PREMIÈRE PARTIE
Non, chrétiens, jamais la Providence n'a donné au monde un modèle plus achevé de cette véritable sagesse , qui consiste à chercher et à trouver DîeOi que celui qu'elle nous propose dans la personne dfi Mages. Examinons tous les caractères de leorfoi< dans son commencement , dans son progrès , et dan» sa perfection : dans son commencement, c'eil-àdire, dans la promptitude avec laquelle ils le di-
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ninenl à suirre la vocation divine qui leur est rquée par Fétoile, et dans le courage qu'ils font altre en abandonnant tout, pour obéir à Tordre Dieu : dans son progrès , c'est-à-dire dans la cons ice qu'ils témoignent, lorsque Tétoile vient à s'é- )ser, s'informant avec soin du lieu où est né liant qu'ils cherchent, le reconnaissant pour roi ( Juifs jusqu'au milieu de Jérusalem, et même milieu de la cour d'Hérode , et déclarant avec une nie liberté qu'ils sont venus pour lui rendre leurs mmages : dans sa perfection , je veux dire dans imirable discernement qu'ils font de Jésus-Christ , se scandalisant point de l'état pauvre et humble ils le trouvent ; au contraire , concluant de là Ime qu'il est leur Sauveur; l'adorant en esprit et vérité; et par les mystérieux présents qu'ils lui îrent , lui donnant autant de preuves de leur part dévouement et de leur religion. Cherchez-vous eu de bonne foi , mes chers auditeurs, et voulezus savoir comment on le trouve? en voilà toute science et tout le secret. Pïe disons plus après la que les voies de Dieu sont des voies obscures inconnues : elles nous son^ici révélées trop claiment et trop distinctement, pour avoir droit de nir désormais un tel langage. Ne nous plaignons us des difficultés qui s'y rencontrent, et des égaments qui y sont si ordinaires : après l'exemple ices Mages, qui n'y ont marché avant nous que yat nous y servir de guides , nos plaintes seraient salement vaines et injustes. Supposé l'excellent lodèle que Dieu nous met devant les yeux , nos ernrs, en matière de salut, ne peuvent plus être Kcusables; et si, malgré tant de lumières, nous mimes assez malheureux pour ne pas trouver Dieu (pour nous perdre , c'est à notre infidélité , c'est à lotre lâcheté, c'est à notre inconstance , c'est à nos espects humains, c'est à notre orgeuil , c'est à nore avarice et à un attachement opiniâtre aux biens leee monde, c'est à nous-mêmes enfin, que nous levons imputer notre malheur. Attention, chréicBs : ceci mè fournit pour vous des leçons bien ■nportantes.
Promptitude à suivre la vocation du ciel : ce fut s premier effet de la foi des Mages, et le premier ^tde cette haute sagesse qui.paruncliangement fiTio, d'infidèles qu'ils étaient, les mit en état de ifooTer le Dieu sauveur. Dès qu'ils virent son itoile, ils partirent pour venir à lui : Fidimus stel- <9m ejus, et venirmis. (Matth. , 2. ) Ils ne balancèrent point, ils ne délibérèrent point, ils ne s'ar- ^tèrent point, ni à former de vains projets, ni à nodre de longues mesures. Attentifs ù l'étoile uiles éclairait, et uniquement appliqués à cherber celui qu'elle leur annonçait, ils hâtèrent leur larehe : pourquoi? parce qu'ils étaient déjà remlis de œt esprit et de cette sagesse surnaturelle
qui conduit les élus de Dieu. Or, comme remarque saint Chrysost6me, chercher Dieu de la manière efficace et solide dont le cherche une âme fidèle, ce n'est plus raisonner, ni délibérer, c'est exécuter et agir : d'où il s'ensuit , dit ce saint docteur, que quand on délibère, quand on consulte et qu'on raisonne, quelque intention qu'on ait de trouver Dieu ,1e cherchant toujours, ou pour mieux dire, se flattant toujours de le chercher, on ne le trouve jamais. Voilà sur quoi fut fondée la promptitude des Mages. Ils virent l'étoile; et , animés d'une foi vive, pressés d'un désir ardent d'arriver au terme où l'étoile les appelait , ils n'écoutèrent rien de tout ce qui pouvait les retenir : fidimuseivenimus : Nous avons vu, et nous sommes venus. Paroles , ajoute saint Chrysostôme, qui expriment admirablement la force et l'opération de la grâce, puisqu'il est vrai que dans l'affaire du salut tout dépend de certaines vues à quoi la grâce est attachée, ou plutôt en quoi consiste la grâce même, ^mbulate duni lucem habetis (JOA.N., 12) : Marchez, disait le Fils de Dieu, pendant que vous avez la lumière. Or, c'est ce que font à la lettre ces sages prédestinés de la gentilité. Ils marchent, parce qu'une lumière secrète pénètre intérieurement et touche leur cœur, tandis qu'un nouvel astre brille extérieurement à leurs yeux. Ils marchent, parce que cette double lumière leur fait connaître la naissance d'un Dieu et d'un Sauveur : d'un Dieu qui, ne se contentant plus d'être connu dans la Judée, veut recevoir les hommages de toutes les nations; d'un Sauveur qui les a choisis, et qui veut commencer par eux à montrer qu'il n'est pas seulement venu pour Israël , mais poui tous les peuples de la terre. Ils marchent , et l'extrême diligence dont ils usent est autant une preuve de leur sagesse que de l'activité de leur zèle; ils s'empressent de chercher leur salut, en cherchant celui qui en est l'auteur, et qui en doit être bientôt le consommateur : f'idimus etvenimus.
Ainsi agissent les Mages; mais nous comparant avec eux, mes chers auditeurs , quel est ici le premier et le grand désordre que nous avons à nous reprocher? Ne sont-ce pas les retardements éternels, les retardements affectés, les retardements téméraires et insensés , que nous apportons tous les jours à l'exécution des ordres de Dieu , et à ce que la grâce nous inspire? Peut-être y a-t-il des années entières que Dieu nous appelle, et que nous lui résistons. Elevée dans le christianisme, nous avons pour marcher plus de lumières que les Mages : notre foi est plus étabUe, plus formée, plus développée; nous connaissons beaucoup plus distinctement qu'eux les volontés et les desseins de Dieu sur ncms. Pour une étoile qu'ils voyaient, mille raisons. nous convainquent, mille exemples nous çoiiflQfK|ei|t» toutes les Écritures 'MNU pwA^.; "
nous instruisent , tant de prédicateurs nous pressent, nous sollicitent, nqus exhortent, mais en vains parce que nous différons toujours. Ne dirons-nous jamais comme les Mages, yidimus et venimus .• Nous avons vu, et nous sommes venus? Oui, j'ai vu, ou je vois aujourd'hui ce que Dieu demande de moi ; et c'est pour cela que dès aujourd'hui je m'engage et je commence à l'accomplir; car que sais-je si je le pourrai demain ? que sais-je si je serai demain aussi touché de la vue que Dieu m'en donne ? que sais-je si ce rayon de grâce fera dans mon âme la même impression? que sais-je si la lumière de ma foi , après tant de délais qui Taffaiblissent peu à peu , ne viendra point tout à fait à s'éteindre? que sais-je si mettant par là le comble à mes iniquités, je ne tomberai point dans cet aveuglement fatal dont Dieu punit les cœurs rebelles, et si l'habitude que je me fais de temporiser, et de ne jamais rien conclure , ne sera point enûn la source de ma réprobation ? Ah ! suivons cette lumière favorable qui luit encore pour nous. Marchons, de peur que les ténèbres ne nous surprennent; et ne remettons point à un autre temps ce qui doit avoir la préférence dans tous les temps , ou plutôt ce qui doit être l'affaire de tous les temps. Dieu m'éclaire maintenant , et je ne puis savoir s'il m'éclairera demain, ni s'il y aura même un lendemain pour moi. Mais quand je le saurais, devrais-je et voudrais-je me prévaloir contre lui de sa patience, et abuser de sa miséricorde pour l'offenser toujours avec plus d'obstination? Promptitude à suivre la voix de Dieu dès que Dieu nous la fait entendre, c'est la première leçon que nous fait l'exemple des Mages; et courage à surmonter pour cela toutes les difQcultés qui se présentent, c'est la seconde.
Car pour suivre l'étoile , et pour répondre à la vocation du ciel, les Mages, aussi bien qu'Abraham, furent obligés d'abandonner leur pays, leurs maisons, leurs familles, et, selon la commune tradition, leurs royaumes et leurs États. Ils durent faire dès lors ce que saint Pierre et les apôtres Grent dans la suite des années; c'est-à-dire, ils durent quitter tout pour Jésus-Christ, et ils eurent droit les premiers de dire comme saint Pierre , et même , dans un sens , avec plus de mérite que saint Pierre : Ecce nos reliquimus omnia, et secuti sumus te. (Matth., 19.) Or leur courage à prendre une telle résolution , leur détachement héroïque , en s'éloignant de ce qu'ils avaient de plus cher, en essuyant les fatigues d'un long voyage, et en sacriGantde la sorte leur repos , c'est ce que je puis considérer comme un seconde démarche de leur foi naissante, et comme une nouvelle preuve de cette éminente sagesse qui leur fit trouver Jésus-Christ. Car il est aisé , dit saint Chrysostôme , de suivre le mouvement de la grâce quand il n'en coûte rien à la nature, et
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d'obéir à l'inspiration de Dieu quand il ne s'y reneontre nul obstacle de la part du monde. Le mérite de la foi et de la sagesse chrétienne est de reoonoer même , quand il le faut , à ce qu'on aime plus tendrement, de quitter ses habitudes, de rompre ses liens, de se priver des commodités et des douorars de la vie, et de se faire certaines violences, sans lesquelles on ne parvient point au royaume de Dieu. C'est alors , poursuit saint Chr}'sostôme , que la pradeoee de la chair est encore bien plus subtile et plus artificieuse pour nous détourner de la voie où Dieu veut nous conduire. C'est alors que, prenant le parti de notre amour-propre, elle tâche à nous persuader qu'il y a de l'indiscrétion dans un renonoemeot sig^ néral et si absolu. C'est alors que, tirant avantage de notre faiblesse, elle nous représente ce parfait détachement comme une entreprise au-dessus de nos forces , et que nous sommes incapables de soutenir. En un mot, c'est alors qu'étouffant les saints désirs que Dieu , par les vives lumières de sagrâee, avait excités dans nos cœurs , elle nous rend lâches, froids , languissants dans une affaire qui demande toute notre ardeur et tout notre zèle. S'il s'agissait d'un intérêt du monde , cette prétendue impossibilité que la prudence humaine nous oppose, ne nous ferait pas balancer un moment. Pour une fortune temporelle et pour satisfaire notre ambition , nous serioqs prêts à tout , nous oserions tout , nous nous exposerions à tout; mais parce qu'il s'agit de l'œuvre de Dieu et de notre conversion , tout nous effraye, et tout nous devient impraticable. Or, c'est cette lâcheté que la foi doit combattre en nous , si nous voulons imiter l'exemple des Mages; et par là même, encore une fois, nous devons juger si la voie où nous marchons est la voie de Dieu. Car l'illusion la plus grossière est de nous flatter d'avoir trouvé cette voie de Dieu, tandis qu'il ne nous en coûte nul effort H y a , pour y entrer et pour y demeurer, des sacrifices à faire ; et nulle voie n'est sûre pour nous qu'autant que nous les faisons à Dieu , ces sacrifices , ou que nous y sommes efficacement et sincèrement disposés. Revenons à notre modèle, et voyons les progrès de la foi des Mages.
Ils arrivent à Jérusalem; et l'étoile qui jusque-là leur avait servi de guide, par une conduite de Dieu toute particulière, vient tout à coup à disparaître. Que ne pouvaient-ils pas penser? que ne devaientils pas craindre? leur foi n'en dut-elle pas être ébranlée, troublée, déconcertée? Mais non, chrétiens, la tentation la plus dangereuse, l'épreuve la plus subite et la moins attendue , le prétexte le plus spécieux qu'elle leur fournit pour penser à leur retour, rien ne les fait changer de résolution. A quelque prix que ce soit, ils veulent trouver le Dieu qu'ils cherchent; ils ont vu son étoile, et ils ont senti l'onction de sa grâce, c'est assez. Si cette étoile
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B paraft plus, c'est un secret de la Providence ii'its adorent , mais dont ils n'ont garde de se faire Q sujet de scandale; c'est une occasion que Dieu !ur donne de lui marquer leur fldélité, et ils cornrennent qu'il faut en de pareilles conjonctures se Hitenir par la constance. Sans donc se troubler, lusse rebuter, ils espéreront, aussi bien qu'Abraam, contre l'espérance même; ils continueront tir marche, sûrs du Dieu qui les a appelés , et nnptant qu au défaut de l'étoile il leur tracera luiléme le chemin.
Or c'est en cela que paraît le don de sagesse, d'inîlligence , de conseil , dont ils sont remplis ; et voilà , les chers auditeurs , comment notre Dieu tous les lurs en use avec nous. Après nous avoir attirés à m service, et nous y avoir engagés , il retire pour n temps certaines grâces sensibles dont il nous rait d'abord prévenus. Nous ne sentons plus ces mches secrètes qui nous rendaient son joug aimale, et qui nous faisaient courir comme David, rec une sainte allégresse, dans la voie de ses comlandements. Ainsi délaissés au milieu de notre )urse, et, pour ainsi dire, abandonnés a nousléaies , nous tombons dans des états d'obscurité, e ténèbres, de sécheresse, de dégoût; et alors on-seulement Dieu nous éprouve , mais il veut que ous-mémes nous nous éprouvions. Car si ces grâ^ es sensibles nous étaient toujours présentes, si DOS ne perdions jamais de vue cette étoile lumieuse qui fut le premier attrait de notre converion, quoi que nous fissions pour Dieu, nous ne ourrions ni répondre de nous à Dieu, ni, dans le >Dsqueje l'entends, nous assurer de nous-mêmes; 'est-à-dire, notre ferveur dans cet état nous devrait tre suspecte, la sensibilité et l'abondance des conolations divines nous donnerait ou devrait nous onner une défiance raisonnable de notre vertu ; au loîns est-il vrai que notre foi n'aurait pas cette ferleté qu'elle doit avoir, pour être une foi parfaite t digne de Dieu. Il faut donc qu'elle soit éprouvée: t par où ? par ces délaissements et ces privations i ordinaires aux âmes les plus justes ; et si nous ne ommes pas encore assez forts pour dire à Dieu ce [ue lui disait le prophète royal : Proba me y Domine Psabn. 35 ) ; Éprouvez-moi , Seigneur ; il faut qu'à 'exemple des Mages, nous soyons assez saintement lisposés pour persévérer dans les épreuves où il lui liait de nous mettre; il faut que le souvenir des lu- DÎères dont nous avons été touchés nous tienne lieu le ces lumières mêmes , quand Dieu vient à nous es ôter, et qu'il nous suffise de pouvoir dire : Fi- Bmtfi stellam ejus (Màtth., 2) : Je ne vois plus « qui m'excitait autrefois, et ce qui m'attachait à )ieu, mais je l'ai vu, mais j'en ai connu la vérité t la nécessité, mais j'en ai été persuadé. Or tout ce [ue j'ai vu subsiste encore ; et puisqu'il subsiste
encore, qu'il subsistera toujours, et qu'il aura toujours la même force, pourquoi ne fera-t-il pas toujours sur moi la même imj)ressibn , et ne me servira-t-il pas toujours de motif pour m'animer, et de règle pour me conduire? Raisonner de la sorte , et indépendamment des goûts et des consolations intérieures , tenir toujours la même route , et agir de la même façon, c'est là, chrétiens, que je reconnais la sagesse de l'Évangile , et ce que nous ne pouvons assez admirer dans les Mages.
Cependant que font-ils pour suppléer à l'étoile qu'ils ne voient plus? Ils se servent des moyens naturels que leur fournit la Providence; ils savent que le Dieu qu'ils cherchent se plaît en effet à être cherché, et que c'est à ceux qui le cherchent qu'il se découvre plus volontiers. C'est pour cela qu'ils s'informent exactement du lieu de sa naissance, c'est pour cela qu'ils ont recours aux prêtres et aux docteurs de la loi , comme à ceux qu'ils supposent plus intelligents et plus capables par leur caractère de les instruire ; c'est pour cela qu'ils parlent, qu'ils consultent, qu'ils ne se donnent aucun repos. Autre preuve de leur sagesse, dont il faut que nous profitions; car en quelque état d'aveuglement et d'obscurité que je tombe , en quelque ignorance des voies de Dieu que je puisse être, en quelque désordre même que soit ma foi , si je cherche Dieu dans la simplicité du cœur, il est sûr que je le trouverai ; c'est lui-même qui me l'a dit, et sa parole y est expresse : In slmplicitate cordis quxrite iUum, quoniam invenitur ab Us qui non tentanl illum (Sap, , 1 ) ; c'est-à-dire , si je le cherche sincèrement et avec une intention pure et droite , si je le cherche avec humilité, si je le cherche avec confiance, si je le cherche avec persévérance , il est sûr que je ne serai point confondu. Qui sustinent te, non con/undentur (Ibid. 24), et qu'il ne me manquera pas. Non dereliquisti quxrentes te, (Ibid., 9.) Il est sûr que mon âme, en le cherchant, vivra de la vie des justes : Quxrite Deum, et vivet anima vestra. (Ibid. 68.) Il est sûr qu'à mesure que ie chercherai, je m'affermirai dans la pratique du Iiien et dans l'horreur du vice : Quxrite Dominum, et confirmamini, (Ibid. 104.) Oracles de l'Écriture dont il ne m'est pas permis de douter. Or, est-il rien de plus propre à m'encourager dans le soin de chercher Dieu et d'étudier les voies de mon salut? Vous me direz que vous n'avez point assez pour cela de pénétration , et que vos lumières sont trop faibles. Je le veux , mon cher auditeur ; mais vous avez , aussi bien que les Mages, un moyen facile pour éclaircir tous vos doutes, et pour vous tirer de l'incertitude où vous pouvez être. Il y a dans l'Église de Dieu des docteurs et des prêtres , comme il y en avait alors ; il y a des hommes établis pour vous conduire, et qu'il ne tient qu'à vous d'écouter. Ia«
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terrogez-les comme vos pères, et ils vous diront ce que vous avez à faire : Interroga patrem tuum, et annuntiabit tihi; majores tuos, et dicent tibi. {Deut,, 32.) Allez à eux comme aux ministres du Seigneur; leurs lèvres, dépositaires de la science, vous enseigneront la science des sciences, qui est celle de trouver Dieu. Pouvez-vous Tignorer avec cela, et avec cela pouvez-vous même vous y tromper, sans vous rendre absolument inexcusables?
Les Mages nous apprennent quelque chose encore de plus : et quoi? à chercher Dieu avec un généreux mépris de tous les respects humains , et avec une liberté digne de la sainteté du christianisme que nous professons. En fut-il jamais un tel exemple? Au milieu de Jérusalem et en la présence d*Hérode, ils demandent où est né le nouveau roi des Juifs. Sans nul ménagement de politique, ils déclarent qu'ils sont venus pour Fadorer. Uniquement occupés de cette pensée, ils comptent pour rien toutes les considérations du monde qui pourraient refroidir leur zèle. Qu'Hérode s'en offense et quMl se trouble ; que la synagogue s'en scandalise et qu'elle en murmure; qu'on pense et qu'on dise d'eux tout ce que Ton voudra : ni la censure des Juifs, ni la malignité d'Hérode, ni la crainte de lui déplaire, ni le danger qui les menace , rien ne les empêchera de rendre à ce Sauveur et à ce Dieu naissant le culte qui lui est dû. Est-ce ainsi , mon dier auditeur, que vous l'honorez? est-ce ainsi que vous pratiquez les devoirs de votre religion? est-ce ainsi que vous êtes, quand il le faut être , libr^ et sincère adorateur de Jésus- Qirist? Ck>mbien de fois un respect humain a-t-il retenu votre foi dans Tesclavage? combien de fois , jusque dans les sacrés mystères, lorsqu'il s'agissait d'adorer le même Dieu qu'adorèrent les Mages , avez-vous été un lâche prévaricateur? combien de fois, à la face des autels, la crainte de passer pour un homme régulier et pieux vous a-t-elle fait oublier que vous étiez chrétien, et, par une faiblesse scandaleuse, vous a-t-elle fait paraître impie? combien de fois une honte criminelle vous a-t-elle fermé la bouche dans des occasions où il fallait s'expliquer hautement et parler? où était alors cette liberté chrétienne dont vous deviez vous faire, et devant les hommes, et devant Dieu, non-seulement une obligation, mais une gloire? où était cet esprit de religion qui devait vous élever au-dessus du mpnde ? sont-ce là ces saintes victoires que la foi doit rem* porter? Et hœc est Victoria qux vincil mundum, fides nostra, ( 1 . Joàn. , ô. ) Ce point de morale occuperait un discours entier ; je le laisse; et pour vous faire voir la sagesse des Mages dans tout son jour, je passe à ce que j'appelle la perfection de leur foi. Perfection de leur foi. Entrons avec eux dans retable de Bethléem ; car ils y arrivent enfln après tant de peines et tant do périls. Or, quel spectacle
pour des rois, qu'un enfant couché sur la palUe et dans une crèche? mais sous des dehors si vils et si méprisables, le discernement qu'ils font de ce Sauveur n'est-il pas l'effet de la plus éminente sagesse? Us le reconnaissent dans la pauvreté et dans la misère, dans l'enfance et dans l'infirmité, dau l'humiliation et dans le plus profond abaissement Bien loin que cet état où ils le trouvent altère leur foi , ils en sont touchés , ils en sont édifiés ; et pénétrant le mystère, ils découvrent sous ces voiles obscurs le Messie promis au monde. S'ils n'eussent eu qu'une foi faible et chancelante, l'étaMe, la crèche , les langes de cet enfant les eussent rebutés, leur raison se serait révoltée, leur sagesse alon toute mondaine leur eût inspiré du mépr!s*poor nn Sauveur réduit lui-même en de telles extrémités; ils auraient dit ce que dirent ensuite les Juift : l^alumus hune regnare super nos. (Luc, 19.) Nons ne voulons point d'un maître sans biens , sansfDfces, sans pouvoir, sans nom, dénué de tout; qall paraisse sur le trône , et qu'on nous le fasse foir revêtu de gloire et de majesté, et nous nous soumettrons; voilà comment ils auraient parié, et ee qu'ils auraient pensé. Mais parce qu'ils sont animés d'une foi vive , d'une foi parfaite, d'une foi diTine, ils en jugent tout autrement. Us concluent qœ Jésus-Christ est roi par lui-même, c'est-à-dire, que pour se faire rechercher et obéir en cette qualité, il n'a nul besoin de toutes les marques extérieures et de tous les ornements de la pompe humaine. Si les autres rois en étaient dépouillés , auraient-ils autour d'eux ces troupes de clients , et ces cours nombreuses qui remplissent leurs palais ? Ce n'est pas sur cet éclat et sur cette grandeur apparente qu'est fondée leur royauté; elle vient de Dieu, qui leur a fait part de sa puissance ; mais , après tout, si leur royauté s'attire tant de respects, et si le monde lui rend tant d'honneurs , c'est parce qu'elle est accompagnée d'une splendeur et d'une magnificence qui frappe les yeux ; au lieu que, sans cela, ce roi nouvellement né se fait respecter et honorer par les rois mêmes. Ils concluent qu'il est roi des écrits et des cœurs, puisqu'il les a si miraculeusement éclairés, inspirés , touchés. Les plus grands rois de la terre n'ont pas ce pouvoir; ils régnent sur noos, dit saint Jérôme; mais Jésus-Christ règne dans nous, et il n'appartient qu'à lui de s'insinuer comme il veut dans les âmes, et de leur donner telle impression qu'il lui plaît. Ils concluent qu'il est roi universel, roi du ciel où il vient de faire éclater un nouvel astre, et roi de la terre où il fait sentir sa souveraineté et sa présence aux nations même les plus reculées; roi des Juifs et des Gentils, de tous les états et de toutes les conditions , puisque de toutes les conditions et de tous les états il a également appelé à lui et les grands et les petits. C'est,
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e qu'une sagesse toute céleste leur décou Test avec la même sagesse et la même foi , me , qui , par un retour sincère et par une msécration , s'attache désormais à ce Sauslle a retrouvé, lui dit comme ces bienheuges, car je ne puis douter que ce ne fût là iment iRexregum, et dominus dominanipoc.j 16.) Vous êtes le roi des rois et le les maîtres ; vous serez le mien en particu- •p longtemps le monde a exercé sur moi sa ; trop longtemps il m'a tenu dans une dure e et soumis à ses lois, ou plutôt à ses bizarà ses caprices; il faut enfln secouer un joug ; et si honteux. Vous régnerez dans mon sur mon cœur ; vous y régnerez seul , et seul réglerez tous les désirs, toutes les vues, lesseins. Ainsi le pensent les Mages ; et ainsi , *$ auditeurs, devez-vous le dire vous-mêmes, e plus le penser.
ition de leur foi : non contents d'honorer irist comme le souverain monarque du ils Tadorent comme leur Dieu; non conlui rendre un culte extérieur en se prosterant lui , et prooidentes (Matth. , 2) , ils lui un culte intérieur, et l'adorent en esprit rite, adoraverunt eunu (1d.) Car ce fut un ligieux ; et pour être un culte religieux , il artir du cœur. Combien de faux adorateurs christianisme! c'est le vrai Dieu qu'ils adolis sans l'adorer comme le vrai Dieu le doit >urquoi? parce qu'ils ne l'adorent que par 5, parce qu'ils ne l'adorent que par cérémoce qu'ils ne l'adorent que par je ne sais quelséances à quoi ils ne veulent pas manquer, [ue leur cœur porte ailleurs toutes ses penjous ses vœux , c'est-à-dire, qu'ils sont chréapparence, mais sans l'être en effet , comme es commencèrent à le devenir, ction de leur foi : que présentent-ils à Jéist, et, suivant l'explication des Pères et des ites, que de mystères sont renfermés dans ( offrandes qu'ils lui font! Toute l'idée de hrist y est imprimée d'une manière sensible , ité, son humanité, sa souveraineté : sa di- Kur l'encens, qui n'est dû qu'à Dieu; son hu- , par la myrrhe , qui servait à embaumer et rver les corps; enfîn, sa souveraineté, par i est le tribut ordinaire que nous payons aces et aux monarques : Et apertis ihesaui, obtulerunt ei munera, aurum, ihus et im, (Idem.) Voilà les grandes vues que leur ine sagesse supérieure à toute la sagesse du et ce fut dès lors que le Sauveur des homt bien dire qu'il n'avait point trouvé tant de me dans Israël : Non inverti tantam fidem el. (Idem, 8.) En effet, demande saint Au-
gustin, que devons-nous plus admirer, ou la foi des Mages , ou l'aveuglement et l'infidélité des Juifs? Les Juifs avaient au milieu d'eux le Messie, et ils ne le connaissaient pas : les Mages en étaient éloignés; et malgré la plus longue distance des lieux, ils viennent le chercher dans la Jud^, et ont le bonheur de l'y trouver. Les Juifs le renoncèrent, quoique né dans leur pays; et les Mages , quoique étrangers, l'adorèrent. Les Juifs, dans la suite des années, le crucifièrent, lors même qu'il opérait les plus grands miracles ; et les Mages , tout enifant qu'il était encore, se dévouèrent à lui, lors même qu'il n'était pas en état de prononcer une parole. Ceuxci le virent sur la paille, réduit à la plus vile condition des hommes, et cependant ils s'humilièrent devant lui comme devant un Dieu : ceux-là , ténSbins des hautes merveilles dont il était l'auteur, le virent agir en Dieu; et toutefois ils ne lui rendirent pas même les devoirs de justice et de charité, qu'on ne peut sans crime refuser à un homme. Marque évidente, reprend saint Augustin, mais effet terrible de leur endurcissement.
. Ah! mes frères, n'est-ce point une image de ce qui nous arrive à nous-mêmes, ou de ce qui doit bientôt nous arriver? Jusque dans le sein de l'Église et dans le centre du christianisme, avons-nous la même foi que les Mages ? ou , si nous croyons comme eux, agissons-nous comme eux, et cherrlions-nous Dieu comme eux? Ils furent, ces saints Mages, selon la pensée et l'expression des Pères, les prémices de notre vocation à la foi : c'est par eux que Jésus- Christ voulut commencer à nous transmettre ce précieux trésor de la foi , dont il les fit dépositaires : c'est par eux qu'il commença à substituer les Gentils en la place des Juifs , ou plutôt qu'il voulut associer les Gentils et les Juifs dans la même créance. Mais au lieu d'imiter ces Gentils fidèles, nous imitons les Juifs incrédules. Nous sommes le peuple de Dieu, et à peine connaissons-nous Dieu, ou si nous le connaissons, nous n'y pensons pas; ou si quelquefois nous y pensons , ce n'est que pour rendre notre malice plus obstinée, en nous éloignant de lui, et ne retournant presque jamais à lui. Il est vrai que nous avons reçu la foi que les Juifs ne voulurent pas recevoir; mais ce riche héritage, comment l'avons-nous conservé, comment l'avons-nous cultivé, quels fruits en retirons-nous, et comment le faisons-nous proGter? Car qu'est-ce maintenant que la foi des chrétiens, cette foi si pure, si ferme, si généreuse, si agissante dans les Mages; mais dans nous si languissante , mais dans nous si paresseuse et si lente , mais dans nous si stérile , et dépouillée de toutes les œuvres qui la doivent accompagner, et qui la vivifient devant Dieu? Or ne craignons-nous point que Dieu ne prononce enfîn contre nous le même arrêt qu'il prononça contre
SUR L'EPIPHANIE
les Juifs par la bouche de son apôtre ? f^obis oportebatprimum hqui verbum Dei : sed quoniam repeUUis iUud, et indignas vos judlcatis «ternx vitœy ecce converUmttr ad gentes : sic enim prsecepU nobis Dominus {Àct, 13) : Mes frères, leur disait saint Paul , c'était à vous qu'il fallait d'abord annoncer la parole de Dieu, puisque Dieu vous avait spécialement choisis; mais vous la rejetez, cette divine parole, vous la méprisez , et vous ne voulez pas Tentendre. C'est une parole dévie; mais vous renoncez à cette vie étemelle où elle devait vous conduire. Le Seigneur donc nous ordonne de porter aux nations le saint Évangile que vous refusez d'embrasser : Eece converUmur ad gentes; sic enim prœcepU nobis Dominus, N'avons-nous pas , dis-je , sujet de craindre que Dieu ne nous traite de la sorte; qu'après nous avoir distingués entre les nations , qu'après avoir fait luire sur nous sa lumière, et nous avoir donné la préférence à tant de peuples qu'il a laissés dans les ténèbres, il ne nous enlève le talent qu'il nous a confié, et qu'il ne le transporte loin de nous dans des terres étrangères? N'est-ce point déjà même ce qui commence à s'accomplir ? îfous entendons parler des merveilles qu'opère la prédication de l'Évangile au delà des mers; nous voyons partir d'auprès de nous des ministres de Jésus-Christ pour aller cultiver une chrétienté naissante au milieu de l'idolâtrie ; le nom du Seigneur est porté aux extrémités du monde. Que votre miséricorde, d mon Dieu, en soit éternellement bénie ; et malheur à nous , si nous avions sur cela d'autres sentiments ! Mais, chrétiens, selon la parole expresse du Sauveur dies hommes , tandis que les peuples de l'Orient entrent dans le royaume de Dieu , les enfants mêmes du royaume n'en seront-ils point bannis ? La ruine des Juifis fit l'abondance et l'élévation des Gentils; et la richesse de tant de nations, sur qui Dieu répand ses trésors , ne fera-t-elle point notre pauvreté et notre misère ? Si la foi passe en de vastes contrées où elle était inconnue , n'est-ce point qu'elle nous quitte : après que nous l'avons si longtemps outragée , si longtemps déshonorée , si longtemps retenue captive dans l'injustice et l'iniquité? Prévenons, mes chers auditeurs, cet affreux châtiment. Ranimons notre foi , et suivons-la ; c'est ' notre guide , c'est notre étoile; ne la perdons jamais de vue. Allons à Dieu , et n'y allons pas les mains vides. L'encens que nous lui devons présenter, c'est, selon l'explication de saint Grégoire , la ferveur de nos prières; la myrrhe que nous lui devons offrir, c'est, suivant la pensée du même Père, la mortification de nos corps et l'austérité de la pénitence ; l'or qu'il attend de nous , ce sont nos bonnes œuvres. Avec cela nous le trouverons aussi bien que les Mages; et j'ai dit que c'était le souverain point de la solide sagesse des élus. Voyons maintenant , dans
l'exemple d'Hérode , quelle est l'aveugle sageise da impies et des réprouvés : c'est la seconde partie.