est, quià vos nescUis unde sU, ( Id. ) Et en effet l'argument était sans réplique, et il y avait à douter, dit saint Chrysostême, lequel des deux miracles était le plus surprenant, ou celui de la toute-puissance du Fils de Dieu qui avait ouvert les yeux à un aveugle-né , ou celui de l'enddrcissement des pharisiens , qui ne voulaient pas les ouvrir à une vérité si éclatante.

Ils s'opiniâtraient à dire que Jésus-Christ était un pécheur , Scimus quia hic homo peccator est. ( Idem. ) Mais c'est en cela , réplique l'aveugle , que vous êtes livrés au sens réprouvé. Car on sait bien que Dieu n'exauce point les pécheurs, surtout quand ils lui demandent des miracles en confirmation d'une erreur, puisqu'il s'ensuivrait alors que Dieu autorise le mensonge. Or cet homme qu'on appelle Jésus a été exaucé , comme vous voyez , pour faire ce miracle dans ma personne; et il ne l'a fait que pour confirmer qu'il était lui-même l'envoyé de Dieu. Il faut donc qu'il le soit véritablement, ou que Dieu soit le garant de la plus criminelle et de la plus grossière imposture. Car voilà, selon saint Augustin, le sens de cette admirable parole : Scimus quia peccatores Deus non audit ( Id.); et ce que les théologiens enveloppent dans des raisonnements infinis , ce pauvre le conçut en un mot : Scimus, nous le savons. Et de qui l'avait-il appris, sinon de ce divin Maître qui dans un moment instruit les esprits soumis et dociles? Si ce miracle, poursuit-il pressant toujours ces faux docteurs , si ce miracle était une action équivoque, qui put être diversement interprétée, votre erreur serait excusable; mais qu'on ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance , c'est ce qu'on n'a jamais entendu , c'est ce qui n'a point d'exemple dans le cours de tous les siècles , c'est ce qui n'est point du ressort de la nature et qui ne peut partir que d'un Dieu : Â sxculo non est audition quod quis aperuit ocuios cxci natu ( Id. ) Qu'aurait pu dire de plus fort uu homme consommé dans l'étude de la religion , et que pouvait opposer à cela toute la synagogue ?

Ah! chrétiens, voilà ce que le Saint-Esprit appelle la victoire de notre foi : Et hxc est vïctoriçL

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quœ vincU mundum , fides nostra. ( 1. Joan. , 5. ) Voilà ce qui a rendu les apôtres , c'est-à-dire de simple p^heurs , les maîtres du monde. Voilà ce qui fit triompher un Spiridion , à la vue de tout un concile , de Tarrogance et de Torgueil des philosophes. Voilà ce qui fait tous les jours qu'une âme fidèle, avec son ignorance prétendue, confondra le plus fier libertin et le fera taire. Mais du reste, disait le savant Pic delà Mirande, étudions notre religion, et ne nous réduisons pas volontairement , en matière de christianisme, à une simplicité méprisable. Souvenons-nous que ce christianisme doit être dans nos personnes aussi solide et aussi raisonnable contre ceux qui l'attaquent , qu'édifiant pour nous-mêmes qui le défendons. Ne tombons pas dans ce désordre, aujourd'hui si déplorable et si commun , de professer une créance et d'en ignorer les preuves essentielles. Faisons-nous un devoir de les bien comprendre ^ et, selon la maxime de, saint Pierre, d'être toujours prêts à en rendre compte. Que Dieu trouve en {nous sinon des martyrs fervents, puisque le temps de la persécution n'est plus, au moins des confesseurs éclairés, pour soutenir son culte contre la vaine présomption du libertinage. Car c'est, chrétiens , à quoi nous sommes appelés. Vous demandez quelquefois ce qui pourrait vous occuper au défaut des divertissements profanes et des joies du siècle. Je vous le dis : l'étude de votre religion. A peine vous y êtes- vous jamais appliqués, et, par une négligence dont vous répondrez à Dieu , à peine avez-vous une idée confuse de ce que vous croyez, c'est-à-dire de ce qui vous fait chrétiens. Si , bien loin d'être en état de persuader et de confirmer les autres , vous ne prenez nul soin de vous confirmer et de vous persuader vous-mêmes , comment osez-vous vous glorifier du nom que vous portez ?

Enfin l'aveugle-né fut constant dans son témoignage. Ce ne fut pas pour une fois que les pharisiens le questionnèrent, le pressèrent, le menacèrent. Ils mirent tout en œuvre pour le forcer de se rendre et pour lui faire changer de langage. Mais autant qu'ils montrèrent d'obstination dans leur incrédulité, autant fit-il paraître de fermeté et de constance à glorifier son bienfaiteur et à confesser la vérité. Que , dans le désespoir de le réduire, ces docteurs aigris et irrités le chassent avec ignominie de la synagogue, EteJ€Cerunteumforas{\â,, 9) , il endure tout, il est déterminé à tout, plutôt que de méconnaître celui à qui il doit sa guérison et de lui manquer de fidélité. Que dis-je? à ce premien témoignage il en ajoute un autre plus relevé et plus saint. 11 connaissait bien la vertu miraculeuse de cet Homme- Dieu qui l'avait guéri ; mais il ne savait encore qu'imparfaitement qui il était. Or, il faut que le Fils de Dieu , par un dernier effet de sa puissance et de sa niiscricorde , lui éclaire les yeux de l'âme , après lui

avoir éclairé les yeux du corps ; et c'est ce qa*il fait dans un second entretien qu'il a avec ce pauvre. A la première parole de Jésus-Christ qui l'iostniit de sa mission et qui lui découvre sa divinité, ce nouveau chrétien ne délibère point, ne raisonne point, ne dififere point. Avec quelle promptitude il embrasse la sainte loi qui lui est annoncée ! Avec quelle soumission il croit les hauts mystères qui lui sont révélés, et au moment qu'ils lui sont révélés! Je crois, Seigneur, s'écrie-t-il : Credo, Domine. (Joan., 9.) Toutes les calomnies des pharisiens contre Jésus-Christ, tous leurs discours ni tous leurs mauvais traitements ne l'ont pu ébranler ; et , plus inviolablement attaché que jamais à la personne de ce Sauveur qui lui manifeste ses divines perfections, il se prosterne à ses pieds et l'adore comme son Dieu : Et procidens adoravit eum, (Id.)

S'il n'eût pas été plus ferme que nous, il eût bientôt démenti par un indigne silence ce qu'il venait d'affirmer par une juste confession. Car telle est tous les jours notre conduite. Le libertinage, tout mal fondé qu'il est, s'en tient néanmoins opiniâtrement à ses principes, et souvent les preuves les plus éclairées et les plus évidentes ne l'en peuvent détacher; mais nous, en mille rencontres, quoique établis sur la parole de Dieu, nous cédons aux moindres difficultés et laissons triompher l'impiété. Ce n'est pas qu'on ne se déclare d'abord et qu'on ne soutienne le parti de la religion, mais le libertin n'a qu'à poursuivre, n'a qu'à s'élever, n'a qu'à s'expliquer d'un certain ton et avec cet ascendant que son audace lui inspire dès qu'il ne sent qu'une faible résistance, c'est assez pour déconcerter tant de chrétiens et pour les faire honteusement reculer. On ne veut pas contester, dit-on, ni tourner l'entretien dans une dispute; mais pourquoi donc contestera-t-on jamais, et sur quoi jamais disputera-t-on? Que dans ces derniers siècles de l'Église , comme dans les premiers, la saine doctrine se trouve combattue, selon l'expression de saint Paul, par des doctrines étrangères et nouvelles , Doclrînis variis et pèregrinis ( Hebr, , 13 ) ; que des esprits inquiets et présomptueux débitent leurs opinions particulières et travaillent à les répandre; qu'à force d'intrigues et de menées secrètes, ils se fassent un parti, et que ce parti commence à paraître , à lever la tête, à parler et à dogmatiser, en faut-il davantage pour entraîner les uns, ou du moins pour troubler les autres ? Le seul caractère de nouveauté, qui par luimême devrait donner un légitime soupçon , puisqu'il est directement opposé à cet esprit fixe et immuable que la religion demande, cet attrait seul ne suffitil pas pour engager des millions d'âmes légèras et incertaines qui se laissent séduire, et à qui en matière de foi comme en toute autre chose , le changement plaît. Inconstance plus ordinaire aux per-

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sonnes du sexe , qui , moins capables de raisonner , et voulant néanmoins raisonner sur tout , sont beaucoup plus finies à conduire dans Terreur. Au lieu de suivre la raison qu*elles ne voient pas et qu*elles croient voir, elles suivent mille faux préjugés où les entretiennent Texemple, la vanité, Tesprit de singularité, lliypocrisie et le faux éclat de la piété. Ce qull y a de plus étrange , c'est que cette légèreté qui leur est si propre et si commune, pour sortir de la bonne voie et pour se départir de la vraie créance, dès qu'elles onttme fois franchi le pas, et qu'elles se sont préoccupées, ou, pour mieux dire, infatuées de eertaines préventions , se tourne , par un renversement bien déplorable, dans Tobstination la plus inflexible, pour persister dans leur égarement et pour n*en revenir presque jamais. Un homme sans autorité, mais qu'elles écoutent et dont les paroles sont pour elles autant d'oracles, prévaudra dans leur estime à toutes les puissances de l'Église et à toutes ses décisions. On ne va pas toujours jusquelà, je le sais; mais sans aller jusqu'à cet excès, on te trouble au moins et l'on n'a qu'une foi chancelante. Parce qu'on entend parler diversement, parce qu'on voit les esprits divisés, et que celui-là , selon Ui prédiction du Sauveur du monde, soutient que le

Christ est d'un côté, tandis que celui-ci prétend au contraire qu'il est de l'autre , on demeure dans une dangereuse perplexité, sans règle et sans consistance. Car à quoi s'en tenir? dit-on. A quoi , mon cher auditeur? à la foi de Jésus-Christ. Mais où est lafoi de Jésus-Christ? Là où est Jésus-Christ même. Mais où est-il? Là où est son Église. Mais où est enGn cette Église de Jésus-Christ? Là où est depuis saint Pierre, vicaire de Jésus-Christ, par la plus invariable et la plus incontestable tradition , le siège apostolique et la chaire de Jésus-Christ. Au milieu des tempêtes et des orages , c'est sur cette pierre fondamentale que vous devez vous réfugier, c'est à cette chaire que vous devez vous attacher, c'est dans cette Église que vous devez chercher la vérité dont elle est la ferme colonne, et c'est sur cette colonne que vous devez vous appuyer. Vous aurez des combats à soutenir : les martyrs en ont bien soutenu d'autres, et en sont sortis victorieux. Les plus rudes attaques ne serviront qu'à éprouver la constance de votre foi et qu'à l'affermir. Cette constance de votre foi en augmentera le mérite; et, selon toute l'étendue de son mérite, elle sera gloriflée et couronnée dans rétemité bienheureuse, que je vous souhaite, etc.

FIN OBS DOHIIflCALES.

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